‹ Les châteaux en EspagneChapitre 10 sur 30 · UNE ORIENTALE · texte numérisé non relu

UNE ORIENTALE

JOURISAL DE l,AtTA>.

« Siiis-je assez misérable ! Comme le pacha de l'orienlale, j'ai tout perdu, tout, ma bourse, mon ami, ma maîtresse ; il ne me reste rien que le souvenir, cet impitoyable fossoyeur qui creuse le cœur comme un tombeau.

(( Hier, j'ai arrosé des pieds d'oeillets ; aujourd'hui, je dépoterai des géraniums. Si mes amis du boulevard de Gand me voyaient, comme ils riraient ! En France on rit

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(le lolll , IlicMir du lii.illinii . il ,i |»lii < r iii.ilin : |r rici ;i\;iil lin ('rrpr (le ini;ii;r ii son Ikhi/om : \r ( ni iih' rniii|M'«MHl.

« () miss Iliirncll ! ri vous ( )lL;,t. \\ iUm'Imiiiic. \iih»iiin;i. Ilosalindii. blondes JiiMKM'rs de nirs rrsc-^, (|irr*lrs-\oii.s dcNriuu's? \()ns soiin irnl- d de rcxdt' (|U(' \<mis ;iv<»/ iiiin»''? rrn(*h(''(*s ;i nos lndcons. .1 I licmc ou \«''niis jnil. (xm* iiM'll(V.-\oiis il l'anm' des i('\«'iirs d ( inpoilrr \(»lir .unr jiis(nrà la IcM'it' où jr suis? Toi. lios.dindii. sniloul. loi si l)ell(M'l si ardcnlc i(M (|ui nafiuisddn ia\on de laniour di\in, ('S|)ril crlcslc dans un corps ravonnanl. loi doni !»• nom ciianlr au fond de mon cd'Ui', me ;j;ai(l«'>-lu loujouis présent ri \i\anl dans Ion souxcnii? () l'olir amrrr î Miss HarrirUgal()|)('. Ol^a valsr, Williplminr biodr. Ko^alinda oublie.

(( Ana\a«^oiv m'avait donc entendu! La lerrem- iU^ l'enfant n'était ([ue de la surprise! Tomber de toute la hauteur d'un meurtre au niveau d'un tour de clef ! La poésie

s'en va,

« Était-ce sa femme, sa lille ou sa maîtresse? Quel nom porte-t-elle entre ses compagnes? Je n'ai pas même la consolation de pouvoir rimer un acrostiche en mémoire d'elle. Mon ignorance lui vole l'immortalité. Klail-ellr blonde? Cirand Dieu ! si la nuit m'avait lait conmieiire un sacrilège î si j'avais sacrillé au brun !

^^ Je n'aurais jamais supposé que tant dennui put se cacher dans le calice des Heurs. Les pétales m'irritent les nerfs, les corolles me donnent des palpitations, les étamines me font venir la chaire de poule. On m'a livré vivant à un plan de dahlias. Des dahlias dans les c\ clades ! La mythologie n'est qu'un nom.

« D'homme que j'étais, je suis devemi arrosoir. La métempsychose esl une vérité.

« L'habitation du seigneur Pekoli n*est pas mal ; elle a des contrevents verts sur des murailles blanches comme la maison de Jean-Jacques à Ermenonville. Ce pirate a certainement lu /^^.s* Confessioiis, Ce palicare serait-il Marseillais?

« Ce qui me plaît dans le seigneur Pekoli, auquel le philosophe yVnaxagore m'a donné, c'est qu'il est toujours le lendemain tel qu'il était la veille. Chaque jour il s'exerce à la carabine. Hier, il a tué un goéland au vol. Sa ceinture est garnie de quatre ou cinq pistolets et d'une demi-douzaine de sabres ; les pistolets sont amorcés et les sabres jouent parfaitement dans leurs gaines. Pekoli est un homme d'ordre.

« Hélas! j'engraisse. Je touche aux frontières de l'abrutissement. La douleur ne tue plus.

« L'amour est comme la robe de Déjanire ; il brûle les cœurs qui se confient à lui. Après m'être heurté contre des vices, je me brise contre un sentiment. Je suis tombé du Charybde de la colère au Scylla de la jalousie. L'une attente à ma vie, l'autre vole ma liberté. Et puis il se trouvera encore des poètes pour appeler Cupidon un enfant malin ! Dérision ! Amèi'e dérision î comme on disait au bon temps du mélodrame.

«Je n'ai, depuis trois jours, aucune nouvelle de ta conspiration, ô Léopold ! Malheureux ! tu es peut-être pris, jugé, condamné et exécuté. Que] article pour un journal de Paris!

« Est-ce dimanche aujourd'hui? Je dois le croire. Les

I A rnAiTi: dks blonuks. 05

palirarcs s<' roposcnl, ri Tckoli .• pris sii carahiiic à cisc»liiros (rargcnl. Ne pas savoir spiiIcîIikmiI le n«>iii ♦•! li* miiïn'ro i\\\ jour (in'on icspiii^ ! Oiicllc (h^c^adciirr !

<^ Mes dahlias croisscnl cl iimlliplicnl : icnr noiiihr»* aii^iiUMiU* nioiMMUUii. (IoiihikmiI donc les llollaiidais toiilils pour vivre? Il csl vrai cpic Icursdahlias soiil drs liiliprs.

H II n'y a pasdr pciKJiili'S cjuv. Icsci^Micur IN'koli. \pn*'<; loiil, ([lie nriin|)()rle? Il est toujours l'heure d'arroser.

<i J'arrose, j'ai arrosé, j'arroserai. Ma vie es! une (:onju«;aison. BienhM on dira : il a arrosé! »

^' Je te l'avais toujours dit, Gaëtaii : aii dix-neuvième siècle l'amour est un anachronisme. Les bonnes fortunes nous ont perdus. VA on appelle cela des bonnes fortunes! ! 0 (laëtan , entends ma voix : que ton Pylade soit ton Mentor ! et que Dieu te préserve de Calypso !

u Demain je conspirerai. Donnons aujourd'hui à ma douleur.

« Le soleil de la conspiration s'est levé. J'ai \u passer deux ci2:o^nes à ma gauche. Est-ce un présage? S'il y avait une bohémienne, elle me servirait d'augure. Commençons d'abord par dissimuler, et que ma main droite ne sache jamais ce que trame ma main gauche.

c( Anaxagore fume, boit et dort. Quand il a fini il recommence. Katiza n'a donc fantaisie d'aucun collier? C'est bien heureux pour les polacres qui passent autour de Naxos.

(• Anaxagore mv tait ai)|)(»Jer. .le ne sais pourtani pas jouer de la giizla, ci\\ insLrumenL dont Tainour est proless(Mir ! Allons et faisons xoir l\ ce Marseillais ce (|ue peut le courage d'un Parisien.

« Je reviens do la conférence. Q^i'i^'-j^ entendu? Anaxagorc m'a nommé pieniier ténor extraoïdinaire de sa musique privée. Et moi aussi j'ai donc un ut de poitrine !

« Je suis entré en fonctions ce matin, .lai dû chanter une heure et quart sous les jalousies \erlcs du kios(|uc. Le mystère m'est expliqué. Quelque femme m'aura entendu tandis que l'ennui me faisait gazouillei" des roulades. Est-ce que l'aurore d'une seconde aventure luii ait povu^ moi?

« Je l'ai vue. Elle m'aime.

« Oui, elle m'aime. 0 Fatiza! que t'ai-je fait? C'est hier qu'elle me l'a dit dans cette abominable langue franque, qui est un infinitif infini. Nous étions seuls dans l'appartement le plus reculé du kiosque, leprivate roow comme disent les Anglais. Je chantais la romance des Huguenots, Tout à coup elle a jeté à mes pieds une branche de jasmin. En Grèce, le jasmin est l'arbuste de la déclaration: cette branche était un billet doux en fleurs. J'ai feint de ne pas comprendre. Alors elle a levé son voile ; je voulaisfuir ; maisjen'avaispasde manteau à laisser à cette Putiphar, et puis elle m'a fait entendre que si Anaxagore me trouvait fuyant il concevrait des soupçons et me tuerait net. La peur m'a enchaîné. Que le bonheui* rend quelquefois malheureux! Je crois qu'en me quittant elle m'a dit : A demain.

« Elle me l'avait dit. Moins ému que la veille, jai osé

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