CHAPITRE II
KXPHDITIONS 1)1-: SYKIIC, DI- CHINE El' UE COCIIINCIUNE
Religion. - Sciaoce. - CItIIImUod.
CaiiM» (te l'Mpiilitian de Syrie. — Op^tion* du eorp) expédiliannaira. Fin d* l'expédition i rentrée en Krance. — Eipédiiion de Chine; caïuct. — Dèbarqtiament dei troupes en Chine. — Combat du i8 ■ofit. — Af(B:re de Tinjchao. ^ Cuinb.1t ')c l'iilikno. — Trise de Pékin. — Traité de paix. — Départ du V bataillon pour l'expédition de Cochinchine. — l'riM des lignes de Kihom. — Eipédition de Mj'lbo. — Rentrée en Freiice du a* bataillon de chanenn.
CsnsM de l'expédition de Syrie.
ES massacres des chrétiens en Syrie appelèrent rattenlion du gouvernement franç.iis sur le sort inalliciircux de nos prot^frds. Au mois de juillet 1860, les Druscs, avec une cniautf^ cl une sauvagerie sans égalesi avaient pillé, incendié et détruit les villages chrétiens des Maronites, dont les hsbitanis avaient été massacrés sans pitié.
l.'(-nvoi <riiii corps expéditionnaire fut
décidé pour |irotégcr efficacement Icschré-
tiens de Syrie et réprimer les désordres des Druses, qui avaient
dans Fuad Pacha, représentant de l'autorité ottomane dans ce
pays, un allié tacite et complaisant.
I,c \(f bataillon de chasseurs .\ pied (commandant Ardant DU PlC^), désigné pour faire partie du corps expéditionnaire commandé par le général de Beaufort d'IIautpoul, s'embarque i Marncillc les 6 et 8 août sur le Borysthène et F Amérique, et arrive le 16 i Beyrouth. La nouvelle du débarquement des troupes Irao-
çaises est accueillie avec des transports d'allégresse par nos coreligionnaires opprimés.
Sur les instances du général de Beaufort, le gouverneur turc Fuad Pacha, par une proclamation du 14 septembre adressée aux Druses, met hors la loi ceux de leurs chefs qui ne se sont pas rendus à son appel, les déclare déchus de leurs grades et titres de noblesse et confisque leurs biens et propriétés. La présence du corps expéditionnaire français l'oblige d'en accepter la coopération, pour cerner et réduire les Druses réfugiés dans leurs repaires.
Le plan du général est le suivant : Fuad Pacha fermera les pas« sages vers le Sud, l'armée française occupera ceux de l'Ouest et du Nord. A l'Est, Halim Pacha, général de l'armée de i'Arabistan, parti de Damas avec ses troupes, est déjà maître des défilés du Liban. Les mouvements se feront simultanément, de Saïda pour Fuad Pacha, de Beyrouth pour les Français. Le 16* bataillon de chasseurs à pied fait partie de la colonne légère de 2,500 hommes placée sous la direction du colonel Caubert, du 5* de ligne, et sous les ordres du générai commandant le corps expéditionnaire.
Opérations du corps expèditioimaire.
C'est avec une joie profonde et un enthousiasme impatient que, le 24 septembre, les troupes reçoivent l'ordre de se mettre en marche le lendemain pour pénétrer dans le pays druse.
L^ 16^ bataillon est à l'avant-gardc et gravit les pentes du Liban; la route est pénible et très étroite, une chaleur excessive rend la marche très fatigante. Le lendemain, 26 septembre , la colonne arrive à Deïr el Kamar, où elle contemple avec une indignation mêlée d'horreur le spectacle affreux des incendies des maisons et du massacre de 1,800 chrétiens. Une odeur pestilentielle s'élève de cet endroit naguère si florissant, aujourd'hui si cruellement dévasté par la mort et le feu. L'armée est obligée de se mettre à la besogne le 27 pour ensevelir les morts et assainir les rues de Dcîr el Kamar.
Le général, apprenant la présence d'un parti druse près de Kefer Nabrack, lance à sa poursuite une compagnie du 16* bataillon de chasseurs et une de zouaves. C'est en vain que nos chasseurs déploient la vigueur de leurs jarrets contre cet ennemi lâche et pillard qui fuit au seul aspect de nos soldats. L^ lendemain, on pousse
plus avant, avec Tcspoir d*atteindrc les Druses, mais la trahison des Turcs, qui leur ont ouvert les déliics, leur permet d'éviter un ch.ltiment si justement mérité.
N*ayant pas d*ennemis à combattre, la colonne prend le i**^ novembre ses cantonnements d'hiver. Le rôle militaire de notre armée est terminé, une mission d'humanité commence pour elle. Nos soldats se mettent généreusement à l'œuvre, reconstruisent les maisons et relèvent les ruines de Deïr el Kamar. Emus par la grande misère des habitants, ils partagent charitablement leur nourriture avec les pauvres, nombreux et «liïamés.
C'est alors qu*a lieu la mission scientifique de l'expédition de Syrie. M. Ernest Renan, aidé de la 4® compagnie du 16** bataillon de chasseurs, au concours de laquelle il s'est plu à rendre hommage dans son premier rapport à l'Empereur, entreprend ses premières fouilles archéologiques autour de Djebail et se rend ensuite à Saïda.
Fin de rexpédition et rentrée en France.
La colonne rentrant à Beyrouth, la 4** compagnie reste provisoirement cantonnée à Djebail jusqu'au 2 avril 1861, époque à laquelle elle est transportée par mer à Tortose, pour faire de nouvelles fouilles, sous la direction éclairée de M. Renan. L'hostilité de la tribu des Ansariès, au milieu de laquelle elle va s'installer, leur peu de sympathie pour les recherches scientifiques, forcent nos chasseurs à rester constamment armés.
La mission terminée, la 4"" compagnie rejoint le bataillon à Beyrouth, où il s'embarque le 8 juin sur l'AmoMone pour rentrer en France le 18, après avoir noblement rempli ses devoirs envers la religion, Thumanité et la science.
Ganses de rexpédition de Chine.
A la suite de la campagne de 1859 et de la prise de Canton, noi plénipotentiaires européens, le baron Gros et lord Elgin pour la France et l'Angleterre, le comte de Poutiatine et M. Read pour la Russie et les l!)lats-Unis, inq>oscrent aux Chinois le traité de Tien-Tsin (27 juin 1858), dont les clauses devaient donner satis-
faction aux justes revendications des puissances. Aussitôt après leur départ éclate la mauvaise foi des Célestes.
M. de Bourboulon et M. Bruce, les représentants de la France et de r Angleterre, arrivent à Pcmbouchure du IVi-holc 20 juin 1859, pour réchange des ratifications; ils sont secondés dans leur mission par Tappui d*unc expédition anglo-française, sous les ordres de l'amiral anglais Hope. Les Chinois font des préparatifs de résistance pour nous empêcher de débarquer. Après sommation du chef de Texpédition, les alliés tentent de forcer l'entrée du Peî-ho, mais leur petit nombre les fait échouer devant une défense énergique et puissante.
Ce fut alors que l'expédition de Chine fut entreprise par la France et rAngletcrrc, pour « iniliger aux Chinois le châtiment de leur perfidie, donner satisfaction aux justes exigences de la France et de l'Angleterre, assurer en Extrême-Orient le respect du droit des gens et la conservation des grands intérêts de la civilisation européenne ».
Le corps expéditionnaire formé le 21 novembre 1859 se compose de deux brigades, sous les ordres du général de division Cousin- Montauban, nomme commandant en chef des forces do terre et de mer, avec le général Jamain, commandant la i** brigade, comme commandant en second.
Le 2^ bataillon de chasseurs à pied (commandant GuiLLOT DE LA POTRRIE), attaché à la i*^ brigade du corps expéditionnaire, s'embarque à Brest le 14 décembre sur le Rhône, à l'effectif de 37 officiers et 876 hommes de troupe. Après une traversée de près de six mois, attristée par la perte de 8 hommes et le dépôt de 29 malades dans les hôpitaux des ports de relâche, le H/tânesLCtivc enfin le 19 mai 1860 à Woosung; en part le i*^' juin, pour aller débarquer le bataillon à Tche-Fou, où, jusqu'à l'époque de son départ, le bataillon répare ses forces épuisées par une aussi longue traversée; il n'est pas sans déplorer la mort du lieutenant DE MONTFERRAND et de 9 chasseurs. Du 20 au 21 juillet, l'embar* quemcnt s'opère sur le Rhône, qui, le 26, fait voile vers le golfe de Pet-chi-li, où il arrive le 27, et jette le lendemain l'ancre en même temps que les flottes alliées.
Débarquement des troupes en Chine.
Le i®''août, à la pointe du jour, dix chaloupes et trois jonques débarquent 750 chasseurs du 2* bataillon à 3 kilomètres des forts de Peh-tang. A 3 heures du matin, le général Montauban étant descendu dans une embarcation avec plusieurs ofTiciers de son étatmajor, se fit échouer au point reconnu et sauta sur le rivage, ayant de Teau jusqu'aux genoux; il ne tarda pas à être suivi de 200 chasseurs à pied. A4 heures, les troupes, après avoir traversé un marais détrempé et vaseux large de 600 mètres, étaient rangées en bataille dans la plaine, à 2 kilomètres de Peh-tang. La seule route qui conduise à cette ville est une chaussée bordée de maréc.ngcs submergés. I^ soir, le lieutenant-colonel Dupin , escorté de la i^ compagnie du 2* chasseurs à pied, va reconnaître Peh-tang, qu'on trouve évacué, et qu*occupent les troupes françaises le lendemain, à 5 heures du matin.
Le 12 août, la i'* brigade se dirige sur Sin-Ko, dont les ouvrages sont attaqués par rartillerie et rapidement enlevés par notre infanterie. I^s alliés se mettent alors en marche sur Tang-Kou ; les chasseurs sont à Tavant-garde. Ils vont dans un terrain détrempé où Ton a souvent de Teau jusqu'à la ceinture. Le 14 août, le 2* bataillon de chasseurs prend la part la plus brillante à la prise du camp retranché de Tang-Kou. Notre artillerie est couverte par deux compagnies de chasseurs à pied, pendant que deux autres, les 7* et 8* compagnies, formant la tête de la colonne d'assaut, franchissent deux fossés remplis d*unc eau froide et profonde, brisent les portes et enlèvent la position, sous les ordres du lieutenant-colonel d*état-major Schmitz, qui fait flotter le drapeau français sur le rempart. Pendant cet assaut, l'adjudant GagiN sauve la vie au sous-lieutenant COUDRRT DE LA ViLLATTE, qui, malade, allait se noyer dans les fossés où tout le monde s'était jeté sans connaître la profondeur de l'eau.
Ce combat ne coûte que 4 hommes blessés au 2* bataillon de chasseurs, qui obtient onze citations à l'ordre du jour. C'étaient : les capitaines Etienne et DE Paiux)T, les lieutenants RaissaC et DE ROQUEFEUIL, les SOUS- lieutenants DES Garets et BOUR- GUIGNON, arrivés les premiers sur le retranchement; le sergentmajor GËE et le sergent Lainè, se sont jetés & l'eau les premiers
Ulii. Bat Cha». t*
pour franchir les fossés; les chasseurs TORNÉ, DroUARD et DE- LACE, arrivés les premiers sur le retranchement.
Combat du 18 août.
Le i8 août, le Peï-ho est passé; la tête de colonne, composée de soldats du génie et de fusiliers marins, attaquée par des nuées de Tartares, était numériquement trop faible pour résister, quand arrive le 2* bataillon de chasseurs à pied, qui a pris les armes sans avoir le temps de mettre sac au dos, a rapidement traversé le fleuve dans d^s jonques et, par une offensive vigoureuse, force les Chinois de reculer. Dans ce mouvement, la compagnie du capitaine Avocat enlève à Tennemi une batterie de 5 gingoUs et de 4 pièces de canon, ce qui vaut au bataillon un ordre du jour très flatteur du général en chef. La cavalerie tartare avait chargé les i"' et 2® compagnies du 2® bataillon de chasseurs; celles-ci s'étaient groupées et avaient repoussé Tattaque. Les Chinois sont définitivement mis en fuite, et nous occupons les deux rives du Peï-ho. Les forts de Takou tombent en notre pouvoir le 21 août; le caporal S API A, du 2* bataillon, est cité à Tordre du jour. Tien-Tsin est occupé le 16, et Tarméc prend la route de Pékin le 8 septembre, après la rupture des premières négociations entamées. Le 2® bataillon de chasseurs laisse un petit dépôt à Tien-Tsin.
La journée du 18 août avait valu au 2® bataillon de chasseurs un ordre du jour du général en chef, excessivement élogicux; les pertes du bataillon avaient été : i chasseur tué et 5 blessés.
Affaire de Tang-chao.
Le 17 septembre, le général Montauban emmène avec lui à Tang-chao 600 chasseurs à pied, pour appuyer le personnel qui, après les négociations engagées , avait été envoyé en avant pour réunir les ressources nécessaires à Tarmée pendant son séjour auprès de cette ville. Malheureusement, ce personnel a été traîtreusement attaqué; vingt hommes ont été tués. M. Ader, officier d'administration, grièvement blessé, est défendu avec un courage héroïque par le chasseur OUZOUF, du 2"" bataillon, qui meurt aux pieds de son officier, victime de son dévouement. La mauvaise foi des Chinois ne nous permet plus de traiter qu*à Pékin.
Combat de Palikâo.
Le i8, les Chinois sont battus à Tchang-Kia-Ouang; on leur enlève 80 pièces de canon. Le 2® bataillon de chasseurs exécute de brillantes charges à la baïonnette qui ne lui coûtent que 2 blessés, le sapeur Tapet et le chasseur Troubat. Le 21 septembre, au combat de Palikao, deux compagnies du 2® bataillon de chasseurs» la 4®, capitaine Avocat, et la 5^, capitaine de Linière, sont à Tavant -garde commandée par le général Collineau; le reste du bataillon est à la droite avec le général Jamain. Le feu régulier et bien nourri de nos chasseurs repousse toutes les attaques de la cavalerie tartare, qui tourne bride. « L'admirable feu des chasseurs» dit le rapport officiel, abat tout ce qu'ils avaient devant eux, pendant que l'artillerie tire à mitraille. » Le général Collineau enlève alors, avec les deux compagnies de chasseurs lancées au pas de course, le pont grandiose de Palikao, et s'engage sur la route de Pékin. Les chasseurs du 2* enlèvent les 10 pièces de canon qui défendaient le pont, après en avoir tué tous les servants; le combat durait depuis 7 heures du matin. Le 2® bataillon obtenait vingtsix citations à Tordre du jour à la suite de ce combat, qui ne lui coûtait que 6 hommes blessés.
Prise de Pékin. ^ Traité de paix.
Le 5 octobre, on marche sur Pékin ; le 6, on occupe, à 7 heures du soir, la première cour du Yuen-min-Yuen ou Palais d'Eté, et le 13 on s'empare de la porte de Pékin, dite porte Gan Ting. Les négociations entamées traînent en longueur. Enlin, le 25 octobre, jour de la signature des traités, le 2^ bataillon de chasseurs sert d'avant-garde à l'armée française pour l'entrée victorieuse dans la capitale du Céleste Empire.
La Chine acceptait les conventions du 27 juin 1858, nous accordait 8 millions de taëls,8 millions d'indemnités de guerre, 1 million d'indemnités aux protégés et nationaux, ouvrait au commerce européen la ville et le port de Tien-Tsin et restituait les établissement) religieux et de bienfaisance confisqués aux chrétiens.
Le 1*' novembre, les troupes anglo-françaises quittaient Pékin,
et le 2* bataillon de chasseurs à pied s'embarquait à Tien-Tsin pour Shang-Haï, où il débarquait le 5 décembre 1860.
Départ du 2* bataillon pour la Cooliiiichine.
La tâche du 2* bataillon de chasseurs à pied n'était pas terrai* née, car il était appelé à faire partie du corps expéditionnaire de la Cochinchine. Sous les ordres du commandant COMTE, il s'embarquait, le 21 janvier 1861, à Voo Sung, pour la Cochinchine. Le 5 février, il arrivait à Saïgon, à Teffcctif de 39 officiers ce de 709 hommes. Il était immédiatement désigné pour faire partie de la colonne expéditionnaire chargée, sous les ordres du général de Vassoigne , de dégager Saïgon bloqué depuis six mois par les Annamites. Ceux-ci avaient élevé, à 4 kilomètres de la ville, des lignes de circonvallation dites de Ki-hoa. Constituées par un retranchement formidable, de forme quadrangulairc, appuyées par de nombreuses redoutes et tranchées, elles s'étendaient sur une longueur de 12 à 15 kilomètres. Ce système était complété par de nombreuses défenses accessoires, trous de loup, entrelacements de bambous pointus, chevaux de frise, etc.
Prisa des lignes de Ki-hoa.
1^ 24 janvier 1861, le corps expéditionnaire doit aborder ces positions ; le 2^ bataillon de chasseurs à pied forme tôte de colonne avec l'infanterie espagnole et détache en extrême arrière-garde une compagnie déployée en tirailleurs, qui arrive bientôt jusqu'à 100 mètres de Tennemi. La nature fangeuse du terrain rend la marche très pénible, on est obligé de s'arrêter pour reprendre haleine. Pendant que notre artillerie canonne vivement les retranchements annamites , le général de Vassoigne forme deux colonnes d'assaut. Le 2® bataillon de chasseurs à pied et l'infanterie espagnole forment la colonne de droite , couverte par une compagnie de chasseurs déployée en tirailleurs. Les troupes d'assaut sont sans sacs et s'avancent avec le plus grand ordre jusqu'à 30 mètres du retranchement. A ce moment, au signal donné, les chasseurs s'élancent à l'assaut. Ni les décharges de Tennemi, ni les obstacles
accumulés, ne peuvent arrêter leur élan ; ils enjambent les trous de loup et les chevaux de frise , et pénètrent à travers les entrelacements de bambous et les rangées de pieux, et, déchirés, ensanglantés, s'établissent victorieusement sur la crête de l'obstacle. Les Annamites fuient sans attendre leur choc et se réfugient à quelque distance derrière une seconde ligne de retranchements. Nous sommes alors maîtres du fort de la Redoute. Le 2* bataillon a eu lo hommes hors de combat.
Le lendemain, à lo heures, on attaque Ki-hoapar sa face Ouest. Vers 2 heures, deux colonnes d'assaut sont formées. Le 2* batail* Ion de chasseurs et l'infanterie de marine forment la colonne de gauche, à la tête de laquelle s'élancent les compagnies AmioT (6*) et Etienne (7*) des chasseurs à pied. La compagnie Fauqui- GNON (8*) est placée en soutien de 3 pièces de montagne à la colonne de droite. Nos chasseurs sont reçus «^ bout portant par un feu de mousquctcrie très violent. La hauteur du retranchement, les nombreux obstacles accumulés en avant, ne peuvent arrêter nos intrépides du 2® bataillon. Leur élan se brise un instant contre ces obstacles insurmontables; mais, par une indomptable énergie, ils continuent pendant trois quarts d'heure à lutter sous une grêle de balles, dans un assaut pied à pied. Comme la veille, les Annamites, voyant l'inutilité de leurs défenses, n'attendent pas la lutte à la baïonnette, et se sauvent à toutes jambes dès (|u'ils voient les chasseurs couronner le retranchement. Le fort du centre est enlevé et le réduit du Mandarin occupé. Le corps expéditionnaire entre alors dans Ki-hoa, où il établit son cami>ement.
Saïgon était enfin débloqué!
A la suite de ces brillants combats, qui coûtaient au 2* bataillon de chasseurs 2 officiers et 19 hommes blessés, le vice-amiral Charner adressait à l'armée de Cochinchine l'ordre général suivant :
« Soldats et marins de Tarmée de Cochinchine,
» GrAce à votre valeur, les lignes de Ki-hoa sont tombées en notre pouvoir après deux jours de combat. Tous les obstacles que, depuis plus d'un an, l'ennemi avait accumulés devant nous, n'ont pu résister à l'énergie de votre attaque, à la vigueur de nos colonnes d*assaut si vaillamment conduites. Je vous félicite au nom de l'Empereur.
> Tout le monde a noblement fait son devoir. Il en est pourtant quelques-uns parmi vous qui se sont plus particulièrement distin-
gués; je cite leurs noms à Tordre du jour de l'armée
» 2® bataillon de chasseurs : le capitaine EtiëNNE, le sous«lieutenant DES Garets, le sergent-major Ambruster, le caporal AUPE, le chasseur Catelain.
» Quartier général de Ki-hoa, le 25 février 1861. »
Le 28 février, la marche en avant est reprise, le corps expédition* naire s'avance sur trois colonnes; le 2* bataillon est à celle de droite. On arrive ainsi devant le fort de Tong Keou. Notre artillerie couvre de projectiles les retranchements ennemis, qui sont ensuite enlevés par nos troupes. Nous avons un chasseur tué et quelques autres blessés ou contusionnés dans cette attaque. Après Tenlévement du fort et du village de Tong Keou, on s'empare du fort de Tay Theuye. L'armée annamite , mise dans une complète déroute, s'éparpille de tous côtés. Des colonnes mobiles se mettent en route les jours suivants et purgent le pays environnant de ses bandes désorganisées.
Dans l'espace de quinze jours, dit l'amiral Pallu de la Barrière, le corps expéditionnaire avait livré cinq combats, fourni douze reconnaissances, marché sous un ciel d'airain, malgré les influences meurtrières, vécu de biscuit, bu de l'eau souvent gâtée, veillé la nuit presque toujours, à cause des piqûres empoisonnées des moustiques et des fourmis de feu.
Après la dispersion de leur armée, les Annamites cherchaient à en concentrer les tronçons épars dans la ville de Tram. Le commandant Comte, du 2^ bataillon de chasseurs , emmène avec son bataillon l'infanterie espagnole et une demi-batterie, et occupe presque sans coup férir la ville de Tram-ban (du 3 au 5 mars).
Du 29 mars au 3 avril, le 2® bataillon de chasseurs à pied va reconnaître les environs de Bien-hoa, en passant par Phu yen moth, bloqué par les Annamites.
Expédition de Mytho.
Du 4 au 25 avril, sous les ordres du capitaine de vaisseau Conriault de Quilio, il participe à Texpédition de Mytho. Cette ville, fortifiée à l'européenne, commandait le cours du Mékong et des arroyos de la basse Cochinchinc. Le 4 avril, les compagnies Lapouge (2*) et AziËRES (3*) se mettent en marche avec rinfan-
terie de marine et les fusiliers marins, pour appuyer les mouvements des canonnières et aider à la destruction des neuf barrages de Tarroyo de la Poste. Le 6 avril, la compagnie Lapouge enlève le 4° fort annamite établi sur Tarroyo.
Malheureusement, le choléra fait son apparition parmi nos chasseurs, déjà épuisés par un travail incessant et les fatigues d'une campagne sous ce climat malsain. La 4* compagnie, capitaine Avocat, vient renforcer la colonne expéditionnaire, qui reconnaît Mytho le 10 avril. Le 12, la colonne se porte sur le village de Tam-lcaii; une section de la 2'' compagnie du 2^ bataillon de chasseurs, lieutenant AlGUESPARSES, fusille les Annamites sur le bord d*un petit bois et les force à battre en retraite. Le 14 avril, au moment où la compagnie AVOCAT, qui vient de reconnaître le point d'attaque, se prépare à marcher en avant, on aperçoit le drapeau tricolore qui flotte sur les murs de Mytho; la colonne principale y avait déjà pénétré presque sans coup férir. Cette campagne de Mytho fut courte, mais nos soldats eurent à lutter contre de nombreux obstacles artificiels et naturels. Le choléra et la fièvre les éprouvèrent cruellement. Le 25 avril, le 2* bataillon de chasseurs à pied rentrait à SaTgon, où il avait la douleur de perdre 3 officiers, le capitaine Blouet, le lieutenant DE Bellune et le sous-lieutenant GERMAIN, morts de maladies contractées sous un climat si pernicieux.
Rentrée en France du 2* bataillon de ohatseart*
Au mois de décembre 1861, sous le commandement du contreamiral Bonard, le 2* bataillon participe à la conquête de la basse Cochinchine et prend part aux combats de Mi-hoa (16 décembre), Ricnhoa (19 décembre) et à la pris<: de cette dernière ville, fortifiée d'après les plans du colonel Ollivicr, en 1789. Sous le cornmandement du commandant CoM i K, le iKitaillon assiste ensuite, le 25 décembre, au combat de TrAm, qui ne lui coûte qu*un blessé; à la prise du camp de Baria et à la destruction, à Phauri, port du Bin Thuan, des approvisionnements de Tarmée annamite.
Revenu à Saïgon, le 28 décembre, le 2* bataillon de chasseurs à pied recevait, dans les premiers jours de Tannée 1862, Tordre de rentrer en France, après une absence de plus de deux ans. Em-
barque le 3 fénier & Saigon, U débarquait à Toulon, après avoir passé par Suez et Alexandrie.
La rude campagne de Cochinchine avait coûté au 2* bataillon de chasseurs à pied, tant par le feu que par la maladie, 3 ofEclers, 5 sous-offtciers et 93 caporaux et chasseurs.
Le 3* de l'arme avait, en Extrême-Orient, brillamment soutenu la réputation des chasseurs à pied.