CHASSE DU KANGUROO GÉANT
« Cet animal est le plus grand gibier de l'Australie. Les indigènes et les colons le chassent avec ardeur, sans épargner pour cela les espèces plus petites.
« Les premiers cherchent à aborder un troupeau sans être aperçus, et presque chaque fois ils réussissent à se saisir de quelque pièce. Dans leurs grandes chasses, les uns se cachent, les autres rabattent le gibier, s'en approchant le plus possible en silence, puis se dressent subitement en poussant des cris. Les unimaux effrayes s'enfuient
— il/ —
dans lu direction laissée libro pir les rabalteurs et tlcvionnent la proie de? chasseurs embusqués. Les indigènes s'emparent encoi'e des kanguroos, et cela 1res habilement, à l'aide de lacets et de diverses espèces de pièges.
« Les colons anglais emploient spécialement pour la chasse de cet animal ime race p:irticulière de chiens, obtenue par le croisement du braque anglais et du bouledogue, race remarquable par sa force, son courage et sa persévérance.
« Trois à quatre de ces chiens suffisent généralement l)0ur réduire un kangin*oo ou pour l'amener k portée de fusil.
« Cette chasse cependant n'est point sans dangers. L'animal sait faire usage des ongles vigoureux de ses pieds de derrière, et il oppose le plus souvent une forte résistance à la meute et même à l'homme.
« Si un cours d'eau existe aux environs, il s'y réfugie et attend avec tranquillité l'attaque de la meute; sa grande taille, qui lui permet de prendre pied là où les chiens doivent nager, lui donne alors sur eux un énorme avantage, puisque le premier qui approche est saisi et maintenu sous l'eau jusqu'à ce qu'il soit asphyxié. Un fort mâle peut ainsi tenir tête à une meute nombreuse.
« Même à terre, adossé à un arbre qui couvre ses derrières, comme il se sert très habilement de ses quatre pattes, ce n'est point un animal qu'on puisse réduire sans peine. Aussi les chiens de kanguroo sont-ils dressés à n'attaquer qu'en masse, se précipitant tous à la fois sur l'animal, de manière à regorger ou au moins à le maintenir jusqu'à l'arrivée du chasseur. »
Pour édifier le lecteur sur la vélocité et la force de résistance de ce singulier animal, nous ne voyons rien de mieux à faire que de donner la parole à Gould, qui a publié une histoire très complète des animaux de ce genre.
« Je me souviens, dit-il, toujours avec plaisir d'un beau
kangu roc -géant qui se leva tout-à-coup en plaine devant les chiens et se mit à détaler. Il dressa d*abord la tête pour voir qui le poursuivait et par où il pouvait fuir; il s*élança alors, et je pus assister à la course la plus nuit)onde que j*aie jamais vue. Il parcourut ainsi, d*un trait, quatorze milles anglais {vingt-six kilomètres), et, comme il avait pleine carrière, je ne doutais pas qu il ne nous échappât.
« Malheureusement pour lui, il s'était engagé sur une langue de terre qui s'avançait de trois à quatre kilomètres dans la mer, et le chemin lui fut coupé. Force lui était donc de combattre ou de traverser à la nage un bras de mer de quelques kilomètres de large, malgré une forte brise qui agitait les flots. Sans hésiter, il s'élança dans Teau et se mit à nager contre le vent; mais, bientôt fatigué, épuisé, il dut revenir au rivage, où il ne tarda point à su(;comber sous les attaques des chiens.
< Y compris tous les détours, cet animal avait bien parcouru trente-trois kilomètres à la course et 3,500 mètres à la nage. Je ne puis direau juste le temps qu'il y mit, mais je crois qu'au bout de deux heures il avait atteint la langue de terre, et, à ce moment, sa course était aussi rapide qu*au début. »