PARADOXAL
Voici le plusextraordinaire de lotis les quadrupèdes, un animal qui, au lieu de bouche et de denU, a un A£c rf£ canarcf ou de cygne, avec lequel il doit pourvoir h sa nourritui-e.
I>e8 colons l'appellent taupe d'eau et les indigènes maltangong, lamirreet, lohumbuck, muffîengong.
Ce mammifère a O^S* de long, y compris les 0"14 de la queue. Le m&le est toujours plus grand que la femelle. Des soies épaisses, grossières, d'un brun foncé, à reflets' btanc-d'argent, le recouvrent. Au-dessous on trouve un duvet très mou, gris, semblable au duvet du phoque et de la loutre de mer. Ses pattes sont palmées comme celles des canards. Son bec est entouré à la base par une sorte de bouclier.
On ne rencontre cet être singulier que sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, dans les rivières et les eaux tranquilles de la Nouvelle-Galles du Sud et de l'intérieur des terres. Il est commun près de Nepeau, Newcastle,' Campbell et Macquarie, sur les bords de la rivière, des Poissons et du Wollundilly. Enfin, il n'est point rare dans' les plaine» de Bathurst-Goulborn, aux bords del'Yasou Morumbidgen; mais il paraît manquer dans le nord, le sud et l'ouest de l'Australie.
Il habite de préférence les bords des fleuves où Peau est tranquille et où poussent de nombreuses plantes aquatiques à Tombre d'arbres touffus.
C'est là qu'il se creuse un terrier, généralement sur une r rive escarpée, au milieu des herbes; tout auprès du niveau
^ de l'onde. Un couloir sinueux, de cinq à six mètres de Ion-
f gueur, aboutit à un vaste donjon ; tous deux sont tapissés
de plantes aquatiques desséchées. Ordinairement le terrier a deux issues, Tuncau-dessus^ l'autre au-dessous du l; niveau de l'eau. Dans ce cas, ces deux couloirs se dirigent
r obliquement en montant de telle façon que le donjon ne
l puisse pas être envahi par les fortes crues ; il en résulte
^ tout naturellement, d'après l'état des lieux, que parfois ces
boyaux ont une longueur forcée de six à douze et même de ; dix-sept mètres.
i On voit constamment les ornithorhynques dans les eaux
de l'Australie ; ils sont toutefois beaucoup plus abondants au printemps et à l'automne, de sorte que l'on pourrait se demander s'ils n'ont pas un sommeil hivernal.
Bien que leurs habitudes soient nocturnes, on les voit cependant vaquer à leur nourriture et jouer entr'eux, matin et soir. Ils se tiennent de préférence près du bord, cherchant à manger entre les racines et )es feuilles. Leur bec leur sert à barboter comme le canand dans la vase et à m extraire les vermisseaux, sans s'occuper le moins du monde des insectes qui circulent autour d'eux. En aomnne, ils se nourrissent principalement de vers, de mollusques, de petits insectes aquatiques, dont ils remplissent leurs abajoues ; et, la chasse finie, ils les mangent tranquillement. Il nous faut ajouter que ces animaux nagent et pion* gent fort bien et qu'ils peuvent rester sous l'eau sept minu* tes environ.
C'est un spectacle très amusant que de les voir à terre I ils allongent leurs pattes en avant, écartent leurs doigts,
: s'étendent et bâillent, le tout avec une expression vraiment
comique.
Les organes génitaux, urinaires et excrémentiels nes^ouvrant à Textérieur que par un seul orifice, on a cru assez longtemps que les ornithorhynques pondaient des œufs ; mais aujourd'liui il est universellement reconnu qu'ils sont vivipares, depuis surtout qu'on a constaté Texistence des mamelles. Il n'en demeure pas moins acquis que déjà chez eux on voit d*unc façon manifeste la transition de la viviparité à Foviparité, d'autant plus que cbez le mâle, à l'instar des oiseaux, les organes génitaux ne manquent jamais de se tuméfier quand vient l'époque des amours.
On n'est pas renseigné sur la date du rut et sur la durée delà gestation. Bennett a pu seulement constater, en défonçant plusieurs terriers, que les femelles n'y déposaient jamais plus de deux ou trois petits, ayant cinq centimètres de long au début. Les indigènes disent qu'elles les allaitent d'abord, puis qu'elles les nourrissent avec des insectes, des petits mollusques et de la vase.
Si les tentatives réitérées de Bennett pour rapporter un ornithorhynque vivant en Europe furent infructueuses, il put du moins se procurer sur place des jeunes et même des adultes et les observer plusieurs mois de suite.
€ Lorsqu'on sort, dit-il, les jeunes du terrier, ils ne font point de grandes tentatives pour se sauver et s'apprivoisent assez rapidement ; mais il n'en est pas de même des adultes qui, la nuit surtout, emploient tous les moyens imaginables pour reconquérir leur liberté.
« Lep petits, au dii*e de Bennett, ne voient pas bien devant eux, parce que les yeux sont placés trop haut; aussi se butent-Us souvent à tous les objets qui se trouvent sur leur obtmin*
« Ils aiment à jouer avec leur maître, sont sensibles à ses caresses, mordillent ses doigts comme les jeunes chiens et ne grognent un peu que quand on les réveille d'un sommeil très profond. Leur pelage vient- il à être mouillé, ils le peignent, le nettoient, le lustrent, comme les canards leurs plumes. ^^
c On les nourrit de pain trempé dans l'eau, d*œufs durs, de viande très finement hachée. Us ne paraissent pas préférer le lait à Teau pure, i
De la peau de rornithorhynque> surtout quand elle est mouillée, se dé^ge une forte odeur de poisson, qui provient sans doute d'une sécrétion huileuse. Malgré ce parfum désagréable, les Australiens mangent avec plaisir la chair de cet animal, et il ne faut guère s'en étonner, car ils consomment tout ce qui peut se dévorer : s^pents, rats» crapauds, sans le moindre discernement.
Tirent-t-ils parti de la peau, des poils notamomt, c'est ce que nous ne savons pas.
CHASSE DE rORNITHORHYNQUE
Il est plus que probable que les Australiens, friands de la taupe d'eau, ne doivent pas manquer de la prendre dans des trappes ou à l'aide de collets ; par malheur, Bennett n'en dit mot, et il faut dès lors nous borner aux deux modes de capture qu'il a employés lui-même, à savoir l'afTAt au fusil et le défonçagedes terriers, opérations pour le succès desquelles, dit-il, le concours des chiens est inutile et même tout-à-fait nuisible. »
L'aflfùt ne peut se faire que pendant une heure et demie le matin et un peu moins de temps le soir; il va sans dire que le chasseur bien caché doit se maintenir silencieux et immobile, être prêt à tirer au moment où Tanimal plonge et à lui envoyer son coup dès qu'il reparaît à la surface de l'eau. Il visera surtout à la tête, parce que le plomb ne
oint facilement dans le corps à moitié immergé et rot^é par ses poils épais. Il n'hésitera jamais du ubler son gibier tant qu'il ne flottera point inerte, endu à tort que cet animal blessé plongeait et ne lit plus, ou bien que tué il coulait & fond comme
!r le terrier de r<M^ithorhynque n'est rien ; mais a de plus difficile, c'est d'abord de le découvrir : déterminer exactement la position des deux cou- 1 donjon. Si on n'est pas maître absolu des preint de piocher le dernier, il va sans dire que les adultes s'échapperont.
i sans risque prendre à la main nue les jeunes et vieux ornithorhynques ; ils ne font alors enlen- I son et ne cherchent pas à se défendre ; mais la iprouve l'animal saisi lui fait toujours évacuer ments, qui exhalent une odeur des plus fétides.
L'ANE HEMIONE
lione (dêchiggetei, qui en Mongol signifie longues I a le port et la taille d'un beau mulet de stature le ; il le dépasse néanmoins en tieauté, surtout par tance élancée.
sure plus de I^SO du sommet de la tête à la naise la queue; la longueur de la léteeslde 0~t»S;celle leue nue est de 0"M et, avec les poils, de 0"69; la T totale apparente atteint dès lors 3"74au moins. > à l'épaule et 1°°40 de hauteur à la hanche. e est plus grande que celle du cheval, plus comlatéralement; il a le cou plus élancé et plus arrondi, i allongé, le dos plutôt tmmbé qu'incurvé; les !3 hauts, fins, forts de tendons; les épaules, ches , les cuisses un peu maigres. Sa queue pareille à celle d'une vache, est couverte, dans la ostérieure seulement, de soies foncées formant au e touffe de O'^ de longueur. Les oreilles, pluslone celles du cheval, sont plus courtes q>je chez Tàne ; : sont moyens et les naseaux béants, à l'instar du Du sommet xJe la tête k l'épaule s'étend une cripoils motis, dressés, foncés, d'environ (r62 de Ionlyant de l'analogie avec celle du poulain, be, variable suivant les saisons, à poils crépus et >mnie ceux du chameau, longs de six centimètres
Thiver et très courts Tété, est d'un gris isabelle, et une bande noire, comme la raie de mulet, va le long du dos depuis la crinière jusqu'au bout de la queue.
L*hémione habite les plaines et les plateaux secs, découverts et herbeux de la partie orientale de la haute Asie et de la Mongolie. On le trouve, surtout aujourd'hui, dans les plaines aux sources salées qui entourent le lac Taréi ; jadis il se montrait en troupeaux dans les steppes Arganiennes, où on n*en voit plus guère.
Observer Thémioneen liberté n*est point facile; il est très craintif, et ses sens, extrêmement développés, lui permettent de reconnaître de loin rapproche de Thomme ; son odorat, dit-on, porte à plusieurs kilomètres de distance.
En allant au pas, il tient toujours son cou levé ; dans sa fuite, il relève complètement la tête pour voir derrière et porte la queue haute; sa vitesse alors est tellement grande que le meilleur coursier ne saurait Tatteindre.
liCS vieux étalons conduisent au moins vingt juments et poulains; mais les troupes dirigées par des mâles de trois, quatre ou cinq ans ne comptent jamais plus de huit à dix femelles. Expulsés de la bande parle vieux chef jaloux, ces derniers suivent de loin, raccollent quelques juments vagabondes et recueillent les jeunes femelles qu'au moment du rut ce monarque expulse, parce qu'elles ne sont pas encore en ftge d'être saillies. Voilà comment les jeunes adultes parviennent, petit à petit, à former de nouvelles bandes aux dépens des harems des sultans plus forts qu'eux.
L'étalon veille à la sûreté de ses juments. A la moindre apparence de danger, il quitte le troupeau et va reconnaître le point suspect ; parfois même il charge les chasseurs qui sont à l'affût, ce qui le fait tuer souvent. D'ordinaire, une fois fixé sur le péril, il rejoint vivement la bande et l'emmène au loin.
Un étalon actif et vigoureux semble indispensable à
Texistcnce du troupeau. S'il est tué, les juments se dispersent, et, comme elles sont loin de se garder avec la vigilance des mâles, les surprises deviennent faciles et leur destruction presque certaine à bref délai.
Lors du rut, de violents combats ont lieu entre les mâles, qui perdent dans la lutte un morceau de leur peau ou une partie de leur queue. Raddc raconte en effet que tous les étalons qu'il a tués étaient couverts de cicatrices qui témoignaient de la fureur de ces batailles.
L'hémione a été longtemps, comme le zèbre, déclaré indomptable, bien qu'on dut conclure le contraire de sa sociabilité et de ses analogies avec les espèces des chevaux domestiques. Si les Mongols ne se sont pas appliqués à soumettre cet animal, la raison en est sans doute que le chameau et le cheval suffisaient à tous les besoins de leur vie nomade; mais les Indiens, plus stables et plus industrieux, devaient en tirer parti ; aussi, depuis nombre d'an- Dées,remploient-ils principalement comme bête de somme.
Dès l'introduction des hémiones en Europe par Dussumier, on s'est beaucoup préoccupé des services qu'ils pourraient rendre comme animaux de trait ou de course. Malheureusement, bien qu'ils se reproduisent et se multiplient avec facilité en France, leur naturel sauvage a empêché d'une façon presque absolue de tirer tout le parti désirable de leur foroe et de leur agilité ; on a dû, après de nombreuses tentatives, renoncer à les atteler et à les monter, au moins en pleine liberté.
Par bonheur, si l'hémione est par lui-même d'une domestication difficile, il n'en est pas de même des métis qu'il peut produire. Ainsi ses unions fécondes avec l'ânesse ont fourni des mulets fort admirés pour leurs formes élégantes, leur vigueur et leur rapide allure ; puis, on est parvenu à croiser cet animal avec la jument, et tout porte à espérer qu'on obtiendra des résultats bien plus avantageux qu'avec l'ânesse.