I.\ IMMIi; DIS Iir.ONDI s. j
(lii'il l'amaiL lail dans iiii cai roiiscl, arr^'lrr roiiil sin clicval, piroiu'ltcr (»t partir ciicon'.
L'éclair venait du luire ; la discipline l'ordoiinail ; I'imiipereur ùla son chapeau lorscpie le cavalier disparu! dans un nuage de luniée. P(»ul-êtro saluait-il un mort !
Mais la tortunc a\ait ('carh' les boulots do la tôte dr Gaétan. Il sortit du nua^^î portant le mouchoir comme une écharpe sur son cœur, et (juand la comtesse haraskin ouvrit les yeux il était à sa |)ortièro.
Olga était muette; ses lèvres blanches tremblaient, el de ses mains elle pressait son cœur éperdu.
— La victoire est à vous, lui dit Gaétan ; j'ai entendu une parole qui m'a protégé. Que votre ruban me décore !
— Bi'avoure oblige, répondit la comtesse, et rougissante elle donna au cavalier le précieux nœiidde soie.
— Tous les triomphes te récompensent, lui dit Léopold, la comtesse t'a souri et l'empereur t'a salué.
— Tant mieux, nous en profiterons pour nous faire présenter au palais impérial par notre ambassadeur, répondit le téméraire.
L'exploit de Gaétan l'avait mis à la mode à Saint- Pétersbourg : tous les princes qui le jalousaient voulurent être de ses amis ; toutes les princesses voulurent l'avoir chez elles. On semblait oublier que les deux étrangers étaient du pays oii les révolutions mûrissent.
— Ne dites pas que vous êtes Français, leur disait un aide-général ; vous êtes Parisiens.
— C'est juste, répondait Léopold, les Parisiens n'ont pas de patrie.
Un soir, dans les coulisses du grand théâtre, l'empereur avait daigné admettre Gaétan en tiers dans une conversation avec mademoiselle Taglioni ; profitant d'une pirouette qui avait rejeté la danseuse sur la scène, l'autocrate donna à l'entretien une tournure plus grave. Gaétan rentra tout pensif à l'hôtel.
— Qu'est-ce que cela ! s^écria Léopold. Des soucis au milieu de ton bonheur ? Ta passion exigerait-elle quelque nouvelle impossibilité, ou bien quittons-nous la Russie ?
— Écoute-moi ; ceci te servira d'enseignement pour apprendre comment la fortune vient en galopant. L'empereur médite une trente-deuxième campagne contre les Gircassiens. Cette trente-deuxième campagne servira de prétexte à plusieurs autres et à quelques maréchaux.
— Je sais cela. Le Gaucase est l'Atlas russe.
— Sa Majesté, qui me veut quelque bien, grâce à ce que notre ambassadeur lui a dit de moi, et peut-être un peu a cause do l'aventure du mouchoir, m'a offert de prendre du service dans l'armée. Je passerai d'emblée colonel de hulans a la première affaire, si je ne suis pas tué.
— Qu'as-tu donc répondu à l'empereur ?
— Je lui ai dit que ses offres étaient infiniment flatteuses, mais que je ne voyais pour moi de bonheur que dans l'amour de la comtesse Olga.
— Elle est veuve, m'a-t-il dit ; vous pouvez l'épouser.
— Si tu as le consentement de l'empereur, tu as tout.
— Ge tout-là n'est pas assez. Entre nous soit dit, la comtesse Olga me paraît d'un caractère singulièrement faiilîisqne. Los oui et les non marchent entrelacés dans
i,\ Ht \iTi: DIS iii,()M)i:s. SO
sa coiiviTsaLion coiiuik* des valseurs; (îllu s(] lail des guirlandes (Uircfus eido coiiscnlcnuMils. (lopcndaiil . j»» vais sonder ses dispositions.
li'esporanc(* (|iie la eomtesso Haïaskin laissait, enlrtnoir il Gaëlan ne l'aisail ((lUi eroilre el niniliplier : ell(; élail même passée à l'élal d'aveu. Aussi le l'iilnr colonel ne conservait-il pi*es((Ue aiiciin doute, quoi (ju'il en eût dil, sur le résultat de sa négociation.
Comme il entrait dans rap[)a!tement d'élé de la comtesse, charmant pavillon jeté auceninî d'un jardin somc'* d'arbustes odoriférants et de plantes rares, il trouva la blanche Olga froissant un papier dans ses mains crispées et battant les dalles de porphire d'un pied impatient, les sourcils froncés, le sein palpitant ; une espèce d'écuyer était devant elle, impassible et debout comme une statue de marbre.
Gaétan s'inclina pour lui baiser la main ; elle se laissa faire sans le reconnaître.
— Comment ! s'écriait-elle, il ne peut pas ! vous dites qu'il ne peut pas ! L'insolent ! je le trouve bien osé de ne pas pouvoir quand je veux. Qu'on l'amène.
L'écuyer tourna sur ses talons et revint bientôt avec une sorte de majordome qui tremblait et pâlissait.
— C'est à toi que mon joaillier a répondu qu'il ne pouvait pas trouver des rubis pour assortir mon collier ?
— Oui, madame, le joaillier prétend qu'il n'en existe pas de pareils dans Saint-Pétersbourg,
— • Qu'il en fasse !
— 11 a expédié une estafette à Moscou pour en avoir, et il les recevra demain.
/|0 Li:s c:iiatk\IjX en Espagne.
— Il ine faut ma parure ce soir, entends-tu, et si je ne l'ai pas je te ferai ai)pli(iuer cent coups de knout. Va î
— Vous dînez avec moi, reprit-elle en se tournant vers (îaëtan.
Un quart-d'heure après, un laquais vint annoncer à la comtesse que le joaillier venait d'envoyer la parure ; dans son empressement k porter cette bonne nouvelle, le malheureux serf heurta du pied une table de bois d'érable rose qui tomba et se brisa en morceaux.
La comtesse Olga prit au hasard sur un meuble, une coupe d'agate, qu'elle lui jeta à la tête et qui, en ricochant contre le mur, vola en pièces.
La table valait cent roubles ; la coupe en valait mille.
Gaétan profita d'un entr'acte pour amener la conversation sur le terrain du mariage.
— A demain les affaires sérieuses, lui dit-elle, j'ai ce soir d'horribles maux de nerfs, ma santé ne résistera pas h tant de contrariétés.
— Elle est un peu vive, se disait Gaétan en cheminant le long de la perspective de Newski, mais ma tendresse la corrigera. D'ailleurs, que de qualités pour racheter ce léger défaut !
— A quand la principauté ? lui demanda Léopold.
— A bientôt, j'espère.
Léopold secoua la tête.
A quelques jours de là Gaétan, attendant Olga, errait dans une galerie couverte qui régnait autour du pavillon. Un bouquet de fleurs éclatantes baignait son pied dans un vase de malachite ; d'une main distraite Gaétan, qui était en humeur de rimer ce jour-là, jouait avec le bouquet