‹ Les chasses en France et en Angleterre;Chapitre 6 sur 21 · QUELQUES JOURS AU COTTAGE DE LORD H · texte numérisé non relu

QUELQUES JOURS AU COTTAGE DE LORD H

... Ce soir-là, mon ami le capitaine W*** et moi suivions, au grand trot de nos hacks, un sentier tracé au milieu des vertes prairies du Northamptonshire. Le renard, d'excellente espèce, laissant derrière lui beaucoup de sent, avait parcouru une distance de vingt-cinq milles.

Ce parcours, coupé par les obstacles les plus divers, s'était effectué en ligne droite, à la suite des chiens, qui, sans crier, traversaient successivement les champs de toute la vitesse de leurs jambes. Parfois, pourtant, lorsqu'un épais buU finch (haie de dix à quinze pieds de hauteur environ, bordée de chaque côté d'un large fossé) venait retarder leur course impétueuse, Timpatience, le désir de passer dans la brèche ouverte par les plus entreprenants leur faisait pousser quelques cris aigus. Ces cris, pour les chasseurs, pour le hunstmann, étaient un nouvel encouragement, et, tous de front, arrivaient aussi sur le buU finch, d'une main tenant les rênes, de l'autre se cachant la figure

en portant le coude en avant pour éviter les douloureuses piqûres des épines noires. Arrivés à dix pas de Tobstacle, tous aussi, de la voix, du fouet, des éperons, animaient leurs montures (on appelle cela, en langage de chasseurs de renard : mettre beaucoup de vapeur\ et puis on entendait un immense craquement : c'étaient chevaux et chasseurs qui, dans leur bond énorme, traversaient la haie, en brisant les branches sèches, et derrière eux la haie se refermait, noire, serrée comme avant.

Mais tous ne franchissaient pas ces obstacles : plus d'un cheval, les oreilles piquées, faisait un brusque écart, et se dérobait ; ou si, forcé de sauter, par son dernier élan, il s'enlevait, sans énergie, ses jambes de derrière, accrochées dans les branches, le faisaient retomber avec son cavalier dans le fossé plein d'eau qui se trouvait de l'autre côté de là haie. D'autres, moins bien dirigés, s'arrêtaient court, et l'on apercevait le chasseur, lancé comme par une fronde, traverser seul l'obstacle et retomber de l'autre côté ; et le cheval de reprendre sa course à travers champ, et l'homme de courir après le cheval. Dans ces haies touffues, les uns laissent un pan de leur habit rouge, les autres leur chapeau; presque tous y attrapent quelque rude égratignure.

Enfin, ce jour-là, le capitaine W*** et moi avions été assez heureux pour éviter toute chute, et pour arriver bien placés à la mort du renard.

Lorsque, nous adressant à un paysan qui arrachait des navets dans un champ, nous le priâmes de nous indiquer notre route, nous apprîmes que nous nous trouvions à vingt milles de Leicester, et le capitaine W***, consultant, sur son carnet de chasse, les heures du passage des trains à

la prochaine station, eut la cruelle certitude que nous devions faire ces vingt-cinq milles avec nos pauvres chevaux harassés de fatigue, Theure du dernier train étant passée.

11 eût fallu attendre cinq heures à la gare.

N'ayant donc plus Tespoir d'embarquer, nous et nos chevaux, pour Leicester, nous suivions la grande route,'lorsque nous aperçûmes deux chevaux se dirigeant vers nous.

C'étaient nos grooms, intelligents garçons, qui, favorisés par le vent, qui leur apportait de temps à autre le son de la trompette du hunstmann, avaient suivi la chasse, en prenant les chemins, ouvrant la porte des champs, suivant les sentiers.

Nos chevaux de chasse leur furent abandonnés, et, allumant un cigare, mettant nos hacks au galop, nous reprimes le chemin de Leicester.

Tout à coup, à un carrefour où se croisaient plusieurs routes, je vis mon ami s'arrêter court :

— Il nous reste vingt milles à faire, me dit-il; si nous n'aUions pas à Leicester?

— Allons où vous voudrez, répondis-je.

— J'ai tout près d'ici un excellent ami qui sera fort heureux de nous recevoir, lord H... Nous dînerons chez lui, nous y coucherons, et demain nous retournerons à Leicester.

— C'est une bonne idée; mais ce n'est, certes, pas crotté jusqu'aux yeux, avec des habits en lambeaux, que vous prétendez me faire asseoir à la table de lord H...?

— Ne vous inquiétez de rien, mon cher, me répondit le capitaine W*** avec assurance ; il est trois heures, on dîne à sept. A six heures, vous aurez tout ce qui est nécessaire à votre toilette.

La proposiliou de mon compagnon de chasse me souriait fort, d'autant plus que du côté de Leicester s'amoncelaient de gros nuages noirs chargés de pluie, qui nous présa^ geaient un désagréable retour.

Une demi-heure après, nous entrions dans la cour du cottage de lord H..., construit par lui pour la saison des chasses du renard.

Au bruit que nos chevaux avaient fait en entrant dans la cour, des grooms étaient accourus, et au moment où nous descendions de cheval, lord H..., encore vêtu de son habit rouge, tète nue, tenant d'une main une tasse de thé, de l'autre une sandwich, parut sous un porche de hpis rustique, donnant accès dans le cottage,

— Haloo! flaloo! Stagî soyez le bienvenu, s'écria-t-il à la vue du capitaine W*** (à qui le surnom de Stag (cerf) était donné à cause de ses longues jambes et de son aspect élancé.)

Et s'étant avancé gracieusement vers moi :

— Il est inutile que vous me soyez présenté, monsieur ; j'envie depuis longtemps à plusieurs de mes amis, plus heureux que moi, le plaisir de vous recevoir, et mou cou^ sin sir G..., qui habite Paris, et qui est de votre connais-» sance, m'avait prié, en cas de rencontre, de faire mes efforts pour vous être agréable... Soyez donc ici chez vous, comme ce diable de Stag, que je remercie de tout mon cœur d'a-^

,voir eu la bonne pensée de vous amener.

Sur une large table, du thé fumait dans les tasses, et plusieurs gentlemen, encore vêtus de leurs habits de chasse, buvaient, les uns le thé fumant, les autres du sherry, prenant dans le cristal des couleurs de topaze, en mangeant soit du jambon, soit de ces délicieux pigg-face fumés en

Yorkshire. Un charmant accueil me fut fait par tous, et je dois dire que nos voisins possèdent au plus haut degré la science du meilleur savoir-vivre.

Un dogg-cart d'osier, attelé d'une vigoureuse jument, trotteuse courte-queue, fut expédié à Leicester pour chercher nos valets de chambre, qui devaient apporter nos effets de toilette.

Les gros nuages avaient été dissipés par le vent, et, en attendant le dîner, lord H... me proposa d'aller fumer dans la serre, qui renfermait, m'avait-on dit, les plantes les plus rares.

En traversant une longue galerie vitrée pour me rendre à cette serre, je pus juger l'ensemble de la construction de celte habitation, qui est une des plus gracieuses qui se puissent imaginer.

Le mur de clôture, qui disparaissait dans une hautefutaie de chênes immenses, était absolument caché par une charmille touffue. Au centre d'une pelouse du gazon le plus fin, ras, épais, avec les miroitements d'un tapis du plus beau velours vert, apparaissait le cottage. Le corps de logis se composait d'un seul rez-de-chaussée, dont les fenêtres donnaient dans une large galerie rustique, aboutissant de chaque côté à un pavillon faisant corps, et formant les ailes du rez-de-chaussée. Ces pavillons étaient garnis de fenêtres à ogives, garnies de vitraux coloriés.

Rien évidemment de plus simple que l'ordonnance de cette habitation : tout son luxe, toute son élégance, tout son indicible éclat venait de l'innombrable quantité de plantes grimpantes qui, à part les ouvertures des fenêtres, que les lierres d'Ecosse envahissaient pourtant encore ça et là, par

une brusque invasion, couvraient d'un immense manteau de verdure toutes les murailles treillagées de cette demeure, depuis la terre, jusqu'aux toits de briques rouges chaudement coloriés, sur lesquels elles étendaient leurs capricieuses ondulations.

De petits arbres verts, des espèces les plus rares, cachaient dans leur épaisse verdure les tiges grêles des plantes grimpantes.

Puis ces mêmes plantes entouraient de leurs épais réseaux les piliers de bois rustique qui soutenaient la galerie de chaume et les supports du porche dans lequel lord H.., m'était apparu lors de notre arrivée.

Sous ce porche, et de chaque côté de la porte, étaient placés deux larges et profonds divans des Indes, sièges parfîiileraent confortables, et qui tendaient les bras pour vous inviter à venir savourer les charmes d'une belle soirée d'automne...

— Rien de plus charmant que ce cottage, dis-je à lordH...

— Tout ceci est bien peu de chose, me répondit-il; j'ai mis tout mon amour-propre, je me suis plu surtout à la rwhen^he de la meilleure installation possible pour mes fleurs et mes chevaux... Allons^ paresseux... levez-vous... ajouta-t-il en s*adressant à deux grands lévriers noirs de la plus miigiiîfique espèce; deux vainqueurs de cette année, aux courses de ^^ewmai^et, et des descendants du fameux Snowball...

Les deux chiens se levèrent, et je pus admirer leur grande taille, la force de leurs muscles saillants, la profondeur de leur poitriae ; leur pelade d*une finesse soyeuse et brillant comme du jais.

Dans la serre chaude, parfaitement aménagée, on voyait un grand nombre de belles plantes exotiques, profondément encaissées de chaque côté d'une large allée sablée qui aboutissait à un petit kiosque, dominant toutes les verdoyantes campagnes de TAngleterre. L'hiver, cette serre avait l'aspect d'une délicieuse allée de jardin.

Du kiosque, je Tai dit, la vue s'étendait au loin.

D'abord c'était la pelouse au gazon si frais, si vert, malgré la saison, que j'avais tant admiré. Sur cette pelouse serpentait une rivière limpide et courante, où se jouaient des canards de différentes espèces et aux brillantes couleurs.

La rivière se perdait dans les profondeurs du parc.

Sur cette prairie étaient jetés des massifs d'arbres verts, de hauts chênes étendant leurs branches gigantesques, et des bouquets de bouleaux à l'écorce d'argent.

De belles vaches Durham, aux formes amples, aux tôtes fines, au court cornage, paissaient cette belle herbe' verte, sur laquelle passent sans cesse les brises salines de l'Océan ; cette belle herbe qui donne aux muscles la force, aux os la densité du fer.

Puis, à travers une éclaircie, savamment ménagée, on apercevait l'horizon brumeux et bleuâtre sur lequel se détachaient les hautes collines du Leicestershire.

Cette vue qui s'étendait à plus de vingt milles, était d'une haute magnificence, et je fus tiré de ma contemplation par lord H...:

-- J'aperçois le dog-cart qui revient de Leicester, me dit-il, il est cinq heures, allons nous habiller. Demain matin, je vous montrerai le chenil et les écuries : après

déjeuner nous monterons à cheval pour nous rendre à Lubenham, où nous avons organisé un hunt-steeple-chase (steeple-chase, pour chevaux de chasse). Si vous voulez y courir, je mettrai à votre disposition mon meilleur cheval; si vous aimez mieux être spectateur, j'ai un gros poney irlandais, excellent sauteur, avec lequel vous pourrez suivre de près toutes les péripéties de la course; et puis, après demain, nous irons...

— Mais, dis-je en Tinterrompant, j'ai formé le projet, ainsi que W..., de retourner demain à Leicester.

— Demain, Stag et vous, resterez ici, et, ajouta-t-il le plus gracieusement du monde, vous ne me refuserez pas cette bonne fortune de vous garder quelques jours. Aprèsdemain matin, donc nous irons avec les springers (chiens traqueurs) chasser les faisans sur lesquels pas un coup de fusil n'a été tiré cette année; après le lunch, nous monterons à cheval et irons prendre quelques lièvres avec Snowball et Archer, les deux lévriers que vous avez vus tout à Pheure... C'est chose convenue, n'est-ce pas?...

A ce moment le capitaine W... parut sous le porche du cottage tenant encore d'une main un verre de sherry et de l'autre une énorme sandwich à moitié dévorée.

— Allons, allons, me dit-il, la voiture est arrivée, mon cher; ne manquons pas le dîner, car j'ai une faim de tigre...

—•Stag vous a-t-il raconté ses histoires de tigres lorsqu'il était dans l'Inde avec son régiment?

— Oui, deux fois.

— Vous n'en avez pas cru un mot, j'espère. Stag monte admirablement à cheval, mais il n'a jamais pu tuer un fai-

ET EN ANGLETERUE 89

san perché, et il a la passion malheureuse de parler de son admirable adresse au tir, adresse toute imaginaire. . — Allons, allons, répéta le capitaine W. . . pour la seconde fois, en apparaissant sous le porche avec un nouveau verre de sherry et une nouvelle sandwich...

Je me rendis enfin à ses appels réitérés, et lord H... me conduisit à la chambre qui avait été préparée pour moi. Nous traversâmes d'abord une première pièce, sorte de salon d'attente éclairé par le haut et rempli d'excellents tableaux de chasse de Hirring ou de Lanseer. Quelques bronzes, des marbres antiques, représentant des sujets de chasse, garnissaient les angles de cette salle, et dans des vases de Chine s'épanouissaient de belles fleurs exotiques.

Nous passâmes ensuite dans une pièce garnie de meubles de chêne merveilleusement sculptés dans le goût de la renaissance. Quatre grands tableaux cachaient la tenture de damas rouge, et, dans les intervalles, de hautes étagères de formes élégantes supportaient de magnifiques cristaux aux facettes brillantes.

C'était la salle à manger.

Toutes ces pièces n'étaient pas grandes, mais leurs accessoires étaient d'un goût parfait.

Enfin, ouvrant une porte qui donnait sur une grande galerie éclairée par des candélabres placés sur d'élégants supports de bronze :

— Voici votre chambre, me dit-il. A bientôt.

Cette chambre était d'une grande simplicité.

La fenêtre, donnant sur le parc, le lit d'une grande largeur étaient garnis de rideaux de perse verte semée de gros bouquets de roses.

Une table de toilette, garnie de ses cuvettes larges et profondes, occupait Tun des côtés de la cheminée, au-dessus de cette table se trouvaient placées deux têtes de renard . en cuivre brillant qui, au moyen d'un bouton, versaient dans ces cuvettes Peau glacée et Teau bouillante amenées par des conduits d'un réservoir construit au-dessus de l'usine à gaz.

Car il y avait aussi une charmante usine de petit modèle qui utilisait les gaz contenus dans le charbon de terre pour réclairage des écuries, de la sellerie, enfin de tous les appartements de Fhabitation. ^

Puis, ce charbon était ensuite employé au chauffage des serres, des fourneaux, etc.

Près du lit, et attenant au mur par un support de bois sculpté, était fixée une lampe alimentée par le gaz. Audessous de cette lampe, une étagère pour placer les livres.

Il en était de même pour la table de toilette et la cheminée.

Une immense baignoire de zinc brillant était placée dans un des angles, avec deux robinets surmontés de petites légendes en porcelaine sur lesquelles étaient inscrits - ces mots : Hot Water, Goal Water (Eau froide, Eau chaude).

Des gravures, représentant des sujets de chasse, cachaient les murs tendus de perse semblable aux rideaux.

Si je donne ces détails qui peuvent sembler puérils, c'est que tout cet aménagement, du plus parfait confort, me parut fait dans des conditions excellentes d'économie, d'entente du bien-être et aussi d'un entretien facile pour les gens de service.

Ma chambre était voisine de celle du capitaine W...

J'avais à peine terminé ma toilette que j'entendis frapper à ma porte.

C'était lui qui entrait.

— Avez- vous faim? me dit-il; pour moi, encore une heure, et je meurs.

— Et qu'avez-vous fait des sandwichs, du sherry, du thé que je vous ai vus entre les mains?

— Ohl mou cher, tout cela m'a horrihlement creusé l'estomac...

On frappa de nouveau.

C'était un valet de chambre qui venait annoncer que le dîner était servi.

Lord H... et ses amis étaient réunis dans le salon du cottage, vêtus d'habits de drap écarlate à la doubhire et aux revers de soie blanche. Les boutons portaient les initiales des équipages de fox-hunting, clont ils étaient souscripteurs.

Le dîner fut élégant, gourmet, comme doit être tout dîner sagement compris, et les bougies brisaient, en jets de lumière, en aigrettes de feu, leur vive clarté sur les cristaux renfermant les meilleurs vins de France.

Après le dîner, traversant une petite galerie, nous fûmes introduits dans une vaste pièce carrée. C'était le billard. Cette salle, revêtue de stuc verdâtre, était rehaussée de peintures vives et tranchées; entre chaque fenêtre, des têtes de renards empaillées, portant en souscription une petite légende de cuivre brillant, sur laquelle était inscrit le jour de la chasse, des trophées d'armes donnaient à cette pièce un cachet spécial en harmonie avec sa destination.

Ce qui faisait de cette salle presque un musée, c'était une suite d'admirables tableaux qui représentaient ici une chasse au renard, course folle, désordonnée; là un daim fauve pendu mort à un arbre, et, comme fond du tableau, un magnifique paysage de TÉcosse; plus loin c'était un groupe de faisans, dont les plumes d'or, de pourpre et d'azur étincelaient aux rayons d'un soleil couchant. A l'une des extrémités et couvrant un large panneau, au milieu d'un carré de bois de chêne merveilleusement sculpté, était peint le portrait d'un superbe cheval de chasse bai noir, la tête demi-tournée, les oreilles fines, l'œil saillant, paraissant doué d'une intelligence plus qu'humame, et au-dessous du tableau on lisait, écrit en émail vert sur un fond noir, le nom de ce magnifique animal : Gapitain- Dikson.

Puis, aux côtés du portrait de ce favori du maître, remplissant un grand cadre à compartiments, on voyait des buU-doggs, stag-hounds, setters, pointers, retriwers, attestant du goût prononcé du lord pour toute la race canine...

Le caractère, les goûts, je dirai presque les mœurs d'un individu, se reflètent d'une façon intime, dans son appartement : à l'ensemble de sa demeure, il est facile de deviner la manière d'être physique et morale de son possesseur. Aussi, dans une longue conversation que j'eus ce soir-là avec lord H..., je pus apprécier ses éminantes qualités, ses profondes connaissances en tout ce qui concerne le sport. Et ses connaissances, basées sur les études les plus sérieuses de la reproduction chez les animaux, des croisements des différentes races, de la culture savante, me dé-

montrèreDt clairement de quelle utilité vraie peut être à *soii pays le sportman.

Certes, Thomme qui yit dans un milieu tout mondain ne pourra comprendre les jouissances que donne le vaste ensemble de ces connaissances toutes techniques, et d'une spécialité malheureusement peu répandue eu France.

Pour mériter le titre de sportman, il faut se livrer de bonne heure à une étude consciencieuse de tout ce qui se rattache à la reproduction des animaux, à leur élevage intelligent, et, par suite, à celle de la culture, base de toute production.

Ce n'est certes pas au milieu des villes que l'on devient homme de sport; c'est au milieu des champs, sur la prairie dont on améhore chaque jour l'herbe sur laquelle doit pâturer et s'ébattre le poulain, sur le guéret qui doit produire l'avoine nourrissante ; et pour l'homme qui vit de cette existence, la chasse ne cause plus ce déhre destructeur du citadin lâché dans des réserves; les obstacles qu'il rencontre à cheval, il sait comment les aborder, vite ou de pied ferme ; il sait même (et ceci peut paraître un para- • doxe), il sait tomber^ et se séparer de son cheval dans une chute violente... Quant à ses races de chiens, il sait, par d'habiles croisements, leur donner les qualités nécessaires au pays qu'il habite, et maintenir surtout et avant tout la pureté du sang... En un mot, améliorer, produire, et savoir utiliser ses produits, tel doit être son véritable but.

Que le lecteur me pardonne cette digression sur un mot qui représente un ensemble de nobles goûts et de sciences véritables. Que ce mot de sportsman, enfin, n'entraîne plus

avec lui, pour les masses, cette personnification de ridicules que veulent bien se donner certains jeunes hommes de notre époque, et je m*estimerai fort heureux si, auprès de quelques-uns, j'ai pu rétablir son véritable sens.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette question, sur ces exercices du corps qui devraient faire partie de Téducation comme dans les universités d'Angleterre, et qui, développant les forces, le goût de la vie des champs chez les jeunes gens, les détourne de ces aspirations ardentes pour les étiolants plaisirs de la grande ville.

La soirée s'écoula promptement : les uns jouant au billard, d'autres aux cartes, d'autres se pesant sur une bascule et inscrivant leur poids dans un livre ouvert sur un pupitre, pour les visiteurs du cottage ; d'autres enfin, causant de la chasse du jour, des steeple-chases du lendemain. Puis, chacun regagna sa chambre, où l'un rêva d'obstacles énormes franchis, l'autre de renards courant deux heures en hgne droite, et tombant morts devant la meute avec laquelle seule il se trouvait : glorieux souvenir à enregistrer sur ses tablettes de sport.

Le lendemain le soleil se leva radieux, sortant d'une brume légère, derniers vestiges d'un hiver que chassaient devant elles les tièdes brises du printemps.

J'étais descendu de bonne heure dans le parc du cottage, où j'avais fait une longue et charmante promenade matinale. Je rentrais lorsque j'aperçus lord H... se dirigeant vers moi :

— N'est-ce pas trop vous ennuyer, que de vous demander de venir choisir le cheval que vous monterez aujourd'hui, me dit-il?

— Mon plus vif désir est de visiter vos écuries, répondiâje, et nous nous dirigeâmes vers un corps de logis complètement indépendant du reste de l'habitation, et bâti derrière un épais massif d'arbres verts et de chênes.

Les écuries formaient une longue ligne avec deux ailes en retour. Ces ailes étaient occupées Tune par la sellerie, l'autre par les riemises des voitures. Ces dépendances bâties en briques, et recouvertes de rosiers, de lierre et de chèvrefeuille, avaient un aspect fort pittoresque.

La cour formée par ces bâtiments était vaste, et une pelouse du plus fin gazon y déployait des courbes bien tracées.

Cette pelouse parfaitement entretenue servait à l'exercice matinal des chevaux, qui en présence du chef-groom, opéraient ainsi le travail nécessaire à Fentretien de leur bonne condition.

En temps de gelée (et les gelées durent parfois un mois), afin que les chevaux pussent continuer leur travail devenu impossible sur une terre durcie, une piste circulaire d'un mille environ, couverte d'un épais lit de fumier, était tracée sur une prairie dont la pente savamment ménagée, permettait de donner le galop en montant et en descendant.

On le voit, tout cet aménagement, peu coûteux, puisque cette piste était formée du fumier pris dans les box, avait Pexcellent but d'entretenir les chevaux dans une bonne condition de travail, et d'éviter ainsi les accidents, causés par une chasse un peu vive après un long repos.

Trente box formaient la façade des écuries, ces trente box étaient séparés par une espèce de haute tour carrée

renfermant les fourrages. Au centre une horloge pour le service des gens de Fécurie. Les murailles de cette tour étaient garnies de hautes croisées placées sur des châssis mobiles, et se soulevant au moyen de petites poulies. De cette façon, en hiver, après les longues pluies, lorsqu'un rayon de soleil perçait ces gros nuages noirs qui passent en courant sur toute l'Angleterre, on levait les châssis, et l'air vif, pur, pouvait pénétrer dans les masses de fourrages.

Ce système de ventilation évitait la fermentation causée dans les herbes séchées par l'humidité.

Les trente box me furent successivement ouverts. Chacun d'eux renfermait un magnifique animal aux formes amples, aux muscles saillants. Presque tous étaient de grande taille et capables de porter des poids énormes. Malgré la force, l'énergie que dénotaient leur grande charpente, ces chevaux, par leur tête fine, leur cou plat, leurs jarrets secs, nerveux, dénotaient le sang le plus pur.

Lord H... me montra le double poney que je devais monter, m'étant décidé à être simple spectateur du hunt steeple-chase. C'était un admirable animal bai brun, aux balzanes haut montées à chaque jambe. 11 avait été acheté en Irlande par lord H..., à Kelkenney, ce pays des bons sauteurs, ce pays coupé de murs énormes, de banquettes en terre au milieu de prairies tourbeuses, où les chevaux s'enfoncent jusqu'aux jarrets.

— Voici le cheval que je monte dans le steeple-chase, me dit lord H... en faisant ouvrir la porte du dernier box : son nom est Borderer, et il a déjà fait ses preuves l'année dernière dans la course des gentlemen farmers.

Borderer était un cheval noir, mais il était d'un noir tellement vif, brillant et satiné, que la lumière s'y brisait en mille reflets, tandis: que de larges feux d'un fauve sanguin venaient donner à ses flancs, aux contours de ses yeux et de ses naseaux, des teintes dorées. Ses jambes, aux tendons saillants, paraissaient dures, noires et polies comme Tébène. En voyant sa poitrine profonde, sûr indice de la puissance de ses poumons, on devinait que ce magnifique animal pouvait fournir sans peine une course rapide . et de longue haleine. Quant à sa vitesse, à sa puissance de saut, elle devait être prodigieuse, à en juger par Tinclinaison de ses épaules et la force de ses membres. Les jarrets, secs, plats, descendus, semblaient les ressorts d*acier de ces membres de fer. Son large front, ses grands yeux, tout enfin jusqu'à ses naseaux saillants et ouverts qu'il agitait sans cesse, lui donnaient la physionomie la plus fine que l'on pût imaginer.

Tel était Borderer, Tun des champions du hunt steeplechase de Lubenham.

L'installation des box était la même pour tous les chevaux de chasse.

Celui de Borderer, que je pus examiner en détail, était de vingt pieds carrés environ. Les murs étaient à moitié lambrissés de chêne, cirés, brillants, et l'autre moitié de la muraille était couverte d'un stuc blanchâtre.

Ces box étaient pavés de briques d'une pâte très-fine, parfaitement entretenues par Thuile qu'on y répandait modérément, et disparaissant presque entièrement sous une épaisse litière de paille dorée. Deux fenêtres, l'une au Dûdi, l'autre au nord, garnies de persiennes et de stores,

aéraient ou réchauffaient tour à tour cette écurie, dont la mangeoire de bois de chêne et le râtelier de fer poli étaient toujours abondamment pourvus d'avoine mêlée de févroles et de foin odoriférant.

A gauche des box, et dans un corps de bâtiment parallèle à celui servant de maison d'habitation aux grooms, se trouvaient les remises et les écuries des chevaux d'attelage.

Sous les premiers j'aperçus un cab, un phaéton, un coupé de voyage, plusieurs b^aks, et enfin le mail-coach, tout préparé pour conduire coureurs et spectateurs aux steeple-chases de Lubenham.

Dans les écuries, et sur une môme ligne, se trouvaient réunies six paires de carrossiers d'une ampleur de formes, n'excluant ni Télégance, ni la distinction des races.

Presque tous ces chevaux avaient été élevés dans les fermes de lord H..., en Yorkshire. A l'une des extrémités de cette écurie, quatre box contenaient des hacks, poneys, chevaux de petite taille, faisant vingt milles sans prendre le pas, et dont les allures douces, régulières, permettaient de suivre une conversation aussi facilement qu'au coin du feu, à demi couché dans un bon fauteuil.

— Mais, dit lord H... en regardant l'horloge des écuries, voici dix heures, le temps nous presse un peu, il me reste à peine le temps de vous montrer le chenil.

Quelques instants après, suivant une allée tracée sous une haute futaie de chêne, nous arrivions au bas d'une petite éminence au sommet de laquelle étaient bâtis les chenils.

C'était une colonie tapissée du plus fin gazon, et seniée

de massifs, de corbeilles qui, en été, devaient donner à cette partie du cottage le plus gracieux aspect.

Lord H... me fit observer que cette place avait été convenablement choisie, les chenils devant être placés dans un heu élevé, sec, exposé au soleil levant. Dans le cas contraire, lors des chaleurs, la température y deviendrait insupportable, et l'air s'y corrompant ferait naître toutes les maladies auxquelles est sujette la gent canine.

Un cours d'eau, limpide, courante, gazouillant sur des petits cailloux de mille couleurs, et encaissé dans deux berges de ciment, traversait les chenils. C'est là une des meilleures conditions de salubrité pour les chiens, et un point d'une immense importance relativement à leur hygiène.

Le chenil se divisait en trois bâtiments ou trois salles de rez-de-chaussée dans un même corps de logis. Chacun de ces bâtiments avait une cour indépendante; de cette façon, il était possible, lorsque le cas se présentait, de séparer les chiens atteints de maladies contagieuses ou même de blessures. Puis, à cent mètres environ, ombragé par d'immenses arbres verts, caché au milieu de massifs de plantes, je vis un autre chenil, de petite dimension, que traversait aussi le petit cours d'eau.

Ce chenil était construit en cet endroit à l'usage des lices, qui venaient, aux jours de printemps, y passer leurs ardeurs nécessitant une réclusion sévère. Toutes ces constructions étaient aménagées avec le soin le plus parfait, et Jack Dickson, le huntsman, le chef de toute cette population hurlante, reçut nos compliments.

Ce jour-là étant jour de chasse pour les harriers de

lord H..., les vingt couples de chiens étaient prêts à sortir; la présence du maître n'étant pas une nécessité absolue pour que la chasse ait lieu.

Tout cet équipage était vraiment ce que Ton peut imaginer de plus parfait. Presque tous blancs et orangés, ces chiens offraient Tensemble des meilleures qualités apparentes; assis, couchés, debout, ils ne quittaient pas des yeux Jack Dickson, leur huntsman.

Quant à ce dernier, c'était un homme de haute et robuste taille, blond, coloré; une rare ténacité, une indomptable énergie se dénotaient sur cette figure impassible, cette froide physionomie.

Sa mise était extrêmement recherchée, et Jack Dickson avait toutes les apparences du meilleur gentleman d'Angleterre. 11 portait une petite redingote de drap écarlate, à boutons de cuivre, dessinant sa taille vigoureuse; des culottes de daim jaune clair, à la fois amples et justes, qui avaient une coupe insaisissable pour tout autre que Farliste qui avait résolu ce problème ; des bottes bien luisantes, à revers bruns, avec de longs éperons d'acier, une cravate blanche soigneusement empesée, et une cape de velours noir, haute de forme, et à l'épreuve des chocs les plus rudes.

ir jouait machinalement avec un fouet de chasse, et tenait à la main un petit cornet de cuivre, qui remplace en Angleterre nos trompes françaises.

Certes, il y avait là une notable différence. Et qui eût placé à côté de Jack Dickson quelque vieux type de nos piqueurs de France, aux vestes galonnées, au col blanc plissé, aux cheveux poudrés, et à la petite queue mince

Bortant d'un chapeau brodé à trois cornes, eût eu le nouveau et l'ancien régime en opposition.

L'ancien avec ses usages, ses règles, ses habitudes, sa science, sa persévérance.

Le nouveau, avec son énergie aussi, son goût pour tout ce gui se fait rapidement, pourterminer le plus vite, le plus sûrement possible la chose commencée.

L'ancien, plus imposant, plus noble.

Le nouveau, plus fringant, plus entraînant. *

Nous assistâmes au départ de la meute, et je pus alors examiner la construction, la disposition intérieure des chenils.

Une pièce était réservée, pour le repas de la meute ; dans une autre attenant à la première et servant de cuisine, se voyaient fixés aux murs, les ustensiles de cuivre brillant. Les cours étaient pavées en pente, et de cette façon il était facile d'y entretenir la propreté. Je remarquai que toutes les portes, s'ouvrant en dehors, les chiens en se précipitant ne couraient aucun danger de se blesser.

Le sol, au lieu d'être fait de carreaux froids et engendrant les rhumatismes chez les chiens, était couvert de planches au-dessous desquelles était étendue une couche épaisse de charbon pilé destiné à préserver de Thumidité. Les murs blanchis à la chaux étaient soigneusement entretenus, et des bancs de chêne munis de rebords et placés à dix pouces du sol, y étaient adaptés.

Sur les planches était étendue une litière de paille de seigle, soigneusement renouvelée chaque jour, pour le lavage des bancs, et ces bancs pouvaient se relever le long des murs au moyen de charnières, parallèlement aux lam-

bris de bois ciré placés à hauteur d'appui afin de garantir les chiens contre les dangereux effets de Thumidité.

Un tuyau de chaleur formant une croix à dix pieds de hauteur entretenait une douce température à Tintérieur du chenil, et une grande cheminée munie d*un grillage serré permettait, lorsque la meute revenait d'une longue chasse, ayant supporté tout le jour les pluies glaciales de décembre, de se sécher, et de rétablir la circulation du sang dans leurs membres fatigués. Puis lorsqu'ils étaient secs, Tun des whips (valet de chien) procédait au bouchonnage qui ne laissait aucune trace des souillures de la boue glaiseuse du Leicestershire.

Que dirai-je? — Tout dans l'aménagement de ce chenil, depuis les auges dont les ferrures brillantes resplendissaient de propreté, jusqu'aux couples, colliers, ustensiles de toutes sortes, était d'une simple et bonne élégance. — Tout y était établi pour le confort des animaux et pour le bon entretien de leur santé, nécessaire aux plaisirs du maître.

Quant aux pointers et springers, nous aurons occasion d'en parler lors de la chasse aux faisans que nous fîmes dans le parc le lendemain de ce jour.

Lord H... m'avait donc fait visiter les dépendances du cottage dans les plus grands détails.

Nous revenions par le chemin que nous avions pris pour aller au chenil. Archer et Snowball, les deux grands lévriers, nous ayant aperçus, se livraient sur la prairie à une course folle, désordonnée, et je me demandai par quels miracles de croisements on était arrivé à produire ces animaux. Ce mystère me fut expliqué le lendemain, et je

m'attacherai à donner, avec la plus grande exactitude, tout ce qui concerne les grey hound (lévriers), leurs courses, qui ont leurs règlements et leurs races qui ont leurs pedigrees comme les chevaux de pur sang.

En approchant des écuries, lord H... m'annonça qu'il allait partir, me priant bien de vouloir l'excuser. 11 désirait visiter à pied le terrain ayant la course ; quant à moi j'aurais une place sur le Mail-Goach, et mon cheval serait conduit en main jusqu'à Lubenham, où il resterait à ma disposition. Lorsque nous arrivâmes dans la cour des écuries, le phaéton, dans lequel mon hôte devait se rendre au steeple-chase, sortit d'une des remises, et fit devant nous le tour de la pelouse.

Il est impossible de décrire Mégance, la légèreté de cette délicieuse voiture bleu foncé à rechampis rouges; non plus que l'ensemble, le bouquet de son charmant attelage composé de deux chevaux bai bruns de taille moyenne. Tout était correct, et, faut-il le dire, presque artistique, tout, jusqu'aux deux petits grooms d'une similitude parfaite, deux jumeaux, fils du premier cocher de lord H..., qui montèrent légèrement sur le siège de derrière. — Les chevaux, pleins de races, étaient attelés d'une manière fort simple, peu voyante. Les harnais, tout noirs, faisaient ressortir leur encolure plate, nerveuse, hardiment sortie, et leurs épaules magnifiques, ayant les plus belles actions que Ton pût imaginer.

Pendant que je me livrais à la contemplation de ce ravissant attelage. Lord H... était allé revêtir son costume de gentleman-jockey.

11 revint bientôt, et sous la longue redingote claire j'aper-

eus sa casaque cerise à gros pois blancs, il me serra la main, monta dans son phaéton, et aussitôt, de leur trot cadencé, couvrant d'écume leurs mors légers, le charmant équipage disparut dans les profondeurs du parc.

Je rejoignis bientôt mon ami Stag et les autres gentlemen réunis au cottage. On déjeuna ; puis, le déjeuner terminé, les discussions commencèrent, on parla du favori Herod, cheval appartenant à un fermier du voisinage, qui s'était fait remarquer à la chasse pendant toute la saison précédente et avait gagné plusieurs courses dans le mois qui venait de s'écouler. On paria, puis, lorsque l'on eut parié, on se leva de table et Ton monta sur et dans le mail, qui partit à la grande allure de ses quatre trotteurs du Norfolk, menés par un cousin de lord H...

C^était une belle journée d'octobre. Les prairies étaient encore toutes ruisselantes de la rosée de la nuit ; une légère brise emportait mollement les dernières feuilles des haies, le chiff-chalf (oiseau des haies) se jouait aux premiers rayons de ce soleil d'automne, et les gros moutons du Leicestershire, aux laines pendantes, abandoonaieut leur repas matinal pour venir voir passer aux barrières le mail suivant la petite route encaissée qui menait à Lu-' benham. •

Nous traversâmes d'abord Foxton, petit village situé dans une vallée profonde formée par de verdoyantes collines; puis bientôt nous aperçûmes le terrain de course couvert déjà de voitures, de cavaliers, de piétons environnant les obstacles.

Ce terrain était situé dans la position la plus propre à une course d'obstacles, et pas un saut ne pouvait échap-

per à la vue des spectateurs. C'était un large plateau presque circulaire, dont les pentes fort inclinées. menaient à la rivière que les chevaux devaient sauter; puis décrivant un arc sur la prairie en franchissant plusieurs obstacles, ils remontaient une autre pente du plateau en passant de nouveau la rivière et revenaient au but pour recommencer une seconde fois le premier parcours.

Le groom, parti avec le double poney que lord H... avait mis à ma disposition, attendait à l'entrée du terrain de course.

Mon ami Stag ayant fait venir un de ses hacks, nous montâmes ensemble à cheval, et nous pûmes visiter successivement tous les obstacles.

J'ai vu bien des steeple-chases, mais de ma vie je n'oublierai les obstacles que ce jour-là les gentlemen-riders avaient choisis pour faire briller leur courageuse adresse.

La distance à parcourir était de neuf mille mètres français environ.

Le premier obstacle à franchir était un énorme bullfinch. J'ai déjà parlé de ces haies d'épines noires, hautes, touffues, presque inextricables, que chevaux et cavaliers doivent résolument charger pour les traverser. C'était bien là un obstacle propre à faire dérober les peureux et les mauvais cœurs.

Le deuxième et le troisième étaient deux haies de quatre pieds anglais, avec un fossé de chaque côté.

Le quatrième, un mur de briques servant de clôture à un jardin dépendant d'une ferme voisine.

Le cinquième, un autre bull-finch.

Le sixième, une barrière fixe.

Le septième était ce que Ton appelle un double poste and rail. Cet obstacle se composait de deux barrières fixes fort solides, hautes de trois pieds et demi, distantes Tune de l'autre de huit pieds environ, et ces huit pieds étaient occupés par une haie épaisse. De chaque côté des haies se trouvait un fossé large de trois pieds, de sorte que le cheval, dans ce saut énorme, devait couvrir au moins dix-huit pieds. Aussi plus d'un devait refuser ou y tomber.

Le huitième était une double douve peu large.

Le neuvième, un bank (banquette de terre entre deux fossés).

Puis on arrivait sur le champ qui, descendant en une pente rapide, conduisait à la rivière qui formait le dixième obstacle.

Cette rivière, large de quatorze pieds, profondément encaissée dans de hautes berges, formait une des limites de ce champ ; et afin que les vaches ou moutons qui paissaient ordinairement dans le champ voisin ne pussent, aux jours d'été, lorsque les eaux étaient basses, échapper de leur enclos, une barrière, haute de deux pieds et demi environ, précédait la rivière; mais cette barrière, au lieu d'être inclinée dans le sens du saut, ce qui Teût facilité, était penchée dans le sens contraire.

Puis après cette énorme largeur à franchir, la piste du steeple-chase tournait, et les chevaux venaient sauter deux haies, puis encore la rivière. Le quatorzième obstacle se trouvait placé- au sommet de la pente qui ramenait au but. C'étaient deux haies entre lesquelles passait une petite route vicinale.

Un quart de mille environ offrait enfin son plan ga-

zonné, ramenant en ligne droite vers le poteau d'arrivée, ce qni permettait aux chevaux de déployer toute leur vitesse, aux gentlemen tout leur savoir faire.

Ces obstacles se passaient tous deux fois, à Pexception de la rivière qui était sautée deux fois à chaque tour.

Stag et moi revînmes à Tendroit d*où devait être donné le signal du départ, et là je pus voir Herod, le favori du steeple-chase.

C'était un admirable cheval alezan, dans une si excellente condition qu'on croyait voir circuler le sang dans ses veines déjà gonflées sous sa peau fine, soyeuse, et brillante de mille reflets dorés. On pouvait compter chacun de ses muscles vigoureux, tant sa chair débarrassée de tout em* bonpoint superflu paraissait nerveuse et ferme.

De nombreuses voitures, des cavaliers arrivaient de tous les points de la campagne.

Le soleil brillait, Tair vif et pur sans être froid avivait les figures des femmes qui passaient se rendant à ce spectacle dont les péripéties devaient être si émouvantes pour elles. Car presque toutes avaient là, soit un frère, soit un mari, soit un ami qui allait risquer sa vie. Et celui qui aurait été peu au courant de ces mœurs anglaises, se serait demandé quel pari énorme pouvait jusqu'à certain point faire comprendre cette folle intrépidité.

Enfin, un drapeau s'éleva dans les airs. Le signal du départ fut donné.

Les chevaux au nombre de trente partirent, faisant retentir la prairie de leur galop sonore.

Les chevaux partis, divers mouvements s'opérèrent parmi les spectateurs.

Les uns se dirigèrent vers le brook (rivière).

D'autres vers le double post and rail (double barrière).

Car c^étaient là réellement les obstacles les plus sérieux du steeple-chase. Pour moi, accompagné de mon ami Stag, au galop de mon poney, j'arrivai bientôt à la limite d'un champ d'où il était facile de suivre toutes les péripéties de la course.

Au premier obstacle, le bull-finch, quatre chevaux l'avaient refusé, et cinq avaient roulé avec leurs cavaliers dans le fossé plein d'eau. Deux purent remonter à cheval et continuer la course. Les trois autres restèrent dix minutes avant de pouvoir se débarrasser des ronces qui les retenaient ayant de l'eau presque Jusqu'à la ceinture.

Bientôt après, les vingt et un qui restaient en course, disparurent derrière un bouquet d'arbres, divisés en deux pelotons. Dans le premier, j'aperçus Herod, tenant la tête, et à quatre ou cinq longueurs derrière lui, la casaque cerise à pois blancs de lord H... qui ménageait les efforts de Borderer.

Enfiuj une rumeur générale annonça qu'on apercevait les jockeys.

Massés de la même façon que lorsqu'ils avaient disparu derrière le bois, ils parurent au point culminant -de la piste, courbés sur leur selle, arrivèrent sur une haie, et la franchirent successivement.

Puis ils parcoururent d'une vitesse égale, l'espace qui séparait cette haie du mur en briques. Là un cheval se déroba, et en se dérobant empêcha le saut de deux autres chevaux qui galopaient derrière lui. Tous trois refusèrent obstinément. Les autres avaient passé l'obstacle.

Ace moment, Borderer s'était rapproché d'Herod. Ils arrivaient de toute leur vitesse sur le double post and rail. On vit de nouveau paraître la tête des chevaux, puis au milieu d'un craquement causé par le bris des barrières, de la haie froissée par les chutes, les cris des gentlemen qui arrivaient cherchant une place pour sauter dans ce pêlemêle, tous deux le passèrent royalement, enseinble. Onze chevaux seuls les suivirent.

C'était une course magnifique. L'enthousiasme était au comble, les bravos retentissaient du haut des mail-coach, du haut des arbres avoisinant les obstacles, car des spectateurs étaient montés sur ces arbres, et y formaient une sorte de grappe humaine.

Stag et moi, nous nous dirigeâmes alors en coupant à travers champ vers la rivière et nous y arrivions au moment où il restait encore la moitié de la distance à parcourir pour les chevaux avant de la passer.

Herod et Borderer couraient toujours côte à côte. Bientôt on entendit sourdement résonner le sol sous le branle précipité du galop. Rapides comme la pensée, les deux chevaux passèrent devant moi avec une incroyable rapidité. Dix mètres les séparaient à peine de Tobstacle. C'est à peine si la moiteur ternissait le vif reflet de leur robe. Les naseaux ouverts, frémissants, allongés, les oreilles en avant indiquant l'attention qu'ils portaient au saut qu'ils allaient faire, ils rasaient le sol avec une merveilleuse vitesse.

Les jockeys s'assirent alors dans leur selle, et, poussant leur cri de chasse, tenaient leurs chevaux entre leurs genoux nerveux avec une énergie presque convulsive...

Au moment du saut, les uns attaquèrent les chevaux des éperons, les autres de la cravache...

Puis l'eau jaillit en gerbes de tous côtés, et, en entendant la foule pousser un seul et formidable hourra, je vis Herod, Borderer et un autre cheval ayant nom Govemor fournir ce bond énorme, et galoper déjà de Tautre côté de la rivière.

Quant aux autres, séparés de leurs jockeys, ils nageaient, cherchant à remonter les berges à pic et vaseuses; leurs cavaliers s'acrochaient aux herbes, et des spectateurs leur tendant des mains amies les aidaient à sortir de cette fâcheuse position. Couverts de boue, dégouttants d'e^ii, certains parvinrent à ressaisir leur monture tout aussi souillée, tout aussi mouillée qu'eux, et, animés d'un nouvel espoir, ils repartaient, espérant que la chute des deux favoris pourrait leur faire prendre la première place.

Trois chevaux sur trente avaient donc seuls la chance de compléter le parcours, et une lutte sérieuse, sur laquelle se portait l'attention de mille spectateurs, s'engagea, ferme, hardie, savante.

Ils repassèrent d'abord devant le poteau d'arrivée : Herod tenait la tête, Borderer, visiblement retenu, venait à deux longueurs, et enfin Governor, cherchant à regagner sa distance.

Lorsqu'ils revinrent pour la seconde fois aborder la rivière, ils y arrivèrent de front. C*était à partir de cet obstacle que la course allait, pour ainsi dire, se décider.

Comme la première fois, ils arrivèrent de toute leur vitesse..

ET EN ANGLETERRE lll

Un grand cri s'éleva dans les airs! cri de crainte, d'effroi des parieurs pour Herod et Borderer; cri de joie, d'enthousiasme des parieurs pour Governor, qui seul avait sauté, et s'éloignait rapidement de l'obstacle franchi...

Herod refusait le saut obstinément.

Borderer, ayant été amené à une place, où les chevaux, lors du premier tour, en sortant de Feau, avaient provoqué unéboulemeut de terrain, enfonça jusqu'aux jarrets, et, malgré un bond prodigieux, le brave animal n'atteignant l'autre rive que de ses pieds de devant, retomba dans la rivière.

Au moment où d'un courageux effort, il en sortait avec son cavalier, Herod, amené de nouveau avec une énergie remarquable, Herod, dis-je, sautait, et tous deux encore, côte à côte, continuèrent la course.

Quant à Governor, se voyant seul, il se mit à se défendre devant une petite haie, jusqu'à l'arrivée des deux autres chevaux, et lorsqu'ils la franchirent, il les suivit de nouveau.

C'était vraiment là une belle course.

Nous partîmes, à un hûa galop, vers le poteau d'arrivée.

Lorsque nous y arrivâmes, les chevaux abordaient le dernier obstacle. A ce moment, je vis le cavalier d'Herod donner un vigoureux coup de cravache à son cheval, en l'attaquant en même temps des éperons, espérant enlever plus sûrement sa monture, et gagner une demi-longueur, en exigeant d'elle un bond énorme.

Mais, soit que les forces aient manqué à ce brave animal, ou plutôt que son cavalier l'ait poussé imprudemment à

ce moment, il chargea aveuglement la haie, ses pieds s'y engagèrent, cheval et cavalier culbutèrent et roulèrent ensemble sur la prairie, tandis que lord H... plus habile, la franchissait, le laissant bien loin derrière lui. Puis, il arriva seul, au bruit des applaudissements, et de hourras enthousiastes, et passa devant le but, ne pouvant encore arrêter Timpétueux élan de sa course.

Quant à Governor, la tête basse, essoufflé, il fut mis au pas, après le saut du dernier obstacle.

D'autres steeple-chase eurent lieu ensuite, pour les chevaux des fermiers, et plus d'un venu le matin de la ferme retourna coucher le soir dans les box aristocratiques de quelqu'écurie seigneuriale, dont le chef avait admiré les bonnes dispositions de Hunter, et l'avait acheté.

J'eus, encore là, Toccasion de m'affermir dans ma croyance au pur sang.

Personne ne peut certes nier aujourd'hui l'influence immédiate qu'une certaine proportion de ce sang précieux exerce sur la charpente, sur le cœur, sur le moral des individus, lorsqu'il est transmis par la combinaison des croisements.

Il est irrécusablement prouvé par l'expérience que le pur sang donne aux chevaux, quelle que soit leur origine, du cœur et delà race. En prenant pour exemple l'extrême, un cheval de trait d'une espèce essentiellement lymphatique et pesante, il arrivera, après plusieurs croisements, à hériter d'une certaine proportion de force, de formes,/ de courage et de beauté, lorsqu'il pourra compter parmi ses ancêtres, ne fût-ce qu'un atome du sang d'un cheval de course.

Chez nous, et c'est là une triste vérité, le plus grand nombre ignore encore le véritable but des courses plates, s'imaginant que c'est là un simple spectacle des yeux, un jeu d'hippodrome, et le steeple-chase un tour de force de chez M. Franconi. Beaucoup se moquent.

Ignorants critiques d'une science qu'ils traitent de gan^ dinisme, ils font de la qualification de sportman celle de ridicule. Critiques de l'envie et de l'impuissance, ne pouvant comprendre l'utilité réelle pour tous, pour le pays, de cette institution, ils établiront leurs niais systèmes et leurs plates déductions : et qu'ils le sachent donc une fois pour toutes, le cheval de course n'est pas un cheval de luxe, mais d'utilité publique, l'Etat Tacheté pour ses haras, et par cela môme, eux, les critiques, en vertu des impositions, en payent une partie.

Si la course plate est la grande, la belle exposition du système, le steeple-chase en est une des bonnes applications.

Que ceux qui ont le parti pris de dénigrement, qui parlent de nos anciennes races perdues, de l'anglomanie qui ruine, qui perd l'industrie chevaline de la France, amènent, à côté de ces chevaux de steeple-chases, capables de parcourir d'énormes distancer, portant des poids de cent quatre-vingts livres, à travers une contrée coupée d'obstacles de toute sorte, qu'ils amènent, dis-je, quelque pur rejeton de nos races limousines, ou autres, quelle que soit sa réputation et sa qualité, et ils se persuaderont bien vite d'une chose, c'est qu'au lieu de détruire, on améliore, et que le cheval pur sang doit être le type du régénérateur par excellence.

lli LES CHASSES EN FRANCE

Vous faites des ficelles! disent-ils, et c'est là leur grand mot.

Qu'ils se rendent donc dans les différents dépôts d'étalons, et à l'aspect de ces admirables animaux, aux formes amples, riches de force, d'énergie, ils se convaincront que, si, comme toutes les races, celle des chevaux de pur sang a ses mauvais produits, elle a des types qu'elle seule peut réaliser.

Qu'ils sachent, et ils peuvent en faire l'expérience, que les ficelles mauvais produits parmi les chevaux de pur sang, et vendues aux enchères pour des sommes minimes, battraient cent fois comme force, comme énergie, les mauvais produits de nos races indigènes, parce que, quoiqu'étant mauvais chevaux de course, ils ont pour eux le sang.

Qu'ils apprennent que pour sortir victorieux de l'épreuve d'une course plate, ou d'un steeple-chase, certaines conditions étant données, il est nécessaire qu'un cheval réunisse rexcellence, presque l'idéal de toutes les qualités possibles et désirables en lui. Le vainqueur de l'un ou de l'autre de ces deux genres de courses, sera fort, énergique, vite, sage; il aura du fond et de la beauté. Par beauté, je n'entends pas exclusivement celle qui plaît aux yeux, qui est plutôt la coquetterie de l'espèce chevaline, mais une beauté mâle, utile, telle qu'une large et profonde poitrine, des membres sains et nets de toute tare.

Encore une fois, on voit à quels merveilleux résultats sont arrivés les Anglais par la scrupuleuse attention avec laquelle ils ont conservé pure cette race regénératrice.

En admettant une certaine partie de ce sang dans leurs anciennes races, ils sont parvenus à rendre les chevaux de chasse, de guerre et de promenade, d'attelage, voire même les chevaux servant à l'agriculture, les races de gros trait, plus forts, plus actifs, plus entreprenants, plus propres à supporter les grandes fatigues.

En un mot, le cheval de pur sang augmente le mérite des autres races, et bien souvent môme est la cause de leur véritable valeur. . .

A quatre heures, les steeple-chases courus, les paris réglés, ayant assisté au départ de Bordcrer gui, enveloppé de chaudes couvertures, marchait gaiement sur la route, nous quittâmes Lubenham, et deux heures s'étaient à peine écoulées, que nous entrions dans le cour du cottage.

Puis le soir, le dîner terminé, alors que deg flacons de cristal, gravés aux armes du lord, et remplis d'un précieux et pur vin de France, circulaient entre les convives sur l'acajou poli de la table, de nombreux toasts furent portés à Borderer, à son jockey, et surtout à l'avenir de ce cheval qui donnait les plus magnifiques espérances.

Le soir, chacun regagna sa chambre, le teint un peu animé, et les conversations qui avaient lieu sur le seuil des portes me semblèrent entamées par des langues tant soit peu pesantes et embarrassées.

Enfin, les appartements du cottage rentrèrent dans le silence, et chacun rêva d'obstacles franchis, de courses gagnées; chacun vit se réaliser le rêve que, pendant la journée, avait enfanté son imagination. C'est dire que tous furent heureux, et que le lendemain, lorsque le soleil se

leva encore radieux, tous se levèrent pour prendre part aux nouveaux exercices de sport qui formaient le programme de cette journée.

A neuf heures, suivis de Snowball et d'Archer, qui nous suivaient, tenus en laisse par leur lanceur, et précédés du harefinder(trouveur de lièvres), nous sortîmes à cheval du cottage.

Nous commencerons prochainement une série d'articles concernant les grey-hounds (lévriers) en Angleterre, et les derr-hounds (chiens servant à la chasse du cerf en Ecosse, lévriers à long poil). Nous donnerons aussi les lois qui régissent les courses de ces chiens, courses aussi suivies en Angleterre que celles de chevaux, et Tune des branches les plus importantes du spqrt. La prohibition de cette race de chien en France me semblerait pouvoir être modifiée, en ce qui concerne les propriétaires pouvant justifier d'une certaine étendue de territoire. Ceux-là sont intéressés à la conservation du gibier, et du reste une couple de lévriers ne peut guère prendre plus de deux lièvres par jour. Que sont deux lièvres tués en comparaison de ces carnages opérés lors des grandes battues d'hiver, voire même des chasses conduites avec des bassets, qui amènent de malheureux animaux se faire assassinera quelque carrefour.

C'est une course fort intéressante que celle du lévrier à la poursuite d'un lièvre. Chez tous les animaux, en y comprenant les chevaux de grande race, la grande force de vitesse est dans son arrière-main.

Sous ce rapport, le lièvre est d'une admirable conformation, comme le prouvent les muscles de ses cuisses et

la longueur de ses jambes de derrière comparée à celles de devant. C'est surtout sur les terrains élevés que se fait remarquer l'avantage de cette construction particulière. Lorsque le lièvre gravit la pente d'une colline, il distance généralement les lévriers. Sa poitrine est grande, profonde et parfaitement disposée pour que, lors d'une longue course, ses poumons puissent y opérer facilement leuj action.

Certes, la vitesse du lièvre est fort remarquable, mais elle ne l'est pas à un plus haut degré que son adresse devant les lévriers. Se rendant parfaitement compte du degré de celle des chiens qui le poursuivent, il n'abuse pas de ses forces, les conservant pour s'en servir avec à-propos.

Faut-il le dire, le lièvre a la science du meilleur jockey, dont la science est renommée pour les longs parcours, et qui tient la force de sou cheval en réserve pour lui faire déployer tout ce qu'il a de vitesse et d'énergie au moment propice.

Devant Snowball et Archer, le harefinder fit partir un lièvre, sur lequel, étant découplés, ils partirent ensemble. Le lièvre fut bientôt pris, après une course vive, à travers champs, coupés de haies, rivières et fossés, que nous franchissions derrière les chiens.

Puis, de retour au cottage vers onze heures, on déjeuna, et à une heure on pénétra dans les réserves. Là, devant les springiers (espèce de petits épagneuls choupilleurs), de beaux coqs prirent leur vol, et jusqu'au soir de nombreuses détonations firent retentir les échos du parc.

Ce soir là, Stag et moi, nous fîmes nos adieux et nos

remercîments à lord H..., qui voulait prolonger notre séjour au cottage.

Le doq-cart d'osier, attelé de la grosse jument trotteuse, nous attendait, et deux heures après nous arrivions à Leicester.

Page 1