‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 25 sur 69 · V. également fig. 11, p. 10, la carte de de Peu · texte numérisé non relu

V. également fig. 11, p. 10, la carte de de Peu

LE PRIEURÉ ROYAL

Entre 1073 et 1124-25, date de la charte confirmative de Louis VI, il ne se révèle rien qui indique que le statu quo créé par Philippe Ier ait été changé (1). Louis V 1 ne faisait pas que confirmer les dotations augmentées par son père Philippe Ier. Il les renforçait et allait même beaucoup plus loin (2) en « affranchissant » inconsidérément la villa de toute sujétion, par l’octroi de la liberté la plus étendue(3). N’avait-il pas une arrière-pensée, à son tour, en agissant de la sorte? C’est un peu la « manière » de Robert le Pieux que nous supposons gratuitement. La fondation du château ioit peut, en effet, ne pas avoir été étrangère à ce mouvement de générosité.

En un mot, c’était, de la part de Louis VI, le ((dessaisissement» complet de son autorité effective sur la villa. Mais le château fort était alors construit et dominait de sa masse crénelée le petit manoir monacal. Louis pouvait donc accorder (( tout » en écrit, sauf, à l’occasion, â opposer à une feuille de parchemin des armes plus redoutables. Les autres prérogatives sont sans changement, mais la formule finale du document se présente pour la première lois avec la mention . (( bail publiquement â Saint-Germain, présents en notre palais.., X***, etc... »(4). formule magique, en vérité, mais que l’on aurait tort de prendre trop â la lettre ; car, en fait de palais, il n’y en a pas, — tout au plus une masse de pierres à aspect rébarbatif, — et si nous n’avions d’autre indice historique de l’existence probable du château féodal récemment édifié, nous ne pourrions que nous montrer sceptique, incrédule même. La formule in palatio, à cette époque reculée, est plus administrative (5) que localisante. Toutefois, un faisceau de menus faits vient la corroborer et nous engage a lui accorder la valeur d’une preuve.

La situation du petit prieuré s’améliorait donc progressivement par les largesses royales, et par des legs particuliers.

Un chevalier, Joscelin sollicitera, en 1126, d’être reçu moine â Saint-Germain. Il verra sa demande acceptée après un an d’attente, et non sans avoir déposé sur l’autel du prieuré un don palpable.

(1) C’est deux années auparavant, en 1122, que se place le procès-verbal précieux nous appienant le projet de Louis VI touchant la construction de son château fort aux limites du Pincerais et du Parisis. Nous renvoyons le lecteur au ch. Ier de la Première Partie (ci-après, p.4o), intitulé . « La question Charlevanne » où cette affaire est traitée à tond, vu son importance historique locale.

(2) Gai.lia, VIII, 324.

(3) « ...totam villam predicte ecclesiæ adjacentem omnino liberam et quietam... » V. Cari, à la date 1124-25, transcrit par J. Depoin, pièce 111, la formule in palatio nostro n’existe pas dans toutes les copies. Nous nous référons à celle de la Gallia Christiana , VIII, intr. 324. Dans cette pièce apparaît la mention : Eglise de Saint- Vincent et de Saint-Germain-en-Laye.

(4) « Actum publiée apud S. -G. astantibus in palatio nostro... » Cette charte est, a nos yeux, le véritable document établissant pour l’avenir la situation privilégiée du monastère, malgi é sa transmission passagère de mains en mains au cours des siècles suivants.

(5) François 1er a agi de même avec la Chambre des Comptes dont le siège était a 1 aris, et qui, néanmoins, était représentée par quelques-uns de ses dignitaires, à la suite du roi en ses déplacements.

LE PRIEURÉ ROYAL

Un certain Aston, du Pecq, donnait un gourd (1) dans la Seine, et par un autre acte, il cédait, à notre prieuré, la moitié de l’île Garnier.

Un autre bienfaiteur, Gasce, de Poissy, concédait au prieuré les menues dîmes qu’il possédait à Orgeval (2).

On ne saurait nier que toutes ces opérations d’administration temporelle des biens et des acquêts du prieuré dussent à la longue lui donner une allure de petite seigneurie bien dotée, et l’exposer à des compétitions dangereuses.

Aston, du Pecq, n’avait-il pas à avantager d’abord sa paroisse de Saint-Wandrille ? et Gasce, de Poissy, le monastère de sa ville même, spécialement en ce qui concernait les dîmes d Orgeval, hors de la sphère d’attraction de Saint-Germain-en- Laye?

Saint-Germain attirait donc à lui quelques biens que certains eussent préféré voir tomber dans leur escarcelle. La cause de l’attrait n’est pas malaisée à deviner ! En gratifiant le monastère, on n’était pas sans espérer une bonne note auprès du prince qui ne pouvait ignorer la donation octroyée à ses protégés personnels!

En 1148, Coulombs entrait en possession de la terre de Carrières.

Insensiblement nous touchons a l’année 1161. On se souvient qu’Henri Ier avait donné l’abbatiola de Saint-Germain entre 1081 et 1000 cà Imbert de Vergy et qu’il avait joint à ce don d autres possessions dont la terre de F euillancourt . Nous avons vu Louis VI, confirmant les donations de son père, ne plus citer cette «terre», mais seulement le moulin du lieu. Il paraît que dans le voisinage on trouvait un étang puisque, en cette année 1161, les moniales de Montmartre en réclamaient la possession contre les abbés de Coulombs représentés par les moines de Saint-Germain. De qui nos moniales tenaient-elles ce droit de propriété? A première vue, il est difficile de le dire, attendu que l’acte de 1143-44, qui peut les avoir mises en possession de cet étang, ne contient aucune mention du nom de Feuillancourt (3): il a trait à la terre de Saint-Léger. Mais le hameau de Feuillancourt dépendait géographiquement du prieuré de Saint-Léger (v, fig. 20, p. 28).

L affaire ayant été appelée au tribunal du roi, les moniales s’abstinrent de paraître: une remise du jugement eut lieu séance tenante. Au second appel, même absence des demanderesses: cette fois l’affaire fut jugée claire en faveur de l’Abbé de Coulombs (4).

Deux ans après, en 1163, éclatait le différend entre Maurice de Sully et l’abbaye de Coulombs, au sujet des droits de l’un et de l’autre sur le prieuré de Saint-Germain, et celui-ci ne pouvait se tirer des difficultés soulevées par l’évêque de Paris qu’au prix d’une transaction: elle fut signée le 20 avril 1163, à Paris.

(1) Fosse ou piège à poissons.

(2) 1 ou tes pièces au Cartulaire de Saint-Germain (Arch. Nat., T* 671), transcrites par Depoin, pièces IV à VIII.

(3) Luchaire, Louis Vit, pièce 118, à ne pas confondre avec la pièce 109.

(4) V. Depoin, pièce XI.

LE PRIEURE ROYAL

Roger, neuvième abbé de Coulombs et son couvent y acquiesçaient (1).

Il ne faudrait pas croire que, de ce fait, le prieuré ait été rattaché au diocèse de Paris. L’évêque de Paris prenait des droits sur certains usages de la maison et rien de plus. A la tin du XI IL' siècle, le prieuré était encore classé : diocèse de Chai ti es,

Fig. 19. — Saint-Léger en baye en 1776 (v. fig. 16).

(Gravure au Musée de Saint-Germain).

Emplacement actuel des villas Campan et de Boufflers, rue de la Villette, à Saint-Germain.

archidiaconé du Pincerais, doyenné de Massy (2), et ce n’était que le prieur lui-même qui, pour la cause désormais tranchée, était porté sur la liste des débiteurs du diocèse de Paris. Ne nous étendons pas davantage sur cet historique spécial de la situation juridique du prieuré (3). Nous devons, dans ces préliminaires, nous en tenii aux

(1) Antoine, dans son manuscrit, a donné in extenso: lacté même, 1 acquiescement de Rogei , l'homologation du pape Alexandre III et l'acte additionnel constatant la remise du besant pièce de monnair” par Roger à l'évêque de Paris, comme gage de soumission. — V. Guéhahh, Cari. Xolrel)a ))><’. de l’a ns, I, 144.

(2) V. Pou illé de la fin du XIIIe siècle. Appendice au Fouillé de 1205, dans Longnon, Fouillés de la P ru v. de Sens, p. 362.

(3) Le complément d'informations sur ce sujet se rattache intimement a 1 histoire de la I üle, et n'a pas à être donné dans cet ouvrage.

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généralités précises et intéressantes de chaque époque, c’est pourquoi nous revenons à 1 acte de 1163, capital pour l’histoire locale : 1° parce qu’il fixe, à coup sûr, la date de l’apparition récente de l’embryon du village même, formé auprès du château fort de Louis VI ; 2° parce qu’il nous met sur la trace probable de Y emplacement , tant cherché, du premier monastère de Robert le Pieux.

Emplacement du Prieuré de Robert

Tout ce (pii a été exposé précédemment démontre que Robert a bien fondé un prieuré, et que les rois, ses successeurs, lui ont témoigné un grand intérêt.

Où Robert l’a va i t-i I établi? Rien dans les actes ne nous indique clairement l’emplacement primitil; mais quelques rapprochements de termes peuvent nous permettre d’avancer une hypothèse plausible.

1 out d’abord, on peut choisir entre deux localisations. La première, la plus facilement admissible pour les hommes se contentant d’apparences, désignera l’emplacement, plus ou moins exact, de l’aire occupée par l’église actuelle et ses attenances (1). C’est la moins probable historiquement, attendu que la place eut été singulièrement choisie sur un plateau, encore boisé sans doute, où tout était à créer, mal exposé, isolé et privé de tout : d’eau principalement. Que des moines aient « volontairement » construit une retraite dans de telles conditions, la chose n’aurait eu rien de surprenant (2); mais ici il ne s’agit pas d’un acte volontaire de quelques « dégoûtés du monde », c’est le roi qui fonde une maison de prière el y installe six moines qu’il fait venir d’une abbaye lointaine.

La seconde localisation nous ramène au bas du coteau Sud, près du hameau de Feuillancourt, dont une rue actuelle a conservé le nom légendaire de « rue du Prieuré », a cause, sans doute, d’une maison portant ce nom traditionnel, et dont l’origine se perd dans le lointain des siècles écoulés.

En faveur de cette hypothèse, on peut rappeler que, dans la plupart des cas, les fondateurs d’abbatioles jetaient leur dévolu de préférence sur la partie haute de petites vallées, fertilisées parmi ruisseau abondant permettant l’établissement d’un moulin, construction de première nécessité et de premier rapport pour l’heureux possesseur d’un tel objet.

Au bas de la cote de Lida, dans la vallée sinueuse de Feuillancourt, tout se réunissait pour réaliser ces desiderata : un rivulet de grande déclivité pouvant actionner le moulin utile, une belle exposition, de la terre à cultiver, des habitations clairsemées. Établir un prieuré en cet endroit, c’était se rendre maître effectif du vallon. Hypothèse pour hypothèse, celle-ci nous retient infiniment plus que celle-là,

(1) Chapelle Sainte Anne et salle de la maîtrise. N’oublions pas que le sol actuel est de 5 à 6 mètres plus élevé que l’ancien !

(2) Les Lapes en sont un exemple.

LE PRIEURÉ ROYAL

\p- de ST Germain.

et ainsi se justifierait la croyance à l’établissement sur le rù de Ruzot, — quelques toises en amont du petit Filliancourt (1), — <le notre abbatiole dont, on n insistera jamais trop sur ce point, le moulin, dit « du prieur », figure sur la carte régionale de 1500 (?)

De plus, ne doit-on pas être frappé par cette insistance des actes successifs à nous faire sans cesse fouler du pied, en quelque sorte, le terroir de Filliancourt et ses alentours et jamais plus cette forêt de Lida d’autrefois ?

Et le plus marquant exemple de cette insistance n’est-il pas offert par un acte du début du règne de saint Louis, acte dont on ne regarde généralement ([ue le côté plaisant, alors que, dans les noms de lieux qui y figurent, nous trouvons la preuve presque irréfutable de la situation de la « Villa sancti Germani », auprès du hameau de Filliancourt, puisque saint Louis, en 1228, déchargeait de l’antique servitude de lui fournir des lits et des coussins, chaque fois qu’il venait loger au château (2), « ses hôtes de Saint-Germain-en-Laye et les hôtes des moines de la villa qu'ils possèdent auprès d’Aupec et de Fillencort » (3).

Fig. 20. — Killancour, d'après lu pins ancien plan terrier connu.

(Extrait de la carte de de Béai lieu (4).

(1) On a vu qu’en 1073, Philippe Ier avait donné cette terre voisine au prieuré nouveau.

(2) Preuve certaine de la nudité des appatreinents du pseudo palais.

(3) Maktène, Ampl. Coll., I, 1221.

(4) Tout pays, vu à vol d'oiseau, subit une déformation très sensible. Les plans se rapprochent au point de faire paraître sur une même ligne deux groupes de constructions séparées, en retrait l’un de l’autre. Tel doit être le cas ici, où le prieuré cherché pourrait fort bien être le groupe de deux maisons faisant face au domaine de Fillancour, à droite de la route et de la lettre I. fillancour et Sainte-Radegonde devraient être placés beaucoup plus bas sur ce plan.

LE PRIEURE ROYAL

Il y avait donc, en 1228, deux groupes d’habitations : l’ancien, celui du prieuré, auprès de Filliancourt, et le nouveau, celui du roi, près du château, à Saint-Germain même : le village « du haut » était alors en voie de formation, tandis que la villa « du bas » avait déjà près de deux siècles d’existence.

t *''• 21. Le hameau de tillancourt, eu 1/40 (Feuillancourt actuel . Emplacement présumé du prieuré royal londé par Hubert le Pieux vers 1015?

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L’importance de cette dernière ne saurait davantage faire de doute, puisque nous trouvons dès le milieu du XIIe siècle une pièce concernant la nomination du maïor (maire) de Saint-Germain, par Roger, neuvième abbé de Coulombs (1115- 1166-67) (1). Ce maïor, Racherius, reçoit l’investi lu re de sa charge comme successeur de son père Albericus, et dans les mêmes conditions: il devient l’homme lige de l’Abbé et jure sur les Saints Évangiles de conserver intacts: terres, prés, vignes, rentes, cens, moulins (2) appartenant au prieuré; et rien de tout cela n existait sui le plateau.

C’est alors qu’intervient, entre Maurice de Sully et 1 Abbé Roger, la brouille a laquelle la transaction de 1163 mettait fin. Cette transaction est-elle antérieure ou postérieure à la nomination de Racherius? peu importe, puisque Albericus occupait la charge auparavant.

Que trouvons-nous, d’autre part, de si important dans le procès-verbal de 1163 ?

En peu de mots on y lit des textes révélateurs de désignations précises, appliquées à des édifices distincts :

1° Aux prétentions de l’évêque de Paris, basées sur 1 acte de cession par Henri b' à Imbert de Vergy (entre 1031-1060), l’Abbé Roger répondait que le monastère aussi bien nue la paroisse, avec le droit paroissial de nommer le prêtre desservant [cette paroisse] lui appartenait depuis soixante années sinon même depuis plus longtemps;

2° Les arbitres Osmond, chanoine de Paris, et Milon, archiprêtre de Melun, les parties entendues, statuèrent que, à l’avenir, le monastère et la chapelle de Saint-Gilles recevraient de l’évêque de Paris le Saint Chrême et les Saintes Huiles; que si, à l’avenir, les autels de Saint-Germain ou la chapelle de Saint-Gilles avaient besoin d’une nouvelle consécration, l’évêque de Paris la donnerait ainsi que 1 investiture des ordres aux clercs, et encore celle à octroyer aux successeurs de Robert, dans l’année de leur nomination; que Roger tiendra de l’évêque le soin des âmes, etc...

Il n’y a pas de doute pour nous que cette chapelle de Saint-Gilles, dont le nom ne paraît nulle part avant 1163, soit une partie de l’église paroissiale, nouvellement fondée, comme annexe (en face du château, nouveau en 1 124), par 1 un des prieurs du monastère «du bas» afin de se trouver sous la main du roi et au besoin sous sa protection effective. Et c’est probablement ce que cachent les termes tout nouveaux que l’on peut lire dans l’acte déjà analysé de 1143-44 (3) : l’église de Saint-Vincent et Saint-Cermain-en-Laye (4) ; le titre de Saint-Gilles n ayant pas été donné a la nouvelle église.

(1) Transcrit du Cari. (Arch. Nat., 1* 671, f° 77). Depoin, pièce IX.

(2) Il y en avait donc plusieurs sur le rû de Buzot : celui du prieur, et le second donné par Philippe Ier en 1073.

(3) Confirmation par Louis Vil de l’acte de 1124-25 par Louis VI (Luchaire, pièce 109)

(4) Ecclesiæ B. Vincmiii et B. Germant de Leia (v. Depoin, pièce X).

LE PRIEURÉ ROYAL

A la vérité, Saint-Gilles ne fut jamais le titre paroissial de l’édifice, mais celui d’une chapelle intérieure de cet édifice, comme le prouve un autre acte signé par saint Louis en 1238, ainsi qu’on va le dire quelques lignes plus bas.

En résumé, de ce qui précède, ou peut conclure comme base : 1° que Robert le Pieux a fondé son prieuré de Saint-Germain avec une église dédiée à Saint-Vincent au bas de la côte Sud, sur la terre de Feuillancourt ; 2° que, vers 1124, l’Abbé de Coulombs, directeur du prieuré de Laye, a fait élever sur le sommet de la colline et près du château, une nouvelle ecclesiole qui prit le titre de Saint-Germain (celle du bas de la côte conservant le titre primitif de Saint-Vincent) et une chapelle votive de la nouvelle église fut dédiée à Saint-Gilles : cette nouvelle église paroissiale dépendant toujours du monastère de Saint-Germain d’où elle tirait son desservant.

Les deux traditions locales d’un prieuré distinct d’une chapelle de Saint-Gilles, réputé premier patron de la paroisse, recevraient ainsi une sorte de brevet d’exactitude relative, puisque, d’autre part, il est constant que les deux édifices ont végété simultanément pendant des siècles (1).

Et tout ceci apparaît comme une vérité incontestable en faisant appel aux pièces suivantes :

Lorsqu’en 1223, Philippe-Auguste, par un acte daté du château de Saint-Germain, établissait dans sa maison même, une chapelle séparée de l’église du lieu, il en confiait le service quotidien à un moine du prieuré (2), moyennant une indemnité de quatorze livres par an, à prendre sur la prévôté de Paris. Mais, quelques années plus tard, en 1238 (3), saint Louis, préférant avoir un prêtre régulièrement attaché à sa personne, pour le service nouveau institué dans la chapelle ogivale du château récemment terminée, créa, a cet effet, une charge de chanoine. Le moine du prieuré dut cesser son service rétribué au château. Saint Louis ne voulant pas qu’il y eut perte, ou même diminution de revenus, pour le prieuré, décida que l’olïîce monastique précédemment rétribué au château « continuerait â être célébré quotidiennement, « aux mêmes conditions de rente annuelle, à l’autel de Saint-Gilles dans l’église de « Saint-Germain. » (4)

Il n’est plus question désormais de l’église Saint-Vincent du prieuré primitif.

Désormais c’est l’église paroissiale qui dresse son clocher en face du château de Louis IX. Roi et moines vécurent en bonne intelligence, on peut en être assuré. Des jours plus calmes vont luire pour les habitants de la petite bourgade. Nous en dirons un jour la trame monotone. Mais, â toute médaille n’y a-t-il pas un revers?

(1) Pour ce qui est de ton dit que les bâtiments du monastère ont été abattus en partie pour céder le terrain au château téodal, on peut le rejeter dans le domaine des légendes créées pour les besoins d'une cause insoutenable (v. I.. I, chap. 1 .

[-') On lit dans lacté : Unus ex monachis eorumdem in suo prioratu S. Germani in Laia commorantibus...

(3i Dom Martène, Ampl. colt. I, 1175, donne l'acte authentique de Philippe-Auguste (d'après Arch. Nat., .1. 461, n° 10), transcrit en tète de Pacte d'acceptation de Symon, en 1238, au sujet du changement désiré par saint Louis. L’acceptation par Robert, en 1223, est coté J. 461, n° 5.

(4) « Ad capellam S. Egidii in ecclesia S. Germani... » et non plus « in ecclesia S. Vincentii. »

L’EGLISE PAROISSIALE

Aperçu des transformations de l’Église paroissiale entre 1270 et 1789

La prospérité ne peut pas toujours durer, la vie serait trop facile. Cent années se passent ; le grand mouvement des peuples vers la Terre Sainte domine toute l’histoire pendant cette période. Puis, du fond de la Normandie, une armée, récemment débarquée d’Angleterre, s’avance, le fer et le feu précédant la horde animée à la curée plantureuse ; Saint-Germain verra, en 1346, s’abîmer dans les flammes, maisons, chaumières, granges, prieuré, église, et, en partie, le château même. La tradition veut que le sage roi Charles V, monarque aux goûts sérieux, ait relevé la ville de ses ruines. L’église dut nécessairement profiter des bonnes dispositions du roi, et le monument vieillot qu’Israël Silvestre dessinait et gravait vers 1650, nous ramène vers ce passé lointain de la seconde moitié du XIVe siècle.

Fig. 22. — La vieille église de Saint-Germain sous Louis XIV, vers 1650.

Gravure d'Israël Silvestre.

(Probablement l’ancienne église de Charles V, remaniée à différentes époques).

A gauche sur la place [de la Paroisse], la colonne fontaine commémorative de la naissance de Charles IX, en 1550, à Saint Germain.

Cette mauvaise bâtisse de village ne tenait plus debout que « par habitude » lorsque la sécurité imposa de la détruire. Ici les annalistes ne sont plus d’accord sur l’ensemble des péripéties que le monument essuya.

L’ÉGLISE PAROISSIALE

Selon certains, une nouvelle église fut construite à dater de 1644; la première pierre aurait été posée le 6 juillet de cette année par le duc de Saint-Simon, père du sarcastique écrivain. Mais, d’autre part, on dit (1) que, en 1660, « on abattit les deux clochers que Charles V avait fait construire, et on les remplaça par une tour carrée assez peu élevée. » Voilà deux faits contradictoires : on n’a pas pu élever une nouvelle et entière construction en 1644, puisque les deux clochers représentés par Israël Silvestre sont ceux de l’église de Charles V. Une chose est certaine : en 1681, la nef se trouvant trop petite on aurait voulu l’agrandir (2), et, le travail de soutènement ayant été mal établi, l’édifice se serait effondré le 12 septembre 1681, le roi étant à Fontainebleau.

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Fig. 23. — La troisième église de Saint-Germain construite en 1682-83 par J. H. Mansart

sous les ordres de Colbert.

(D’après une photographie au Musée municipal de Saint-Germain.)

(1) Rolot et de Sivry.

(2) L’acte notarié de l'achat du terrain nécessaire à cette opération fut passé le 18 mars 1681 entre le Sr De Soleux, curé, propriétaire du terrain (du prieuré ancien, attenant) et Jean Antoine, porte-arquebuse du Roi, assisté de François Ferrand, sieur de Fillaucourt, marguillier en charge de l’église de Saint-Germain... (d’après le manuscrit d’Antoine, f° 25 v°).

L’ÉGLISE PAROISSIALE

Nous retrouvons dans cette église nouvelle de 1682-83 (1) la « tour carrée assez peu élevée » dont on vient de parler. A l’intérieur, on y dut admirer le superbe motif de sculpture dont le dessin est au Musée de la ville de Saint-Germain (fig. 24).

Le modèle, œuvre du sieur Longre (lisez : Le Hongre, célèbre sculpteur du temps), avait 10 pieds de haut; les figures étaient en marbre blanc, la table ovale en marbre noir avec inscriptions en lettres dorées, tout le fond d’encadrement en marbre veiné, les armoiries en bronze.

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Fig. 24. — Médaillon (projet) pour l'église de 1682-83. (Dessin original à la Bibliothèque municipale de Saint-Germain).

(1) Lebeuf, VII, 225, mélange toutes ces notions: d’après lui, l’église en question daterait de 1660, son portail de 1676, son achèvement de 1682. Les comptes mettent à néant ces trois dates. — La première pierre lut posée en mars 1682 par le Maréchal de Noailles et le monument inauguré le 10 avril 1683 (voir plus loin les comptes).

L’EGLISE PAROISSIALE

Sans vouloir médire du soin apporté à la construction, accélérée en une année, de ce monument mesquin, il est permis de ne pas croire à son 'extrême solidité, vu le peu de temps qu’il dura malgré les sommes qu’il coûta (1) :

En 1682 : 34.100 £.‘ ; en 1683 : 12.950 £4 ; on soldait en 1696 : 10.338 £. 6S. 5d. Au total : 57.388 £. 6S. 5d. (environ trois cent mille francs).

Fig. 25. — Plan de la quatrième église de Saint-Germain.

Projet Potain 1765 en traits noirs.

(D apiès le plan aux Archives Nationales, N111, 45, S.-&-0., contresigné par le duc d’Ayen). Le dessin en grisaille représente le plan de la troisième église (1682-83).

(1) Comptes des Bâtiments du roi Louis XI V, II, 230 et 364, IV, 65.

L’ÉGLISE PAROISSIALE

C’était peu de chose au moment où le roi laissait Mansart enlaidir le vieux château par l’adjonction des cinq pavillons, et dépensait 592.291 £ . (1) cette même année pour solder les travaux en cours.

Dans cette église, furent inhumés quelques restes : du roi d’Angleterre, Jacques II, mort au château le 1(5 septembre 1701 ; de sa fdle, Louise-Marie, le 7 avril 1713; de sa femme, Marie d’Este, le 7 mai 1718 (2).

La vie monotone de la paroisse avait alors succédé au mouvement étourdissant de celle de la Cour de Louis XIV.

Fig. 26. — Vue extérieure de la quatrième église. Projet Potain 1765. Dessin en couleurs au Musée municipal de Saint-Germain.

(1) Environ trois millions de lianes.

(2) V. détails sur ce sujet dans Dl’i.on : L’église paroissiale , et du même : Jacques H et les Jacobites (Lévêque, édit., Saint-Germain-en-Layc).

L’EGLISE PAROISSIALE

Une église nouvelle fut projetée vers 1760-64, et un arrêt du Conseil d’Etat du 15 février 1765 (1) en ordonna l’exécution d’après les plans de l’architecte Potain.

Les travaux avancèrent fort lentement, et l’architecte, paraît-il, se montra tellement exigeant sur le chapitre des honoraires qu’il disait lui être dûs, qu’un nouveau directeur des travaux fut choisi (2). Les choses traînèrent en longueur pendant plus de vingt-cinq ans sans qu’il fut possible d’envisager le moment où l’on sortirait de l’impasse.

Le manque de fonds fut bien de quelque poids dans la marche lente des travaux. Puis la Révolution de 1789 éclate, Potain meurt en 1791 : tout était donc définitivement arrêté cette fois, et cet arrêt devait durer trente-quatre autres années.

Fig. 27. — Vue intérieure de la quatrième église. Projet Potain 1765. Dessin en couleurs (même dépôt que celui de la lig. 26).

(1) Archives Nationales, GO, 663, n° 2.

(2) Le dossier de cette étonnante affaire est aux Archives Nationales (carton 0!, 1718, liasse IV).

L’ÉGLISE PAROISSIALE

Une gravure de Née, d’après un dessin bien connu de Bazire, valet de chambre du roi (1), laisse entrevoir dans le lointain peut-être une vague silhouette de cette dernière église pendant sa construction intermittente.

Le monument de Potain, vu à l’extérieur, présentait l’ensemble des lignes que les architectes de l’église de 1825-27 (monument actuel) ont en apparence conservées. Mais les détails sont absolument différents (fig. 26).

L’idée des trois portes d’entrée sur la façade a été conservée. La colonnade, les niches, statues, etc., qui donnaient de la vie au monument, ont fait place à des murs nus et sans aucun ornement.

A l’intérieur, la même simplicité de misère a été substituée à la luxeuse décoration imaginée par Potain (fig. 27).

Ce ne fut qu’en 1825 que vint l’heure d’une reprise de l’œuvre commencée en 1765 : soixante ans de statu quo pour aboutir péniblement à offrir aux paroissiens de Saint-Germain un sanctuaire indigne du vieux titre sonnant clair aux jours de gloire de la ville : « La paroisse royale de Saint-Germain. » Le 2 décembre 1827, on procédait à l’inauguration de cette belle chose. On avait utilisé, autant qu’on l’avait pu, les fondations et le gros œuvre, sortis du sol antérieurement et montés alors un peu au-dessus du dallage de la nef.

L’historique de cette entreprise appartient à une époque trop récente pour qu’il nous soit permis, et agréable, de juger du bien fondé des critiques formulées par les hommes de 1827. Au surplus, c’est du passé et du moins intéressant (2).

(1) On ignore généralement la date de cette gravure, que nous publierons en temps opportun. Elle est de 1780 : certaines épreuves avant la lettre portent cette date. Le dessin original appartenait alors à Joseph Antoine Basire (gendarme de la garde du roi vers 1775) et avait été composé par un Basire, valet de chambre du roi, que nous avons trouvé logé avec sa l'amille au château neuf le 28 septembre 1766.

(2) Nous n’avons donné, dans ce chapitre, qu’une esquisse de l’historique du prieuré et de la paroisse, afin que l’on fut à même de .juger l’évolution d’ensemble de cette double institution. La question sera reprise à fond dans notre autre ouvrage : Saint-Germain, ville royale.

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