XVI
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
Sculpture, Modelage. — Deux anges de stuc tenant les armes de France et encadrant le tableau de la Sainte-Trinité, de Vouët, et deux crucifix de grande valeur, œuvre de Sarrazin (1).
Dans la sacristie, un christ d’ivoire de Michel-Ange (ou attribué à M.-x\.).
Divers. — Une grille en fer ouvré et doré avait remplacé l’ancienne séparation en menuiserie du temps d’Henri II.
La tribune des orgues de Henri IL
Telle, dans son ensemble, se présentait la chapelle rénovée de Louis XIII. En plus, les vases sacrés d’or et d’argent ou de vermeil doré ; la grand-croix, la lampe d’argent de 3.000 L., les chandeliers, etc., le tout d’une grande beauté, disent les contemporains.
Dans les comptes de l’année 1639, on retrouve les noms de quelquesuns de ces artistes appointés à gages fixes et recevant sans doute des gratifications ou honoraires particuliers à l’œuvre qui leur était spécialement commandée par le Roi.
C’est (2) Louis Guillebert, artiste peintre, 350 L. pour avoir doré le tabernacle (Voir Lettres de Louis A///, 1639), les degrés et les corniches du contre-autel.
C’est Sarrazin, 1.000 L. pour sa pension de l’année.
C’est Simon Vouët, 1.125 L. pour trois quartiers de sa pension de l’année ; cette pension était donc de 1.500 L. par an. C’est Jean le Maire, 1.200 L. pour pension de l’année entière.
François Stella touchait 1.200 L. par an.
Pierre Poisson, peintre d’entretien, à demeure, (chef d’une lignée de ce nom, employée, comme lui-même, de père en fils) recevait 1.608 L. pour ses travaux divers.
(1) Cf. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l' Académie de Peinture et Sculpture (Paris, 1854), I., 120: Sarrazin fît pour le roi, à Saint-Germain, deux crucifix dont l’un représente le Sauveur agonisant, et l'autre, déjà mort; l'un a été fondu d’or, l'autre d’argent. De la même main, dans la même chapelle, on vo-it deux anges de stuc qui tiennent les armes du roi.
Sarrazin, né vers 1588, est mort à Paris, âgé d’environ 72 ans en 1660, le 3 décembre.
(2) Cf. Arch. Nat., (U 2127.
Fig. 57. — Détails divers de l’architecture intérieure de la chapelle.
LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS
Nous passerons légèrement sur la mention des actes confirmatifs, par Louis XIV, des conditions de la fondation de Louis XIII: 15 novembre 1646 (1) et 24 novembre 1647 (2). En 1681, Louis XIV augmentait les gages du chapelain, et les indemnités d’entretien étaient portées à 2.300 L. Le chapelain et ses deux clers étaient remplacés par deux chapelains à 900 L. N’insistons pas davantage (3). Cette situation quelque peu précaire restera stationnaire jusqu’à la Révolution. Mais sous Louis XV déjà des plaintes s’élèveront des lèvres des desservants abandonnés à eux-mêmes depuis le départ de la cour pour Versailles, et ayant la charge d’offices luxueux, royaux, le roi étant réputé présent partout dans ses châteaux. Mais la présence effective du monarque permettait d’espérer certains avantages immédiats, compensateurs en cas de déficit, tandis que les doléances à distance n’avaient guère de chances d’être agréées. Et c’est précisément ce qui arriva aux malheureux abandonnés : on aura l’occasion de mettre à nu cette misère dorée et pitoyable.
La chapelle étant désormais reconstituée, les cérémonies vont reprendre leur cours à l’occasion.
Elles le reprirent magnifiquement le 21 avril 1643 avec le baptême de Louis Dieudonné, fils aîné du roi (le futur Louis XIV). Le parrain fut le cardinal de Mazarin, la marraine, Madame Charlotte-Marguerite de Montmorency, épouse du prince de Coudé, Henri de Bourbon, premier prince du sang (4).
La plupart des écrivains ont avancé que le cardinal représentait seulement le Pape, comme souvent cela avait eu lieu pour d’autres princes.
Ce détail nous semble erronné, attendu que d’après la correspondance de Mazarin (I. 160 et Lettres du maréchal de Guiclie, 23 avril 1643) il ressort que Louis XIII lit à Mazarin l’honneur de le désigner comme parrain du Dauphin, pour lui témoigner une considération particulière eu retour de ses bons services comme premier ministre depuis la mort de Richelieu: Sa Majesté, écrit le cardinal, m’a fait l’honneur « de l)‘ouver bon que je tinsse sur les fonts de baptême, Monseigneur le Dauphin », et cet honneur <i m'est si sensible et pour être grand en lui-même, et pour être sans exemple que je souhaiterais avoir plusieurs vies pour les employer au service du Roi ».
L’acte de baptême ne fait donc pas mention d’une délégation du Saint Père, qui, si elle eut été réelle, eut figuré certainement à l’acte officiel : elle n’y est pas.
Le compte rendu (5) de la cérémonie nous initie aux détails curieux que nous citons tels quels, ou en un résumé fidèle :
u Sur les quatre à cinq heures après midi, la Reine accompagnée de la princesse de Gondé, de la comtesse de Soissons, de la duchesse de Longueville et d’autres princes et dames de la cour (6) passa par la porte qui répond de son appartement
(1) Arch. Nat., P. 2371, page 763.
(2) Nomination d’un nouveau chapelain, Bailly, en remplacement du vieux Desnotz, décédé. (Arch. Nat., /. 5997, f° I).
(3) Pièces aux Arch. Nat. P. 2387, p. 283-287.
(4) Y. aux P. .). la copie de l'acte de baptême extrait des registres paroissiaux de Saint-Germain.
(5) Arch. Nat. O1 2 3 4 5 6 3260, liasse 1.
(6) La Gazette du 24 avril 1643 ajoute ici « le roi estant malade ».
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
dans l’église du vieil château de Saint-Germain-en-Laye : dont le chœur, la nef, le jubé et tribune ou galeries (v. fig. 58) estoyent déjà remplis de plusieurs seigneurs et dames et autres personnes accourues en grand nombre pour assister à cette cérémonie, Monseigneur le Dauphin marchait devant Sa Majesté et la dame de Lansac, sa gouvernante, derrière lui. Il estait resta par dessus son habit ordinaire d'une robbe de la /fêlas d'argent.
« A leur arrivée, la musique du roi qui estoit au jubé, son lieu ordinaire, chanta un motet fort harmonieusement pendant lequel la reine s’estant mise de genou il sur son prie-dieu garni de son drap de pied et quarreau de velours rouge cramoisy à franges d’or et Monseigneur le Dauphin aussi à genoux auprès de Sa Majesté et à sa droite la princesse de Coudé se tenant aussi à genoux à sa gauche ; l’évesque de Meaux, premier aumosnier du Roy vestu de ses habits et ornemens pontificaux, accompagné de quatre des aumôniers de Sa dite Majesté, en présence des évesques de Beauvais, de Viviers, de Riez, de Saint-Pol, de (ionslance et du Puv, tous en rochet et camail, de plusieurs abbés et de tout le clergé de la chapelle du roi, sortit de la sacristie et après avoir adoré le Saint Sacrement qui estoit exposé sur le maistre hôtel (!) extraordinairement paré et brillant de plusieurs gros luminaires de cire blanche; il s’approcha du prie-dieu de la Reine laquelle lui présenta Monseigneur le Dauphin; qui fut ensuite élevé par sa gouvernante sur l’appui ou accoudoir dudit prie-dieu, etc... »
Suit le récit du compliment du cardinal de Mazarin à la cour.
Puis « la reine tenant par derrière mondit Seigneur le Dauphin qui parut beau « comme un ange, et lit voir en toute cette action une modestie et retenue extraor- « dinaire... » l’éloge continue sur le mode lyrique enthousiaste.
On connaît pour l’avoir lue maintes fois, l’anecdote qui se rapporte à l’attitude du jeune Louis venant saluer son père à l’issue de la cérémonie. Louis XIII, moribond, demande à l’enfant quel nom lui fut donné au baptême, et le bambin de répondre « Louis XIV! » « Pas encore, aurait repris le roi, mais ce sera peut-être bientôt, s’il plaît à Dieu! » En effet, le monarque s’éteignait quelques jours après, le
Fig. 58. — Plan do la chapelle de saint Louis, en 1685. Disposition intérieure datant d'Henri 11 (1548-1550). — On voit le tracé des galeries en pierre de taille contournant tout le chœur, et, au bas, la tribune des orgues.
LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS
14 mai 1643, et l’enfant entrait régulièrement en possession du nom que des courtisans maladroits lui avaient souillé trop tôt à l’oreille.
L’acte de décès du roi, dressé à Saint-Germain, est à double fin: constatation du décès et mention de l’avènement du successeur, reconnu et salué par tous les personnages de la cour, en ce moment en séjour dans les deux châteaux et réunis dans la chapelle du vieux château, pour la cérémonie de la reconnaissance du nouveau roi.
Voici cet acte précieux (1) :
« Le 14e jour de May mil six cents quarante-trois, Teste de l’Ascension de N. S., et à deux heures après midy, au grand regret et trop tost pour le bien de toute la France après une longue et douloureuse et langoureuse maladie mourut dans le chasteau neuf de Saint-Gennain-en-Laye très puissant et très victorieux et très chrestien Prince Louys de Bourbon, treizième du nom surnommé Le Juste, fils aisné de l’Eglise après avoir receu pendant sa dite maladie les Saints Sacrements de Pénitence, Eucharistie et Extrême-Onction avec une très grande et exemplaire dévotion, âgé de quarante-deux ans, sept mois, dix-sept jours ayant régné heureusement trente-trois ans entiers tout juste, Roy de France et de Navarre, laissant pour successeur en sa place très illustre Prince Louis de Bourbon quatorzième du nom surnommé Dieudonné, son (ils aisné Daulpbin, aagé de quatre ans, huict mois, neuf jours seulement qui fut tout aussitost conduit en la chapelle du viel chasteau où il fut recognu honoré et proclamé Roy par la Royne Régente sa mère premièrement, puis ensuite par MM. les ducs d’Anjou, son frère unique; d’Orléans, son oncle; M. le prince, et générallement par tous les autres princes, prélats, seigneurs et officiers estants pour lors en cour en fort grant nombre avec toutes les protestations tle service et obéissance dues â Sa Majesté.
« Le quinziesme jour de may mil six cents quarante-trois fut faict de dévotion pendant deux jours, pour le repos de l’aine du feu roy, un service complet avec vigiles, recommandations, trois messes chantées, le Libéra â la fin avec les autres suffrages accoutumez, des messes hautes par M. Bailly, Lucas et M. le curé ».
Signé : Cagnyé, Bailly.
Entre temps, le second fils de Louis XIII, Philippe de France, duc d’Orléans, était né au chasteau vieux, le 21 septembre 1640, â dix heures du soir; il avait été ondoyé une heure après (v. fig. 59).
Comme second né, il restait au second plan; aussi son baptême passa-t-il inaperçu le 11 mai 1648, dans la chapelle du palais Cardinal, â Paris. Son parrain fut Gaston d’Orléans, son oncle, frère du roi, et sa marraine, Henriette-Marie, sa tante, sœur de Gaston et de Louis XIII, reine d’Angleterre réfugiée en France depuis 1644, l’épouse infortunée de Charles Ier, dont la tête devait tomber sur l’échafaud, à Londres, le 9 février 1649.
(1 Copié sur les registres paroissiaux de la ville de Saint-Germain.
Philippe devait épouser plus tard Henriette-Anne, fille de sa marraine, née à Exeter, le 16 juin 1644, célèbre par sa fin lamentable. Il suffira de rappeler l’exclamation de Bossuet dans l’oraison funèbre célèbre :
Madame se meurt, Madame est morte !
pour faire revivre dans la mémoire de chacun la tragédie de Saint- Cloud (30 juin 1670).
Louis XIII mort, la reine-mère et le jeune roi quittent Saint-Germain dès le lendemain de ce décès.
Désormais, et jusqu’en 1660 environ, Fontainebleau et le Louvre seront les demeures abritant les deux existences fort mouvementées de la veuve et de sou fils. Une éclipse se produit par contre-coup dans l’histoire de la chapelle.
Elle ne fait que se révéler un court moment en 1663, le 15 août, par une cérémonie de remise d’une croix du Saint-Esprit à M. le duc de Beaufort (1).
Quelques rares occasions similaires seraient à noter à leurs dates respectives, mais cela ne crée pas un mouvement latent dans l’édifice. Il faut (pie la cour revienne au vieux château d’une façon définitive, en des séjours longs ou suivis, pour que l’oratoire de saint Louis retrouve sa raison d’être comme lieu fréquenté. Et ce n’est guère avant 1666 que l’on peut constater l’attraction du vieux château sur l'esprit de Louis XIV. Ce n’est même qu’en 1668 que la chapelle reprend son caractère éminent de sanctuaire royal par le baptême du Grand Dauphin (2), le 21 mars 1668. Encore doit-on dire (pie ce n’est que par une fiction excusable qu’on l’a fait intervenir, puisque, trop petite pour contenir la foule des invités â la cérémonie, c’est dans la cour même du château, transformée en chapelle ardente et à ciel ouvert, (pie les cérémonies religieuses furent consommées.
Les registres paroissiaux de Saint-Germain enregistrent ce simple memento qui en dit gros sur la déception du curé du lieu non appelé à officier en première ligne :
(1) Etal de la France, Ed. 1683, t. II, 122.
(2) Né à Fontainebleau le 1er novembre 1661. Le 5 août 1668 naissait, à Fontainebleau, Philippe duc d’Anjou 3e lits de Louis XIV), baptisé aux Tuileries le 24 mars 1669 el mort au château vieux de Saint-Germain, le 10 juillet 1671.
Fm. 59. — Philippe de France, frère de Louis XIV.
Img. 60. — Gravure représentant la cérémonie du baptême du Grand Dauphin le 21 mars 1668 dans la cour du vieux château de Saint-Germain transformée en chapelle à ciel ouvert.
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
« Le 21 de ce mois (mars 1668) furent faictes les cérémonies du baptême de Monsei- (( gneur le Dauphin, dans le vieux château, ce que nous avons mis ici pour mémoire ». Que nous sommes loin cette fois du style dithyrambique employé pour faire savoir à la postérité que les « eaux baptismales ont été prises a la paroisse ! »
Cette même année, 1668-69, on relève dans les « comptes des bâtiments » deux paiements pour solde à Estienne Rémy et François Couvreur, menuisiers, pour lambris /ails à la chapelle , au total 3.846 L. ô sols.
D’un autre côté, Philippe Cahier et Mathieu Lespagnandel, sculpteurs, recevaient 2.196 L. pour sculpture faite à la menuiserie (1). Peut-être ces travaux sontils corrélatifs du projet de baptême du Grand Dauphin dans la chapelle déjà restaurée ! ! par Louis XIII. On ne regarda guère à la dépense en cette occasion si mémorable. Le peintre Charles Le Brun lit la maquette de la décoration de la cour transformée en sanctuaire d’apparat, avec galeries, balcons, etc., et estrade régnant tout autour. Au centre, un autel magnifique destiné à recevoir la cuvette d argent tenant lieu de fonts baptismaux.
Les deux gravures (fig. 60 et 61) que nous donnons ici pei mettent de plonge i un œil indiscret dans cette décoration théâtrale.
Nous emprunterons à La Gazelle du 3 avril 1668 les détails exacts de cette ceiémonie d’un luxe sans précédent, et, pour la « vue » des détails donnés nous renverrons aux deux gravures reproduites ici.
Extraits de La Gazelle (2).
« C’était la cour du château vieux de Saint-Germain-en-Laye environnée d’un amphithéâtre qui s’élevait jusqu’au premier étage avec des balcons couverts de riches tapis. Il y avait dans la même enceinte deux barrières éloignées 1 une de l’autre de quatre toises pour empêcher la confusion de l’approche du peuple (3) vers la place où devait se faire la cérémonie qui était de vingt toises de long sur dix de large, élevée de (?) pieds et demi et fermée par deux balustrades de trois toises et demie.
« A l’entrée étaient deux manières de buffet avec des tables pour poser les honneurs, couvertes de tapis de brocards d’argent, pareillement élevées sur quatre marches, et aux côtés desquelles il y avait deux pieds destaux (4), chacun chargé d un grand vase d’argent avec deux consoles par derrière pour renfermer les buffets composés de quatre gradins ornés de très grande quantité d’argenterie de vermeil (5).
« Au milieu était une élévation de quatre marches dont les deux dernières formaient des paliers chacun d’une toise et demie. Sur le dernier desquels on avait posé une cuvette d’argent pour servir de fonds (!) (lisez / ouïs ) qui était de 5 pieds de
(1) üuiffiîey. Comptes des Bâtiments, 1. 343.
(2) Copie Arcli. A Tal., O1 2 * 4 5 32G0, L. II.
(3 Précaution probablement inutile, car le peuple ne fut pas admis a une telle pompe.
(4) On écrit aujourd’hui en un mot : piédestaux.
(5) Ces derniers détails sont invisibles sur nos gravures.
LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS
long sur 3 1/2 de large et 4 de haut, embellie aussi de plusieurs piques aussi d’argent, et couverte d’un grand tapis de brocart d’argent avec une frange de même.
« Elle était au-dessous d’un dais de brocart d’argent de dix-huit pieds de long sur quatorze de large élevé d’au moins trente pieds (dix mètres) avec la pente de quatre pieds de haut en broderie d’argent et orné de dauphins entrelacé de palmes et de fleurs de lys (1)... »
Puis quatre dauphins soutenant une couronne d’or fermée, de cinq pieds de long sur quatre de large. Lys aux quatre coins du dais et grands bouquets de plumes blanches aux angles avec aigrettes dans le milieu.
L’autel avait de face treize toises, huit de haut. On y accédait par sept marches enrichies d’or et d’argent, enfermé de quatre colonnes corinthiennes de dix-huit pieds de haut. Entre les colonnes une ouverture cintrée où étaient des gradins supportant l’argenterie (2). Aux côtés de l’autel, des tribunes pour la musique de la chapelle et de la chambre.
La cour était environnée de bancs couverts ainsi que l’amphithéâtre, de draps de velours violet à fleurs de lys d’or, et des plus belles tapisseries du royaume.
Elle était couverte d’un dais ou baldaquin semé de fleurs de lys sur fond bleu, et si puissamment éclairé « qu’il semblait un ciel dans les nuits les plus sereines » (3).
Le tout fut exécuté en quinze jours par le sieur Le Brun auquel le roi avait donné carte blanche pour faire beau, vite et grand.
Voici maintenant, pour la cérémonie, ce qui est notable à conserver :
« Sa Majesté avait fixé le 24 (erreur pour 2f) de ce mois (de mars) pour la solennité. »
« Le clergé prit place à une heure après-midi, à main droite de l’autel; les ambassadeurs, à main gauche. Le chancelier de France, vêtu d’une robe de drap d’or, près des fonts. Les personnes de marque prirent place sur l’amphithéâtre. Toute la cour était réunie au château neuf d’où l’on devait venir en cortège au château vieux. »
C’était le sieur de Sainctot, grand-maître, qui donnait les ordres nécessaires, au château neuf d’où Monseigneur le Dauphin devait venir en grand appareil.
« Le prince y était dans un appartement paré avec une magnificence merveilleuse, et couché au-dessous d’un dais de brocart d’argent en broderie à bouts traînants, dans un lit des plus riches, dont la couverture était de toile d’argent doublée d’hermine avec des draps garnis de points de France. »
La Gazette raconte ensuite tout le lever et la mise en marche du cortège :
« La princesse de Conti remplaçait la reine d’Angleterre qui ne put se trouver « là à cause de son indisposition. Le cardinal de Vendôme représentant le Pape, « parrain (4), etc... »
(1) Tous ces détails et les suivants se distinguent nettement à la loupe sur les figures 60 et 61.
(2) C’est à la figure 60 qu’il faut demander la représentation de l’autel.
(3) Il ne faul pas oublier que la cérémonie avait lieu à5 heures du soir. Et l’on étaitau21 mars, avec des jours courts.
(4) Le cardinal habitait alors le vieux cbàteau. Il était venu au château neuf, pour respecter le protocole en y habitant momentanément un autre appartement.
CHATEAUX HOYAUX. — XIX
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
Puis le cortège, minutieusement réglé par les préséances, commença à trois heures à s’ébranler: en tête, les archers du grand prévôt et leurs officiers; suivaient les tambours et trompettes de la chambre ; les gentilshommes servans ; l'huissier et le héraut de l’ordre ; le trésorier et les chevaliers deux à deux. A trente pas plus loin, le comte de Clermont; le prince de Conti, son frère, portant la salière et le cremean ; le duc d’Enghien, en chevalier de l’ordre; le prince de Gondé ; vingt jeunes seigneurs et quantité d’enfants d’honneur; puis, le Dauphin vêtu de brocart d’argent à chausses retroussées coupées par bandes et couvertes de dentelles d’argent ; sa toque, de même brocart, ondoyée de plumes blanches sur un cordon de diamants; manteau de même avec dentelles et doublure d’hermine.
Fig. 61. — La cérémonie du baptême du Grand Dauphin.
Cortège venant du château neuf au château vieux (V. Gazelle du 3 avril 1668).
LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS
Monseigneur tenait la main droite du Dauphin, le duc de Créquy le tenait par la main gauche et le duc de Mercœur portait sa queue longue de huit aunes.
La cérémonie suivit son cours ordinaire et après le baptême le même cortège reconduisit tout ce beau monde au château neuf pour le festin de circonstance, servi selon le grand coutumier avec :
Grand-maître: le duc d’Enghien;
Pannetier : le comte de C... (?) ;
Echanson : le marquis de Cressan;
Ecuyer tranchant : le marquis de Charost.
Et comme il n’est de bonne fête pour le peuple s’il n’y a distribution de vin; on en lit couler partout. C’était, dans ces galas réservés aux grands personnages, tout ce qu’il pouvait prétendre à recevoir, en attendant la carte à payer, et ce jour-là, on ne l’oubliait pas dans la répartition de l’impôt.
Le baptême du Grand Dauphin ouvre une série nouvelle de cérémonies qui, par bien des points, rappellent celles de la fin du règne d’Henri IV.
Ce n’est pas que la récolte soit bien abondante, attendu que, à l’exception du Grand Dauphin et de Louis-François, sixième né (en 1672), les six enfants légitimes du roi, ont été baptisés soit au Louvre, soit aux Thuileries.
Des six enfants nés de la duchesse de La Vallière, un seul a vu le jour au vieux château, c’est Louis de Bourbon, comte de Vermandois, sixième et dernier de cette lignée. Toutefois, aucun acte de naissance ni de baptême le concernant ne nous est venu sous les yeux.
Des huit enfants nés de la Montespan, un seul (le sixième également) est né au vieux château : Louise Marie, dite Mademoiselle de Tours, née et baptisée le même jour, 12 novembre 1674, morte le 15 septembre 1681. Il n’y a pas lieu de parler de la fdle de Mademoiselle de Fontanges, morte presqu’en même temps que sa mère.
On signalera encore le baptême de Louis (III) de Bourbon, prince de Coudé, le 16 janvier 1680. Parrain: le Roi; marraine: Madame, femme de Philippe, frère du Roi.
Si nous manquons de documents concernant les membres de cette nombreuse famille, nous en trouvons néanmoins des traces originales dans les registres paroissiaux de Saint-Germain; nombreux sont les actes dans lesquels ils interviennent comme parrains ou marraines d’enfants appartenant à des classes bien différentes de la société gravitant autour du château (1).
Deux autres cérémonies vont clore les annales du sanctuaire royal: le mariage de Mademoiselle de Blois, li lie de la duchesse de La Vallière, avec le prince Louis- Armand de Bourbon, prince de Conti, en 1680, et la réception du Dauphin comme chevalier du Saint-Esprit, le 1er janvier 1682. Pour celle dernière, Louis XIV revint tout exprès de Versailles. On n’avait pas encore touché, ou fort peu, à ce côté Sud du monument, et l’on eut toutes les facilités désirables pour accomplir les desseins du Roy en ces deux circonstances.
(1) V. Eclaircissement IX.
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
Mariage de Mademoiselle de Blois avec M. le Prince de Conti
Le 15 janvier 1680, au soir, avait lieu la lecture du contrat de mariage et sa signature suivie des fiançailles officielles. Nous extrayons du Mercure (1) ce qui suit:
« Le lendemain (16) l’heure de la cérémonie du mariage étant venue, les mêmes personnes qui s’étaient trouvées le jour précédent aux fiançailles (2) sortirent de la chambre de la Reyne où elles s’étaient rendues pour aller de là dans la chapelle.
« Le fond de l’habit de M. le prince de Conty était de satin contenu de paille brodée de milleret noir rehaussé de diamants autour desquels il y avait de la découpure de velours noir. Le manteau en était couvert environ trois quartiers de haut et les chausses toutes remplies de branchages noirs relevés de diamans, la doublure de son manteau était de velours noir et la garniture d’un ruban couleur de feu et blanc velouté. Il avait un chapeau noir avec un bouquet de plumes couleur de feu moucheté de blanc, et sur ses souliers des nœuds couleur de feu et blanc mouchetés de diamans. Son cordon aussi bien que l’attache de son ceinturon et son épée en étaient couverts.
« L’habit de Mademoiselle de Blois était blanc et tout lizéré de diamans et de perles, et comme c’est la coutume des mariées de mettre derrière leur tête en manière de petite couronne de fleurs qu’on appelle « chapeau », cette princesse en avait une de cinq rangs de perles au lieu de Heurs et ce fut la Reine qui lui lit l’honneur de les attacher (3). Ces illustres mariés avaient mis un habit noir le jour de leurs fiançailles.
« La cérémonie du mariage fut faite par M. le cardinal de Bouillon. En cette occasion, M. le prince de Conty voulut avoir des déférences pour Mademoiselle de Blois, auxquelles Sa Majesté s’opposa, la solennité de la cérémonie demandait qu’on y paraisse dans le rang qu’on doit tenir.
« La cérémonie du mariage étant achevée, M. le prince et Madame la princesse de Conty se mirent à genoux au pied de l’autel. Le Roi, la Reine étant seuls sur une ligne, Monseigneur le Dauphin derrière leurs Majestés, après luy étaient Monsieur (4), Madame (5), Mademoiselle (6) etc... Après la messe, M. le cardinal de Bouillon fit la cérémonie du baptême de M. le duc de Bourbon (7), fils de S. A. S. Monsieur le Duc, le roi fut son parrain et le nomma Louys, Madame était la marraine. »
(1) Nous avons suivi la copie conservée aux Archives Nationales, 0 1 2 3 4 5 6 7 32(30, Liasse 3.
(2) On en parlera en son temps au chapitre embrassant la vie au château sous Louis XIV.
(3) On n’oublie pas que .\lIle de Blois est lille de la favorite d’autrefois (Mlle de La Vallière retirée carmélite depuis 1674); la Reine lui servait alors de mère.
(4) Philippe de France, frère du roi.
(5) Femme de Philippe, frère du roi.
(6) Seconde lille des précédents.
(7) Il s’agit de Louis lit de Bourbon, prince de Coudé, né à Paris le 11 octobre 1168 et baptisé à 12 ans; il mourut subitement à Paris, le 4 mars 1710. Il était fils de Henri-Jules de B. et d’Anne de Bavière, princesse palatine.
LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS
Des fêtes suivirent cette cérémonie, tant au château vieux qu’au château neuf; on les signalera au moment opportun.
Deux ans plus tard, en 1682, Louis XIV revenait de Versailles pour assister à la réception de son fils, le Grand Dauphin, dans la confrérie du Saint-Esprit.
Le rôle brillant de la chapelle touche â son déclin. Louis XIV faisait alors agrandir le château vieux par l’adjonction des cinq pavillons imaginés par J. Hardouin-Mansart, et durant les travaux, le rôle du sanctuaire fut suspendu. La cour elle-même avait émigré à Versailles en voie d’achèvement.
Quelques travaux furent effectués à la chapelle en 1683-84-85 (1). Alansart ne s’était pas seulement contenté de greffer les cinq pavillons aux cinq angles de la vieille demeure. Il n’avait pas hésité â ensevelir le bijou de saint Louis dans des constructions nouvelles reliant les deux pavillons (4 et 5) enserrant l’oratoire aux deux extrémités Ouest et Est. De la sorte, il était impossible qu’on l’aperçut du dehors. Bien mieux, le toit en pente fut supprimé et un étage fut ajouté au-dessus de la voûte enrichie des peintures de Vouët, et dans cette immense pièce on établit le garde-meuble (2) du château? Quoi d’étonnant à ce que la rosace elle-même ait disparu sous le replâtrage: on avait fait de la chapelle, un édifice dans un édifice! et ce scandale architectural a duré deux cents ans!
Fig. 62. — Etat, de 1685 à 187... (?), de l’aile Sud du vieux château occupée par la chapelle de Saint Louis. Celle-ci est invisible désormais derrière le bâtiment central qui la masque.
(1 Comptes des bâtiments, II, 359 et 516, travaux de plomberie pour: 6333 L. 0 s. 9 d.
(2) V. fi g. 45, p. 93. On voit sur ce plan le tracé des armoires et des rayons à l’entour de la pièce.
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
D’autres travaux intérieurs furent entrepris dans l’édifice ogival, — dont il ne restait plus rien d’apparent en fait de style ogival, ne l’oublions pas — et de grosses sommes y furent affectées: Jean le Moyne, dit le Lorrain, y est inscrit, en 1684-85, pour 13.050 L. 8 s. 9 d. à cause de ses labeurs de peintre et doreur; le solde ne lui sera payé qu’en 1694 (5.851 L. 8 s. 9 d.) (1). La somme est énorme et doit s’appliquer à une remise à neuf de tout l’intérieur du monument.
La même année (1685), Alexandre Thierry, facteur d’orgues, réparait celles de la chapelle pour 2.607 L. 19 s. — Il n’en touchait que 1.450 L. et devait attendre douze ans l’acquittement du solde (2); Etienne Langlois, son aide, émargeait de suite 8 L. 3 s. pour chandelle, clous et colle.
Ces travaux ne doivent pas faire illusion, Saint-Germain était condamné dans dans l’esprit du Roi. Le château, trop petit pour la nombreuse suite de personnes composant la cour, trop près du village pour être jamais la résidence d’un monarque rêvant de l’isolement majestueux d’une statue élevée sur un piédestal dominant tout alentour: Saint-Germain n’était qu’une maison de campagne; il fallait au roi autre chose : Versailles !
Lorsque le grand pavillon élevé à l’extrémité de la Salle des Fêtes, et les constructions qui le reliaient au pavillon (n° 4) élevé lui-même au chevet de la chapelle, furent achevés, on peut dire sans aucune exagération que le hijou ogival de saint Louis était devenu une sorte d’oratoire souterrain, obscur, surchargé d’additions sans lien entre elles, parce qu’elles n’avaient pas été concertées selon un plan réfléchi.
Lorsque Jacques II d’Angleterre et sa famille vinrent se réfugier au vieux château en 1689, l’obscur sanctuaire ne fut même pas le lieu ordinaire où, pour ses dévotions, se rendait le roi fugitif. On sait qu’il allait â la paroisse, en face et en dehors du château (3). Ce n’est pas â dire qu’il délaissa la chapelle royale, mais l’histoire n’a enregistré que ses allées et venues vers l’église du village, et, néanmoins, le service de la chapelle était toujours assuré par les décrets anciens, renouvelés par Louis XIV, en 1681 (les 12 et 27 février) et fixant que le service serait assuré par un chapelain assisté de deux sous-chapelains.
En 1692, le 28 juin, naîtra au vieux château, Louise Marie, fille de Jacques II et de Marie d’Este. C’est dans la chapelle dudit château et non dans l’église paroissiale que fut célébré le baptême de l’enfant, le 23 août suivant. Nous donnons ci-contre (fig. 63) la reproduction phototypique de l’acte écrit sur nos registres paroissiaux. Il est accompagné des signatures de Louis XIV, parrain (4); d’Elisabeth-Charlotte de Bavière, marraine, princesse palatine, belle-sœur du roi et épouse de Philippe de France, duc d’Orléans, frère de Louis XIV; de Jacques, roi, et Maria, reine, les père
(1) Comptes des bâtiments, 11, 516, 814 et III, 1000.
(2) Comptes des bâtiments, 11, 806 et IV, 151.
(3) V. fig. 23, p. 35.
(4) Signature à rapprocher de celle de Louis XIII. La différence des caractères du père et du fils s’accuse violemment dans le coup de plume. V. iig\ 52 et 63, et Eclaircissement IX.
LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS
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