‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 33 sur 69 · T R O I S I È M E P É R I O D E DE 1620 A · texte numérisé non relu

T R O I S I È M E P É R I O D E DE 1620 A

La deuxième période de l’existence de la chapelle s’est terminée dans une sorte d’indifférence religieuse. Henri IV s’est servi du « local » pour les baptêmes de ses enfants d’à côté, et il n’a agi de la sorte que pour donner des gages apparents de la sincérité d’une conversion que chacun pensait plus politique que religieuse.

Avec Louis XIII, il en va tout autrement: le grand fonds de mysticisme du roi aidera puissamment à l’œuvre de régénération et de purification du lieu saint. De nouveaux changements furent apportés à l’intérieur de l’édifice : transformations dans le goût de l’époque et selon les idées du jour. Hâtons-nous de dire qu’elles nous ont valu au moins un chef-d’œuvre, le célèbre tableau de Nicolas Poussin : La Cène (2).

D’autres objets de grande valeur artistique et intrinsèque furent créés pour compléter l’ornementation ou le mobilier, mais étant donné que l’architecture intérieure de ce sanctuaire avait été outrageusement violée par les embellissements d’Henri H, on peut penser que ces œuvres diverses cadraient mieux avec l’ensemble du style nouveau qu’elles ne l’auraient fait avec l’ancien.

Ce n’est toutefois que vers la fin du règne que Louis XIII entreprit ce relèvement officiel de l’oratoire abandonné, et de juin 1639 (3), dix mois après la naissance de Louis XIV, est daté l’acte reconstituant le service régulier à reprendre : on y constate qu’il n’y a plus ni « chapelain ni clers » résidant pour la desservir. Il est bien probable que cette absence de ministres religieux n’était imputable à personne autre qu’à Philippe V dont on n'a pas oublié l’ordonnance conférant aux religieux d’Hennemont le titre de chapelains royaux de Saint-Germain (pie Charles V leur conserva d’ailleurs en leur permettant de se faire remplacer par (pii ils jugeraient convenable. Ils jugèrent plus convenable sans doute de ne rien faire du tout après

(1) Haudouin de P. — Même ouvrage, p. 230.

(2) Aujourd’hui au Musée du Louvre.

(3) Arcb. Nat. X, 8654, f° 75 bis.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

la mort de Charles V (1380). On dit cependant qn’en 1625 un de ces religieux y taisait de courtes apparitions mais que, vivant misérablement, el par le lait n’ayant aucun ministère à exercer dans un château à peu près désert, il finit par déserter lui-même son poste.

Les lettres de Louis XIII nous apprennent même qu’il n’y avait plus de tabernacle sur l’autel ! Ou avouera (pie l’accident sort de l’ordinaire el que le religieux d’Hennemont, déserteur de son poste en 1625, apparaît quelque peu excusable d’avoir lui un local laissé eu un tel abandon : abandon inexplicable mais prouvé par les lettres mêmes de Louis XIII. « Nous avons considéré, écrivait le roi, «pie n’y « ayant en nostre vieil château dudit lieu, auquel nous faisons notre séjour plus « ordinaire (1), qu’une simple chapelle, en laquelle le saint et sacré corps de notre « sauveur Jésus-Christ ne repose point, à cause (pie jusques à présent (2), il n’y a « eu aucun chapelain ni clercs établis pour y faire résidence, etc... » et le roi réglait les conditions de celte nouvelle fondation, â l’effet de « laisser a la postérité quelque « marque de la reconnaissance ({ne nous avons d’un bien et d’une grâce si extraor- « dinaire, après avoir passé vingt-deux ans depuis notre mariage sans avoir de lignée « el cette heureuse naissance (du dauphin Louis Dieudonné) étant arrivée dans le « lieu de Saint-Germain-en-Laye (3) ».

Le roi regardait-il vraiment cet évènement comme un « signalé bénéfice du ciel ». Les contemporains sont très partagés sur l’attitude du père ainsi favorisé: les uns disent que son bonheur fut plutôt médiocre ; les autres, que sa joie éclata et (pi il témoigna de grandes attentions â la reine (4). Il ne nous appartient pas d’être mieux renseigné que ces annalistes, et l’histoire contemporaine, en dépit de ses moyens d’information rapide, est écrite de la même manière contradictoire. Peu importe.

L’enfant était né â onze heures un quart, et, â une heure après-midi, l’a heureux père » accompagné de toute sa suite se rendait du château neuf â la chapelle du château vieux pour y faire chanter un Te Devin, tandis que la nouvelle avait gagné la ville et les environs comme une traînée de poudre enflammée. Les dauphins (de la place de la Paroisse) jetèrent du vin, comme au jour de la naissance de Charles IX, mais il paraît que les heures de bombance de la journée avaient produit leur effet vers le soir et que « certains désordres étant survenus obligèrent d’y mettre des gardes ». Et le même écrivain auquel nous empruntons cette remarque prévue, ajoute : « Laquelle magnificence, plusieurs particuliers ont depuis imité en cette ville, tel en ayant lait depuis pleuvoir de son toit ! » Les habitants de Saint-Germain ont aujourd’hui plus de tenue.

(1) On croyait jusqu’à ce jour que son séjour le plus ordinaire était au château-neuf, où il mourut en 1643; il paraîtrait que non.

(2) Depuis quand s’entend cette réserve? 11 semble qu'elle signifie un laps de temps très long : depuis 1610 environ, à notre avis.

(3) Texte emprunté à V /lis t. du règne de Louis le Grand, par le 11. P. Cl. Fr. Menestrier (Paris, Noli, 1700).

(4) V. A a ch . Nat. O1 2 3 4 3260, liasse 1. Particularités sur la naissance de Louis XIV. Manuscrit anonyme dont on citera quelques extraits dans le IIIe vol. de cet ouvrage.

LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS

La fête fut donc plus que complète pour quelques-uns, et le lendemain, (5 septembre, le roi adressait aux provinces une sorte de lettre-circulaire enjoignant à chacun de se réjouir officiellement et à Punisson de sentiments du monarque.

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Fig. 52. — Lettre circulaire du G septembre 1638 avec la signature autographe de Louis XIII. (Bibliothèque Municipale de Saint-Germain-en-Laye).

LE CHATEAU DES CAPETIENS

Le roi y ordonnait entre autres choses, de faire chanter le le Deum, faire les processions générales auxquelles les corps constitués assisteront, faire tirer le canon et allumer les feux de joie, et même de faire mettre des « lumières aux fenêtres des maisons eslans sur rue », ainsi qu’il est accoutumé de le faire en de semblables circonstances.

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Kig. 53. — Horoscope (le Louis XIV.

Tableau placé eu Lè Le d'un manuscrit anonyme rédigé en latin. (Propriété de la Ville de Saint-Germain-en-Laye).

LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS

Deux ans plus tard, le 21 septembre 1640, on n’en prodiguait pas tant pour célébrer la naissance du second bis (1), Philippe de France. Il n’était pas dauphin et cela explique le rang effacé que, protocolairement, on lui imposait.

Nous ne soulèverons pas ici la question du « Masque de Fer » question épineuse s il en lut : Louis XI\ a-t-il eu un trère jumeau, né quelques heures après lui et auquel il aurait dû céder le titre de Dauphin? A une distance de deux siècles et demi et lorsque l’on ne peut plus considérer sérieusement que la situation du « bébé « de quelques heures cédant à un autre bébé de quelques minutes » un rang protocolaire (!), on ne peut se défendre d’en sourire de commisération pour toutes ces histoires d’étiquette princiêre; mais le sourire fait place à un autre sentiment lorsque, au nom de ces convenances de cour, un enfant sera séquestré « de la société « humaine, quelque dorée que soit la cage qui le gardera (2) ».

Notre Dauphin, Louis, peut seul nous occuper, rendons-lui notre attention.

Est-ce le roi, est-ce la reine qui lit tirer l’horoscope de l’enfant? Ni l’un ni l’autre sans doute. II ne manquait pas de gens superstitieux à cette époque et parmi ceux-ci il devait se rencontrer quelque astrologue désireux de se faire bien venir en haut lieu. C’est ainsi qu’on possède l’horoscope du futur Louis XIV, rédigé année par année et vraisemblablement lorsque le « sujet » était encore enfant. Les erreurs du prophète d’occasion n’auraient pas été introduites après coup, comme un moyen mat hia\ élique de prouver par leur fausseté la bonne loi d’un homme qui nécessairement devait ou pouvait se tromper quelquefois: Ainsi l’auteur de cet opuscule prévoit pour le monarque une existence possible de quatre-vingts années (3) alors que Louis XIV est mort à l’âge de 77 ans et 4 jours, le 1er septembre 1715.

Voici donc Louis Dieudonné arrivé à la lumière en 1638, et comblant de joie la nation entière. Voici, d’autre part, Louis XIII ayant ordonné, en 1639, la restauration de la chapelle. Avant de parler des cérémonies du baptême du Dauphin le 21 avril 1643, il est opportun de savoir en quoi consistèrent les embellissements ou remises en état de l’intérieur de l’édifice.

Tableaux. — 1° C’est en premier lieu La Cène, le grand maître fut payé en 1641, le 16 septembre.

par Nicolas Poussin,

œuvre dont

On en connaît le reçu notarié nous révélant que la somme de deux mille livre* lut la récompense de l’artiste. C’est une preuve nouvelle que les artistes les plus renommés ne sont généralement pas gâtés par leurs contemporains. Le Poussin était néanmoins assez favorisé, si l’on tient compte de l’écart de la valeur de l’argent à

(1) Au vieux château. Il ne fut baptisé que le 11 mai 1648, à Paris, dans la chapelle du palais Cardinal.

(2) \ . \ oltàike . Siècle de Louis A IV, ce qu'il dit de cette question à jamais insondable.

(3) Anno aulern octagesimo habenle, ut diximus, erit forsilan ullimus terminus gloriosae vilae Ma] es ta lis Auguslissimae, et ce, pour des raisons tirées de la situation respective du Soleil, de la laine, de Saturne, etc., auxquelles nous ne comprenons rien, nous osons le dire sans ambages. On étudiera dans le vol. III la suite des pronostics annuels rapprochés des évènements certains du règne.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

son époque et à la nôtre, puisque ces deux mille livres en représenteraient pour nous environ dix mille.

11° Trois toiles par Simon Vouët : un cc Saint Louis donnant l'aumône » placé dans la petite chapelle à droite du chœur (1) ; une « Sainte Vierge et Sainte Anne » dans la chapelle de gauche; une « Sainte Trinité », tableau accompagné de deux anges en stuc, œuvre du maître Sarrazin. En plus de ces toiles, S. ô ouët a\ait peint quelques parties de la voûte, et Le Brun, les autres.

Kig. 54. — Peintures murales de la voûte de la chapelle par Simon \ouët, ^eis 1635-1(440 J)

t'iG. 55. — Autres peintures murales du même maître.

(1) Celle (pie notre fig. 42 représente avant le replâtrage d'Henri II.

LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS

Nous donnons ici même la reproduction des peintures de Vouët qui ont pu être relevées, quand il en était temps encore, par feu Laffolyè, l’un des architectes de la restauration dernière.

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Fig. 56. — Vue d'ensemble des peintures de la chapelle.

A vrai dire rien ne subsiste [tins aujourd’hui de ces travaux fort estimés de leur temps. Les siècles destructeurs ont achevé la ruine que l’indifférence des générations avait préparée.

1 11° Deux toiles par Roselli, dans la nef: 1° Judith rentrant à Bétkulie après avoir coupé la tète d' Holopherne, sous la tribune d’Henri II, au-dessous de la rosace du fond; 2° David qui vient de couper la tête de Goliath, en face de la porte d’entrée.

IV° Deux toiles dans la sacristie: 1° une par le Corrège; 2° une par Annibal Carraclie.

V° Quelques auteurs mentionnent une Education de la Sainte Vierge, par Stella.

CHATEAUX HOYAUX

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