‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 26 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La question « Charlevanne » et le projet de la construction d’un château fort par Louis VI, le Gros, en 1 122, aux limites du Parisis et du Pincerais.

En 1122, Louis VI étant à Paris avec ses principaux conseillers, réunis pour discuter les affaires du royaume et le projet de la construction d’un château fort à « Charlevanne », reçut la visite d’un moine, Robert, délégué par le monastère de Saint-Germain-en-Laye, avec mission de représenter au roi, qu’ayant ouï parler du projet en question, le prieuré allait se trouver lésé dans ses intérêts, si l’on passait outre sans tenir compte des droits acquis de longue date.

Le procès-verbal de cette séance est, d’ailleurs, fort clair ; citons-le, et nous nous permettrons ensuite de le discuter.

TRADUCTION

« L’an de l’Incarnation du Seigneur, mil cent vingt-deux, Louis, glorieusement régnant, ayant vaincu de toutes parts ses ennemis, et la paix obtenue, — Dieu l’aidant et le comblant de bienfaits, — étant à Paris avec ses leudes et disposant les prérogatives du trône en prévision de l’avenir, tint conseil au sujet de la construction projetée d’un château fort au lieu dit Carolivana, dans le but de protéger le paguo Parisiensis contre toute attaque du dehors. Mais un moine, Robert, étant venu humblement rappeler le don de ce lieu, fait à titre d’aumôme (elemosyna) par le roi Robert [Le Pieux], aïeul du roi [régnant], au prieuré de Saint-Germain, le roi [Louis VI] après l’avoir entendu, répondit avec la plus grande bienveillance qu’il ne voulait en aucune manière porter atteinte à cette aumône en la diminuant, et que, bien au contraire, il ne demandait qu’à la rendre plus importante encore (1). Etc... » Le reste de la pièce est sans intérêt immédiat pour nous.

(1) Arch. Nat., Cari. f° 79 ; Depoin, pièce II ; Mahtène, Ampl. coll. 1, 678.

CHATEAUX HOYAUX

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

Ce document, à allures débonnaires, soulève plusieurs questions: 1° Quelles traces existent de ces droits rappelés par le moine Robert? 2° Qu était-ce que ce Carolivana ? 3° De quelle importance était ce lieu pour l’avoir fait choisir comme emplacement d’un château fort ? 4° Renonçant à Carolivana, Louis VI a-t-il jeté son dévolu sur un autre emplacement, qu’en sait-on, et, quelles raisons 1 ont engagé à s’y fixer ?

Le moine Robert faisait remonter à Robert le Pieux l’octroi de ces droits a son prieuré. L’acte est inconnu.

C’est Philippe Ier qui, en 1073 (1), s’attribue ce mouvement de générosité : il edi, « j’ai donné», et Louis VI en 1124-25, Louis VII en 1143-44, confirmeront la donation de Philippe, en même temps que toutes autres précédemment octroyées par Henri Ier et Robert le Pieux.

Le moine Robert avait-il en mains un document aujourd’hui ignoré? Nul ne saurait répondre sur ce point. Mais si le moine délégué a fidèlement exposé les faits de la cause, c’est alors Philippe Ier qui s’est paré des plumes du paon, à moins que la donation à titre d’aumône révocable (elemosyna) ait réellement été laite par Robert le Pieux, et que Philippe Ier fait transformée en une donation définitive, auquel cas il pouvait, sans trahir la vérité, écrire le fameux mot : dedi, «j ai donné!»

Que donnait-il? toute la dîme du vin et du grain provenant de son domaine royal de Gharlevanne, portés au grenier et au cellier de Poissy. Voilà, en 1122, 1 objet du litige, et notre prieuré aura à le défendre de nouveau en 1300, contre un amoindrissement à craindre du fait de la fondation d’un monastère de filles a Poissy (2).

Charlevanne , en latin Carolivana ou Carolivenna (vanne de Charles), était, comme son nom le laisse supposer, une pêcherie établie sur la Seine, du consentement de Charles Martel, auprès et en amont de Bougival, sur le territoire de Rueil en Pincerais. Ces spécifications géographiques sont toutes extraites de l’acte de 816 (29/30 août, Aix-la-Chapelle) (3).

Un hameau de pêcheurs s’étant formé auprès de la « vanna Garoli » en prit le nom, et comme une chaussée ne pouvait manquer d’exister au long du fleuve, le terme « chaussée de Charlevanne » s’imposa par la force des choses.

Actuellement, l’endroit s’appelle encore lu Chaussée des Pécheurs, ou même, tout court, La Chaussée , ou encore Les Pêcheurs: preuve manifeste de la puissance d’une tradition orale traversant les siècles et survivant aux événements locaux les plus graves (v. fi g. 28).

(1) Depoin, pièce I. — Maktène, Ampl. coll., I, 472, 489.

(2) Depoin, pièce XIX. Les dates ne sont pas concordantes. L’acte de fondation est de 1404 d’après Gallia, VIII, 373.

(3) V. Dom Bouillart, Ouv. cité, p.just. XIII.

CHARLEVANNE

Fig. 28. — La Chaussée des Pêcheurs, à Bougival (S.-&-0.) (Extrait de la carte de de la Grive, 1740).

Des pêcheries, dans le genre de celle qui nous occupe, se retrouvent mentionnées dans une infinité d’actes dénombrant les possessions des grandes abbayes. C’est que, en effet, un vivier, un piège ou une réserve à poissons était, avec un moulin, l’un des deux établissements les plus nécessaires, sinon les plus indispensables à la vie prosaïque, quotidienne, d’un monastère, soit comme rendement particulier poulies moines, soit comme revenu par la vente des produits, à une époque où le «maigre», sinon le jeûne, était moralement imposé à toute la population. Ce vivier apparaît comme une ressource de premier ordre, dont il convenait de se rendre propriétaire à tout prix.

foutefois, à Charlevanne, plusieurs abbayes profitaient des produits de l’installation : celle de Saint-Germain-des-Prés, principale exploitante, et celles de Saint- Denis et de Sainte-Geneviève, à titre de faveur réservée, pendant une nuit : toutes trois avaient à leur charge l’entretien et l’amélioration du lieu et des engins de pêche, chacune en rapport avec sa portion de jouissance (1).

Les Normands, survenus en cet endroit, en 846, dévastèrent la région avant de monter cà la Celle [Saint-Cloud].

(1) V. lacté en question, du 29/30 août 816, Dom Anger, Les dépendances de l’abb. de Saint- Germain-des-Prés, pp. 220-221.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

Une carte — la plus ancienne que nous connaissions sur cette région — dressée vers 1598-1610, porte encore le nom de Charlevanne accolé à celui de Bougival, et séparé de La Chaussée, marquée plus au Sud. Il faut tenir compte du laisser-aller des cartographes de cette époque (v. fig. 29).

Fig. 29. — Carte de l’Isle de France, vers 1G00, par Fr. Guilloterius (dédiée à Pithou) (1).

Les Normands continuant leur route vers Paris, Charlevanne se releva lentement de ses ruines, et un jour vint, en 870, où Charles le Chauve (2) donnait le village de Rueil et ses dépendances — dont Charlevanne faisait partie — à la seule ahbaye de Saint-Denis. Tous les actes postérieurs à celui-ci (8) confirment les droits supérieurs de Saint-Denis sur la région, à l’exception de ce qui était du domaine royal,

(1) Titre de la carte : Ager parisiensis vulgo LTsle de France, Fr. Guilloterius Bitur. Vin. describ. Cl. V. Pelro Pitliœo 1. C. dedicabat.

(2) AcLe du 27 mars 870.

(3) jCbelles, 17 mai 1008; Paris, 1113; Fontainebleau, août 1273; Vincennes, février 1279.

CHARLEVANNE

De ce moment doit dater la reprise de la prospérité de l’endroit si favorablement choisi antérieurement. Elle ne lera que se développer, et un récit d’Helgaud, historiographe du roi Robert le Pieux, nous y ramène d’une façon humoristique.

La pêcherie de Charlevanne était, par la nature même de son exploitation, un lieu de passage tout indiqué par la facilité d’y trouver des barques. Or, un jour que le roi Robert, séjournant en ce lieu, se trouvait sur la rive du fleuve, il aperçut sur l’autre bord, trois moines chevauchant de compagnie et se rendant à Poissy où ils devaient demeurer pendant le temps du carême. Le roi leur lit signe de venir à lui ; ils obéirent en se servant d’une des embarcations, et firent entrer dans l’eau leurs chevaux que, selon 1 usage, ils tinrent en mains par leurs rênes, tandis que ceux-ci traversaient la rivière à la nage le long de la barque. Mais, au milieu du courant, 1 une des bêtes indomptées se cabra, et mettant ses pieds de devant sur l’une des embarcations menaça de la faire chavirer. Une catastrophe est imminente ; Helgaud,

1 un des moines, se voit déjà précipité dans les flots. Le roi assistait de la berge aux péripéties du drame, et, forçant la voix, criait aux passagers de rendre la liberté aux animaux. Bref, tout se passait mieux qu’on ne l’espérait. Les moines sont sauvés miraculeusement; le roi pleure de joie, les naufragés limitent, et Robert retient, trois jours en ce lieu mémorable, les religieux charmés « autant par le doux entretien que par les manières affables du monarque » (1).

L’historiette n’a en elle-même aucune valeur qui la recommande à l’attention de la postérité, sauf cette mention des trois jours passés en la compagnie du roi.

Où le roi hébergea-t-il ses hôtes?

Entre 870 et 1020 (environ), l’abbaye de Saint-Denis avait dû améliorer le pays et probablement favoriser la création d’un centre habité, plus important qu’autrefois maintenant quelle était seule propriétaire du terroir de Rueil et de ses attenances.

Il est donc présumable que le roi Robert possédait déjà sur le coteau un domaine quelconque, personnel, sorte de station de repos, intermédiaire entre Poissy, ville royale, et Paris.

I ont domaine royal comportait maison d’habitation et dépendances, et surtout terres, vignes, prés, cultures.

C est sur les produits de ce domaine, obligatoirement existant — car tout s’enchaîne dans 1 histoire — que les rois, Philippe et ses successeurs, ont accordé, au prieuré de Laye, une dîme à prendre aux magasins de Poissy. L’existence de ces biens fonciers est encore certifiée par deux autres actes postérieurs : l’un, de 1279-80 par lequel Philippe III, fils de saint Louis, affermait à l'abbaye de Saint-Denis même 12 arpents de vignes dits le « clos du Roy » (2), et un pressoir à la Chaussée

(1) IIei.gaud, Ouv. cité, col. 930.

(2) Lebelf, VII, 174 (d'après Arch. Nat., K. 34, n° 27).

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

de Bougival ; l’autre, de 1294, par lequel Philippe le Bel donnait à Robert de Meudon, concierge de Saint-Germain, ce qui lui restait de biens « particuliers » à Gliarlevanne. (1).

Louis VI, qui se place chronologiquement au milieu de la série des rois espacés entre Robert le Pieux et Philippe le Bel, était donc lui-même en possession incontestable dudit domaine.

Toute cette histoire de la fondation, si diversement racontée par nos prédécesseurs, s’explique d’une façon limpide: Louis VI rêvait tout simplement délever, dans sa propriété de Charlevanne, un château fort que les vicissitudes de la politique rendaient nécessaire. Le site, la vue, l’importance stratégique de ce nid d’aigle, d’où l’on découvrait un splendide horizon sur la boucle de la Seine, concouraient à retenir l’attention du roi sur ce point, et si l’on n’est pas surpris de lui voir projeter que son castrum sera édifié en cet endroit, on l’est très fortement, au contraire, en lisant le procès-verbal de 1122, par lequel il abandonne cette situation merveilleuse, sans hésiter, en s’excusant presque de ne pas avoir suffisamment réfléchi ! Et pourquoi? pour ne pas faire de tort à de minces revenus, réclamés par un pauvre moine d un prieuré plus pauvre encore !

Supposons un moment (pie le roi, rejetant la prière du moine Robert, eût assigné sur un autre lieu les dîmes retirées sur Charlevanne, et donné suite a son projet, la où il l’avait conçu : jamais le château royal de Saint-Germain n aurait vu le jour; et, sans doute, une ville aurait couvert les flancs du vallon de Bougival dominé par la silhouette du château même. Bref, Louis VI renonçait à poursuivre son dessein pour la cause enfantine sus-rappelée.

Rien n’a transpiré ensuite des réflexions du roi â la recherche d un autre site, et c’est sans crier gare que, en 1124-25, est daté du palatiam de Saint-Germain, un acte de confirmation des biens du prieuré de Saint-Germain | h euillancourl|.

Que s’est-il passé en 1122 et 1124? En 1122, on projette un château a Charlevanne ; en 1124, il yen a un de construit, non là-bas auprès de Bougival, mais ici, sur le sommet de la colline dominant le Pecq-Feuillancourt. Tels sont les laits certains.

Pour avoir jeté son dévolu sur un lieu aussi défavorable que celui de Saint- Germain, il faut croire que Louis VI tenait à posséder ce château tort. Autant, a Charlevanne, la construction à faire s’imposait par toutes sortes de considérations ; autant, à Saint-Germain, les mêmes considérations imposaient de ne rien faire.

Nous ne nions pas que, dans la suite, nos rois aient embelli le voisinage, et en aient fait un fort beau séjour. Mais en 1124, sous Louis VI, nous ne sommes pas en 1600, sous Henri IV, avec le château neuf et ses terrasses descendant en étages jusqu’à la Seine.

(1) Lebeuf, idem.

CHARLEVANNE

Le château de Louis VI était placé dans un taillis, étouffé de toutes parts, regardant juste dans la direction opposée à celle par laquelle l’ennemi devait se présenter : il était donc prédestiné à être pris, repris, pillé, abandonné et à la merci de tout venant.

La seule raison que nous ayons à proposer pour justifier à nos yeux ce choix singulier est que, en Lida, le roi était sur son domaine, et plus libre sans doute qu’à Charlevanne, n’ayant aucune indemnité à payer, aucune réclamation à craindre; le sol était vierge et à lui seul, cette fois.

On a prétendu que Louis VI — sinon même Robert le Pieux? — avait acheté du prieuré la parcelle de terrain nécessaire à la construction future ! En avançant une telle supposition, que rien ne justifie et que tout condamne, on n’a pas tenu compte que, délaissant Charlevanne à cause du tort modique fait aux dîmes du lieu, le roi fut tombé bénévolement de Charybde en Scylla, à Saint-Germain, dans des conditions similaires et onéreuses de rachat de terres.

Et puis, quelles raisons peut-on invoquer à la décharge de Louis VI pour avoir voulu fonder son castrum en cet endroit déjà occupé par le prieuré, et dont, en fait, le terrain lui appartenait. L’espace autour du prieuré faisait-il donc si absolument défaut ; et, encore même, le roi attachait-il tant d’importance à ce que son château fût de dix toises plus près ou plus loin que nous le voyons aujourd’hui? Pourquoi alors ne l’a-t-il pas perché franchement sur le rebord rocheux de la terrasse, là où le château neuf d’Henri II a été édifié? De cet observatoire, on jouissait d’un point de vue assez semblable à celui qu’offrait Charlevanne. Louis VI, au contraire, alla cacher son palatium sous le bois. C’est donc que son sens politique lui dictait cette conduite.

Loin donc de déranger ses moines de Saint-Germain, ce sont eux qui se sont dérangés pour monter la côte et aller solliciter du roi un petit lopin de terre en face du château-épouvantail juché là-liaut dans le mystère des frondaisons millénaires.

Et la preuve manifeste qu’il n’y avait rien en 1122 sur le plateau de Laye, se tire de ce lait (pie Louis VI n’eut pas eu l’idée de transformer son domaine royal de Charlevanne en place forte, s’il avait possédé à Saint-Germain, léguée par ses aïeux, la demeure royale que l’on a supposée existante depuis Robert le Pieux.

Quelques observations sur l’état politique de la France pendant chacun des règnes des trois premiers capétiens achèveront de prouver qu’aucun de ces rois n’a pu songer à fonder quoi que ce soit sur remplacement du château actuel, et que Louis VI, seul, fut ce fondateur.

Les trois premiers Capétiens a Saint-Germain-en-Laye.

Robert II, le Pieux (996-1031).

Pour résoudre la question de savoir si Robert le Pieux a pu désirer avoir un château à Saint-Germain, il suffît de connaître les faits politiques de son règne (1). La réponse sera négative, et la fondation du prieuré même n’apparaîtra plus à nos yeux que comme l’un quelconque des actes isolés qui jalonnent la vie du roi.

Les diverses puissances féodales qui se partageaient la France ne laissaient guère de loisirs par une action de pur sentiment : la fondation du prieuré en fut une ; mais de là à inférer que la construction d’un château rentrait dans le même ordre d’idées, et que faisant l’un, il fit l’autre : c’est aller contre les faits. Cette fondation fut une œuvre de sauvegarde du domaine royal de Lida, œuvre de politique et de perspicacité d’un homme connaissant le cœur humain et les tendances de ses contemporains. Les actes de bienfaisance envers le clergé ont valu au roi le surnom de Pieux à une époque où le surnom était de mode. Respectons la pensée de nos ancêtres sans aller trop profondément au fond des choses, de peur de découvrir des traces d’une flagornerie posthume intéressée.

Les péripéties de la nomination de Gauzlin, fils naturel d’Hugues Capet, à l’archevêché de Bourges, montrent que Robert, tout pieux que la légende et les flatteurs l’aient représenté, n’étaient pas autrement soumis au clergé qu’il ne savait à l’occasion faire prévaloir son choix, même condamnable, et l’on s’inclinait devant des arguments que l’on sentait matériellement plus efficients que de splendides parchemins, même revêtus de signatures agrémentées de sceaux de toutes couleurs pendant artistement aux bouts de lacs de soie.

On peut reconnaître à Robert II le sens pratique des réalités, et dans l’affaire du prieuré et dans celle du sacre de son fils Henri. Il sut évoluer de manière à faire triompher sa volonté contre les menées sourdes de sa troisième femme, Constance, personne d’un caractère plutôt difficile.

Tout ce qu’on a pu écrire sur son rôle de châtelain n’est que verbiage inconsidéré. Des séjours de Robert à Saint-Germain, on ne saurait rien dire de probable (2).

(1) Lavisse, Hisl. de France , 11, lre partie, p. 153, et Ch. Pfister, Eludes sur le règne de Robert le Pieux , in-8°, Vieweg, Paris, 1885.

(2) V. Eclaircissement VI. — En outre, nous renvoyons le lecteur à U. Chevalier, Bio-Bibliographie, T. II, col. 3993.

CHARLEVANNE

Henri Ier

20 Juillet 1031 - 4 Août 1060.

Le règne d’Henri Ier, fils de Robert, fut aussi bouleversé que le précédent.

Les hasards de la politique guerrière que le roi eut à soutenir sans répit, et de tontes parts à la fois, retenaient son attention plus impérieusement que les bagatelles du prieuré.

De château à Saint-Germain, Henri n’en avait pas davantage besoin que n’en eut son père, bien que ses luttes en Normandie le tinrent en haleine sa vie durant. L’heure n’était pas venue de songer an repos dans une demeure aménagée pour jouir en paix du fruit de victoires définitives. Il est donc bien inutile de chercher un souvenir du passage d’Henri Ier à Saint-Germain, autrement que dans une chevauchée d’armes. Un souvenir intéressant concerne le mariage, à Reims, de notre roi, avec Anne, princesse russe (1), fille de Jaroslaw, grand duc de Ivief, que l’évêque de Châlons, Roger II, ramena en France en 1051 (2). La cérémonie du sacre eut lieu en même temps.

En 1052, naissait celui qui devait être Philippe Ier, sacré roi associé à son père à l’âge de 7 ans, le 23 mai 1059. C’est le premier sacre connu par une pièce authentique : le procès-verbal de la solennité. Henri Ier mourait l’année suivante au mois d’août 1060 (3). Guerrier toujours en mouvement, on ne le vit fixé nulle part à demeure, ses séjours à Saint-Germain sont un mythe.

Philippe Ier

29 Août 1060 29 Juillet 1108.

Philippe, roi à huit ans, sous la tutelle de son oncle Baudouin, comte de Flandre, eut l’un des règnes les plus longs de l’histoire de France (48 ans). On pourrait espérer trouver quelques mois de répit dans un laps de temps si étendu. Il n’en est rien. Cette vie ne fut qu’une agitation guerrière sans trêve. D’une moralité superficielle, plus que douteuse même, cette vie ne lui concilia guère les faveurs du clergé.

Que signifie donc son acte de 1073, premier document officiel complet concernant notre prieuré de Saint-Germain?

Nous n’y voyons qu’un de ces actes de libéralité obtenus comme le furent tant d’autres. La sanction royale étant tout, les abbayes n’avaient rien de plus pressé, au début d’un règne, que de poursuivre la confirmation de leurs privilèges. Tel fut l’acte de 1073, obtenu du roi au moment psychologique : libéralité peu coûteuse

1) Fondatrice du monastère de Senlis.

(2) L.\ visse, Hist. de France, II, 2e partie, p. 16(3 par Luchaire.

(3) Deux dates sont proposées le 4 et le 29 d'aoùt? — V. en outre, F. Sœhnée, Cal. des Actes d’Henri /er, in-8°, Champion, Paris, 1907, et U. Chevaliek, Bio-Bibliog. 1, 2081.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

pour un monarque qui n’avait d’yeux que pour voir de quel côté il pourrait agrandir ses domaines, et d’oreilles que pour écouter les compromissions les moins scrupuleuses lui facilitant la réussite de ses projets d’agrandissement. C’est ainsi, d’ailleurs, qu’on fait un royaume.

Philippe avait- il eu l’occasion de songer à laisser à Saint-Germain quoi que ce soit de durable en dehors du prieuré? Ses démêlés avec la Normandie, et plus particulièrement avec Guillaume le Conquérant, devaient occuper son esprit déplus près que la fondation d’un château fort, alors que Poissy et Mantes suffisaient à ses soucis, quant à leur défense contre les entreprises normandes. La guerre était endémique et aux portes même de Saint-Germain; que pouvait donc coûter à notre Philippe de se montrer généreux envers les quelques moines du pays? C’était tout bénéfice pour un personnage dont les démêlés matrimoniaux sont un scandale historique. Son fils Louis [VI, le Gros], témoin de ces hauts faits paternels et associé au trône dès 1098 (1), sut au moins retenir une grande leçon de ses équipées contre les Anglo-Normands, ennemis héréditaires de la royauté française naissante. Il se peut même que ce soit là que se trouve le nœud de l’énigme de la construction à Saint-Germain-en-Laye du château fort projeté à Cliarlevanne, et dont on va parler désormais exclusivement. Poissy était trop dégagé, il fallait une situation plus forte aux limites du Parisis. Louis VI y songea après la mort de son père, survenue à Melun le 29 juillet 1108 (2), et tel fut le motif du conseil privé tenu, en 1122, à Paris.

(1) On était en pleine première croisade, 1095-1099: Jérusalem était prise le 15 juillet 1099.

(2) V. Luchaire, Louis VI , annales de son règne, p. 30.

RÈGNE DE LOUIS VI

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