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CHASSE DES ÉLÉPHANTS

Ces aninoaux figurent fatalement et malheureusement sur la liste des êtres qui sont en voie de disparaître.

En Afrique, on ne les chasse plus que pour se procurer leur précieux ivoire, et tous les moyens sont bons pour les tuer, sans le moindre souci de Tavenir. Dans Tlnde, la destruction n*est pas aussi grande, parce qu'on aime mieux s'en emparer vivants, pour les dompter et en retirer un travail réellement utile. Nous allons, le plus brièvement possible, dire comment on les tue et comment on les capture.

' 'Les vrais chasseurs d'éléphants poursuivent leur proie . au sein des forêts vierges, avec l'assistance des indigènes qui portent les armes et relèvent les pistes. Le chasseur s'approche le plus possible, met d'habitude pied à terre, et, avec une carabine à longue portée et d'un fort calibre, il loge sa balle dans le crâne immédiatement derrière l'oreille. Un bon tireur a rarement besoin de sa seconde balle, et plus d'une fois on en a vu faire coup double.

Cette chasse est moins dangereuse qu'elle ne le parait. Un éléphant irrité peut se précipiter, il est vrai, sur son agresseur et le tuer en le foulant aux pieds ; mais presque tous les chasseurs, qui alors se trouvent réellement en

péril, parviennent à s'échapper avec du sang froid et de Tagilité, ou bien grâce à leur cheval. Ce qui du reste facilite le sauvetage, c'est que la poursuite n'est pas tenace, attendu que la timidité naturelle de l'animal l'emporte bientôt sur sa colère.

Nous ne croyons pas devoir nous étendre davantage sur ces massacres ; les amateurs de détails complets les trouveront dans les ouvrages spéciaux d'Adulphe Délegorgu^. et de Gordon Cumming(l).

Dans l'ouest de l'Afrique, au dire de du Chaillu, .les. nègres entrelacent les lianes en manière de nœuds coulants ; ils y poussent les éléphants, et, une fois que ceuxci sont empêtrés et restent immobiles, on transperce les . plus gros avec de^ lances jusqu'à ce qu'ils, tombent mort3.

Il parait que les Noirs des rives du Nil Blanc chassent » de même ; seulement de plus ils creusent des fosses dans lesquelles ces animaux culbutent lors de leur pérégrinations nocturnes; ne pouvant en sortir, ils y meurent de faim, quand les chasseurs oublient de les tuer.

Plus attrayante et plus humaine est la manière dont on s'empare des éléphants sauvages pour les dompter.

11 s'agit de surprendre ces animaux très prudents, de les capturer, puis de les subjuguer et enfin de les soumettre au service de l'homme. Les Indiens sont passés maîtres dans cet art, où ils déploient une habileté, une prudence, ime ruse et une hardiesse vraiment surprenantes. A deux, ils se rendent dans la forêt et enlèvent un éléphant à sa famille. La chose semble impossible, et cependant il en est ainsi.

(1) Voyage dans l'Afrique Australe (de 1838 à 1844), par A. Delegorgue. Au dépôt de librairie, rue des Moulins, 8, Paris, 2 vol.

La Vie au Désert (cinq ans de chasse) dans l'Afrique Méridionale, Michel Lévy frères, libraires-éditeurs, rue Vivionne, 2 l)is, Paris, 18(50. Deux séries.

Ces hommes suivent la piste (l*un éléphant comme un bon chien suit celle d*un cerf. Ils reconnaissent bien vite quelle est la fore« du troupeau, la taille des plus grands et des plus petits ; ils font de Tanhual ce qu'ils veulent, Tef* frayant ou le mettant en colère, selon qu'ils le jugent à propos.

Leur seule arme est un lacet solide, en peau de cerf ou de buffle, qu'ils jettent au pied de l'animal qu'ils ont en vue. Comment font-ils pour se glisser inaperçus auprès d'une béte aussi craintive? Cest une énigme. Pendant que l'un engage le pied de l'éléphant dans le lacet, l'auti^e fixe solidement à un arbre l'extrémité libœ de l'engin ; s'il n'y en a pas, l'un excite l'animal, l'attire vers un bouquet d'ar* bresy où le second attache alors son lacet. L'animal captif devient furieux ; mais le chasseur le connaît et parvient à le dompter en peu de temps.

11 emploie d'abord les moyens terrifiants : le feu, la fumée ; puis il prive son prisonnier de nourriture et de boisson, ne lui laisse pas de repos, le fatigue et l'épuîse de toutes les manières. Plus tard, il change de conduite, et le comble de bons traitements. Bref, grâce aux artiflces les plus divers, en peu de mois il arrive à faire de cet animal furieux un être complètement soumis à sa volonté.

La présence d'un Européen dans ces expéditions gâterait tout ; force est donc de se contenter des récits qu'on parvient, non sans peine, à obtenir des Indiens sur leurs modes d'opéra tioi;); mais, heureusement pour les étrangers, ils peuvent en revanche assister au curieux spectacle des grandes chasses à traque, qui mettent souvent dans l'Inde des centaines d'éléphants au pouvoir de l'homme.

I^ corral (dans lequel il faut en traquant avec des milliers d'hommes pousser ces animaux sauvages, qui y deviennent prisonniers dès qu'on en barricade l'entrée) n*a génér^lenient pas moins de cent cinquante mètnes de long

sur soixante -quinze de large. Les pieux, dont on se sert pour Fenclore, ont O^SO à (TSS d'épaisseur ; enfoncés de l"00en terre, ils s'élèvent à quatre ou cinq mètres au-dessus du sol. Leurespacement ne permet que le passage d'un homme; on entrelace le tout de lianes et de bambous et on le consolide avec de nombreux arcs-boutants.

Il va sans dire que cette clôture, quelque forte qu'elle soit, ne résisterait pas au choc d'un gros éléphant qui se lancerait à toute impétuosité contre elle; mais on sait par expérience quo ce cas, qui sauve alors les prisonniers, est excessivement rare. On table donc sur la timidité des animaux, sur l'adresse des chasseurs ain$i que sur la vigi*lance des gardiens de l'enceinte, hommes ou jeunes gens armés de perches portant des drapeaux qu'ils agitent et dont la vue suffit pour calmer l'ardeur belliqueuse des éléphants.

Pas n^est besoin sans doute d'ajouter qu'on se garde bien de raser les arbres, voir même les broussailtes, dans le corral afin d'en mieux masquer la clôture, et que l'emplacement de cette vaste souricière doit toujours értre au voisinage d'un cours d'eau qui permette aux éléphants captifs de se baigner et de se désaltérer pendant qu'on les dompte.

Quand le corral est fini, les rabatteurs (au nombre de deux à cinq mille) se mettent & Tœuvre. Il leur faut souvent former un cercle de plusieurs lieues pour que le nombre des animaux soit considérable. Leur marche doit être aussi mesurée que patiente ; ils doivent de plus faire bonne garde et entretenir, jour et nuit, des feux de dix en dix pas pour empêcher l'évasion des troupeaux englobés, tout en les poussant vers le corral, jusqu'à ce qu'enfin les deux ailes des rabatteurs viennent s'y appuyer. On n'a plus alors qu'à chasser les bètes vers l'entrée, opération qui réussit toujours quand les ailes font boime contenance et q^e l'arrière-garde donne à propos avec force tapage,

ctameurg stridentes, roulements de tambours, coups de feu, etc.

« Le guide des éléphants se présente à l*entrée, s'arrête un instant, regarde à droite et à gauche, baisse la tête et se précipite dans Fenclos, où toute la bande le suit. Les chasseurs alors se h&tent de barricader solidement la porte d'accès.

« Quant aux captifs inconscients, ils s'avancent jusqu'au bout de l'enclos, et, trouvant un obstacle, ils reviennent à l'issue qui leur a offert un passage. Elle est fermée, et alors leur terreur dépasse toute mesure. Ils courent à pas rapides autour du corral entouré de feux à l'extérieur; s'ils cherchent à renverser les pieux, ils trouvent des hommes armés de torches et de perches à dnipeaux, faisant un bruit infernal. Après plusieurs vaines tentatives, on les voit éperdus et ahuris gagner avec résignation une place de repos au milieu du corral ; mais ce n'est jamais qu'au bout de deux heures environ de tentatives infructueuses de fuite.

« De très sérieuses dispositions doivent êtres prises pour la nuit. Le nombre des sentinelles est triplé autour de l'enclos et les feux ont des provisions suffisantes pour bien flamber j usqu'au jour.

c Après le lever du soleil, on débarre sans bruit l'ouverture, et deux éléphants domestiques entrent silencieusement, chacun monté par son cornac assisté d'un serviteuc, et chacun muni d'un fort collier, duquel pendent deux cordes (en peau d'antilope) terminées par un nœud coulant. En même temps et caché par eux, se glisse dans l'enclos tin preneur (^éléphants.

c Les prisonniers se mettant d'habitude en cercle, la tête au centre, les éléphants domestiques se glissent sans crainte au milieu et prennent le plus grand mâle entre eux. Celui-ci n'oppose aucune résistance, mais manifeste ^n mécontentement en levantcontinuellement une jambe

après Tautre. Le preneur s'avance, tenant ouvert des deux mains le nœud coulant dont l'extrémité se relie au collier d'un éléphant domestique ; profitant du moment où l'animal sauvage soulève le pied de derrière, il engage le lacet, le serre et senfuit. Les deux bêtes apprivoisée[S se retirent alors, l'une, tendant la cordé de toute sa longueur^ sépare ainsi du groupe l'animal captif et est aidée dans cette opération par l'autre qui se met entre elle et le troupeaui. Mais tout n'est pas terminé; car il reste encore à entraîner le captif près d'un arbre pour l'y attacher et il oppose alors une résistance énergique. L'éléphant au lacet, le tirant à lui, réussit à passer la corde autour d'un arbre et la tient toujours tendue ; mais il ne peut l'enrouler qu'avec l'aide de son camarade qui fait reculer le captif afin de lui permettre de tourner entra l'arbre et ce dernier. Le chasseur fixe lestement la corde au pied de l'arbre; puis un second lacet se passe à l'autre jambe de derrière et est attaché au même point, et ces deux jambes ensuite sont liées avec des cordes bien graissées pour éviter les blessures; enfin, grlce aux deux éléphants privés, le chasseur parvient à passer son lacet autour des deux jambes de devant et à l'attacher à. un autre arbre.

c La capture alors est achevée, et elle demeure définitive, malgré les violejits efforts que fait le prisonnier pour rompre ses lienis aussitôt que les deux éléphants domestiques le quittent poup aller traiter de même manière et successivement les adtres membres du troupeau captif, en ayant bien soin toujQiirs d'opérer de préférence sur les plus turbulents. La durée moyenne de la capture dépasse rarement quarante-cinq minutes par tête.

c Le métier de preneur n'est certes pas sans danger ; mais, avec de l'adresse, de la souplesse, de la prudence et du sang- froid, les catastrophes sont bien rares. Quant aux cornacs, chose curieuse, les éléphants sauvages ne cherchent jamais à les renverser.

« L'éMphial a^esipta difficUe à domptoi*, la femeHe surtout. Après trois joum(f«tteete»flooaimeiiee à hiœ mao* ger, et on lui donne alors un étépfauit damestiqiui pour compagnon. Ensuite deux hooifnes lui caressent le dos et lui parlent avec douceur; il commence par être furieux et par frapper de tous côtés avec sa trompe que des gens» apostés exprès, reçoivent sur la pointe de leurs piques et qui est bientôt tellement blessée qu*elle cesse d'être une arme offensive. L'animal de la sorte apprend à redouter la puisaaace de riiomme, et, en trois semaines, on ramène à se coucher dès qu'il voit la t>aguette de fer dont il a été spuYent frappé*

<• En moyenne, au bout de soixante joui*s la présence des éiépbants domestiques devient inutile et le coraac peut monter sur raolmiU qu'on fait travailler deux mois après. »

Gomme il faut au moins neuf semaines avec quinze ceuts hommes pour organiser le eornl et les d!bri& de chasse» et en outi*e trois ou quatre mille rabatteurs, oaooœpraQdnL sans peine que des traques aussi grandioses et aussi coû^ teux ne sauraient être organisés convenablement que par des princes indigènes ou des gouverneurs de l'Inde, ayant besoin d'une remonte d'éléphants pour les travaux ou les transports.

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