CHASSE DU RENNE RANGIFER
Le loup est l'ennemi le phis redoutable du renne, surfout Thiver, quand la neige est fraîchement tombée, parce qu'alors la bêle enfonce, se fatigue vite et ne peut plus se défendre, comme elle le fait sur la neige durcie et solide. Dans les hautes montagnes, au moment où les rennes se forment en troupeaux, des bandes de loups ne ma^nquent jamais de venir leur livrer des combats acharné*, et puis, pendant plusieurs centaines de lieues, ces carnassiers en grand nombre suivent la masse des émigranls, qu'ils déeiment de leur mieux. C'est alors aussi que les attaques individuelles et continues des gloutons, des lynx et des ours viennent augmenter sîngulièrement.lc chiffre dos victimes.
« Pourchasser le renne, il faut, dit Brehm, être un chns^ seur passionné ou un véritable naturaliste, ne regardant pas à la fatigue et aux privations. Comme pour la poursuite du chamois et du bouquetin, il faut avant tout de bons poumons, être bien chaussé, emporter des vivres pour plusieurs jours, passer la nuit dans une grotte ou sous une saillie de roche.
« Une fois sur le terrain, la plus gande attention est in-^ dispensable. Tout doit être examiné : le temps, le soleil^ la direction du vent, etc. ; il faut connaître les places favorites des rennes ainsi que leurs habitudes, pouvoir ramper, se glisser et grimper comme un chat ; il faut encore absolument être en état de suivre une piste et de consta-« ter leoDoment où elle remonte; une feuUle arrachée, une pierre dérangée, la plus légère trace sur te sol, sont des indices qui ne doivent pas être négligés.
-riTT-
« En Nor^^ège, la chasse du renne n'est point périlleuse, mais elle se montre peu facile et pénible. I^es flancs des montagnes sont recouverts de plaques de schistes jetées pêle-mêle les unes sur les autres ; elles se déplacent quand on monte dessus, ou bien elles sont hérissées de pointes et d'angles aigus que Ton sent au travers même des plus fortes chaussures. Le poli des lames sur lesquelles coule Teau augmente encore la difficulté du chemin. A chaque pas, on trouve un ruisseau qu'il faut savoir sauter, sous peine de prendre un bain glacé et de se mettre en sang les bras et les jambes.
€ Ce n'est pas tout ; d'autres difficultés restent à vaincre. La couleur du renne, lorsqu'il est couché, s'harmonise tellement à la teinte générale des lieux qu'il est difficile à voir. Les amas de roches trompent le chasseur en simulant un animal ; même avec une bonne lunette, on y est pris, et, après bien des efforts, on arrive... à un roc de forme bizarre ! D'autres fois, victime d'une illusion contraire, on prend ces animaux pour des blocs pierreux et, k deux ou trois cents pas, on est tout surpris de les voir fuir.
« Parvient-on à s'approcher du troupeau :1a plus grande prudence est alors nécessaire, aucun mouvement brusque ne doit se produire. A ce propos, il convient de dire que les chasseurs norwégiens ont une manière spéciale de se coucher ; ils s'affaissent sur eux-mêmes avec une insensible lenteur si bien réglée que le renne ne peut reconnaître un homme.
t Le chasseur est couché; rampant sur le ventre, il s'ap* proche le plus possible du troupeau. Les articulations du pied exceptées, il ne remue aucun membre, et cependant il avance lentement, mais d'une manière continue. Un ruisseau se présente ; s'il est un peu profond, le chasseur met son fusil sur le dos, sa poire à poudre en sûreté, et le traverse à quatre pattes sans s'inquiéter du bain. Il avance
ainsi et s*estime heureux s*il approche à moins de deux cents pas. Toutefois, quand des roches le favorisent, il continue à avancer, en s'en couvrant pour échapper à l'œil perçant du guide du troupeau, et peut ainsi parvenir à cent vingt pas. Il s'arrête alors, appuie sa carabine sur une pierre et vise avec soin le mâle plus beau.
« Au premier coup de feu, le troupeau est tellement sur*pris qu'il reste plusieurs secondes immobile et comme stupéfait. Cette particularité est si connue des chasseurs norwégiens qu'ils opèrent d'habitude à trois ou quatre, rampent ensemble vers une bande et visent des animaux différents, après que le premier a tiré.
a Ce qui oblige ces hommes à s'approcher tant des rennes, au risque de des voir fuir avant le feu, c'est la mauvaise qualité de leurs armes. S'ils étaient sûrs de leurs coups à trois cents pas, chaque chasse leur donnerait h chacun une proie, et ils pourraient faire encore mieux s'ils avaient en main de bonnes carabines doubles, mais à la condi* tion expresse de rester bien cachés et sans faire le moindre mouvement tant que leurs armes ne seraient pas vides. »
Les procédés de chasse des rennes varient avec les contrées et avec le nombre des émigrants, ainsi qu'avec les habitudes locales.
Les Joukahires et les autres habitants des bords de l'Aniouj en Sibérie, les Indiens de l'Amérique du Nord, les Chipeways, les Indiens Cuivre, Côtes -de-Chien et Lièvres, ne vivant que par le renne, qui leur donne, comme aux Lapons, nourriture, vêtements, attelages et tentes, la chasse de ces animaux décide de l'abondance ou de la disette ; aussi les saisons de passage ont-elles pour eux une importance capitale. Ces émigrations, qui varient do 10,000 à 100,000 têtes, se dirigent, au printemps, vers le nord, et, en automne, vers le sud.
€ Lorsqu'une de ces énormes bandes, dont la marche
— iS2 -
est toujours signalée k l'avance, arrive à un large cours d'eau qu'elle doit traverser, les chasseurs sibériens ou américains, qui connaissent le point où le passage aura lieu, se tiennent cachés et ne sautent dans leurs canots que quand la bande est à Teau ; les uns cherchent alors à l'en* tourer et à l'arrêter, tandis que les autres, armés de Ion- {;ues piques, frappent dans la masse. En peu de temps, ils tuent ainsi un grand nombre de ces animaux et en bles«> ^nt beaucoup qui, arrivés à la rive, tombent entre les jDains des femmes et des enfants.
« Celte chasse, véritable tuerie, ne laisse pas que d'être dangereuse. Au milieu de ces bêtes serrées les unes contre les autres, le fréle esquif est continuellement exposé à chavirer; les mâles en effet se défendent à coups de dents et de bois, les femelles à coups de pied ; tous cherchent à sauter sur les bords du canot et à le renverser. Si cette manœuvre réussit, le chasseur est perdu, car il lui est i peu près impossible de se dégager au milieu d^une pareille masse. »
Les Indiens de l'Amérique creusent, sur les passages bien connus de l'émigration, plusieurs fosses dans lesquels les ils font tomber ces animaux, ils les poussent aussi dans des enclos entourés de haies percées d'étroites ouver* tures^ qu'ils garnissent de lacets quand ils ne tuent pas les animaux à la sortie.
« Enfin, au dire de Trenzel, les Indiens Gôte-de-Ghien pratiquent une fort curieuse chasse. Ils se mettent à deux ; le premier tient dans une main un bois de renne et dans l'autre un faisceau de branches qu'il agite ; autour de la tête il a un turban en fourrure blanche. I^e second le suit de près. Lorsque les rennes aperçoivent cette singulière apparition, ils s'arrêtent et la regardent. Les deux chasseurs font feu en même temps, courent après le troupeau en rechargeant leurs armes, et tirent encore plusieurs fois. »
CARIACOU DE VIRGINIE
lima), connu vulgairement sous le nom de cerf de liane ou de la Virginie, est l'espèce la pluscomu genre. Elle ressemble en beaucoup de points au iont elle a à peu près la taille ; parfois cependant, du prince de Wled, certains cariacous sont pressi grands que lecertordinaire.
aie de taille moyenne a 1"87 de long et 1"16 de ■ au garot. La queue est de 0"33; la t^te de 0"34 ; de 0"17 et le bois de O^SS. Il pèae jusqu'à cent Times. La biche est environ d'un cinquième plus
nimal, qui diffère du daim par sa structure plus lotamment par ea tête allongée, est sans conteste beau de tous les cervidés.
1», d'un jaune-roux en été, devient gris-brun l'hiant au fbon, son pelage brun-foncé est tacheté de 1 de blanc Jaunâtre.
!l animal est répandu dans toutes les forêts de lue du Nord, sauf celles des parties les plus septen- B. Habitant du Canada, il ne se rencontre plusdans ï pelleteries. On le trouve depuis les côtes orîentau'aux Montagnes Bochcuses, et, vers le sud, jusexique. 11 était jadis plus commun ; aujourd'hui, il le disparu complètement des endroits habités pour
se confiner dans les forêts montagneuses. Il parait néanmoins se montpep en abondance sur les bords du Missouri.
« Le cerf de Virginie, dit Audubon, demeure fidèle au lieu qu'il a une fois choisi ; Yen chasse-t-on, il y retourne toujours, ou tout au moins il revient dans le voisinage (1).
« D'ordinaire, il secaciie entre les buissons de mvrthes et de lauriers, près de troncs d'arbres renversés. Dans la froide saison, il recherche les endroits secs et abrités, se tenant sous le vent et se chauffant aux rayons du soleil. L'été, il se retire pendant la chaleur dans les parties les plus ombragées de la forêt, au bord d'un frais cours d'eau. Pour éviter les piqûres de taons et de moustiques, il se plonge dans l'eau, ne laissant dehors que son museau.
« La nourriture du cariacou varie suivant les saisons. En hiver, il mange les rameaux et les feuilles des buissons; au printemps et en été, il recherche les herbes les plus délicates et pille souvent les jeunes plantations de maïs et de céréales. Il aime surtout les baies, les noix, les faînes, et se montre très friand de sel.
« Le rut, qui commence plus tard chez les jeunes que chez les vieux, se produit fin octobre jusqu'au milieu du mois de décembre. Lors de cette période, le cerf, toujours debout, cherche ses rivaux ; s'il en trouve, une bataille acharnée s'engage; elle a fort rarement pour résultat la mort d'un des combattants, parce que d'ordinaire le plus faible cède la place, suit son vainqueur à distance respectueuse, se tient toujours prêt à lui ravir le fruit de sa victoire et y réussit parfois. Seulement lorsque deux lutteurs d'égale force se trouvent en présence, ils entrelacent leurs bois de telle façon qu'ils ne peuvent plus se séparer et périssent ainsi tous deux. Un pareil cas se présente bien rarement, mais il a été constaté à plusieurs reprises.
(1) Nous allons copier à la lettre l'illustre naturaliste araéricain, mais nous aurons la grande audace d'abréger sa rédaction un peu ample.
• Vers le mois de janvier, les mâles perdent leurs bois, et, à partir de ce moment, ils vivent en bonne harmonie, comme les bardes de biches, les uns avec les autres. C'est alors qu'on voit souvent dans les prairies de Touest des bandes de plusieurs centaines de ces animaux.
« La biche ne met bas qu'à l'âge de deux ans, et un seul petit ; plus tard chaque portée est de deux. Ils naissent, dans la Caroline, au mois d'avril, avec un retard d'une trentaine de jours chez les jeunes bêtes. Dans les états du Nord, la parturition, singulièrement plus tardive dans l'Alabàma et la Floride par exemple, n'a lieu en général qu'au mois de novembre.
€ La mère aime beaucoup sa progéniture. Elle la cache d'abord avec soin sous un buisson épais ou dans de hautes herbes, lui fait plusieurs visites par jour, surtout matin et soir et la nuit, et l'emmène dès qu'elle peut suivre. Les jeunes faons, âgés de quelques jours, dorment si profondément qu'ils sont souvent pris avant de s'être aperçus de l'approche de l'homme.
t C'est un animal nocturne, mais il faut ajouter que, dans les prairies et là où on le trouble peu, il sort aussi le matin et l'après-midi pour chercher sa nourriture. L'eau lui est indispensable; aussi ne reste-t-il pas dans les endroits où elle manque.
« La démarche du cerf de Virginie est variable. Lorsqu'il court il baisse la tête, avance silencieusement et avec prudence, en agitant continuellement la queue et les oreilles. L'individu le plus fort conduit la bande, les autres le suivent un à un ; rarement on en voit deux de front. Quand ces animaux ne sont pas effrayés, ils vont lentement et au pas. Surpris mais non épouvanté, le cerf saute deux ou trois fois en l'air et retombe avec une sorte de maladresse apparente sur trois jambes, se retourne vers l'endroit suspect, lève sa queue blanche et l'agite. Puis, il fait quelques bonds, tourne la tête de côté et d'autre, cherchant ce
qui a pu te troubler ; mais, 8'il aperçoit un objet de terreur, OD le voit s'élancer rapidement et parcourir plusieurs centaines de pas avec une vitesse comparable à celle d*un cboval de course. Seulement, comme il est hors d'état de soutenir une pareille allure, il est souvent atteint et même dépassé par un cavalier bien monté«
Cet animal est des plus silencieux ; il ne crie autant dire que lorsqu'il est blessé. Surpris, il pousse un court soupir; toutefois, dans la nuit, il lance, comme le chamois, une sorte de sifflement qu'on perçoit jusqu'à cinq cents mètres.
Son odorat est suffisant pour que les individus puissent se suivre l'un et l'autre à la piste. L'ouie parait assez fine; seule la vue laisse un peu à désirer.
I.ies faons supportent très bien la captivité, mais il ne ftiut pas en faire des animaux d'appartement ; car ils ronl^nt tout et ne respectent point les volailles. Ce qui leur convient le mieux, c'est un parc bien clos et pourvu d'eau; ils en sont le plus bel ornement, mais, par malheur, ils se cassent trop facilement les pattes ; un saut maladroit suffit pour produire une fracture inguérissable.
Il va sans dire qu'on utilise le bois et la peau du cerf de Virginie. Quant à sa chair, elle laisse beaucoup à désirer chez les mâles adultes. La venaison des biches, quand elles sont grasses (ce qui a lieu de novembre à la fin de janvier principalement) vaut mieux; enfin, celle des faons de trois à dix mois se montre tendre et savoureuse.
Nota. — Le cariacou à queue blanche, espèce différente quoique ayant le même port, la même taille et presque la même robe, habite le versant oriental des Montagnes Rocheuses et surtout le bassin de la Golombia. Il recherche les steppes fertiles, traversées par de petits cours d'eau. Ses mœurs, habitudes et régime, sont si semblables à celles du cerf de Virginie qu'on peut dire qu'il le représente dans le nord-ouest, sous le nom de Chevreuil.