LE BISON D'AMÉRIQUE
Le bison d'Amérique, nommé buffle ou buffalo par les indigènes, est le plus grand de tous les mammifères de ce continent. Le mâle a de 2™80 à 3"00 de long, non compris la queue qui mesure nue 0™50 et avec ses poils 0"66 ; sa hauteur au garot atteint S^'OO et au sacrum 1"*66. Le poids varie de 600 à 1,000 kilogrammes. La vache est toujours environ d'un cinquième plus petite.
Cet animal, qui ressemble beaucoup au bison d'Europe (1), est d'un gris-brun uniforme; la crinière, la tête, le front, le cou et les fanons se montrent plus foncés. En été, le pelage est brun-jaunâtre. Lescornes, les sabols et le museau sont d'un noir vif. On trouve, mais rarement, des individus blancs ou tachetés de blanc.
Jadis le bison s'étendait sur presque toute l'Amérique du Nord ; maintenant, on ne le trouve plus en grandes bandes que dans les contrées au nord et à l'ouest du Missouri.
Les bisons paraissent encore plus sociables que les autres bovidés; cependant, ces masses, que l'on aperçoit à perte de vue dans une plaine, ne constituent pas un seul troupeau ; elles ne représentent que l'agglomération for- Ci) Ce dernier ne se maintient plus que là où il trouve de puissants protecteurs.
tuile d'un nombre immense de petites bandes. Le troupeau proprement dit n*est du reste au complet (de vingt à quarante) qu'à l'époque du rut; le reste de l'année, les mâles se tiennent ensemble et les vaches avec leurs veaux font aussi bande à part.
Tous les ans, ces animaux entreprennent régulièment de grands voyages. En juillet, par bandes de plus de cent mille» ils descendent au sud, vers les régions fertiles de l'Arkansas; au printemps, ils retournent vers le nord, mais divisés en groupes beaucoup plus petits. Ces migrations, nécessitées par le besoin de nourriture, s'exécutent en suivant invariablement les mêmes routes, que les Américains nomment sentiers des buffles. En thèse générale, une fois cantonnés, les bisons se tiennent l'été dans les plaines, tandis que l'hiver ils recherchent les forêts. Ils vont alors avec une grande régularité des pâturages aux rivières pour boire et se baigner.
Le régime de cet animal varie avec les saisons. Par les beaux temps, il trouve dans les herbes des prairies une nourriture succulente ; mais, en hiver, force lui est de n'avoir qu'une alimentation plus maigre; quelques jeunes pousses, des feuilles, des herbes desséchées, des lichens, des mousses, doivent lui suffire.
Le bison n'est ni maladroit ni paresseux. Quoique lourd en apparence, il fait preuve d'une agilité surprenante, et, malgré ses jambes courtes, on le voit paixîourir rapidement des espaces considérables. Jamais il ne marche avec lenteur comme le bœuf; son pas est pressé, son trot vif, son galop si vite qu'un bon cheval a de la peine à l'atteindre. Lorsqu'il est en fureur, il s'élance avec une vélocité incroyable. Il nage longtemps et avec rapidité.
La voix de cet animal est un sourd mugissement, plus semblable à une sorte de roucoulement qu'au bêlement. Lorsque des milliers de bisons mugissent à la fois, on ijirait le roulement du tonnerre.
L'ouïe et l'odorat sont les sens les p!»s développés cliez le bison. Il passe pour avoir la vue mauvaise ; nous croirions plutôt que les poils longs et épais qui entourent sa télé l'empêchent seuls de bien voir.
Sous le rapport de l'intelligence, cet animal ne diffère pas des autres bœufs sauvages. Il est doux, craintif, peu promptà s'exciter, mais, une fois en colère, il oublie tout, devient courageux, méctiant et ardent à la vengeance.
Le rut, qui dure environ un mois, a lieu en juillet-août. Il va sans dire qu'alors se livrent de violentes batailles, qui néanmoins ne sont jamais mortelles. Le vaincu, quelque peu avarié, se relire sans être poursuivi, et le vainqueur emmène hors du troupeau la vachequ'il a conquise, s'isole avec elle et ne la quitte que quand elle met bas. Les mâles, qui n'ont pas trouvé de femelles, restent méchants et furieux encore pendant plusieurs semaines et attaquent alors sans provocation l'homme, devanllequel ils s'enfuient d'ordinaire.
La femelle porte neuf mois et n'a jamais qu'un petit. Toutes les vaches qui ont n)is basse réunissent et gagnent le pâturage le plus plantureux pour y élever leurs veaux, qu'elles soignent avec tendresse et qu'elles défendent avec une grande énergie. Les jeunes sont des êtres charmants, vifs, gais, très enclins à jouer, à s'agacer, à gambader.
L'intelligence des bisons, comme on peut le voir chez des individus captifs, est susceptible de développement. Us s'apprivoisent et ont même un certain attachement pour le gardien qui les traite avec douceur. Mais, à vrai dire, il faut longtemps pour qu'ils déposent leur timidité innée et qu'ils reviennent k d'autres sentiments.
Ce n'est que depuis peu d'années que l'on voit des bisons dans les jardins zoologiques d'Europe. Ces animaux s'y reproduisent assez facilement; on les a même croisés en Amérique avec des boeufs domestiques, et les métis su
sont montrés féconds. Il y a donc lieu d'espérer itn jour ta domestication de ces animaux, qui seraient surtout utiles par leur lait et leur laine.
La chasse du bison est d'un bon rapport. La viande séchée, connueen Amérique sous le nom de pemmikan, est envoyée au loin et tous les voyageurs la trouvent de bon goût. La langue passe pour un mets délicieux. La chair de la vache est plus grasse que celle du m≤ celle du veau est très tendre. De juillet à la fin de septembre, la viande des taureaux, à cause du rut, est imprégnée d'une telle odeur de musc qu'elle devient absolument immangeable pour un Européen.
Avec la peau, les Indiens se font des vêtements, des ten* les, des couvertures, des ceintures, des selles, et garnissent la membrure de leurs canots ; avec les os, ils font des arçons et des couteaux à scalper; les tendons procurent du fil et des cordes d'arc ; les pieds et les sabots donnent de la colle ; les crins de la tête et du cou servent à faire de menus cordages et les queues deviennent des chasse-mouches; enfin le fumier est utilisé comme combustible.
La laine du bison est si abondante qu'une seule toison peut peser jusqu'à quatre kilogrammes. Elle se laisse travailler comme celle du mouton, et, en certains endroits, on en fabrique des étoffa très chaudes et très solides.