‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 36 sur 69 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Le règne de Philippe III roi, le 25 Août 1270 — mort, le 5 Octobre 1285.

On voudrait trouver quelque chose d’intéressant à dire sur le règne de Philippe III à Saint-Germain; malheureusement les faits politiques du règne sont plutôt désastreux, les intrigues lamentables, et, les séjours du roi au château, très rares. Au demeurant, rien qui vaille la peine d’être analysé : une mention suffira souvent.

Son règne avait débuté dans la douleur filiale. Il ramenait en France le corps de saint Louis et la fatalité s’abattant sur sa lignée lui enlève successivement: Tliibaud de Navarre, son oncle; son fils, né en voyage, de retour le 11 janvier 1271, meurt à son tour (1); la mère de l’enfant, la reine Isabelle, suit son bis dix-sept jours après; le comte de Nevers, frère du roi, meurt ensuite: cinq cercueils à ramener sur la terre de France. C’est ainsi que Philippe traversa l’Italie, escorté de plus par une armée décimée et égrenant les cadavres au long de la route. Triste inauguration d’un règne fertile en catastrophes politiques. Philippe III arrivait à Paris le 21 mai 1271. On procédait aux funérailles solennelles de Louis IX à Saint-Denis. Une estampe connue nous retrace le cortège funèbre, en popularisant la conduite de Philippe III aidant à porter le cercueil de son père (2).

D’esprit faible, Philippe était une proie toute désignée pour servir d’instrument à des intrigues ourdies par des rivaux sans retenue. On sait l’ascendant de Pierre de la Broce et la bn lamentable de ce singulier favori (3). On sait également que Marguerite de Provence, sa mère, veuve de Louis IX, une fois libérée de la tutelle gênante d’un mari trop droit, pensait plus à avancer les affaires de sa famille que celle du roi, son fils. On sait que ce fils, veuf d’Isabelle, on fa dit, épousa en secondes noces, en août 1274, Marie de Brabant, femme de tête et aussi volontaire dans ses vues que Marguerite de Provence, sa belle-mère, l’était dans les siennes propres : placez l’intrigant Pierre (le la Broce au milieu de l’arène, et, comme conducteur de la barque de l’Etat, le faible Philippe, ou verra que les mauvaises résolutions avaient plus de chance d’aboutir que les bonnes.

(1) Dom Félibien, Ihst. de l'Abbaye royale de, St-Denis, dans son récit des mêmes faits ne parle pas de cet enfant (V. p. 248, ouv. cité).

(2) V. Félibien, idem, p. 248-49.

(3) Pendu à Montfaucon, en juin 1278.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

Il est bien certain que, dans ces conditions, tout ce qui touche à la vie luxueuse sans frein devait prendre un développement considérable qui ne fera qu’augmenter sous les règnes suivants pour recevoir son couronnement avec François Ier.

N’entrons pas plus avant dans les considérations que l'histoire générale nous suggérerait et revenons à Saint-Germain, où le roi Philippe III fit quelques apparitions. On a noté les suivantes :

1271 : (22 mars, 23 avril??), 30 septembre (1), 1er et 9 octobre ;

1272 : en août ;

1273 : 18 lévrier et en février, sans date ;

1275 : en septembre ;

1276 : en mai ;

1277 : en janvier, 10 juillet et en octobre (s. d.);

1278 : en juillet, le 25 octobre et en octobre (s. d.);

1281 : en mai ;

1282 : (i et 7 juillet ; 23 et 26 décembre ; 2 décembre ;

1284: 7, 11, 14 février; 24 mars; 19, 20, 25 avril; 27 août; 3, 10, //, 14, H) septembre (2).

Un seul des actes du roi a trait à Saint-Germain et il le signa à Saint-Denis le 9 octobre 1271. Il s’agit d’un ordre donné au concierge de Saint-Germain de délivrer à un sieur Garnier, cuisinier du roi, une pièce et un fonds de terre sis derrière sa maison près du nouveau cimetière.

C’est d’un intérêt médiocre, on en conviendra.

Les autres sont déjà connus ou n’intéressent pas le pays (3). Un document nouveau est seid à retenir: ce sont les Comptes de Pierre de Coudé (4) écrits sur tablettes de cire, pour les années entre 1282 et 1284.

Encore est-il parfaitement inutile de donner ici en cours de chapitre la copie d’articles sans portée autre que la mention d’un séjour à Saint-Germain, tel jour, et dont le coût fut de tant de livres (5).

Nous retrouverons Pierre de Condé, trésorier, pendant le règne suivant.

Philippe III séjourna donc quelquefois à Saint-Germain au cours des quinze années de son règne, mais sa politique aventureuse l’emmena souvent fort loin de nos parages. C’est dans une de ces expéditions du Midi qu’il mourut à Perpignan, le 5 octobre 1285. Vouloir retracer des fêtes hypothétiques données à Saint-Germain par la reine-mère Marguerite ou par la reine effective, Marie de Brabant, serait mettre le pied sur un terrain tellement glissant qu’il est bon de s’en abstenir.

(1) Les dates en italiques sont celles des actes signés à Saint-Germain.

(2) Etablis d’après : Langlois, Cal. acl. Philippe III, Appendice I. Tardif, Cartons des Pots, Recueil hisl. Gaule el Fr. Mansiones et Itinera XXI, pp. 408-512. Comptes de Pierre de Coudé dans Rec. hist. G. et Fr., T. XXII, pp. 443-444, 449-451. Em. Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi.

(3) Voir aux P. J. la suite des Pièces entre 1271 et 1285.

(4) Extraits du Rec. des Hist. des Gaules, T. XXII.

(5) V. aux P. .)., la copie in-extenso en est donnée.

RÈGNE DE PHILIPPE IV LE BEL

Aucun document concernant l’hôtel du roi ne nous est parvenu, mais si l’on en juge par ce que nous savons de la même matière, sous Philippe IV, son fils, réglementant son hôtel dès son avènement, en 1285, il est aisé de comprendre que le désordre général avait envahi la maison du roi. Philippe IV y mit bon ordre sans plus tarder.

§ Il

Le règne de Philippe IV le Bel, roi, le fi Octobre 1285 — mort, le 29 Novembre 1314.

Actes et Séjours du Roi

L intérêt, presque nul pour Saint-Germain pendant le précédent règne, reprend ici toute son actualité. On n’a pas oublié la suite des déductions que nous avons tirées précédemment d’une mention trouvée dans les comptes du 3e quartier de 1285, premier quartier du présent règne. Il s’agissait de l’existence de deux châtelets à Saint-Germain, dont les réparations étaient soldées en ce 3e quartier. Il était bon de le rappeler au début de ce chapitre, car cette mention a la force d’un acte officiel.

Les séjours du roi à Saint-Germain s’espacent irrégulièrement au cours de ces trente années, 1285-1314. Comme nous ne pouvons juger de ces dates de séjour que par les actes signés en ce lieu, et quelque peu par des mentions recueillies auprès d’autres historiens, on ne peut pas affirmer que ce soient les seules.

Les documents intéressant Saint-Germain pendant celte période sont fort peu nombreux et n’éveillent que des souvenirs locaux de second ordre.

C’est d’abord une information faite par un Guillaume de Hangest (1), prévôt de Paris, pour le chapelain de la chapelle du Roi à Saint-Germain (2).

Lest en second lieu une pièce fort curieuse et absolument inconnue jusqu’à ce jour: Lettres-patentes du roi Philippe le Bel, datées de mai 1294 et intéressant l'histoire de la ville de Saint-Germain. Il s’agit d’un fief dit de Larchère (3) appartenant à un sieur Oudard du Soleil, qui s’en vit confisqué par le Roi pour des causes que nous ignorons. Sa situation est aisée à retrouver par le bornage rappelé à l’acte même — mémoire du 4 juin 1737 — qui nous fait connaître les lettres-patentes de Philippe IV annexées au dossier. Le fief était « borné d’un côté par la rue Saint- Pierre ou rue Tartarin, d’autre par le couvent des Récollets ou hôpital Saint-Jacques, et d’autre par la grande rue des Récollets (4) ».

(1) On le retrouve, en 1307, le 29 mars, qualifié bailli de Vermandois. Cf. Cartons des Rois, n° 1055.

(2) L Abbé Lebeul na pas connu cet acte, sans quoi il n’aurait pas écrit « (/n on ne savait si, avant Charles V, il y avait une chapelle au château de Saint-Germain ! » Est-ce donc qu’au xvme siècle on ignorait la chapelle saint Louis? Certains auteurs, Goujon entre autres, a copié cette bévue.

(3) V. P. ,)., mai 1294.

(4) Aujourd hui rue de Paris. 11 s'agit donc de Pilot compris entre l’impasse Larcher, la rue de Paris et la rue Saint-Pierre (noms actuels, en 1909).

LE CHATEAU UES CAPETIENS

Cette situation et le nom du fief nous font entrevoir que nous nous trouvons probablement en présence du domaine ancien du fameux Renoud Larcher, fondateur, on s’en souvient, de certains offices dans l’église du couvent de saint Eloi, sous Louis VIII et Louis IX. Cette attribution vraisemblable nous révèle donc un coin ignoré du pays en 1225 et en 1294. En 1737, le fief produisait 5.130 L. de revenus et sa valeur foncière était estimée 307.800 L. t.

Passant sur une pièce concernant Charlevanne — sujet épuisé précédemment — nous trouvons sur notre route une lettre de Boniface VIII an prieur de Saint-Germain avec la mention que son prieuré est du diocèse de Paris? On sait qu’au XIIe siècle, il était du diocèse de Chartres et que, en 1777, il était de nul diocèse, après des péripéties sans nombre, sons Louis XIV. N’insistons pas plus que pour la pièce précédente concernant Charlevanne ; et, pas davantage sur une confirmation (1) des privilèges accordés aux religieux de Jérusalem par saint Louis, Louis VIII et Philippe Auguste.

Beaucoup plus importante est celle autre mention tirée des Comptes des Bailliages de 1299 par laquelle nous apprenons que Saint-Germain était alors prévôté (2).

De la même année, date un don fait à Saint-Germain (en mai) par le roi à une dame célèbre dans les souvenirs de la région: Pérronelle de Gery. 11 s’agit de la terre d’Hennemont où le roi autorisait ladite dame, en décembre, à construire un établissement religieux (3).

Nous passerons de nouveau sur les réclamations du prieuré au Parlement. On en trouvera le memento au répertoire des actes donnés en appendice.

C’est ensuite une convocation des seigneurs de Normandie à se trouver à Saint- Germain le 16 avril 1304 (4), convocation qui rappelle une autre sommation que nous avons signalé sous saint Louis à l’année 1232. Pour quelle cause, cette fois encore? Ne cherchons pas à la découvrir, il nous faudrait remuer toute la politique du temps, peut-être sans profit, car, qu’est-ce donc, dans l’histoire générale, qu’une convocation de seigneurs à Saint-Germain? Cette période fut d’ailleurs assez troublée par les affaires de Rome contre Boniface VIII et par cette autre vilaine chose: le procès entamé contre les Templiers.

Enfin, au château, en septembre 1307, on passait officiellement le traité pour le mariage de Charles (IV), fils du roi Philippe le Bel, avec Blanche, fille de Mathilde, comtesse d’Artois et de Boulogne (5).

Il ne paraît pas que le château ait subi aucune transformation sous ce règne. Rien dans les comptes ne nous peut porter à la supposer en dehors de la mention

(1) Mars 1298, à Saint-Germain-en-Laye, Cartons des Rois n° 994.

(2) Cf. Boutaric, Philippe le Bel, p. 451. Appendice. V. références Bib. Nat.

(3) V. Art. Renard dans Bull. Soc. hort. S. -G., T. I., p. 508. — Dulon (notes) donne comme année : 1289. Mais les erreurs typographiques sont fréquentes chez lui.

(4) Bec. des Hist. des G. et des Fr., XXIII, p. 795°.

(5) Bib. Nat. Ms. fr. Contrats de mariage, 2740-2749.

RÈGNE DE PHILIPPE IV LE BEL

déjà rappelée au début, touchant les réparations des murailles (1) ou murs du petit cliatelel.

Séjours connus

en septembre ;

30 août ;

en février ;

4 octobre, 27 novembre ;

en novembre ;

5, 6, 8 août, en décembre;

8 juin ;

7 mai et mai ;

28 août ;

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