CHASSE DE L'HAMADRYAS
Le léopard, qui n*attaque jamais les animaux en bande et qui ne se lance que sur des isolés, est le seul carnassier qui soit dangereux pour les hamadryas.
Il saisit toujours sa victime par surprise et par derrière ; lorsqu'il a de cette façon réussi à sauter sur le dos du singe et qu'il le tient par la tête ou la gorge avec ses terribles griflesde devant, le pauvre animal mis dans Timpossibilité de se défendre, se livre à une fuite vertigineuse, que les attaques des pattes de derrière ne font que rendre encore plus vive; mais bientôt, à bout de forces, il roule sous son innplacable cavalier qui s'empresse de l'égorger.
Quant aux indigènes, Thamadryas ne les craint guère : il passe, sans en être troublé, à côté des nègres et boit au même ruisseau qu'eux. Un blanc donne déjà à réfléchir à la bande ; cependant on ne saurait dire que sa vue la fasse sauver. S'il s'approche avec des intentions manifestement hostiles, on entend les sons les plus divers; d'abord des grognements pareils à ceux d'un nombreux troupeau de porcs, au milieu desquels éclatent de temps à autre des cris rappelant la voix du léopard ou le mugissement du taureau. Chaque cynocéphale hurle, grogne, aboie, crie à tue-tête. Tous les mâles adultes se rangent alors sur la ligne des rochers qui dominent les petites collines et la plaine, et regardent attentivement dans la vallée pour bien se rendre compte du péril; les jeunes se réfugient auprès des vieux, les petits s'attachent à la poitrine de leur mèi'e ou grimpent sur son dos, et, au signal donné,
toute la bande prend la fuite aussi vite que possible en sautant sur les quatre pattes (1).
Lorsque pareil cas se présente, c*est à grande peine que le chasseur parvient à placer une balle; mais les choses se passent tout autrement s'il a eu le soin d*emmener avec lui une meute de chiens recrutés dans le pays. Les hamadryas alors poussent des grognements furieux, frappent d'une main contre les roches et lancent des regards étincelants de rage à ces ennemis sur lesquels ils s'apprêtent à se jeter tous ensemble. Grftce à cette diversion opérée par les chiens, qui n'attaquent du reste qu'avec une extrême prudence, la fuite des mâles valides, si elle est commencée, cesse de suite pour tenir tète à la meute, et il est loisible alors aux chasseurs de fusiller à leur aise ces animaux occupés ailleurs.
On cite quelques rares exemples d'agression d'hommes sans armes par les Tartarins, qui ne prennent jamais cette audace vis-à-vis des chasseurs ; cela ne veut point dire qu'on puisse impunément sans prudence porter la main sur les blessés.
(1) C'est de ce promontoire élevé, où la bande silencieuse fait la sieste entre le déjeûner et le souper, qu'elle surveille le passage d'une caravane, d'un troupeau de bétail, qui ne lui arrache que quelque sons singuliers, pareils à l'aboiement du chien et destinés sans doute à éveiller l'attention des sentinelles.