CHASSE DES SINGES HURLEURS
Dans une grande partie du Paraguay, les singes hurleurs sont l'objet d'une chasse active de la part des blancs et des Indiens.
Grâce aux hurlements presque continuels qui trahissent leur position, il n'est point difficile de découvrir ces animaux ; mais les arbres, dont ils habitent la cime, sont tellement élevés qu'on doit ne se servir que d'armes fortement chargées et renoncer à l'emploi du gros plomb; force est donc de recourir, soit aux chevrotines, soit à la balle franche. Le tir en devient plus incertain, mais la lenteur habituelle de tous les mouvements de ces singes permet par contre de les ajuster à loisir.
Il arrive fréquemment h cette chasse qu'un animal
blessé mortellement reste, grâce à sa queue qui s'enroule autour d*une branche, suspendu pendant quelques heures, voir même parfois jusqu*à putréfaction complète; plus souvent encore un blessé gagne au pied et échappe bientôt à la vue du tireur. Ces diverses mésaventures sont fort désagréables, et elles nous conduisent tout naturellement à reconnaître que nos armes à feu ne peuvent pas rivaliser avec la terrible flèche des Indiens.
Les Peaux-Rouges, malgré leur habileté extraordinaire à manier la sarbacane, grimpent souvent sur un arbre pour envoyer leurs flèches mortelles à la troupe inoflensive, assise sur Tarbre voisin, a Cette petite flèche silencieuse, dit Schomburgk, atteint toujours son but. Après quelques minutes, le singe blessé ressent Tinfluence du poison, chancelle et tombe sur le sol. Les voisins étonnés font entendre des sons particuliers en voyant tomber leur ami, que le prudent Indien laisse étendu à terre. Une deuxième, une troisième flèche partent, et les pauvres blessés tombent Tun après Tautre jusqu'à ce que le chasseur ait tué le nombre qu*il désire. •
Lorsque le sol n'est pas couvert d'un taillis trop épais, ces chasses sont faciles à faire et la recherche des morts ou des mourants peut aisément sWectuer.
L'apparition d'un seul chien effraye tellement ces animaux qu'ils se cachent au plus vile derrière les grosses branches ou au plus épais du feuillage et émigrent d'une cime à une autre. I^ tir alors devient difficile, les flèches empoisonnées par le cui*are atteignent moins leur but agité ; il est donc, pour les Indiens comme pour les blancs, absolument nécessaire de laisser les chiens au Iogis,quittc à s'en servir, la chasse finie, pour retrouver les morts et les blessés, quand le sol est couvert d'un épais taillis.
On a remarqué qu'en fuyant ces singes se vident, effet produit sans doute par la peur; c'est ce qui a fait dire aux Indiens que ces animaux lançaient leurs ordures sur le$ chasseurs qui les poursuivaient.
LE COUGUAR CONCOLORE
« I/Aniorique, dit Brchm, a aussi ses lions, trois couguars ; mais ce sont des nains vis-à-vis de leur puissant congénère de l'Afrique. »
Le couguar concolore offre une robe sans raies, sans anneaux et sans taches ; il ne ressemble à l'habitant redoutable de TÂtlas que par la couleur de son pelage. Sa pupille est ronde, et sa tète, remarquablement petite, est toul-à-fait dépourvue de crinière.
Parvenu à son accroissement complet, le plus grand des lions d'Amérique mesure souvent, du museau à la naissance de la queue, jusqu'à l^OO et même 1"20; la hauteur au garot et la longueur de l'appendice sont chacune de 0""65. Sa taille est élancée, mais sa tête par trop petite jure avec le reste du corps. Il n'a de réellement vigoureux que ses jambes pourvues de griffes puissantes.
Cet animal, qu'on a parfois nommé Puma (1), est très répandu. Il n'existe pas seulement dans l'Amérique du Sud, depuis la Patagonie jusqu'à la Nouvelle-Grenade, mais encore au Mexique et aux Etats-Unis jusqu'au Canada.
Il choisit sa retraite suivant la conlexture du pays ; ce qu'il aime par dessus tout ce sont la lisière des forêts et
(1) Outre les noms de couguar et de puma, on l'appelle encore lion argenté, f/uaj^ara, papl, jjaguapt/éa, mltsll, panthère et leon, suivant les diverses contrées de rAmérique.
les plaines garnies de hautes herbes ; mais il abandonne vite ces dernières, pour peu qu'il y soit chassé, et gagne alors les bois. Ne se cachant jamais dans les cavernes, il reste couché sur le sol ; il grimpe volontiers aux arbres d'un seul bond et en redescend de même. Quoiqu'il nage parfaitement, on ne le rencontre jamais, non-seulement dans les lieux sujets aux inondations, mais encore sur les rives des torrents et des fleuves.
Cet animal erre sans repos ; il n'a ni gite, ni domaine fixe. Dormant tout le jour sur les arbres ou au milieu des hautes herbes, il ne chasse que la nuit et parcourt souvent plusieurs lieues à la recherche du gibier.
Ses mouvements sont vigoureux et très légers ; un bond de six mètres et plus peut être exécuté par lui sans effort apparent.
Il voit mieux la nuit et au crépuscule qu'en plein midi, bien que la lumière du soleil ne semble pas l'éblouir beaucoup. Son odorat laisse fort à désirer, tandis qu*au contraire son ouïe est d'une extrême finesse.
Tous les petits mammifères, les coatis, les agoutis, les pacas, les chevreuils, les brebis, les veaux et les poulains lui servent de nourriture ; les singes et les autruches sont souvent aussi ses victimes. Il ouvre la gorge de sa proie, en boit le sang, dévore ce qu'il peut et enfouit le reste ; mais, s'il a immolé plusieurs animaux, dédaignant la chair, il se gonfle de sang, et alors il va digérer au plus près, contrairement à ses habitudes ordinaires de prudence.
A l'époque du rut, qui, dans l'Amérique du Sud, tombe en février-mars, le mâle se rapproche de la femelle. Le restant de l'année, on ne les voit jamais ensemble.
La gestation dure environ trois mois, et la portée est de deux petits. La mère les cache avec soin, leur montre une grande sollicitude, mais elle n'ose pas les défendre contre les hommes et les chiens.
Les vieux couguars, réduits en captiviW, refusent toute nourriture et se laissent mourir de faim, tandis que les jeunes s'apprivoisent vite et deviennent extrêmement familiers. On les élève avec du lait et de la viande cuite. Leur repas terminé, ils se couchent et dorment une partie de la journée. Ces animaux, l'été surtout, doivent toujours avoir ce l'eau à leur disposition, lors même qu'on leur donne du sang, leur mets favori.
Dans le Paraguay, la peau du couguar n'est point utilisée; mais on en tire bon parti dans le nord de l'Amérique. En quelques endroits, sa chair se mange ; l'on prétend qu'elle est très savoureuse et qu'elle aie goût du veau; les planteurs de la Caroline la considèrent même comme un morceau des plus friands.