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CHASSE DU GORILLE

Les nègres, et ils ont bien raison, n'attaquent jamais ce terrible animal avec les armes impuissantes qu'ils possèdent, arcs, lances et javelots. CTest tout au pluss'ils tentent de se défendre en cas d'agression lorsque la fuite ne leur est pas permise ; et si alors, par un hasard extraordinaii'e, l'un d'eux vient à tuer un gorille, sa réputation de bravoui*e est faite ; on l'exalte et on l'acclame comme un héros. Les noirs indigènes ne semblent point d'ailleurs avoir jamais essayé des pièges pour s'emparer de ce singe.

Le gorille adulte, qui a l'ouïe d'une grande finesse, est très farouche ; il arrive souvent au chasseur de le chercher tout le jour sans pouvoir le rencontrer, lorsqu'il juge à propos de se tenir coi. Si pourtant, après un traque obstiné, le chasseur parvient à se trouver en présence de l'animal, il n'y a plus à craindre de le voir prendre la fuite.

Quand on surprend ainsi un couple de gorilles, le mâle

est d'ordinaire assis sur un rocher ou contre un arbre, dans le coin le plus obscur de la jungle, et la femelle mange à côté de lui ; c'est presque toujours elle qui donne l'alarme par ses cris perçants avant de s'enfuir avec son jeune accroché à son cou.

Le mâle, qui reste encore quelques minutes assis en fronçant sa figure sauvage, se dresse alors avec lenteur sur ses pieds, puis, jetant un regard plein d'un feu sinistre sur ses ennemis, il commence à se battre la poitrine, à redresser sa grosse tête ronde et à pousser son rugissement formidable.

« Le hideux et terrifiant aspect de l'animal à ce moment, dit du Chaillu (1), épouvante avec raison les nègres mal armés, mais les chasseurs européens ne s'effrayent point de ces démonstrations hostiles ; confiants dans la puissance de leurs armes, ils laissent le gorille venir à dix pas recommencer son manège d'intimidation, et alors, visant avec soin et sang-froid, ils ne peuvent manquer de loger toutes leurs balles dans sa large poitrine. >

Il faut au moins deux ou trois bons tireurs pour tuer roide cet animal, dont la vitalité est très grande ; si on ne fait que le blesser grièvement, on est certain de compter presque toujours une ou deux victimes de sa fureur parmi les assaillants.

(1) Pour plus amples détails, voir : Voyages et aventures dans l'Afrique équatoriale, par Paul du Chaillu. Paris, 1863.

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