‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 24 sur 69 · C. Rue de Saint-Léger · texte numérisé non relu

C. Rue de Saint-Léger

Ancienne route de Richelieu

de la place actuelle des Combattants de 70-71, à Achères.

Fig. 17. — Le couvent et la chapelle des Loges dans la Forêt de Laye (vers 1500?)

LE PRIEURÉ ROYAL

Raisons politiques de la Fondation

A quelles nécessités pressantes, le roi cédait-il en réalisant ce projet? On peut évidemment invoquer sa piété légendaire; mais un oratoire faisait-il donc défaut en cet endroit, alors que le manoir de Saint-Wandrille du Pecq, à l’Est, et l’autre prieuré de Saint-Léger-en-Laye (1), à l’Ouest, offraient toutes facilités du culte aux habitants de la contrée?

Ces deux institutions déjà prospères n’arrêtèrent cependant pas Robert dans son dessein, et, à quelque place qu’on situe l’abbatiole nouvelle, on la trouvera à égale distance entre les deux précédentes, semblable à une maison de garde posée en sentinelle au seuil de la forêt royale de Lida (2).

Qui nous dira si le roi avisé ne se méfiait pas, sans vouloir le laisser paraître, des empiétements progressifs, méthodiques, si fréquents partout ailleurs, d’une de ces abbayes rivales, ici trop voisines de « son bien »? L’une ou l’autre, en étendant ses cultures, pouvait être tentée de demander, morceau par morceau, des lots de terrains en friche, entamant ainsi peu à peu la région boisée du plateau. Les plantations de Saint-Wandrille du Pecq avaient gagné ainsi de proche en proche tout le territoire à gauche et à droite d 'Alpecum, vers Carrières aussi bien que vers Demonval (3), Mareil et l’Etang (la-Ville).

Saint-Léger, plus à l’Ouest, quoique moins redoutable, venait d’être cédé à l’abbaye de Saint-Magloire de Paris (4), et c’était une force que ce patronage nouveau apporté à une maison jusque là réduite à ses propres moyens.

Dès lors, Robert ne prenait-il réellement pas ses précautions pour sauvegarder un domaine dont lui, le maître nominal et usurpateur, eut peut-être été obligé un jour de se dessaisir. Plusieurs fois déjà, il s’était trouvé le plus faible dans des circonstances analogues : à Itueil, par exemple (5), quinze années auparavant.

Puis, le roi dédiait l’église minuscule à Saint -Vincent et plaçait l’institution entière sous le patronage de Saint-Germain? Pourquoi ce double vocable pour une misérable abbatiole ? Le rapprochement des deux litres ne peut pas, à notre avis, être l’effet du hasard seulement, non plus qu’une fantaisie du digne roi. Bien mieux, c’est de Coulombs, abbaye du diocèse de Chartres, que le fondateur fait venir six moines pour desservir le prieuré. Pourquoi ce choix? La réponse à ces questions est suggérée par le rapprochement à faire de tous ces éléments d’appréciation. Considérant, d’une part, que la forêt Ledia est réellement, aux yeux du roi, une partie du

(1) V. fig. 12, p. 14, la carte de Doin Coutans, 1800.

(2) Que l'on prenne une carte de la région (v. par exemple la fig. 11), Poissy, Maisons et Saint- Germain forment les trois extrémités d'un triangle enserrant le domaine royal.

(3) V. fig. 9, carte de De Beaulieu.

(4) Le document concernant la cession première fait défaut. L'acte de 1002 qui justifierait cette cession n'est pas très clair. Il se peut qu'il soit question du Saint-Léger en Yveline (v. de Lasteyrie, Cari, de Paris, pièce 72, pp. 98-99). — Mais, d’autre part, il existe un acte de 1314 constatant la reddition au roi de l’objet cédé antérieurement, (v. Decoin, pièce XX).

(5) Arcli. Nul., K. 18, n° 1- transcrit: Carions des Pois, p. 153, n° 243 et p. 158, n° 250.

LE PRIEURÉ ROYAL

patrimoine royal en Pincerais ; d’autre part, que les églises des monastères de Poissy, ville royale, offraient au choix du roi un vocable emprunté à l’une d’elles, — au cas où le prieuré de Saint-Germain aurait été élevé à titre de succursale de l’un d’eux — ou un vocable étranger à la région, le roi impose le double titre de l’ancienne abbaye propriétaire ou usufruitière du sol, Saint-Germain et Saint-Vincent ; que, d’une troisième part, c’est aux moines de Coulombs qu’il fait appel : il résulte que Robert affirmait son droit de possesseur d’abord, donnait ensuite à l’abbaye dépossédée une fiche de consolation platonique, en perpétuant, par un double vocable, le souvenir d’une autorité nominale autrefois en ces parages, et, finalement, éloignait toute ingérence de tiers dans son nouvel établissement; bref, Robert restait maître chez lui. C était bien calculé, mais les successeurs de Robert furent moins prudents. On va les voir à l’œuvre.

Henri h' succédait a Robert en 1031 et devait, ce semble, lui plus que tout autre, se montrer respectueux des actes paternels, en maintenant le prieuré dans son état primitif.

Il le cède, au contraire, à 1 évêque de Paris, Imbert de Vergy, sur sa requête; et il le cède avec toutes ses dotations, dont la terre de Feuillancourt, terrum Filioli curti(L).

Quel intérêt avait, a son tour, notre Henri à rompre l’équilibre si savamment réglé par son prédécesseur? Et comment ne vit-il pas qu’en introduisant l’évêque de Paiis dans 1 administration temporelle d une maison dépendant spirituellement (2) de l’évêque de Chartres, c’était ouvrir trop inéluctablement l’ère des procès interminables, et placer, a I avance, ses successeurs en lace d’un fait acquis, déplorable, qui les tiendrait immobilisés entre l’enclume et le marteau. On n’est pas plus inconséquent que ne le fut Henri Ier en cette occasion.

Une échappatoire devait se présenter bientôt, dont on ne sut pas profiter. Imbert de Vergy, avant de mourir, vers 1060, eut un bon mouvement : vu le malheur des temps et la détresse des moines (3), il fil au prieuré la rétrocession bénévole de la donation antérieure. Cette simple opération de probité n’arrêtera pas, plus tard, tant I évêque de Paris que celui de Chartres, dans leurs prétentions à soutenir qu’ils ont, I un au détriment de l’autre, la possession traditionnelle du prieuré (4).

(1) V. fig. 17, p. 29. — Gallia Christ. Vit, Inslr. col. 31-32, ou Güérard. Cari. N. D. de Paris, 1, 273. La date de l'acte est incertaine entre 1031 et 10G0.

(2) Par ses desservants, moines de Coulombs, on doit s'en souvenir.

(3) Cognita sibi ejus ecclesiæ penuria, commode consiliantc... V. Dom Martène, Ampl. col. I, 417.

(4) Le conflit restera ouvert jusqu’au règne de Louis XIV, avec des alternatives de chances diverses pour 1 un ou 1 autre des évêques en cause. Louis XIV terminera le différend en faveur de I évêque de Paris (arrêt du Parlement, 15 septembre 1670) sauf à réunir ensuite le prieuré à lacure (L. 1 . de mai 1698) puis au domaine royal (contrat du 3 février 1708) avec tous les privilèges concédés au cours des siècles antérieurs. De cette façon, l’église du prieuré, devenue église paroissiale, retrouvera, six siècles après sa fondation, sa situation privilégiée, originelle. En 1777, on la disait « de nul diocèse. »

LE PRIEURE ROYAL

Henri Ier mourait en 1060; Philippe Ier, son fils, trouve à Saint-Germain une situation de fait. De nouveau, il tiendra à se signaler dans la voie des donations. En 1072, ou 1073 (1), le 21 mai, il confirmera les dons de son père et les augmentera sensiblement. L’énonciation est minutieuse: « route la dîme du On et du giain « portés au cellier et au grenier de Poissy, en provenance de Charlevanne, Triel et « Poissy. D’Anvers (2), il donne plus spécialement la dîme du vin et du grain, des « légumes et de l’avoine, d’où quelle provienne. Le moulin de Feuillancourt (3), « la terre Gaudine (4), le bois mort à prendre en forêt de Laye, autant (pie besoin « sera pour le chauffage des moines; le droit de pâture pour les bestiaux du prieuré « et de leurs hôtes. » Philippe y ajoutait encore : « Le bois vif autant qu’il en faudra <( pour les constructions à faire et les réparations des plus anciennes. » Mais le comble de la générosité se fait jour dans le dernier article, par lequel le îoi donne « Gautier, son collibert (5) et toute sa postérité, plus cinq hôtes de Raoldicurlis ; le tout certifié par sa signature, à cette fin que la mémoire d’un tel bienfait ne périsse pas! » I imitas vanitatinn ! Les hommes de tous les temps se ressemblent : ils cioient fonder pour l’éternité.

Qu’entendait-on par Roaldicurlis, que, en 1124,1 on orthographiait Ruoldiciu ta? La déformation du mot est d’autant plus curieuse que les actes de 1124 et de 1073 sont l’un la confirmation de l’autre.

Ce nom doit désigner l’écart ou ferme de « Rocourt » entre Poissy et Aclières, au-dessus (N.-E.) de la Grange Saint-Louis, et non, comme on l’a proposé (6), la ferme de Rucourt près Menncourt, à l’Ouest de Pontoise, bien que 1 éloignement considérable de cette ferme ne puisse être invoqué comme un argument a priori contre une identification possible à défaut d’une meilleure.

m y. Dom Martène, Ampl. col. I, 472 et 489. Ces deux actes sont identiques et ne doivent être qu’une double copie mal datée par les érudits modernes.

(2) Auvers-sur-Oise.

(3) Henri 1er avait déjà donné la lerre elle-même. Qu’était-ce que ce moulin séparé? L ancetre du moulin Gaillard, peut-être?

(4) La lerre Gaudine est cette partie du territoire, appelée les Gaudines et la Justice, voisine de Pourqueux, entre la tranchée du chemin de fer de Grande-Ceinture et la propriété de la « Maison verte. » Là se dressait encore, en 1740, le gibet de Saint-Germain (v.fig. 21, p. 31, carte des environs de Paris, par De La Grive, VIe feuille, chalcographie du Louvre, n° 3746). Dès le XIIIe siecle, les fourches patibulaires du prieur de Saint-Germain y étaient établies. Plusieurs documents parlent de cette terre « Gaudine » (v. Olim, I, 109, 250-516), en dehors de ceux (pii ont trait aux droits du prieur comme haut et bas justicier sur son domaine.

(5) Le colliberl était le serf affranchi par le maître même (v. Du Gange, Gloss, med. et in/, latin, II, 434-436, sur la condition juridique du collibert .

(6) .1. Depoin, Cari., page 5.

LE PRIEURÉ ROYAL

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lie. 18. — G écart de Rocourt, au N. E. de Puissy supposé l'ancien Haoldicurlis (1073) ou Ruoldicurta 1124).

(Extrait de la carte de Dotn Goutans (1830!.

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