‹ Les chasseures à piedChapitre 16 sur 96 · L'ITALIE · texte numérisé non relu

L'ITALIE

HONNBUR, PATRIE.

SoiririDO, la SI Juin UEO.

Prèliminun* ita la {netre d'Italie. — Prarnièra* opératicxu. i- Combat da Mob> teballo. — Combat da Palactro. — Combat da Robachetto. — Batailla da Magenta. — Raconnainanca de Robacco. — Combat de Melepiano. — Batailla (le Sollariao. — Piélimiiuiiei <la VillaEnnca al tiaJii da Zurich.

PrélimlnairM de U guem dlUlie.

UNITÉ nationale italienne, comprima dans son essor au moment de la question romaine, en 1849, nettement définie par M. de Cavour aux conférences du traité de Paris, en 1^(56, où le Piémont avait acquis l'honneur d'être représenté , prûce à la coopération de ses troupes en Crimée, venait d'entrer dans une phase aiguë, par suite des empiétements continuels de l'Autriche et de la rupture des relations diplomatiques entre les deux nations. SQr de l'appui de l'empereur Napoléon III, M. de Cavour prit une altitude résolue vis-à-vis de l'Autriche, et le Piémont, suivant en cela l'exemple de l'Autriche, qui, depub un mois, mobilÏMit son nrnuV en Italie, pressa ses armements. Ix cabinet de Vicmii- lui adressa, le 19 avril, un ultimatum pour le sommer de

désarmer en trois jours; le comte de Cavour, pour donner à la France le temps de se préparer, n*y répondit que le 26 avril, par une fin de non-recevoir. En France, la mobilisation de i*arméc des Alpes, sous le nom d'armée d'Italie, décrétée le 21 avril, commençait le 24 du même mois.

La composition de Tarmée d'Italie fut la suivante : la garde impériale, général Regnault de Saint-Jean-d'Angely,et cinq corps d'armée commandés : le premier par le maréchal Baraguey d'Hilliers; le deuxième par le général DE Mac-MahoN; le troisième par le maréchal Canrobert; le quatrième par le général Niel; le cinquième par le prince Napoléon. Ce dernier corps d'armée, formé peu de temps après les autres, devait débarquer sa 2* division à Livourne, pour forcer les Autrichiens à évacuer la Toscane et les duchés de l'Emilie, pendant que sa i"' division devait se jeter dans l'Apennin pour appuyer le mouvement de l'autre division et établir les communications avec le reste de l'armée. Les transports stratégiques de cette imposante armée commencèrent dès le 21 avril.

Onze bataillons de chasseurs à pied étaient désignés pour participer à la campagne d'Italie. C'étaient : le bataillon de chasseurs de la garde, commandant Clinchant. Au i®' corps, i** division, FOREV, brigade Beuret, 17' bataillon de chasseurs à pied, commandant D'AUOEBARD DE FÉRUSSAC; 2"" division, DE LaDMIRAULT,

brigade Niol, 10^ bataillon de chasseurs, commandant COURRECH. Au 2" corps d'armée, 2® division Espinasse, brigade Gault, a* bataillon de chasseurs, commandant DuMONT. Au 3® corps d'armée, r* division Renault, brigade Picard, S"" bataillon de chasseurs, commandant MERLE; 2" division Trochu, brigade Bataille, igP bataillon de chasseurs, commandant Letourneur; 3* division, Bourbaki, brigade Vergé, iS"* bataillon de chasseurs, commandant Avril de l'Enclos. Au 4* corps d'armée, i*^ division de Luzy de Pellissac, brigade DOUAV, 5® bataillon de chasseurs, commandant ThouveniN; 2* division, Vinoy, brigade de Martimprey, 6* bataillon de chasseurs, commandant DE POTIER; 3" division, de Failly, brigade O'Farrel, 15® bataillon de chasseurs, commandant Lion. Au 5^ corps d*armée, 2° division, Uhrich, brigade Grandchamp, 14* bataillon de chasseurs, commandant SÉVERIN.

L'armée piémontaise, forte de 50,000 hommes, commandée par le roi Victor-Emmanuel en personne, comprenait, en outre, un corps de volontaires sous les ordres de Garibaldi, dont le rôle devait être d'inquiéter s^ins cesse l'aile droite autrichienne.

Premières opèrationB.

L'armée autrichienne, forte de 200,000 hommes, divisée en quatre corps d'armée, sous les ordres du feldzeugmestre Giulay, passe le Tessin le 29 avril et menace Turin.

Tandis que l'aile gauche française, composée des 3® et 4* corps d'armée, sous les ordres du maréchal Canrokkkt, franchissait les Alpes, se dirigeait sur Suze et était transportée par voie ferrée sur Alexandrie, l'aile droite, comprenant les i®' et 2^ corps, sous les ordres du maréchal Baraguey-d'Hilliers, débarquait à Gênes et marchait sur Alexandrie, dans les plaines de laquelle elle commençait à déboucher le 7 mai. Giulay, par son mouvement en avant, avait forcé l'armée piémontaise à se replier derrière la Doire Baltée et le Pô ; mais, soit par incurie, soit par prudence excessive, il perdit l'occasion d*enlever Turin et échelonna son armée de Pavie et Plaisance à Navare et Verceil.

Le maréchal Canrobert, devançant l'aile gauche française, alla reconnaître la position de l'armée sarde, qu'il trouva beaucoup trop étendue. Il fit alors concentrer ses deux corps d'armée et Tannée sarde derrière le cours du Pô, entre Casale et Alexandrie. 1^ 5 mai, rarincc française prenait position sous Alexandrie, et Giulay, apprenant la présence des pantalons rouges i Casale, se retira dans le carré stratégique formé par le Pô, la Scsia et le Tessin. Le 16 mai, l'armée d*ltaiic occupait les emplacements suivants sur les deux rives de Tanaro : le 4* corps, sur la rive gauche, i Valenza; le 2* corps, sur la rive droite, à Sale; le i*' corps d*armée. de Ponte Curone à Voghera; le 3* corps, en deuxième ligne à Tortone, et la garde en arrière, i Alexandrie.

Combat de M ontebello.

Giulay , croyant sa gauche menacée , lance sur la rive droite du Pô une forte reconnaissance de 25,000 hommes, sous les ordres du général Stadion. Les Piémontais, attaqués à Timproviste et rejetés hors de leurs cantonnements, se replient en désordre sur la division FOREY, mstallée au bivouac de Montebello. Vers 1 heure, les troupes françaises sont vivement attaquées; le général FOREY n*avait

que 7,000 hommes à opposer aux 25,000 Autrichiens de Stadion, mais, payant ^'audace, il prend, à 3 h. 1/2, l'offensive avec la brigade Blanchard, et reprend aux Autrichiens la Cascina Nuova. Le général FOKEY appelle à lui la brigade Beurct et lui donne l'ordre d'enlever le village de Montebello. La tête de colonne de cette brigade est formée par le 17® bataillon de chasseurs à pied. Nos chasseurs, qui viennent de faire au pas gymnastique les trois kilomètres qui les séparaient du lieu de l'action, enlevés par l'énergique commandant DE FÉRUSSAC , se heurtent aux masses profondes des Autrichiens, se déploient en tirailleurs, débusquent l'ennemi des vignes et des blés, des haies et des fossés, et le refoulent devant eux jusqu'aux premières maisons de Montebello. Pendant que la droite du bataillon progresse ainsi, le centre et la gauche, exposés à un feu des plus meurtriers, perdent en quelques instants le capitaine Marcaggi, mortellement blessé; le com* mandant DE FËRUSSAC, le capitaine SCHWICH, le lieutenant Chrétien, blessés, et de nombreux chasseurs tués ou blessés. Le général FOREY exalte le courage de nos chasseurs en se mettant à leur tête; la charge sonne en avant! Les premières maisons, puis le village entier tombent en notre |K)uvoir à 4 h. 1/2. I^ général Beuret dirige ensuite l'attaque du bataillon sur le cimetière; il tombe glorieusement au milieu des chasseurs du 17® bataillon. Ceux-ci, ardents à le venger, se précipitent avec furie sur les Autrichiens, les massacrent dans le cimetière et les mettent, i 6 h. 1/2, dans une complète déroute. Mais, le long de la chaussée du chemin de fer, s'avance une forte colonne autrichienne qui gag^e sans cesse du terrain contre nous. Le 17* bataillon de chasseurs se porte sur son flanc, l'accable de son feu et la force i se retirer, après lui avoir infligé des pertes sérieuses. L'ennemi se met alors en pleine déroute sur Mortara. Le général FOREY forme immédiatement une petite troupe , composée de quelques cavaliers et de 30 chasseurs de bonne volonté, sous les ordres du lieutenant Caillot, du 17® bataillon , et la lance en reconnaissance à la suite de la colonne autrichienne en retraite.

A II heures du soir, la division reprenait ses c<intonnement8 entre Voghera et Montebello. Le 17® bataillon de chasseurs avait eu dans cette journée honorable plus du cinquième de son effectif mis hors de combat. La défense de Montebello avait été si énergique, TofTensivc de la division FOKEY avait été si audacieuse, que le feldzcugnieslre Giulay crut avoir eu aflaire ù tout le r*" coqM d*armée français. Le lendemain, le général FoREY remerciait en

CCS termes les troupes de sa division de ce brillant combat : « J'avais le pressentiment que j'aurais le premier engagement avec l'ennemi ! Hier, le plus ardent de mes vœux s'est réalisé. Soldats de la première division, je suis fier de votre succès, qui inaug^urc si bien la campagne et qui n'est que le précurseur de ceux qui nous attendent. Je dois le dire ici hautement, nous avons tous fait notre devoir. Soldats! merci du fond du cœur; ce jour est et sera & jamais le plus beau de ma vie ! »

A la suite du combat de Montebello, 4 officiers et 2 chasseurs du 17^ bataillon furent décorés de la Légion d'honneur; 10 sousofficiers et chasseurs reçurent la médaille militaire. Citons le trait d'audace de Tun d'entre eux, le chasseur Stur : en compagnie d*un voltigeur du 74* de ligne, il tombe à l'improviste au milieu d'un groupe de 17 autrichiens; ceux-ci sont tellement troublés par l'audace et Tintrépidité de ces deux braves, qu'ils mettent bas les armes et se constituent prisonniers.

Le combat de Montebello avait eu pour effet de confirmer le général en chef autrichien dans la pensée que l'année française voulait tourner sa gauche; un léger mouvement à droite de trots curps d'armée français, provoqué d'ailleurs par le combat de Montebello, lui en donna une certitude absolue et lui fit dégarnir une partie de son aile droUe.

Pendant que la division d'Autemarre, détachée du 5* corps, restait à Voghcra pour donner le change à l'ennemi, l'armée française exécutait, du 26 au 31 mai, son mouvement tournant vers la gau<*hc, par Valenza, Casale, Verceil et Novare, pour devancer les Autrichiens au passage du Tessin.

Combat de Palestre.

Le 29 mai, Tannée sarde passe la Sésia et s'empare, le 30, de Palestre. Le 3** corps, qui est arrivé pendant ce combat, franchit i son tour la Sésia le 31 mai, à hauteur de Prarolo. Il reste en réserve pendant le mémorable combat de Palestro. Les Autrichiens étaient revenus en forces pour reprendre le village qu'ils avaient |)erdu la veille, mais ils sont vigoureusement repoussés par les Piémontais, aidés du 3* régiment de zouaves. Le 18* bataillon de rliass<*urs est placé sur la rive droite de la Sésia, en soutien de deux batteries d'artillerie, qui contribuent par leur feu au succès de

1(1 iMllUntn cliargc de revers du 3^ zouaves. I^ passage de la Sésia «M<ili •iMUfi^ & notre armée, dont le mouvement tournant était corn*

IMriiiiMii terminé le i®' juin. L'armée s'avance alors sur Novare.

(ta ,r rt 4** compagnies du 15® bataillon de chasseurs à pied sont A l'iivttiit-garde de la division de Failly, qui (orme la tête de co- Imiiiui (II! l'armée française. Novare est occupé sans peine, malgré f|«if*'lqucft coups de canon et quelques salves de mousqueterie que lU'iiH envoie une arrière-garde autrichienne, qui évacue la ville et k«s retire sur la route de Milan. Le capitaine DE Caradec est blessé «t'iiii coup de feu à l'épaule.

Combat de Robecchetto.

I^ 2 juin, la garde impériale arrive à Turbigo, qui est dans la iMiit du 2 au 3 occupé et mis en état de défense par son bataillon de chasseurs, sous la direction du général Manèque. Le 3 au matin, Ut général se porte en reconnaissance avec une compagnie de rhasseurs et quelques cavaliers. Deux autres compagnies sont déployées en avant de Turbigo. L'ennemi n'ayant pas été aperçu, la reconnaissance et les deux compagnies de chasseurs de la garde déployées en tirailleurs en avant de Turbigo venaient de rentrer, lorsque les Autrichiens apparaissaient à Timproviste. Les deux compagnies reprennent immédiatement leurs postes, et la lutte s'engage avec vivacité. Heureusement le 2^ corps qui remontait la rive droite du Tessin paraît à Turbigo, culbute les Autrichiens après une heure de combat et va camper en arrière du village de Cérano, occupé par le 2** bataillon de chasseurs à pied. Le combat de Robecchetto avait eu pour effet de dégager le débouché du pont de Turbigo.

Bataille de Magenta.

Le lendemain, le 2® corps devait se porter de Turbigo et la garde de Buffalora sur Magenta. Mais Giulay, revenu de son erreur, a rappelé ses forces à son aile droite et occupe solidement Magenta.

Pendant que la marche du 2^ corps est retardée par des obstacles imprévus, la garde impériale, lancée contre les positions de Ponte Nuovo di Magenta, se heurte à des forces six fois supérieures, établies aux deux ponts de Ponte Nuovo et du chemin de fer. La brî-

gadc Picard (i"* division du 3" corps) a suivi la garde. Le 8** bataillon de chasseurs à pied est jeté dans la redoute du pont, au plus fort du combat. Les Autrichiens cherchaient à enlever l'ouvrage, en franchissant le pont du chemin de fer longeant la face Est et en gravissant les talus qui dominent la face Sud. Une partie du 8® bataillon se joint aux troupes de la garde pour empêcher le passage du pont; le reste se porte contre les colonnes qui marchent sur la face Sud. Partout c'est une lutte corps à corps, acharnée, où la baïonnette joue comme dans ses plus beaux jours. Etroitement serrés contre les maisons de la chaussée et de la tête du pont, les assaillants se font tuer sans pouvoir avancer, sans pouvoir reculer. Les forces s^épuisent chez les nôtres. Il y a quatre heures qu'on lutte dans la fumée de la poudre, sous une grêle de projectiles; c'est un ouragan de fer et de feu, et les façades des maisons de Ponte Nuovo, criblées de balles, attestent encore de Tintcnsité de la lutte. Ilrurcuscmcnt, à 5 h. 1/2, des renforts de la division Vinoy arrivent à la redoute et nous |KTmettcnt d'y tenir encore quelques heures, jKiur donner le temps au général DE Mac-Mahon d'opérer son mouvement tournant et d*enlever Magenta. Le reste de la division Vinoy remonte la rive gauche du canal vers le Ponte Vecchio di Magenta. Le 6* bataillon de chasseurs à pied (commandant DE Potier) reçoit Tordre de s*emparer de deux fermes situées en avant et de pousser dans la direction de Magenta, en se maintenant à hauteur du 52® de ligne et en appuyant sa droite au chemin de fer. Malgré une fusillade très vive qui s'engage immédiatement, trois compagnies sont déployées en tirailleurs, deux autres sont en réserve. On marche résolument à Tattaque des fermes, qui sont prises et reprises plusieurs fois. La vigueur de Tattaque supplée à la faiblesse numérique des chasseurs, qui restent définitivement maîtres des fermes, malgré plusieurs volées de mitraille que nous envoient les Autrichiens. Ix commandant DE l^OTIKK a son cheval tué sous lui.

Deux compagnies du 8* bataillon de chasseurs à pied, les 7* et 8*, s'emparaient à ce moment des maisons de droite du Ponte Vecchio di Magenta et détruisaient le pont.

Le 6* bataillon de chasseurs, arrivé à la route de Ponte Vecchio, enlève ce village qui est pris et repris plusieurs fois, malgré toute Téncrgie et lopiniâtreté des Autrichiens qui renouvellent sans cesse des retours ofTensifs. Deux colonnes ennemies, fortes de trois bataillons, sont successivement arrC*técs dans leur mouvement en avant par les chasseurs du 6*, protégés par le talus du chemin de

fer. Il était temps que le général DE Mac-Mahon enlevât Magenta. La position devenait critique pour Tarmée française, séparée en deux tronçons.

Le 2^ corps s'était vu arrôté dans sa marche par des obstacles sérieux. La division de la Motterouge, à laquelle est adjoint, ce jour-là, le bataillon de chasseurs de la garde qui devait se relier à droite à la garde impériale, se heurte vers midi et demi à l'ennemî qu'il déloge successivement de Casate et de Bemate. Les chas* seurs de la garde perdent dans ces attaques 30 hommes tués ou blessés. La division Espinasse, dont le 11® bataillon forme Tavantgarde, enlève le village de Marcallo, où les chasseurs prennent i l'ennemi un canon démonté et un fourgon d'ambulance. Le 1 1* bataillon se rallie en avant de Marcallo et occupe solidement deux maisons à la sortie du village, battant la route de Magenta. Le village de Marcallo forme le point d'appui de gauche de notre ligne qui doit converser sur ce pivot pour se rabattre sur Magenta. Le II® bataillon de chasseurs reçoit l'ordre de tenir à tout prix dans ce poste important; le commandant DuMONT se hâte de prendre ses mesures en conséquence. Au moment où la brigade Gault veut déboucher de Marcallo, deux fortes colonnes ennemies l'assaillent successivement. Accablés parle feu meurtrier de nos chasseurs du 11°. les Autrichiens reculent à chaque fois, en subissant de grandes pertes. La brigade Gault, le 11° bataillon de chasseurs à l'avant-garde, reprend sa marche en avant, arrêtée à chaque instant par des obstacles naturels. Malgré un feu violent venant de Magenta et un feu d'écharpe des réserves autrichiennes placées i notre gauche sur la route de Milan, la ligne du chemin de fer est enfin atteinte.

Pendant ce temps, la division de la Motterouge s'est reliée aux grenadiers de la garde, maîtres enfm de Buffalora. Le point de direction générale de l'attaque est alors donné : c'est le clocher de Magenta ! Sur tout le front du 2° corps la charge sonne. Les chasseurs de la garde participent à l'attaque de front, pendant qu'A gauche le 1 1" bataillon enlève vigoureusement les maisons de gauche de Magenta, où il fait 30 prisonniers. De h\, les sacs déposés dans les maisons conquises, les chasseurs arrivent rapidement i la grande place sur laquelle débouchent presque en même temps des régiments autrichiens. Nos chasseurs attaquent vigoureusement l'ennemi h la baïonnette et en rejettent une partie en dehors du village, sur la route de Milan, où ils les poursuivent de leurs feux. Le commandant DuMONT a son cheval tué sous lui pendant la

— ao5 —

charge. Le ii® bataillon prend position dans les dernières maisons de Magenta, les barricade solidement et assure la possession du village contre toute tentative venant du côté de la route de Milan. I^ prise de Magenta décide l'ennemi à battre en retraite du côté de l*onte Vcccliio.

Les 6®, 8* et ii" bataillons de chasseurs passèrent la nuit sur les positions conquises. Les pertes de cette journée prouvent combien cette lutte (ut acharnée et combien nos chasseurs payèrent leur large tribut à la victoire :

6" bataillon. — 2 officiers et 19 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués ; 4 officiers, 72 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés et 13 disparus; au total 1 10 hommes hors de combat.

8^ bataillon. — i officier et 27 sous-offiders, caporaux et chasseurs tués; 2 officiers et 126 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés; au total 156 hommes hors de combat.

II® bataillon. — 12 sous-officiers, caporaux et chasseurs tués; 3 officiers et 45 sous-officiers, caporaux et chasseurs blessés et 10 dispanis; au total 70 hommes hors de combat.

Pendant la nuit, les quatre corps d*armée français opérèrent leur jonction à Magenta.

Reconiiaissanoe de Robeooo.

Ijc Icndcm.iin, à Taubc, dans une reconnaissance faite dans la direction de Robecco, le 6® bataillon de chasseurs enlève une cinquantaine de prisonniers.

Vers 4 heures du matin, la brigade autrichienne Hartung, qui occupe Robecco, prononce un retour offensif contre les avantpostes français de la brigade Bataille. Le 19® bataillon de chasseurs à pied est aux avant-postes; tout le monde veille. Le régiment Grand-Duc de Hesse, tétc de colonne autrichienne, se heurte bientôt aux chasseurs, mais il n'ouvre son feu qu'à une courte distance des tirailleurs du 19* bataillon.

« C'était le dernier effort (dit le général Giulay dans son rapport) de ce brave régiment qui avait tant souffert à la bataille de Magenta, sans hésiter une seule fois, sans se laisser ébranler pendant la retraite. »

Les quatre premières compagnies du 19* bataillon de chasseurs, entraînées par le capitaine NiEL, s'élancent en avant, et la charge

à la baïonnette succède à une courte fusillade. L*ennemi résiste énerg^quement, car il protège la retraite de Tarmée autrichienne. Toute la brigade Bataille appuie le mouvement des chasseurs.

Le sous-lieutenant Maussion a la jambe brisée d*un coup de feu ; le capitaine Derchan reçoit une forte contusion au bras droit. Les troupes autrichiennes cherchent à se mettre en carré; elles ne peuvent y réussir et cèdent à Télan de nos chasseurs, qui les poursuivent la baïonnette dans les reins pendant 4 kilomètres. Arrivée à Robecco, l'arrière-garde du général Hartung occupe une dernière position à l'entrée du village, et après nous avoir accueillis par plusieurs volées de mitraillei elle se retire rapidement et disparaît.

Quelques jours après, dans un ordre daté du 7 juin, le maréchal Canrobert relatait ce fait d'armes en ces termes :

« Le lendemain de Magenta, il s'est produit un fait d'armes qui honore beaucoup les corps de la brigade Bataille, de la division Trochu; ceux-ci, attaqués par les Autrichiens, leur ont fait subir, tant par l'arme blanche que par le feu, des pertes considérables, et n'ont pas peu contribué à corrober les utiles résultats obtenus dans les combats successifs de la veille. »

Le 6 juin, les Autrichiens étaient en pleine retraite vers le Mîncio. L'armée française prenait ses cantonnements autour de Magenta. Le lendemain, la route étant libre, elle se mettait en marche pour entrer à Milan. Le maréchal DE Mac-Mahon qui» en récompense de la victoire de Magenta, avait été fait maréchal de France et duc de Magenta, entra le premier dans Milan avec son corps d'armée, à la tête duquel marchait le 11® bataillon de chasseurs à pied. Les habitants accueillirent avec joie leurs libérateurs et jonchèrent leur chemin de fleurs.

Combat de Melegnano.

Le lendemain, 8 juin, les corps qui traversaient encore Milan écoutaient la grande voix du canon, qui semblait saluer leur entrée triomphale; c'était le canon du i^" corps (maréchal Baraguey d' Milliers) qui enlevait aux Autrichiens la ville de Melegnano, occupée par une forte arrière*garde ennemie destinée à couvrir la retraite de l'armée autrichienne.

La 2"" division (général DE Ladmirault) est chargée de l'attaque.

— io7 —

Les 3* et 4* compagnies du 10* bataillon de chasseurs i pied sont à Tavant-garde de la 2® brigade; les six autres compagnies du ba« taillon forment la tète de colonne de la i*^ brigade, avec laquelle marche le général de division.

La position que doit aborder de front la 2® division est difficile à emporter. La route qui y conduit, bordée de chaque côté par des fossés profonds et des prairies inondées, coupe en deux, à l'entrée de Mclegnano, le cimetière, véritable redoute défendue par deux pièces de canon. Vers 6 heures, le canon se fait entendre au centre. Le général DK Ladmirault presse alors la marche du 10" bataillon, qui franchit le ruisseau de la Vettabia, avec de Feau jusqu\\ la ceinture; puis, les i"' et 2^ compagnies, lancées en tirailleurs, s'emparent d*une ferme qui fait saillie en avant de l'enceinte. De là, appuyées par les 5*, 6**, 7* et 8* compagnies, elles s'emparent du cimetière et pénètrent dans la ville en même temps que les zouaves de la 3® division. Un combat acharné s*engage alors dans les mes et dans les maisons, dont les défenseurs sont chassés ou pris; un retour offensif des Autrichiens est repoussé par la 2* brigade, après un court mais violent combat, auquel prennent part les 3* et 4® compagnies. Nfelegnano est définitivement occupé, et les chasseurs du 10* bataillon, poussant de l'avant, arrivent au fond du Lambro pèle-méle avec les Autrichiens qu'ils poursuivent avec audace. Le 10® bataillon de chasseurs avait eu dans celte affaire i officier tué, le capitaine DE Bkaufort, dont on voit la tombe dans le cimetière de Melegnano; 2 officiers blessés; 14 sous-officiers et ch.asscurs tués et 42 blessés.

Pendant Tattaque de Melegnano, le 2® corps avait été chargé de couvrir la gauche, et le 4* la droite du maréchal Baraguey d'Hilliers. L^s ténèbres de la nuit et un violent orage arrêtèrent la poursuite, et les Autrichiens se retirèrent derrière l'Adda et la Chièse.

Le général Giulay avait, depuis le commencement de la guerre, (ait preuve d'une telle incurie, que Tempereur François-Joseph vint en personne prendre le commandement en chef de l'armée autrichienne.

Le 11 juin, Tarmée française reprend la marche en avant et se trouve réunie le 18 juin à Brescia.

Les deux armées autrichiennes, sous les ordres de l'empereur François-Joseph, se retirent le 17 juin derrière le Mincio, s*étendant de Peschicra à Mantoue.

Le 23 juin , Tarmée française est concentrée de Lonato à Mex-

»4ino, pendant que l'armée autrichienne reprend résolument l*off^nsi\*e« I..es Autrichiens avaient été renforcés de toutes les garni- ^cms du centre, chassées par les opérations du y corps d'armée français» dont faisait partie le 14^ bataillon de chasseurs à pied. I.C prince Napoléon avait occupé la Toscane ; débarqué à Livoume lo i3 mai, il était entré à Florence.

1^ victoire de Magenta ayant eu pour effet de faire abandonner les duchés et les légations par les Autrichiens, le 5* corps entreprend, pour rejoindre l'armée française, une marche de seize jours des plus pénibles' par une chaleur excessive, et se réunit à la division d'Autemarre, après avoir passé le Pô àCazaI Maggpore, d'où il partira bientôt pour opérer sa jonction le 3 juillet avec le reste de l'armée française à Goïto, après des marches et des contremarches qui eurent une utilité considérable sur la suite des événements de la campagne.

Bataille de Solfèrino.

I^ 24 juin, l'armée autrichienne occupait les hauteurs de Solfèrino et de Cavriana et devait, à 9 heures du matin, lever le camp |>our continuer son mouvement vers la Chièse.

L'armée française avait le même jour comme objectifs : le i*^ corps, Solfèrino; le 2*, Cavriana; le 3®, Medole, par Castel Goffredo; le 4*, Guidizzolo» la garde devant camper à Castiglione. Elle se mit en marche dès la pointe du jour, de 2 à 3 heures du matin.

La différence entre les heures de départ des deux armées nous assura le bénéfice de Toffensive, dans laquelle brillent à un si haut point le caractère français et sa furia légendaire. De la rencontre inopinée des deux armées résulta de part et d'autre une véritable surprise. Les Autrichiens ne nous savaient pas si près d'eux et nous ignorions leur marche offensive.

L'armée française, partie à la première heure, ne tarde pas i se heurter aux avant-postes ennemis et à se livrer à une série de combats d'avant-garde.

Le 3° corps arrive vers 4 heures près de Castel-Gofïredo, pendant la première attaque sur Solfèrino. Le maréchal Canrobert, sur l'avis de la sortie de 25,000 hommes de la garnison de Mantoue, sous les ordres de Jellachich, déploie la 3* division en arrière de Castel-Goffredo. Dans une reconnaissance de ce village, la

4* compagnie du i8* bataillon de chasseurs à pied rencontre un parti de cavalerie autrichienne avec deux pièces de canon et lui fait tourner bride par quelques salves bien ajustées. A 7 heures, la division Renault, ayant en tète le 8^ bataillon de chasseurs, s*empare de Castel-Goffredo et prend la route de Medole.

A ce moment, la division de Luzy de Pellissac, du 4* corps d'armée, s'empare de Medole.

Dès que l'ennemi a été signalé dans ce village, le général de Luzy forme trois colonnes. Ixs régiments de la i*^ brigade doivent prendre l'un à droite, sous les ordres du général Lenoble, l'autre à gauche, sous les ordres du général DOUAY, afin de tourner le village pendant que la 2® brigade l'abordera de front. Deux compagnies du y bataillon de chasseurs à pied doivent précéder chacune des trois colonnes. La y compagnie, capitaine Gaduel, la 6", capitaine ESSKLIN, forment l'avant-garde de la colonne de droite; la 7° compagnie, capitaine Pelletent, et la 8*, capitaine Martin, sont «attachées à la colonne de gauche; la r* compagnie, capitaine BOUCHERIE, et la 4'', lieutenant DE Prud'homme, restent en tête de la colonne conduite par le général de Luzy. Les 2* et 3® compagnies sont en soutien aux batteries de la division.

Le terrain est coupé de canaux et couvert de plantations qui gênent la marche. Pendant que le capitaine Gaduel donne ses ordres pour l'attaque de Medole, il tombe grièvement blessé à l'aine par une balle; le lieutenant Potier prend le commandement de la s*' compagnie et la lance sur Medole. Les Autrichiens, avec une pièce, tirent à mitraille sur nos chasseurs, qui n'ont bientôt plus qu*un but, s*emparer du canon qui tue et blesse bon nombre d'entre eux. Le lieutenant POTIER, bien que blessé, continue à diriger l'attaque, qui est appuyée à gauche par la 6* compagnie et un bataillon de ligne. C'est à ce moment que les 7* et 8* compagnies attaquent Medole de l'autre côté. Sous les coups ajustés des meilleurs tireurs de la 5^ compagnie, l'attelage de la pièce de canon est bientôt mis h bas. La charge sonne, en avant I A la baïonnette, on enlève le canon, qui reste au pouvoir de nos chasseurs. Au fond d*unc impasse devant laquelle la pièce était en position, une grande porte a donné passage aux Autrichiens qui cédaient à notre attaque. Pour Touvrir, il faut qu'un héros se dévoue : c*est le chasseur SOULIER, un brave de Crimée, qui tombe foudroyé par les balles en ouvrant la porte. Les chasseurs se précipitent alors et engagent avec les Autrichiens une lutte corps à corps, à l'arme blanche. L'apparition des i^ et 4* compagnies du batail-

HM. Bai. ChMt. 14

Page 1