‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 50 sur 69 · RÈGNE DE JEAN II, LE BON · texte numérisé non relu

RÈGNE DE JEAN II, LE BON

ses achats de robe et de souliers. Voici, de plus, la composition de l’hôtel du Roi, puisque Roi il était, même captif.

Chapelle: Maître G. Racine, fisicien ; Denys de Collors, secrétaire et chapelain; Aymare Gascoigne, chapelain; Elément, clerc. — Chambre: Tassin du Bruil (du Breuil), tailleur, et trois autres moins élevés en grade. — Les gens de Mons. Philippe: trois personnes. — Panneterie : trois personnes. — Echansonnerie : deux personnes. — Cuisine: deux personnes. — Fruiterie: une personne. — Escuirie : neuf personnes. — Fourrière : six personnes, dont le roy des ménestereulx.

Une des dépenses les plus curieuses est bien celle de quatre fenêtres que le Roi lit faire à son logement à la tour de Londres. Le cas n’est pas usuel pour un prisonnier de solder les réparations locatives; ce qui ne l’empêchait pas de souper avec la Reine d’Angleterre le 25 mai, avec le Roi lui-même le 28 juin; et d’aller voir les lions du Roi le 2 juin 1360; et d’aller même « s’esbattre seul aux champs » les 2 et 3 juin. Le 24 du même mois, les ménestrels du Roi d’Angleterre, du Prince de Galles et du duc de Lancaster vinrent lui donner la sérénade. Douce captivité !

Maistre Girart d’Orléans, son peintre du château de Vaudreuil (en Normandie), lui repeignait sa chaise le 27 juin. Puis, ce sont des dons en quantité. Les détails de son départ d’Angleterre sont typiques, mais nous entraîneraient trop loin (1).

II serait illusoire d’ouvrir pour le règne de Jean une rubrique: La Vie au Château. En outre, nous n’avons pas connaissance d’un règlement de l’hôtel du Roi, particulier à ce règne: rien de saillant ne s’offre donc à nous. Les comptes publiés sont ceux d’Estienne de La Fontaine (2), argentier du Roi, et ne sont pas différents de ceux de Geoffroy de Fleury, argentier de Philippe V, le Long; c’est dire que le courant luxueux est pris depuis longtemps et qu'il se continue traditionnellement, augmentant plutôt que diminuant. Si Jean II eut réellement le goût des belles choses révélées par ces comptes, on ne saurait lui dénier le sens du luxe, rencontre rare, mais non impossible dans un être brutal, car le luxe est une jouissance des yeux complétant celle des sens.

Les comptes d’Estienne de La Fontaine embrassent justement la période 1350- 1353, au cours de laquelle nous avons noté quelques séjours du Roi à Saint-Germain. Parmi les drapiers fournisseurs de la Cour, on relève le nom du fameux Estienne Marcel, le futur Prévôt des Marchands de la Ville de Paris. Mais on y lit également ceux de Jehan, le fol du Roi — dont nous avons signalé le séjour en Angleterre avec son noble maître — et de Mitton ou Micton, le fol du Dauphin (Charles V).

C’est en vain que nous avons essayé de reconstituer un costume complet pour 1 un de nos seigneurs. Les articles entrant dans la composition de ce costume étant répartis à des rubriques différentes, selon les fournitures et les ouvriers qui les ont mises en œuvre, on risquerait de présenter un monstre de carnaval.

(1) V. Lettres de Délivrance du Roi Jean, par Edouard lit, roi d'Angleterre, datées de Calais, 24 octobre 1360. On sait en effet que le roi arrivé libéré à Calais, le 8 juillet, dut y rester 3 mois 13 jours, en attendant le premier paiement de sa rançon, fort difficile à parfaire.

(?) Douer d’Ahcq, Comptes de l’Argenterie , pp. 80-191.

LE CHATEAU DES CAPÉTIENS

Autant vaut s’en abstenir, non toutefois sans affirmer que, par les détails très minutieux notés par l’argentier, le luxe du vêtement avait pris une plus grande extension encore que sous Philippe VI. La création de l’Ordre de l’Estoile, en 1351, et les fêtes qui en furent l’occasion dans le palais dit la Noble Maison de Saint-Ouen (1) paraissent même l’occasion du coup de fouet donné à l’attelage royal lancé à toute vitesse dans la voie du gaspillage.

Est-ce dans une semblable disposition d’esprit que le Roi pouvait être amené à regarder d’un œil favorable le vieux château de Saint-Germain rafistolé plutôt que restauré par Philippe VI en 1349? On ne peut guère le soutenir. Jean II y vint en passant au cours des années 1351-52-53 ; prisonnier en 1356, le château ne devait plus le revoir. Aussi, n’est-ce que sous l’administration passagère du Dauphin Charles que l’on peut chercher une mention de séjour de ce dernier pendant les années suivantes.

En 1358, on signale (2) une quittance de Pierre de Saint-Jehan, maître des Eaux et Forêts, constatant un remboursement pour travaux divers, dont quelques-uns faits à Saint-Germain. Dès cette époque sans doute, le Dauphin put juger de ce qui lui conviendrait d’exécuter, une fois roi lui-même. Nous l’ignorons évidemment, mais nous savons que l’un de ses premiers soins fut de reconstruire de fond en comble l’ancienne demeure de notre ville et nous sommes arrivés enfin a ce tournant de l’histoire du vieux château où le château féodal va disparaître. Jetons lui un dernier regard avivé par nos souvenirs.

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