LES MÉMOIRES D'UN CHIEN VOLÉ
Je suis né dans un cottage situé à deux milles de Kibworth-Harcourt, village assis sur une hauteur dominant les plaines verdoyantes du Leicestershire. Ce cottage était la demeure de l'honorable M. Brown, régisseur d'un des domaines de lord S..., et en parcourant des yeux l'horizon bleuâtre, on pouvait apercevoir, située à mi-côte d'une colline boisée, Glenn-Hall, habitation d'hiver de mon noble maître, lorsqu'il venait faire les honneurs de son magnifique équipage dé fox-hounds aux gentlemen qui accouraient en foule de Melton, Rugby, ou autres centres de sport.
M. Brown était un grand vieillard qui, ai-je entendu dire, passait pour un des meilleurs sportsmen d'Angleterre, et à lui était confié le soin de l'entretien scrupuleux des races de chiens de lord S...
Autant que ma mémoire peut me reporter vers mes souvenirs d'enfance, je ne crois pas avoir vu M. Brown au-
trement vôtu que d'un habit vert, d'un gilet jaune, d'une culotte de daim gris. Sa figure, encadrée dans de longs favoris roux, disparaissait dans les hauts cols de sa chemise, qui eussent certes rejoint sa cape de velours noir à deux visières, si entre eux et cette coiffure, n'était apparue la plus large, la plus belle oreille que Dieu ait créée, pour percevoir les sons les plus éloignés.
Aussi, nul mieux que le régisseur des domaines de lord S... ne savait distinguer au milieu d'une tempête de vent d'ouest le cri des chiens, ou le son de la trompette des Huntsmans. Comme chaussure, il portait invariablement des bottes à revers bruns garnies d'éperons d'acier brillant; il ne s'éloignait jamais du cottage sans monter ou ge faire suivre par Black-Farmer, gros poney noir à tous crins, du meilleur caractère du monde; et lorsque M, Brown entrait dans un champ, Black-Farmer restait la bride sur le cou près du Gâte, mâchonnant quelques pousses des baies...
Ce fut une nuit d'hiver que je naquis, et de trois frères et deux sœurs que ma mère mit au monde en même temps que moi, je fus le seul qui survécut.
Une loi barbare, un décret odieux, émanant de Glenn- Hall, stipulait que M. Brown ne devait conserver qu'un rejeton mâle de cette petite famille, pour qui ma pauvre mère n'eût manqué ni de tendresse, ni de forces pour l'élever^ car ses mamelles gonflées de lait en étaient une preuve évidente.
Mes frères furent donc noyés...
Ce qui m'a consolé, c'est qu'un grand chien de Terre- Neuve, qui avait fait de longs voyages, m'a dit qu'il était
un pays où les hommes agissaient de même avec iears enfants; mais qu'aussi, dans ce pays-là, tous les chiens étaient élevés comme on élève chez noua les granàs bœufs Durham, pour servir à Talimentation générale.
Je suis de noble race et descendant des cfai^s célèbres du majrxiuis de Granby, qui les tenait au haul et puissant duc de Marlborough.
Cette race avait reçu le nom de Bleinbeim, et notre couleur, brun rouge, mêlé de blanc, nous don^e un aspect fort élégant. Nos formes sont délicates, nos oreilles, longues, douces et flexibles, sont couvertes de longs poils soyeux et onduleux.
Notre nez est rouge ou noir, et cette dernière couleur est la marque la plus sûre de la pureté de notre race.
Les premiers temps de mon enfance s'écoulèrent paisi-* blement. L'abondance du lait de ma mère qi'avait donné un tel embonpoint, que je ne marchai que fort tard. Lor&* qu'un rayon de soleil perçait les gros nuages d'iûver, ma mère, du bout de son nez, me poussait sur le bord de notre habitation. J'ai appris depuis ce que vaut un rayon de soleil; mais alors, sans souci de ses bienfaits, j'appuyais ma tête sur les longues soies argentées qui garnisr salent ses flancs, et peu d'instants après je m'endormai» d'un profond sommeil.
Chaque jour, M. Brown s'approchait de notre demeure, et, que je sois occupé ou non à prendre un de mes repa» journaliers, au moyen d'un sifflet, dont il tirait un son aigu et saccadé, il appelait ma mère, qui débarrassait sea mamelles de mes étreintes avides et le rejoignait par qonds joyeux...
Alors, plein de colère, je poussais des cris désespérés, jusqu'à ce que mistress Brown, une bien bonne dame, vînt calmer ma douleur. Parfois elle m'emmenait au cottage, et me plaçait auprès d'un bon feu, où je pouvais me livrer à mes habitudes somnolentes. Cette félicité n'était troublée que par les brutalités d'un gros chat appelé Tom, qui, sans doute jaloux des faveurs de sa maîtresse, m'allongeait sournoisement, de temps à autre, des coups de griffes, dont j'eus occasion de me venger plus tard.
Un matin, je rencontrai, dans le parc de Glenn-Hall, Ferrymann, un grand lévrier, favori du lord, qui braconnait sans cesse, et qui, je le savais, détestait la gent des chats en général et Tom en particulier. Ce jour là, j'avais aperçu mon ennemi se dirigeant vers des haies où habitaient de nombreux lapins. Je n'eus pas de difficultés pour engager Ferryman à me suivre. Il avait une grande confiance en mon odorat, et il espérait que je lui ferais faire quelque bon déjeuner.
Je n'eus pas de peine à prendre la piste de Tom, et mon compagnon galopait à mes côtés, l'oreille haute, les yeux pleins d'impatience, s'attendant à voir bondir quelque lièvre du fourré. Tout à coup, ce fut Tom, qui sortit du fossé où il était à l'affût et prit la plaine...,'et je vis Ferryman partir comme l'éclair...
Je ne cherchai jamais à approfondir ce qui se passa entre eux. Tout ce que je sais, c'est qu'on ne revit jamais Tom au cottage, et que mistress Brown pleura longtemps cette douloureuse absence.
J'avais été inscrit sur les registres généalogiques de notre race sous le nom de « Wolsey. »
 Tâge cle neuf mois, je fis une cruelle maladie, dont les soins assidus de mon maître me sauvèrent.  un an, j'étais un magnifique animal, et, malgré mes habitudes d'indépendance, je dus me soumettre aux exigences du dressage I
Notre race chasse avec ardeur, mais les filenheims sont connus pour leur entêtement. Je passerai sous silence toutes les rudes corrections qui me furent infligées, mais elles ne firent qu'accroître mon goût pour le sport, dont elles avaient servi à me faire faire un savant apprentissage.
A dix-huit mois, M. Brown me présenta à Glenn-Hall. C'était le soir d'un jour de chasse, et une trentaine de gentlemen, habiUés de rouge, étaient assis autour d'une table chargée de cristaux et de vives lumières. Je dois dire que la noble assemblée me sembla parler avec un peu d'épaisseur, et je remarquai que presque tous les visages étaient presque de la même couleur que les habits. Je fus reçu avec acclamation, et tous vantèrent et ma tournure, et ma grâce, et ma distinction native.
Lord S..., voulant expérimenter mes talents, parla d'une chasse au faisan pour le lendemain. J'eus l'insigne honneur découcher dans les appartements de mon maître.
Vers neuf heures, les valets de chambre étant entrés, l'un d'eux m'ouvrit une porte et m'accompagna vers les communs pour m'oflxir un déjeuner succulent, qui devait me donner des forces sans exciter un travail digestif, toujours nuisible lorsque l'on doit se livrer à quelque exercice violent.
J'ai couru ce jour-là un grand danger. Après mon repas, je me promenais dans la cour sablée des écuries, lorsque
j'entendis derrière moi le trot d'un cheval, et je vis un homme hahillé de rouge, suivi de cinquante grands chiens aux physionomies farouches... Fidèle âmes aristocratiques habitudes, je ne me dérangeai pas, et, foulé aux pieds, recevant mille bourrades et aussi quelques coups de dents, les cinquante chiens passèrent sur mon corps. Je crus môme m'apercevoir qu'ils se félicitaient mentalement de leur plaisanterie au joyeux mouvement qu'ils imprimèrent à leur queue, en suivant le cheval et l'homme rouge, qui disparurent bientôt avec eux sous les sombres voûtes de verdure du parc.
Je me lamentais bruyamment. On me porta à l'écurie, où je fus séché, lavé, brossé, et où, pour obtenir mon silence, l'homme à qui j'avais été confié me donna un bon morceau de délicieux pigg-face fumé en Yorkshire.
A onze heures, je fus introduit dans la salle où les gentlemen étaient occupés à déjeuner, et je remarquai avec stupéfaction que, quoique ne portant plus les habits de la veille, leur visage était encore du plus bel écarlate. Je sus plus tard que certaine eau rouge venant du continent, et que Ton nomme chez nous claret, a le don de colorer ainsi la physionomie.
J'étais un excellent springer (traqueur). Nul fourré d'épine ne pouvait arrêter ma course impétueuse, et mon odorat, d'une finesse extrême, démêlait facilement les ruses que le faisan traçait en fuyant. Notre race est remarquable par Textrême agilité avec laquelle nous chassons le gibier, bien que nous ne trouvions aucun plaisir à le manger lorsqu'il nous est offert en nourriture.
J'ai entendu dire à M. Brôwn que c'est une preuve
évidente de notre instinctif amour de la chasse, comme notre conduite sage, réglée, après le dressage, prouve notre désir de prendre part aux amusements de notre maître. Le sportsman admire nos manières intéressantes et affectueuses, et particulièrement notre entier dévouement aux desseins de ceux qui nous emploient à leur plaisir.
Le jour de mes débuts, mes talents causèrent un enthousiasme général. Ce fut une hécatombe de faisans. Le soir, je fis un excellent repas, et, amené de nouveau auprès de mon maître, des toasts me furent portés; bien des gentlemen sollicitèrent mon alliance pour de belles chiennes de ma race, des sommes fabuleuses furent offertes pour m'acquérir, mais mon maître fut inflexible. Son frère, le colonels..., obtint seul une promesse pour le printemps suivant, car lui seul possédait une chienne dont la pureté de sang fut publiquement reconnue.
Je remarquai ce soir-là qu'après Teau rouge on servit, dan;s de petits carafons de cristal, une eau couleur de topaze qui fit tourner au violet les visages écarlates de mon maître et de ses convives...
Les jours se passaient donc heureusement à Glenn-Hall, employés soit à la chasse, soit aux exercices nécessités par mon entraînement.
Je touche à Tépoque de mes malheurs. Aujourd'hui que, plein d'expérience , je vois grandir autour de moi une génération dont je suis le père, je ne faillirai pas à mes devoirs, et je veux leur laisser, avec Thistoire de mes malheurs, un enseignement utile.
Malgré toutes les précautions, toutes les surveillances
qui m'entouraient, un beau jour de printemps, désireux de parcourir la campagne, animé d'un étrange sentiment qui faisait battre mon cœur, aspirant à pleins poumons une brise tiède et parfumée, je me dérobai à tous les regards et m'enfuis à travers champs.
Je suivais, rêveur, un sentier bordé de hauts foins aux douces senteurs lorsque m'apparut une belle chienne noire ; son poil lisse, brillant comme du jais, était d'une telle finesse, qu'il laissait apercevoir ses veines où coulait un sang généreux. Gomme moi, rêveuse et pleine de mélancolie, elle suivait le sentier ileuri. Nos regards se croisèrent, et je reçus une vive commotion au cœur... Nous nous aimâmes... et chaque jour les massifs du parc de Glenn-Hall dérobaient aux yeux de mes surveillants nos amoureuses tendresses. Quelle aurait été la colère de mon noble maître s*il eût appris cette honteuse mésalliance? Moi , le descendant des Blenheims de lord Marlborough, accorder mes faveurs à une obscure chienne pointer de je ne sais quel garde des environs!
Un soir, mon imagination vagabonde m*avait, avec ma compagne , conduit du côté «de Kibworth-flarcourt. Toujours suivant l'amie de mon cœur, flânant à tous les carrefours, j'entrai avec elle dans une maison de pauvre apparence. A peine y étais-je entré que la porte se ferma brusquement derrière moi. Je fus saisi d'une main vigoureuse par la peau du cou, et, malgré mes cris, jeté au fond d'un grand sac.
Mille tristes pensées se présentèrent à mon esprit! Que m'eût importé la captivité si je n'eusse été séparé de ma tendre amie, la belle chienne noire !
Deux heures après, environ, je me sentis soulever et placer sur une machine roulante. Pendant de longues heures, je fus ainsi transporté et rudement cahoté. Enfin, un homme à sinistre figure me rendit à la lumière, et, me passant une forte chaîne au cou, me plaça dans une cabane grillée qui se mit bientôt en mouvement en poussant des cris aigus et perçants. A un temps d'arrêt que fît cette cabane, on plaça à mes côtés un compagnon de route : c'était un bull-terrier, qui avait l'air de fort mauvaise humeur.. Sachant que cette race est généralement maussade, je tâchai de faire les honneurs de ma cabane. Je ne reçus aucune réponse; mais le grossier animal s'élabht à ma place et dormit, en ne me laissant môme pas l'espace nécessaire pour me coucher.
Lorsque je tâchais de m'asseoir, il poussait un sourd grognement.
Lorsque j'insistais, il entr'ouvrait ses paupières farouches et ses lèvres épaisses, qui me laissaient apercevoir une double rangée de crocs formidables.
Enfin, des sifflements répétés se firent entendre, notre demeure roulante s'arrêta, la porte s'ouvrit. Le bullterrier s'élança dehors. Je voulus le suivre, mais je fus saisi au passage par la môme main vigoureuse, qui me secoua brutalement au bout de ma chaîne, et m'entraîna derrière lui.
Quelle n'eût pas été votre colère, ô mon bon maître, si vous eussiez pu voir votre pauvre Wolsey ainsi humilié! votre pauvre Wolsey, dernier rejeton de la plus pure race d'Angleterre, dont la généalogie était tracée comme la vôtre !
Je fus conduit dans une maison de sombre apparence, et, dès mon entrée, je vis que tout était perdu pour moi.
J'avais entendu parler par mon maître, d'un célèbre voleur de chiens, Georges Ghelsea, qui avait pris le nom du quartier qu'il habitait. Ce fût par ce nom que mon introducteur salua l'homme qui vint au-devant de nous.
Le père de cet homme, Français d'origine, était mardiand de parapluies. A sa mort, Georges trouva comme héritage quelques parapluies et beaucoup de dettes. Il vendit les parapluies et ne paya pas les dettes. Avec le peu d'argent qu'il retira de cette vente, Georges commença le commerce des chiens, c'est-à-dire qu'il se rendit chez un droguiste, et acheta les ingrédiens nécessaires à la confection d'un onguent que son esprit très-observateur lui avait fait découvrir.
Dès mon arrivée, je fus enfermé dans une cour où étaient couchés pêle-mêle une cinquantaine de chiens de toutes les tailles, de toutes les races.
Il y avait là depuis le gigantesque blood-hound jusqu'au microscopique terrier. Chacun me conta ses infortunes, et me parla d'un terrier blanc à l'odeur exquise, magique... Je dis toute ma malheureuse histoire, et je sus alors que je n'avais pas été volé par le moyen employé ordinairement, et qui faisait tant de victimes.
Tous'les jours, Georges Ghelsea se promenait dans Hyde- Park, dans Picadilly, avec son petit dogue frotté du victorieux onguent, et tous les chiens accouraient tour à tour, attirés par la séduisante odeur. Alors, avec la plus détestable dextérité, Georges faisait passer l'infortunée vic-
time des plus douces jouissances de Fodorat à la plus affreuse captivité.
Il engloutissait dans son sac ses prises, et ce sac venait chaque jour se vider à la sombre demeure.
Les propriétaires des chiens, avertis par l'exemple, veillaient avec attention. Vainement ils voulaient se couvrir de l'égide de la loi. Héla§! la loi était formelle, cette loi d'Angleterre qui ne veut pas que Fesprit, ce dangereux et mobile interprète, vienne porter atteinte à l'immuable pouvoir de la lettre.
D'après les termes de cette loi, émanée de quelque plume puritaine décidée à la proscription des chiens royalistes, de ces chiens favoris du roi Charles II, le chien de luxe n'était pas considéré comme une propriété. — Aucune pénalité ne pouvait être prononcée contre le voleur. Voler, c'était trouver.
Ma captivité s'écoulait assez gaiement, quoique la plupart de nous aient été des chiens d'assez mauvaise compagnie. — Mais j'ai remarqué que, chez les hommes comme chez nous, il est d'usage de la fréquenter parfois, comme une amusante curiosité. — Il y avait parmi nous une espèce de chien, de je ne sais trop quelle espèce (il avait \me queue en forme de cor de chasse, et avait été volé à un marchand français), dont l'esprit railleur, cynique et paradoxal était, ma foi, fort réjouissant. U riait de tout, se souciait peu de l'avenir, racontait de scandaleuses histoires sur la femme de son maître, courtisait toutes les chiennes, se battait avec rage, et lorsqu'il avait reçu quelque rude morsure, il riait, riait encore. On m'a dit que les chiens et les gens de France ont généralement ce caractère-là.
Parfois Georges Ghelsea venait me chercher ; il me conduisait dans une chambre qu'il occupait. Cette chambre lui servait en même temps de salon de réception. Un jour, je fus présenté à un gentleman qui mit sur la table 100 guinées, et m*emmena dans un bel équipage.
Le lendemain, tout fier de mon acquisition, il me conduisit au Park. Au détour d'une,allée, mon odorat fut chatouillé par la senteur la plus appétissante, et, me dirigeant vers un massif, je me trouvai vis-à-vis de Georges Ghelsea, qui, se saisissant vivement de moi, me plongea dans un sac... J'entendis les appels désespérés de mon nouveau maître... Le soir, j'étais revenu au milieu de mes compagnons de captivité, et, le lendemain, vendu à un autre gentleman, à qui je fus revolé trois jours après, et dans des circonstances analogues. Il m'était impossible de résister à l'enivrant parfum qui se dégageait du petit terrier blanc.
Le chien français, à la queue en trompette, disait qu'a* vec cet onguent-là on mangerait son père et sa mère.
Ce langage m'a semblé de mauvais goût.
Les murs de Londres se couvraient d'affiches promettant des récompenses, et Georges Ghelsea eut l'idée de négocier la restitution des chiens à leurs anciens propriétaires, au lieu de les vendre à de nouveaux acquéreurs. Quelle mine à exploiter que l'affection inspirée par nous à quelque gentleman, et quelle source de guinées inépuisable dans les sanglots, les larmes de toutes les vieilles filles de Londres !
Les grands personnages, tous les cœurs sensibles furent l'objet des plus abominables machinations. — On a vu des
coquins pousser l'insolence jusqu'à demander 20 livres pour un terrier fort ordinaire, sous prétexte que le chien valant, en effet, beaucoup moins, on avait eu une peine infinie à le voler.
J'ai connu un charmant king-charles, appartenant à une dame nerveuse, impressionnable. — Pour obtenir de plus hauts prix de restitution, c'étaient des menaces de torture, de mort pour son chien. — Ce chien lui fut volé et revolé.
Une levrette de fort bonne compagnie, dont je fis la connaissance chez Georges Ghelsea, me parla d'une dame qui avait émigré sur le continent, avec les vingt-trois objets de sa tendresse exclusive.
Enfin, unthien ayant été volé au puissant duc de Beaufort, le parlement s'émut et une enquête eut lieu. On découvrit la recette de l'onguent de Georges Ghelsea, qui se composait de foie de bœuf, de myrrhe et de gélatine.
Une nouvelle loi fut votée, loi sévère qui condamne le voleur à l'amende et à la prison.
Sachant que j'étais la propriété de lord S..., un jour Georges, à qui mes vols successifs avaient rapporté deux cents livres, me fit monter dans un cab„ et une heure après, je retrouvais mon bon maître, qui donnait encore pour ma restitution une large gratification.
Aujourd'hui, je suis de retour à Glenn-Hall. Le printemps dernier, j'ai été fiancé à la belle chienne du colonel S..., et ma mère, avant de mourir, a pu voir naître ses petits-enfants. M. Brown m'emmène souvent promener, et le poney Blak-Farmer est mon meilleur ami.
Je suis aussi le favori d'une noble et grande dame, qui
demeure à dix milles d'ici, chez qui mon maître me conduit parfois. J'ai remarqué qu'il n'entre jamais par la grille du château, mais qu'il fait sauter à son bon hunter un grand mur de cinq pieds. Quant à moi, je connais une brèche où je vais passer, et je rejoins mon maître, qui, je ne sais pourquoi, recherche avec la belle dame les retraites les plus sombres, les plus mystérieuses du parc.
En chien bien élevé, je n'ai jamais approfondi cette étrange manière d'agir; seulement, un jour, j'ai vu mon maître quitter précipitamment la belle dame, remonter à cheval, et partir à fond de train.
En le suivant à travers bois, de toute la vitesse de mes jambes, j'eus toutefois le temps de détourner la tête, et j'aperçus Tamie de mon maître donnant le bras à un vieux gentleman, qui paraissait fort irrité.
Depuis ce jour -là, nous ne sautons plus le mur, mais il existe un joli kiosque à l'extrémité du parc de Glenn-Hall, où mon maître et la jeune dame se rencontrent deux ou trois fois par semaine.
Mon maître a promis un de mes fils à sa belle et noble amie, qui Ta remercié d'un long et doux regard. J'ai conclu de là qu'ils s'aimaient bien, et pour cela n'ai jamais pu comprendre Tirritation du vieux gentleman.