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CHASSE DE ^HIPPOPOTAME

Ce beau gibier est fatalement destiné à disparaitré souâ les coups ides armes à feu ^déjà^iême^on ne le irQuve|>lu6

autant dire que dans les lieux où Thomme ne peut le poursuivre qu'avec Tare et la lance seuls en usage, c'est-à-dire dans tous les grands fleuves et lacs de Fintérieur de TAfrique.

Fréquemment les bords de ces lacs et rivières sont revê* tus sur une assez grande largeur de roseaux élevés naissant dans la fange. C'est surtout par là que les amphibies sortent chaque soir et rentrent chaque matin; ils y tracent des sentiers qui n'ont guère plus de 0"S0 à 0^60 au bas et qui sont percés larges et hauts d'un mètre, les roseaux formant une voûte élastique qui cède au passage et se referme ensuite. Eh bien f c'est là, malgré la fange qui retient les pieds, malgré des embarras de tout genre, que l'intrépide chasseur Gafre recherche un tête-à-tête avec l'animal, qu'il combat bravement à l'arme blanche.

Il n'ignore point qu'à la sortie comme à la rentrée l'hippopotame peut d'un seul coup de gueule l'abattre et l'écraser ensuite; aussi ne l'attaque-t-il que latéralement et autant que possible à bon vent ! Ce qui lui donne confiance, c'est qu'il sait que l'animal n'oppose aux armes tranchantes que la grande épaisseur de sa peau supportée par des côtes larges, plates, faciles à briser, et que les javelots la percent aisément, à cause de sa tension sur une forte couche de lard. Puis, enfin, il ne regarde point son adversaire comme une bête vindicative.

Quoiqu'il en soit, on voit rarement le duel se terminer à terre, et presque toujours le Gafre doit aller à la nage repêcher sa victime, au risque de se faire saisir par les crocodiles. Parfois, n'ayant pas de barque, il essaie d'improviser un radeau, opération qui n'est point aisée, faute de bon bois.

Les Soudanais plus industrieux perdent bien moins de victimes que les Cafres, d'abord parce qu'ils se précautionnent d'un canot pour la recherche du lendemain matin, et içnsuite parce que leur javelot^harpon est construit de

manière que le choc fasse tomber la hampe reliée au fer par une corde. Cette hampe alors flotte en guise de bouée indicatrice et permet ainsi de découvrir aisément l'animai atteint à sa rentrée dans l'eau.

On avance prudemment et en silence, la lance et le harpon en arrêt; un des chasseurs alors saisit la corde. Aussitôt, ranimai blessé arrive à la surface et se précipite sur lé canot ; mais, reçu par une grêle de coups de lances et de. harpons, presque toujours il bat en retraite. Cependant parfois l'embarcation chavire à la suite des mouvements impétueux de l'animal, et les Soudanais doivent se sauver à la nage en se garant des crocodiles seuls ; car, quoiqu'on en dise, l'hippopotame ne poursuit point les naufragés.

Lorsque pareille résistance se produit, on remet d'habitude la chasse au lendemain, laissant ainsi la bête s'épuiser par la perte de son sang ; grâce aux bâtons flottants, elle est bien vite retrouvée et achevée alors d'un bon coup de lance dans la moelle ou dans la poitrine.

On amène ensuite la victime sur un banc de sable, où on la dépèce et où les Soudanais se régalent de grillades et de graisse, avec moins de voracité toutefois que les Cafres, qui en absorbent impunément sept à huit kilogrammes.

Les indigènes ont recours aussi à un piège ingénieux pour se rendre maîtres de ce gros gibier. Se basant sur ce fait! d'expérience que l'hippopotame, lorsqu'il regagne le fleuve le matin et que la peur vient à le talonner, n'hésite pas à sauter à l'eau d'une rive escarpée de quatre à six mètres ; que de plus alors il se laisse parfaitement diriger par des haies et des obstacles improvisés sur le point choisi^ ils plantent au fond de l'eau en endroit favorable des pieux solides dont la pointe aiguë ne dépasse pas la surface. Cela fait pendant le gagnage, ils vont relancer les amphibies avec grand bruit et torches allumées, les obligeant à donner dans le piège tendu. Ainsi affolés, beau-

coup d*aniinaux se précipitent sur les pals invisibles et 6*y blessent mortellement. Les chasseurs n*ont plus alors que la peine de repêcher^ au lever du soleil» les cadavres qui flottent sur Tonde.

Quoique en s<Mt des résultats obtenus par les indigènes avec leurs lances, harpons et flèches, il reste constant que seuleYavme à feu peut permettre à coup sûr de termina, en une fois^ la lutte contre ce puissant animal. Gomment fautil opérer ? C'est ce que nous allons examiner avec soin.

La chasse de nuit se pratique de deux manières : à la sortie du fleuve lorsqu'il broute les roseaux ou quand il pait dans les plaines. Le premier cas est un affût; dans le second, le chasseur va chercher son gibier au gagnage. La clarté de la lune sufiBt à peine alors pour la justesse du tir, et, si la tête de l'hippopotame offre une énorme cible, il ne faut pas oublier que la boîte osseuse qui renferme la cervelle est si petite qu'on l'atteint rarement et que très souvent l'animal échappe. Ces deux méthodes sont donc peu productives et il convient d'y renoncer.

En définitive^ comme l'hippopotame passe le jour entier dans les fleuves, nous croyons que c'est là qu'il faut le fusiller quand, de cinq en cinq minutes et même moins, il doit pour respirer venir à la surface de Teau ; mais ce serait une erreur de supposer que tous les moments de la journée soient favorables pour cet affût, car les meilleurs sont généralement assez courts.

C'est à Â^dulphe Delegorgue (1), qui, pendant plusieurs années, a fait avec succès cette chasse sur le territoire de Natal et chez les Cafres Amazoulous et Makatisses, que nous allons demander les règles de ce déduit.

« Le matin, au crépuscule, quand un demi-jour permet de distinguer les objets à cent pas, l'affûteur doit être assis à son poste. La brise ne s'est pas manifestée encore ; un

(1) Voyage dans l'Afrique Australe (de 1838 à 1844 inclus).

calme glacé règne sur les eaux, au-dessus desquelles noires et hideuses flottent des têtes immobiles. L'hippopotame semble s'y reposer mollement des fatigues de la nuit ; on dirait qu'il dort. Pas de bruit surtout! que le fusil s'allonge sur la fourche, qu'il s'abaisse sur la tête aux oreilles rouges, que la demi-distànce de l'œil à l'Oreille soit bien prise. Tireur, envoyez ! Le coup part, tout s'affaisse, un énorme corps bondit dans l'eau, hors de l'eau, laissant deviner ses proportions colossales, pendant que cent échos reprodui-' ^nt le son si retentiseânt de l'arme, calibre 6 ou 4.

€ A partir de ce moment, les têtes reviennent encore à la surface, une ou plusieurs ensemble; mais elles aspirent soufflent et puis disparaissent. Cependant elles sont belles encore. Le temps est bref, il est vrai, mais la hauteur à laquelle elles se découvrent permet un tir qui donne de l'espoir. Aussi les coups pleuvent-ils sur elles, et déjà l'une et l'autre, qui s'écartent pour respirer, soufflent le sang soit par les narines, soit par l'orifice de la blessure. C'est que les balles ont frappé dans la partie qui se trouve située devant l'œil.

€ Les animaux blessés ainsi devront forcément venir respirer plus souvent que les autres; mais leurs précautions seront plus grandes; ils se découvriront moins. Leur exemple sera suivi par les indemnes, et bientôt il vous faudra, chasseur, vous contenter de tirer des mufles, ce qui ne mène à rien, à moins que la balle (ehance inespérée) pénétrant juste par le conduit olfactif ne vienne briser la boîte du crâne.

€ En pareil cas, ce qu'il y a encore de mieux à faire, quand les lieux s'y prêtent, c'est de gagner des points culminants afin d'obtenir un tir plongeant. Si la chose ne se peut, comme cela se présente souvent, il faut déloger, cfernière ressource, les animaux de leur fosse. »

Cette opération, qu'on dispose d'une excellente embarcacation ou d'un radeau passable, et lors même que par

hasard les lieux seraient très favorables aux tentatives, ne réussit presque jamais (1) parce que ces animaux, quoique d'apparence stupide, savent toujours à peu près parfaite^ ment choisir la position de leur fosse.

« On s*étonnera peut-être, ajoute Delegorgue, que je parle de fosses lorsqu'il s'agit d'animaux se réfugiant dans les eaux d'un fleuve ; une explication devient donc nécessaire. Presque tous les fleuves de l'Afrique Australe, si riches en eau à la saison des pluies, n'en ont pas l'hiver et par la sécheresse une masse sufiisante pour couvrir le corps des amphibies. Les hippopotames le savent et, comme ils tiennent à leurs pâturages, ils creusent des fosses sur certains points des lits. Elles ont généralement 10»00 de long, irSO de large et près de S'^OO de profondeur, et peuvent servir d'asile à une douzaine d'animaux. C'est ici qu'il convient de faire remarquer que les creuseurs évitent avec 30m les endroits trop dominés par les rives. »

Toutefois, malgré ces fosses de précaution, ce n'est guère, durant la saison sèche, que dans les lacs profonds et intarissables ainsi que vers les embouchures élargies des fleuves, que l'on trouve ces amphibies, lesquels, voyant l'eau diminuer dans la partie supérieure des rivières, font chaque année une ou deux étapes en aval. Alors aussi ils se montrent beaucoup plus nombreux surlelittoral; et même c'est qu'aujourd'hui, sur le territoire de Natal, on ne rencontre plus ces animaux qu'à quelques lieues de la mer. Nous ne serions point dès lors surpris d'apprendre qu'en Abyssinie et au Soudan les mêmes causes aient amené de pareils efiets.

(1) D'ordinaire, on chavire et on se sauve à la nage, en se garant des crocodiles et en s estimant très heureux de ne pas y perdre ses armes à feu; alors, comme les indigènes, on attend que les animaux soient épuisés par leurs blessures.

.*ARCTOCÉPHALE

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