‹ Les châteaux en EspagneChapitre 8 sur 30 · UN ARGONAUTE MARSEILLAIS · texte numérisé non relu

UN ARGONAUTE MARSEILLAIS

— C'est une assez bonne ville (jue Florence, dit (jaetaii en jetant un regard interrogatif sur Léopold. Je n'\ étais pas mal, et toi?

— J'y étais trop bien. Le bonbeui* tue. Gaétan, soyons niallieureux.

De la porte de l'auberge où le vetturino les descendit, les voyageurs ne firent qu'un saut jusqu'au quai.

Gaétan s'informa des navires en partance. Un mousse lui apprit qu'une polacre allait mettre à la voile pour Smyrne.

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(laiHan alla droil au bàlJinonI : le raj)ilainc éleva force (litTiciilIt's ; (!(' son discours il rrsullait clairement que leur em])ar(|uenienl étail. impossible; le ^n'and-duc, le U: ])ape (M la \ ici'i^v imuia(Milée le (h'fendaient. Gaétan le laissa dire et lui mil une bourse d'or dans la main. La Vierge immaculée, le pape et le grand-duc ne firent plus aucune résistance.

— Entrez, signori, dit le capilaine. Le bon Dieu veut qu'on excerce la cbarité.

— C'est pour cela que lu la reçois, cocpiin, murmura Léopold.

Quand le navire eut perdu les côtes de vue, Gaétan et Léopold s'assirent contre les baubans, et Léopold commença sa confession.

— Tu l'as donc tué? lui dit l'autre.

— J'en ai peur. Tu connais les édits de son Altesse le grand-duc contre les duels ; j'ai cru qu'il était convenable de mettre la mer entre sa justice et moi.

— Ta première aventure est lugubre, lui dit Gaétan.

— Ma première? Dis donc l'unique, si tu ne veux pas nje désespérer par la pensée que je pourrais en subir une seconde. Je suis guéri de l'amour des bonnes fortunes, et Florence m'a fait faire un grand pas dans le sentier de l'expérience. Je regrette seulement qu'on nous ait entraînés loin d'une ville où lu allais peut-être trouver ta chimère.

— Ne regrette rien ; si nous n'avions pas fui de Florence le matin, nous l'aurions quittée le soir. Une illusion nouvelle a pris son vol vers le ciel. Ma chère cantatrice aimait trop son prochain ; elle m'a fait comprendre que la charité

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l'in ce h'iii|)s-lii, l.i l('iii|)('lr ( liiMiiiiil MIT lii \ir'(lilrrrim»M •. I..I polacit' allail L^aiinriil Iriidaiil 1rs \a^^iii'S a\(rc la loiir iiiii'c hnnnclr (riiii hiiliiiM'iil inaicliaiid (|iii \a il ses alTaiiM'S; die a\ail si sniixciil fail Ir \()\a;^n' diî LiNoiiriic à Sin\nu\ vl de Snnnic i\ Lixonnic, (iiuj h» capilaiiic cl l'iMiuipai^^o d(>rniai(Mil, cliacim de son cnh', se (iani à l'inslincl lin bàtinuMil pom Ironvt'r le bon clH^nin. La p(^la(:r(• était donc on train {\o (ravorser l' Archipel, l()rs(|n'nn soir l/oi)ol(l, qui faisait le (juart avec Gaëtiin, siu:nala ufi mistick dans les eaux du navire.

Le mislick aidait ses voiles h coups de rames.

Gaëtan prit une lonpfue vue. Le mislick était peuplé de Grecs.

— Ce sont des Argonautes, dit-il ; ils auront bientôt pris leur toison d'or.

Léopold s'en alla réveiller le capifaine, qui fit un bond et se signa trois fois.

— Saint Polycarpe, c'est fait de nous ! dit-il.

Le capitaine avait une dévotion toute particulière à saint Polycarpe.

Le mistick avançait toujours. On pouvait voir les longs fusils des forbans reluire au soleil.

— Avez-vous des armes? demanda Gaëtan au patron qui priait.

— Quatre ou cinq caisses de mousquets et trois pierriers que j'apporte au pacha de Scutari; un Anglais de Barcelone me les a vendus.

80 m:s ciiativMJX kn I'Spa(;nf.

— l'euli î lil Lropolcl, des armes qui ont fait la guerre en Espagne !

— Capitulons, dit Gaétan.

— Sattcta Maria, ma pru /y ^>/> /.s/ psalmodiait l'éciui- . page à genoux.

L'honnête polacre tilait toujours. Le mistick nageait sur ses lianes.

— \insi nous ne nous défendons pas? reprit Léopold.

— Mon ami, répondit Gaétan, qui venait philosoj)hi- (jnement d'allumer un cigarre, je suis parti pour chercher une fiancée et non la gloire. D'ailleurs, ces Grecs sont cinquante, et je ne m'appelle pas Hector. Je me rends.

— Si la France nous voyait ! s'écria Léopold en levant les yeux au ciel.

— Si ce n'est que cela qui t'inquiète, reprit Gaétan, console-toi; du haut de ce grand mat le pavillon de 'loscane seul nous contemple.

Les pirates grimpaient à bord. Un vieux matelot espagnol, qui avait bu un peu ti'op d'eau-de-vie à la cambuse, voulut résistei' ; les Grecs se tirent tout de suite un prétexte de cet entêtement pour garrotter tout l'équipage.

Gaétan fumait toujours.

- Faisons-leur payer chèrement notre liberté, s'écria Léopold.

— Bah! dit Gaétan, il fait trop chaud.

Deux pirates préparaient les cordes à leurs côtés; un troisième sui'vint. A la poignée d'argent de son poignard, on le pouvait prendre pour le chef.

— QwQ faites-vous là? dit-il au passager en italien.

— Tu le vois, répondit Gaétan en français, nous fumons.

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— Ah! vous f^tos Kraiicais ; lniir|n»z-la, vous au m/ la vit» Siuive cl lil Ilioilii' (Ir \ns clTrls : il faut rtrr jiisli'. Taulri' inoilii^. revient à ces braves j;ens pour Inn prmr.

l/'opolil et (laëtan serrèrent la main du pirate.

— Camarades, s'écria le ( hef, cesjeuniîs ^ens-là soni mes amis.

Puis il ajoula, en touchant du pird Ir [kiIiou Iosimii ;

— Ou'on jet le toute cette vermine dans le caï(jue, r\ procédons à la \ isite.

La lon[,Hie habitude cpie l'étiuipa^e [i;\vc avait dr ( r ^enre d'opération la rendit tort courte. La meilleure partit; des marchandises embaïquée à Livourne passa à bord du mislick, et une heure après, l'honnête polacre, à latjuelle on axait pratiqué deux larges saip^nées aux lianes, s'abîmait dans les Ilots.

Le mislick tourna sa proue vei s une île (jui semblait un nuage rose à l'horizon.

— C'est l'antique .\axos. Tile où Baccluis consola Ariane, dit le pirate.

Ils arrivèrent avec la nuit dans une anse isolée : le mistick démâté disparut derrière un énorme rocher ; les marchandises, transportées à dos d'hommes et de mulets. se dispersèrent dans l'intérieur de l'île avec l'étiuipage pi-isonnier. Le chef fit signe à Gaétan et à Léopold de le suivre, et i)rit un sentier tracé au creux d'un vallon.

La petite troupe s'arrêta bientôt devant une maison de gracieuse apparence, bâtie au flanc d'une colline toute chargée d'oliviers, de grenadiers, de citronniers. Le pirate tira un son bref d'un petit sifflet d'argent ((uil portait à la ceinture comme un scapulaire, et une porte s'ouv rit.

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— Mes amis, dit le pirate à Gaëlan et à I.éopold quand ils furent entrés, allez vous coucIum', je suis fatigué. Voilà voire iipparlenieni ; demain nous causerons.

Ce ({ue le pirate, dans son style fleUri, appelait un appartement, se coinposail d'un hangar ouvert à tous vents; mais ce n'était pas le moment de raisonner, et après (pie les voyageurs eurent fait l'inventaire du mobilier, qui consistait en bottes de pailles, ils prirent le parti de s'endormir.

Au matin, un palicare les vint tirer par le bras.

— Le maître vous attend, leur dit-il dans cette merveilleuse langue franque qu'on n'apprend jamais et qu'on sait toujours.

Gaétan et Léopold le suivirent. Ils traversèrent deux galeries couvertes qui longeaient un jardin où les lauriersl'oses, les jasmins et les orangers croissaient dans un dés- (M'dre tout oriental, et pénétrèrent dans un kiosque où, mollement étendu sur des coussins de soie, le pirate fumait, en contemplant la mer d'un œil serein.

— J'ai à vous parler, seigneurs Français, dit le pirate après leur avoir fait signe de s'asseoir.

— Nous vous écoutons, seigneur Grec, répondirent à la fois Gaétan et Léopold.

— Je ne suis pas Grec, je suis Marseillais.

— - C'est la même chose : ne reniez pas Phocée.

— C'est vrai ; mais nous allons causer de nos petites affaires. Pour vous mettre au courant de la position, il convient d'abord que je vous raconte mon histoire en ({uelques mots.

Le pirate alluma sa pipe et commença en ces termes :

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