‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 35 sur 69 · Vc- 'A:--'A A/ c · texte numérisé non relu

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Fig. G3. — Acte de baptême de Louise Marie d’Angleterre, lille de Jacques II et Marie d’Este, née au vieux château de Saint-Germain le 28 juin 1692 et baptisée le 23 août suivant.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

et mère; du cardinal de Bouillon qui officia, et de l’abbé Gonverset, prieur et curé de la paroisse de Saint-Germain.

Les trois malheureux officiants de la chapelle royale oubliés de toute l’ancienne société n'auront plus qu’à gémir sur l’inconstance des choses d’ici-bas, en assaillant de leurs vaines réclamations les dispensateurs des grâces royales. Ils mourront à la tâche sans avoir eu l’ombre d’une amélioration de leur sort. Cet état lamentable durera tout le XVIIIe siècle jusqu’à la Révolution, ainsi que nous nous en sommes convaincus en parcourant ces feuillets jaunis, témoins muets de ces détresses physiques et morales de nos vieux desservants (1). Lisons-en quelques lignes :

Requête de deux prêtres clercs de la chapelle du château de Saint-Germainen-Laye à Son Altesse royale Monseigneur le Régent :

« Supplient très humblement, François Encoignard et Toussaint Lescaudey, « prêtres clercs de la chapelle du Roy en son vieux château de Saint-Germain-en- « Lave qu’il plaise à Son Altesse royal le Monseigneur le Régent leur accorder à « chacun des brevets de leur emploi aux termes de la fondation de laquelle ilspren- « lient la liberté de joindre icy un petit et fidelle extrait, afin que par cette grâce ils « soient mis en état de jouir des privilèges et immunités attribuées à leurs bénéfices « par les rovs fondateurs. Ce sera pour les suppliants une nouvelle raison de « redoubler leurs vœux et leurs prières pour la conservation et prospérité de « Son Altesse royalle... »

Suit l’extrait annoncé et plus loin les signatures avec mention des services rendus par: François Encoignard, prêtre du diocèse de Goutances, nommé par le roi Louis XIV, le mois de décembre 1691 ; et Toussaint Lescaudey aussi prêtre du diocèse de Goutances, nommé par Son Altesse royale Monseigneur le Régent, le mois de mai 1696. El, annexée, une lettre de remerciements (?) du prêtre Encoignard, 26 février 1722 (2), vingt-huit ans plus tard !...

Pour ne pas nous étendre outre mesure sur un sujet incident de notre historique de la chapelle, nous passerons à la dernière pièce du litige. Elle émanait de l’Abbé de Brouains, dignitaire de la chapelle royale depuis 1749. Son mémoire explicatif de la situation est daté du château vieux le 7 avril 1785, après trente-six ans de services. Avant de rédiger ce mémoire, l’Abbé de Brouains avait adressé d’autres suppliques : le 25 février 1782, par exemple, mais M. Amelot, le grand dispensateur des grâces du moment, avait consulté Monseigneur l’Evêque d’Autun sur l’opportunité d’une amélioration réclamée depuis cent ans, et l’Evêque avait répondu que « la dotation était très suffisante pour une chapelle d'un château ou la cour n' habitait plus, mais que l'Abbé de Brouains méritait quelque chose! » Rien n’étant venu, nouvelle demande du vieil ecclésiastique, le 10 mars 1783, faisant valoir ses trente-quatre années de services ininterrompus et sans récompense aucune; il demandait le prieuré d’Epernon (Eure-et-Loir) vacant par décès du titulaire. Le 5 août, même année, renouvellement de ses demandes : même insuccès. L’âge et les infirmités survenant, le

(1) Le tout forme un dossier déposé aux Arch. Nat. (0* 608).

(2) Arch. Nat., O1 2 608, pièce 11.

LA CHAPELLE DE SAINT LOUIS

pitoyable ecclésiastique reprend la plume le 7 avril 1785 et rédige le mémoire suivant (1):

« J’ai l’honneur de représenter à Votre Excellence que les fonds affectés par « Louis XIV au mois de février 1(581 (2) pour le service de la chapelle royale du « château de Saint-Gennain-en-Laye sont de 4.100 L.

« Sur lesquelles on prélève : 1° 1.800 L. pour les deux clers de la chapelle qui y « sont attachés; 2° pour les religieux du couvent des Loges qui y disent une messe « à midi, 300 L.; par conséquent, il ne me reste que 2.000 L.

« Voiey l’état des personnes employées pour le service :

« 1 sacristain et sa femme qui prend soin du linge et des dentelles ;

« 1 sous-sacristain-frotteur; le chœur de la chapelle, les chapelles latérales, les « trois tribunes, les deux sacristies étant parquetées (3) sont frottés (!) toutes les « semaines ;

« 2 enfants de chœur pour servir la messe.

« Je paie tout ce monde le moins qu’il m’est possible, cependant ils me coûtent « beaucoup d’argent...

« Etat du service :

« Tous dimanches et fêtes an moins 8 messes de 8 heures à midi.

« — Celle du roi est dite avec les mêmes cérémonies que devant Sa Majesté à Versailles, « à l’exception de la musique.

« — Jours ouvriers 3 ou 4 messes.

« — Frais de chaque messe 5 à 6 sols pour le pain, le vin, cire, encens et blan- « chissage.

« — Une lampe perpétuelle devant le Saint-Sacrement.

« — Sur le grand autel (5 cierges et 2 grandes torches (allumées en certains « cas), etc., etc...

« — Quand la Reine, les Princes, etc., sont malades il y a des offices particu- « bers à faire chanter; Te ÏJeum, etc...

« — Je suis obligé de louer des chantres et de brûler beaucoup de cire et d’en- « cens.

« — L’orgue heureusement est devenu très discordant. Je me suis bien gardé d’en « demander le rétablissement, je serais forcé de payer un organiste et un souffleur.

« Enfin je puis assurer Monseigneur que je me trouve heureux quand au bout « de l’année je ne suis pas obligé d’ajouter du mien aux 2.000 L. que le roi me donne « pour cette administration. »

Signé ; 7 avril 1785,

L’Abbé de Broüains.

(1) Aiîch. Nat., pièce 5e du dossier O1 2 608.

(2) 104 ans auparavant.

(3; On doit se souvenir que, sous Henri II, le sol était carrelé et partout recouvert de nattes. V. p. 108, le § 12°.

CHATEAUX HOYAUX. - XX

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

En somme, une façade cachant de nombreuses misères, un décor traditionnel, royal, sans roi pour y intervenir au moment difficile ; des charges hors de proportion avec le but. Les beaux jours de François Ier et même de Louis XIV étaient passés: 1789 approchait, bientôt suivi de 1792!

L’historien Dulaure qui a dû connaître la chapelle vers cette même époque, de 1785 à 1787 environ, nous a donné une sorte d’inventaire de ce quelle contenait alors. Il paraît par cette nomenclature que le mobilier de toute nature était encore beau et en bon état. Les détails de la plainte même de M. de Broüains laissent deviner en ce vénérable vieillard un conservateur Jidèle et soigneux des objets confiés à sa garde (1).

En résumé, l’existence de la chapelle offre une suite ininterrompue de courtes fréquentations d’apparat et de longs abandons. Jamais ce sanctuaire ne se présenta comme un lieu de prière où l’âme souffrante vient chercher un repos réparateur. Pour saint Louis, Charles V et Louis XIII, ce fut le Lieu Saint ; mais pour les autres rois, c’était plutôt un monument à entretenir, parce que, entre ses murs, certaines cérémonies traditionnelles devaient s’y célébrer. Il est, en elïet, à peu près impossible de concilier le scepticisme viveur et la vie sans frein de la plupart de nos souverains avec le culte de la morale supérieure enseignée dans ce saint lieu.

D’autre part, le sens artistique le plus élémentaire aurait dû retenir ces princes au moment où ils allaient livrer le vaisseau ogival aux mains des entrepreneurs d’une remise à neuf. De restauration il ne fut jamais question, mais bien plutôt d une transformation dans le goût du jour, Henri II ou Louis XIV : c’est pour cette raison que nous avons été sobre de détails techniques concernant l’architecture du monument : leur énoncé fastidieux ne présentait ici aucun intérêt.

Les arts plastiques valent surtout par le plaisir qu’ils procurent à la vue, et, par elle, à l’intelligence du Beau ; une visite au monument, désormais débarrassé de ses replâtrages, est encore à nos yeux la meilleure des leçons de choses â proposer.

(1) Les archives de la ville de Saint-Germain conservent une copie d'un inventaire sommaire des objets de la chapelle du château vieux. Titre: « Etat des étoffes de soie provenant des ornements de la chapelle du ci-devant château royal de Saint-Germain-en-Laye rapportés et déposés au gardemeuble national à Paris. » Pièce manuscrite sans date de la période 1793-1794.

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