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CHASSE DU RHINOCÉROS

Le lion et le tigre ne se hasardent jamais à attaquer cet animal, sachant que leurs griffes sont trop faibles pour déchirer son épaisse cuirasse; mais ils se jettent volontiers sur un jeune mal gardé, si l'occasion s'en présente une

fois par hasard. En réalité, ils sont donc peu dangereux pour l'espèce.

Le véritable ennemi de ce pachyderme, c'est l'homme ! Toutes les peuplades sur le territoire desquelles il se trouve le poursuivent avec ardeur, et les Européens pratiquent également cette chasse émouvante avec une véritable passion.

Il a été souvent dit que la peau du rhinocéros était impénétrable à une balle ; mais on sait aujourd'hui le peu de fondement de cette assertion, et qu'une lance ou même une flèche peuvent fort bien la percer. S'il en était autrement, les chasseurs indigènes qui cherchent à surprendre l'animal endormi et qui le criblent de coups de lances avant qu'il ne soit entièrement réveillé, ne réussiraient jamais à le tuer. Lorsque la béte ainsi maléflciée a perdu beaucoup de sang, le chasseur le plus hardi et le plus adroit cherche d'un coup de sabre à lui trancher le tendon d'Achille afin de paralyser sesniouvements et sa défense.

I^s indigènes ne semblent pas avoir recours à des pièges pour prendre ces animaux dévastateurs et dangereux. Quand ils possèdent des armes à feu, ils opèrent comme les Européens, dont nous allons nous occuper maintenant.

c Aux Indes, on monte sur des éléphants pour chasser le rhinocéros, mais ceux-ci sont souvent blessés par l'animal furieux. Borri, qui a assisté à une de ces chasses, raconte que le rhinocéros, aussitôt levé, s'élança sur ses ennemis sans tenir compte de leur nombre et que, comme ils s'étaient écartés de son chemin, il courut droit devant lui entre leurs rangs, et arriva ainsi à l'extrémilé de la ligne où se trouvait le gouverneur monté sur un éléphant. Le rhinocéros se dirigea sans hésiter sur cet animal, cherchant à le blesser d'un coup de corne; l'éléphant de son côté s'efforçait de saisir son agresseur avec sa trompe ; entre temps, le gouverneur profita avec adresse d'une occasion favorable pour tirer le rhinocéros au bon endroit. »

Attaquer à cheval ce pachyderme est un mauvais mode dectiasse, par la raison que l'animal blessé cbarge de suitQ le cavalier, qui est alors presque toujours culbuté avec sa monture, attendu que celle-ci, afToIée à la vue du rhinocéros, n'obçit plus à l'homine, reste imnjiobUe et comme pétFiËéeel est transpercée par la redoutable corno- Jeté t^. le ctiasseuF doit en pareille çtrconstapoe s'eatinaer lieureiui; s'il n'est point écrasé parla bète furieux.

Il ne faudrait pas conclure de ce que nous venons de dire que des chevaux tenus en main tout proche ne seraient pas souvent utiles pour gagner les devants d'un animal blessé, qui fuit avec une vitesse plus grande que celle du meilleur coureur.

La véritable manière deveniràboutdece brutal gibier, c'est de l'approcher, toujours à bon vent, en rampant silencieusement, et, arrivé à trente, vingt et même dix pas, de bien viser le défaut de l'épaule ou, dans l'intervalle qui sépare l'œil de l'oreille, la tierce partie proche du canal auditif, logeant là une balle de fort calibre.

Si, avec l'emploi de ce mode d'attaque, le chasseur maîtrise ses nerfs et conserve bien sa présence d'esprit, son sang-froid en un mot, s'il est en outre agile, rien ne l'empêchera de réussir ; mais qu'il se garde bien d'employer des chiens comme auxiliaires, car leur intervention, qui ne servirait qu'à surexciter la colère de l'animal, au désavantage de rtiomme, aurait le grave inconvénient, par suite de leurs abois, de faire gagner tout de suite le large à la bête avant qu'elle ait pu recevoir un ou deux coups de feu.

On ne chasse jamais seul en Afrique ou dans les Indes ; en cas donc d'une attaque subite d'un rhinocéros près duquel on passe par hasard, l'homme assailli peut espérer la prompte intervention de ses compagnons, mais il faut d'abord qu'il se débrouiilcavec sang-froid et agilité, autre- (nent le secours arriverait trop tard.

A défaut de piste k suivre, on a parfois la chance d'entendre ronfler bruyamment cet animal dans un fourré ; cependant souvent, bien qu'il dorme profondément, il ne respire que d'une manière imperceptible.

Un oiseau, Tani (buphaga), qui fait commerce continuel d'amitié avec le rhinocéros qu'il débarrasse de sa vermine, le réveille par ses allures, ses cris et son départ, et fait ainsi manquer la plupart des surprises.

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