‹ Les chasses du globeChapitre 53 sur 206 · CHASSE DU CERF DE VIRGINIE · texte numérisé non relu

CHASSE DU CERF DE VIRGINIE

« Cette chasse mettait en Jeu, dit Brehm, toute la fuse et toute la patience des Indiens avant Tarrivée des blancs^ avec leurs armes à feu, leurs chiens et leurs chevaux.

c D'ordinaire, Flndien caché attirait sa proie en imitant le bêlement du faon ou le cri du mile. Parfois, il serevAtait d'une peau de cerf, en attachait la ramure sur sa tète, et, mimant fidèlement la marche et les allures de ranimai, il parvenait ainsi jusqu*au milieu de la harde, où deux et trois victimes étaient déjà tombées sous ses flèches avant que les autres, découvrant la ruse, se missent à fuir.

c Depuis l'introduction des armes à feu, la plupart des tribus ont abandonné pour elles Tare et les flèches de leurs ancêtres; mais, même ainsi armé, le chasseur indien charge à s'approcher le plus possible de son gibier; il ne tire qu'à vingt-cinq ou trente pas, et dès lors on comprend qu'il ne manque presque jamais.

c Le chasseur blanc opère d'après l'état des lieux. Dans les montagnes, il emploie la carabine qui permet de tirer d'assez loin ; dans les forêts, il se sert de chiens courants, qui forcent l'animal en une heure au plus, et, pour abréger )e drame, il porte un fusil à deux coups, chargé de gros plomb.

c Sur certains points, un canot est indispensable, et il le faut paré pour filer très vite, parce que le cariacou nage avec une incroyable rapidité et ne boude pas devant une excursion maritime ou fluviale de plusieurs kilomètres, quand, ennuyé de la poursuite de la meute sur terre, il se jette à l'eau dans des endroits que Ton connaît d'avance»

Si rembarcation alors ne permet pas de rejoindre l'animal et de le tirer à la nage, la chasse est manquée définitivement.

« Dans quelques localités, lorsque la neige est abondante, on se sert de souliers de neige pour traquer ce pauvre gibier, qui ne peut fuir que lentement et alors est de suite atteint.

f La nuit, on tue encore le cariacou d'une manièœ fort originale. Deux chasseurs s'associent : l'un porte un vase de fer dans lequel il fait brûler un peu de bois résineux ; l'autre le suit de près, portant le fusil. Cette lumière inaccoutumée, au milieu de la forêt, surprend le gibier ; il s'arrête et regarde immobile; ses yeux reflétant la flamme, le chasseur peut viser et faiœ feu. Il arrive souvent qu'après le premier coup des membres de la harde reviennent vers, le feu et fournissent ainsi l'occasion de tirer une seconde fois. L'inconvénient de ce procédé, c'est que le chasseur ne peut reconnaître au juste la bête qu'il a devant lui ; aussi n'est-il pas rare de tuer alors des animaux domestiques paissant la nuit dans la forêt. >

Nous avons dît précédemment qu'un cavalier bien monté ne tardait guère à rejoindre et à dépasser le cariacou; mais nous avons oublié de mentionner les résultats obtenus avec de bons lévriers ; ils prennent toujours au bout de quelques centaines de mètres.

En Virginie, on se borne à disposer des pièges d'acier très solides au bord de l'eau, et à planter le long des baies force pieux pointus sur lesquels de nuit les cerfs viennent se blesser plus ou moins grièvement.

LE CERVULE MUNTJAC

ou KIDANG

« Les cervules, dit Brehm, sont caractérisés par leur petite taille, leur bois imparfait, leurs fossettes lacrymales larges et profondes. »

Toutes les espèces de ce genre habitent les* Indes et les îles de la Sonde. Nous allons nous occuper ici seulement de celle qui est la plus connue, le muntjac ou kidang.

Cet animal, à peu près de la taille du chevreuil, mesure 1"30 de long, 0"72 de hauteur au garotet 0^80 au sacrum.

Le mâle porte un bois reposant sur des saillies très longues. La tige se recourbe d'abord un peu en avant et en dehors et s'infléchit brusquement en arrière et en dedans. Simple dans le principe, cette tige porte plus tard un andouiller d'oeil, court, fort, pointu, oblique en haut et en avant. Les saillies placées l'une près de l'autre s'écartent ensuite et ont O^OS de haut ; recouvertes de poils serrés, elles se terminent par une rosette formée d'un seul rang de gi'andes perles.

C'est un cervidé assez élancé, mais vigoureux. Son corps est ramassé ; il a le cou de longueur moyenne, la tête courte, les jambes hautes et minces, la queue courte et touffue. La teinte d'ensemble de son pelage court, lisse et épais, est brun-jaune; le bois est blanchâtre tirant sur le

Jaune; les sabots sont noirs et surmontés d*une tactie Manche ; les pieds de devant marqués de raies blanches en avant et noirs en arrière.

Cet ammal, très attaché à sa demeure, parait se complaire dans les régions peu élevées, riches en collines et en vallons, et plus encore au pied des hautes montagnes ou à la lisière des forêts. Aussi est-il commun à Java, où de pareils endroits abondent, et où on les voit vivre par paires et par petites familles.

Les muntjacs se nourrissent principalement de ces hautes herbes qui, à Java, recouvrent toutes les bruyères et qui sont une espèce de phyllanthes, appelée allang-allang par les voyageurs ; là aussi se trouve un grtmd nombre de malvacées que ces animaux ne dédaignent point, sans compter que dans ces lieux riches en eau et presque déserts, en sus de Tabondance, ils jouissent d* une parfaite séourité.

On sait seulement que l'espèce se met en rut en mars-avril ; qu'alors les mâles, qui vivent solitaires le reste de Tannée, recherchent les femelles, restent quelque temps avec elles et ne tardent pas à les abandonner. On ignore la durée de la gestation, Tépoque de la mise bas et Tâge auquel le jeune m&le a son pi^emier bois.

Le caractère impatient de ce cervule fait qu'il ne s'accommode pas facilement de la captivité. On parvient cependant à le conserver en lui donnant un grand espace et une nourriture choisie.

Les Européens ne dédaignent pas la venaison du muntjiac ; quant aux indigènes, ils mangent volontiei*u la chair du mâle, mais ils ne touchent jamais à la femelle» qu'Us considèrent comme impure.

La peau ne parait point ôtre utili3ée.

Nota.— Dans ces derniers temps, on a décrit plusieurs autres espèces de muntjacs ; nous ne saurions dire si c'est à tort ou à raison.

CHASSE DU CERVULE MUNTJAC

Bien que le tigre et la panthère poursuivent sans trèvd les muntjacs et que Tbomme, leur plus redoutable ennemi, les chasse de toutes les façons, le nombre de ces gracieux animaux ne diminue pas. On doit certainement n^attribuer cet heureux résultat qu*à la douceur du climat et à Tabondance de nourriture qui en résulte*

Les indigènes chassent tous avec ardeur le cervule, qui laisse une piste visible et chaude que les chiens empaument vivement. Ne fuyant pas au loin comme le cerf ordinaire, il s'élance d*abord très rapidement, puis, ralentissant son allure et décrivant un grand cercle, il retourne au lancer. Les indigènes, bien au courant de toutes ses habitudes, le disent avec raison faible et paresseux. En effet, lorsqu'il a été poursuivi quelque temps, il finit par se cacher la tête dans un buisson et reste là immobile, sans s'inquiéter de l'approche du chasseur, tant alors il se croit sans doute en sûreté. Si, par hasard, les chasseurs n'ont pu le tuer, qu'ils reviennent les jours suivants et ils le retrouveront à la place où il a été lancé la première fois.

Lâchasse du muntjac aux chiens courants est une véritable passion pour les Javanais de distinction. Plusieurs d'entre eux possèdent de grandes meutes. Les chiens qui les composent, connus sous le nom de pariahs, descendent de la race aborigène. Vivant dans un état de domesticité imparfaite, maigres et mal soignés, sauvages et indociles, ils sont courageux, pleins de feu et, malgré leurs oreilles droites, ils valent mieux que les autres chiens

pour cette chasse. Dèsqu*ils ont trouvé une piste, ils la sui' virent avec entrain ; mais le chasseur doit les soutenir quand, forcée, la bête de meute livre combat ; car le cervule est brave ; il sait se servir de son bois contre les toutous et même les blesser mortellement au dos, au ventre et à la poitrine. Bien qu'en général il succombe finalement sous les crocs des chiens, il vaut mieux que la balle dupiqueur prévienne la bataille.

Dans la partie occidentale de Java, on organise des traques, et on y tue souvent de quarante à cinquante bêtes par jour. Quelques chasseurs montent des chevaux dressés à cet effet, qui suivent le muntjac jusqu'à ce que le cavalier puisse l'abattre d'un coup de sabre. Ils montrent alors une telle fougue que des accidents très graves se produisent fréquemment.

A Banca, on place entre les arbres des lacets, sur deux rangées obliques qui s'écartent l'une de l'autre; puis, avec des chiens, on y pousse les cervules qui, affolés de peur, se précipitent dans cette sorte d'enceinte, où ils se prennent dans les collets.

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