‹ Les châteaux en EspagneChapitre 12 sur 30 · I.A TUAI II 1)1 s HI.ONDKS. tOii · texte numérisé non relu

I.A TUAI II 1)1 s HI.ONDKS. tOii

mes ('I.iumiI inoris pour une rriniiK' (|iii \i\.iii. Je n'avais |)liis (in'iin lr()i)(;<M) (r.iriiK' ;i l.i iiiiiiii, je le jrliii .iii\ |)ir(ls (lu r.ipiiiiiiM', cl If soir mciiir nous couchions dans un doinicilc (\[ir le |)ach.i de Naxos a\ail nul poliniriii l\ imiir disposilion. l/all.Mjii»' iU' j'iiahilalioii d'Anaxaf^orc, Ir coinhal , iiolic caphiic, loiil ce saii}< n'-pandu nie scinhlaiciil un clTcl sans cause. Pour dt'^aj^^cr !'./• de c(^ prol)lrin(', je (jucslionnai miîs «gardes , cl voici ce (ju'ils ni'ai)prireiil. Dc^puis (|uel(|ne lein|)s di'jii, les consuls clu'c'liens a\aienl lail iU' \ives rcMUonlrances au paclia sur les mci'urs do ses administrés, qui so livraient à un commerce prolii !)(''. 1-e |)acha iv|)ondait t;ra\emenl (ju'il aviserait. Les consuls, \oyanl (ju'il naNisail pas, mandèrent (luelqucs iiaviriN (]{' i;u(M*re |)our ap])uytM' leurs n'clamalions. Or, précis(Mnenl (M1 ce tiMups-là, un(^ tartane sicilienne, ([u'un couj) d(^ vent avait poussée au mouillage de Naxos, ébruita l'aNtMilure do la polacre.

— Comment la savait-elle?

— Ahl voilà! 11 paraît qu'au moment où les pirates opéraient si consc"(Micieusement cet honnête transbordement de marchandises qui a précédé l'inhumation de la polacre en pleine eau, la tartane llànail à l'horizon. Ce (jaelle vit détermina dans son éciuipage un si puissant amour pour la locomotion, qu'elle hissa tout ce qu'elle pouvait porter de voiles, et ne se tint pour tranquille qu'après avoir mis une douzaine de lieues entre sa quille et nous. Le jour où mie bourrasque la conduisit à Naxos, elle aperçut sur la côte le mistick d'Anaxagore qu'on gréait. La frayeur a bonne mémoire, et la tartane lila tout doucement jusque sous les lianes d'une frégate française.

10 II LES CUATKALX I:N hSl'AGNE.

Le Sicilien conla tout au capitaine français, qui sur-ie- (iiainp se fit conduire au palais du gouverneur. Le pacha prit alors la résolution dont tu connais les résultais.

— ïu ne m'as pas dit ce que sont devenus le seigneui* Anaxagore et son lieutenant Pekoli?

— Ils sont morts probablement.

— Et Laouli ?

— De favorite grecque, elle est devenue favorite tuique. On n'a pris en tout que sept ou huit Palicares criblés de blessures. Les pauvres diables ont été jugés.

— Et condamnés ?

— Oui.

— Et exécutés?

— Non, la fête est pour ce soir.

— Quand nous délivrera-t-on ?

— Ce soir aussi.

— Et 011 irons-nous?

— Nous irons nous faire décapiter sur le nuMe, à cent pas d'ici.

— Que dis-tu?

— C'est un honneur que le pacha a bien voulu nous accorder en notre qualité de Francs. M faut lui en avoh' de la reconnaissance. Le pacha nous a interrogés hier. Dans ma plaidoirie, j'ai voulu évoquer les circonstances atténuantes de notre captivité ; malheureusement ces circonstances ne sont pas connues en Orient ; le pacha m'a interrompu, a dit quelques mots en turc tout bas, s'est gratté la plante des pieds et m'a congédié avec un geste dont j'ai demandé l'explication à mon gardien. 11 m'a appris que ce geste signifiait , en pantomime orientale, que

l.A (MM II l)K^ lil.ONDKS. lOà

nous snions (ircapiU's. Sans l.i rir( oiisLiip r alliinuaiilc, n()U> aurions |)(Mit-(>lr<' rln pendus.

Le ^^t'ùliiT \ inl siii' ers rn(irriiilr> a\ri lir les deux caplifs (|n(' l(î corU'^iî allail. se ineKiv en niai(ln'.

(iaëlan et Léopnid se le\èrenl. I/iini(|ue riir iU' la capilaie(ie l'île était pleine d'une foule a\ide du spectacle (jiie lui pn'parait la justice du pacha. « Soyons fermifs, disait Li'opold à (laëlan, nous portons Thonneur de rOccidenl.

Lorsqu'ils arrivèrent sur le môle, ils virent un hercule ottoman dehoul. la poitrine et les bras nus. Il j)assait le doi^M sur la lame allilée d'un large cimeterre. C'était le bourreau.

Quatre ou cinq potences allongeaient leuis bras audessus de sa tète.

Sur une estrade, qu une tente aux plis soyeux protéijjeait contre les rayons du soleil couchant, le pacha tumait ; les consuls et les capitaines des vaisseaux de guerre se tenaient à ses cotés; des eumuiues noirs agitaient des éventails de queues de paon ; de jeiuiesicoglans passaient des sorbets et des pipes.

Le cortège s'arrêta, et les condamnés pénétrèrent dans l'enceinte qui leur était réservée.

Le bourreau s'avança vers Gaétan et Léopold, et arracha le vêtement qui couvrait leurs épaules.

— Morituri te salutant! s'écria Léopold en étendant le bras vers le pacha, qui avalait un sorbet.

Mais cette exclamation latine avait été saisie au vol par le consul français. 11 se leva et courut vers le pacha.

Le pacha se tourna vers son trucheman pour avoir l'explication de ce que disait le Franc.

Le capitaine de la frégate, ayant compris qu'il s'agissait de deux de ses compatriotes qu'on allait décapiter, accourut et môla sa parole à l'éloquence du consul. Le trucheman, ayant deux traductions à faire à la fois, prit le parti de n'en faire aucune.

Le pacha, qui ne voulait pas perdre son exécution, lit un signe de la main.

Le bourreau appuya la sienne suj' l'épaule de Gaétan.

Le consul sauta à bas de l'estrade.

L'émotion du pacha fut telle, qu'il tira de ses lèvres le tuyau d'ambre de sa pipe. Le capitaine de la frégate française intervint et signifia brusquement au pacha que si les deux condamnés ne lui étaient pas livrés sur l'heure il bombarderait sa capitale.

—Prenez-les, lui dit le pacha.

Mais déjà Gaétan et Léopold étaient entre les bras du consul, la vue d'un costume brodé ayant inspiré une crainte salutaire au bourreau.

On pendit les Palicares, le pacha rentra dans son palais et la foule s'écoula dans l'état de mauvaise humeur d'un parterre à qui on a volé la pièce en vogue pour lui servir un spectacle usé .

Gaétan et Léopold, rendus à la liberté, faisaient le soir même voile pour Cadix, à bord de la frégate française.

— J'abandonne l'Orient aux questions politiques, dit Gaétan en saluant Naxos ; ii y a trop de grilles et de poignards entre l'espérance et le souvenir.

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