CHASSE DU GUÊPIER VULGAIRE
Cet oiseau, à cause de ses pillages, n*est pas vu d'un bon œil par les apiculteurs, qui le poursuivent sans ménagement. Il n'est d'ailleurs pas craintif, surtout dans les endroits où il espère une proie abondante; les coups de feu mêmes ne le mettent guère en fuite, et il faut qu'on l'ait longtemps traqué pour qu'il montre quelque défiance. Nous avons pu constater plusieurs fois, aux environs de Gonstantine, en septembre 1849 et 1850, la bravoure avec laquelle les guêpiers recevaient nos coups de fusil, ne s'éloignant que quand ils étaient touchés. Nous avons aussi remarqué alors que les blessés se défendaient vigoureusement du bec et des ongles, les vieux surtout.
D'après Lindermayer, on tue en Grèce, dans les derniers mois de Tannée, des quantités considérables de guêpiers, que les habitants mangent avec délices.
A Candie, au dire de Gessner, on les prend avec des hameçons : « Leur beauté excite lés jeunes garçons de File de Crête à les capturer avec des sauterelles, comme ils le font des hirondelles ; à cet effet, ils piquent une sauterelle à l'extrémité d'un fer recourbé en hameçon, et attachent celui-ci à un fil qu'ils tiennent à la main ; ils laissent la sauterelle voler ; l'oiseau la voit, l'avale et se trouve pris. »
Si l'on en croyait Gessner, on ne mangerait jamais du guêpier, qu'il déclare mauvais, lourd et indigeste Nous ne pouvons être de cet avis parla raison que nous avons pu, fin août et en septembre, apprécier à leur juste valeur quelques-uns de ces oiseaux rôtis, qui n'étaient que des pelotes de graisse délicates et savoureuses.
LE ROLLIER VULGAIRE
Le rollier est un oiseau à superbe plumage. Il a O'^SS de long, l'envergure de 0"7&, l'aile de O^îl et la queue de 0-14.
Le vert brillant est chez lui la couleur dominante. Il a le dos brun -cannelle clair; le front et le menton blanchâtres; les rémiges bleu-indigo à leur face supérieure, bleu-azuré à leur face inférieure ; les petites rectrices supérieures de l'avant- bras et les plumes du croupion d'un bleu foncé ; les rectrices externes d'un bleu clair, les autres d'un bleu tirant de plus en plus sur le noir, leurs barbes externes seules étant d'un bleu clair ; les deux rectrices médianes d'un vert bleu ou gris ; Tœil brun, le bec noir, les pattes d'un jaune-foncé sale.
Cet oiseau a une aire de dispersion très étendue ; elle comprend toutes les contrées de l'Europe au sud de la Scandinavie, la moitié de l'Afrique au moins et tout le sud de l'Asie.
En Europe, on ne le trouve que par-ci par-là, principalement dans les plaines, presque jamais dans la montagne. Il fuit le voisinage de l'homme et n'est pas dès lors facile à observer.
Tant que les soins à donner à sa progéniture ne l'obligent pas à résider sur un point, il erre de lieu en lieu toute la journée^ passant d'arbre en arbre et se perchant haut
pour guetter sa proie. Si le temps est couvert, on le voit triste et morose; le soleil vient-il à luire, aussitôt il vole dans les airs comme pour se jouer, fait des culbutes, se laisse tomber verticalement d'une grande hauteur et se relève à forts coups d'ailes, sans qu'on découvre le but de toutes ces singulières allures.
On ne le voit point sautiller dan& les branches, comme les lévirostes en général, et ce n'est guère qu'avec ses ailes qu'il se meut. La pose à terre semble lui répugner, mais en volant il rase le sol d'assez près pour y saisir un animal.
Le rollier vulgaire est un oiseau querelleur et insociable, ne vivant pas même en paix avec ses congénères. Von der Mûhle prétend qu'il fait bon ménage avec les choucas ; c'est possible pour ces derniers, bien qu'il ne faille point perdre de vue qu'il attaque et poursuit avec fureur nonseulement les rapaces, mais encore les geais, les corbeaux et les corneilles.
Ses sens paraissent assez développés.
Il a une voix qui se résume en un cri perçant, rauque, répété souvent, qu'on peut traduire par ra/c^r, raker, raker. Sa colère se manifeste par un grincement, rach ; son cri de tendresse et d'amour est hrach, dit sur un ton haut et plaintif.
Il se nourrit d'insectes de toute espèce, notamment de coléoptères, de sauterelles, de vers, et il mange des jeunes grenouilles et des petits reptiles, sans compter les nids qu'il saccage par occasion. Bien que Naumann dise qu'il ne prend point d'aliment végétal, on est certain qu'il aime les figues.
« Il paraît ne pas avoir besoin d'eau, tant pour boire que pour se baigner. Cela semblera vraisemblable, ditBrehm, à tous ceux qui ont eu l'occasion d'observer cet oiseau dans les steppes et au milieu du désert, là où ne se trouve pas une seule goutte d'eau. >
En Allemagne, le rollier niche dans des troncs d'arbi'os qu'il tapisse intérieurement de racines sèches, de chaumes, de plumes et de poils. Dans le midi de l'Europe, il profile des crevasses des murs, ou bien, à la façon des méropidés, il se creuse des trous dans une paroi argileuse escarpée. C'est ce que Brehm a observé en Espagne, Von der Mûhle et Lindermayer en Grèce, Porrys et Taylor à Halte et à Gorfou ; mais à Nègrepont, où les plantations d'oliviers et les vignobles sont semés de nombreuses maisons, cet oiseau niche sous les toits. Jerdon rapporte la même chose de l'espèce qui habite les Indes.
Chaque couvée est de quatre à six œufs. Le mâle et la femelle les couvent alternativement et avec une telle persistance qu'on peut les prendre sans qu'ils essaient de s'enfuir, t Comme les parents n'ont aucun souci d'enlever les ordures, les jeunes finissent, dit Naumann, par se trouver enfouis dans un monceau d'excréments et de débris de toute espèce, et le nid exhale une odeur repoussante. » Nourris d'insectes et de vers, ils essorent de bonne heure, mais restent encore longtemps près de leurs parents et voyagent avec eux. Le père et la mère déploient pour défendre leur progéniture un tel courage qu'ils en oublient entièrement le soin de leur propre sécurité.
Il est malheureusement difficile d'habituer ces superbes oiseaux à la captivité. Les adultes ne peuvent vivre en cage ; quant aux jeunes, il leur faut des soins extrêmes. Ce ne sont pas d'ailleurs des êtres gais et récréatifs ; loin d'animer une volière, ils restent placides et silencieux à la même place, salissent toujours leur plumage et ne songent pas même à se faire aimer de leur maître.