CHAPITRE PREMIER
Règne de Charles V, le Sage roi, le 8 Avril 1364 — mort, le 16 Septembre 1380.
Hypothèse de la reconstruction totale d’un château nouveau sur l’aire occupée par les deux châtelets incendiés en 1346
Avec Charles V, nous entrons un peu plus réellement clans l’iiistoire palpable du château, encore que les documents du temps soient, à notre gré, trop réservés. Ne nous en étonnons pas plus qu’il ne convient: le château de Saint-Germain ne tient pas une place tellement considérable dans les soucis des chroniqueurs que ceux-ci aient pu penser aux générations suivantes avides de savoir, alors qu’eux-mêmes n ont jamais paru professer pour l’archéologie un amour immodéré.
Ce que les écrivains du temps nous apprennent est encore, à la vérité, fort peu de chose. 1 rop souvent nous devons suppléer à leur laconisme involontaire en faisant un modeste appel aux inductions raisonnées, et aux déductions raisonnables qn’elles permettent.
Charles V, montant sur le trône le 8 avril 1364, a-t-il réellement reconstruit le château féodal brûlé en 1346 et sommairement remis en état par Philippe de Valois en 1349?
Il ne faut pas se dissimuler qu’il est grand temps que nous mettions le pied sur un terrain solide.
Nous n’avons lu que trop de légendes contradictoires sur l’œuvre de Charles V à Saint-Gennain. On ne nous pardonnerait pas de les répéter bénévolement.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Deux sortes de preuves peuvent être invoquées, et doivent l’être pour répondre affirmativement: oui, Charles V a fait reconstruire le château incendié. Ces preuves sont d’inégale valeur, mais elles se fortifient l’une 1 autre. Lune certifie lœuvie menée à bien, mais sans permettre la moindre fixation de dates ; les auties, au contraire, sont tirées de faits historiques sûrement datés.
Fig. 65. — Charles V, le Sage, dans son rôle de Roi.
On remarquera les deux lions figurant au bas de la gravure. Ces deux lions se retrouvent sur une infinité de bibelots, joyaux, etc., figurant à l’inventaire du mobilier du Roi. C’est une sorte d’emblème. Les deux Iv K sont une autre marque de propriété du même Roi. On sait que les trois fleurs de lys (placés 2 et 1) sont de l’invention de Charles V.
RÈGNE DE CHARLES V, LE SAGE
La première est fournie par cette phrase extraite de l’ouvrage célèbre de Christine de Pisan (1), phrase dénaturée par l’Abbé Lebeuf au XVIIL siècle (2), et que nous rétablissons dans son libellé authentique :
« Aulcunes fois avenoit et assez souvent ou temps (Testé, que le Roy aloit esbatre en ses villes et chasteauls hors de Pans, lesquels moult richement avoit fait refaire et réparer de solemnelz édifices, si comme à Meleun, à Montargis, à Creel, à Saint-Germain-en-Laye, au bois de Vincennes, à Beauté et maints autres lieux (3) ».
Voilà le fait sans datation. Christine née en 1363, amenée en France en 1368 et élevée a la cour, avait dix-sept ans à la mort de Charles V, bienfaiteur de son père Thomas de Pisan, astronome de Pologne.
Veuve, en 1388, à vingt-cinq ans, d’un gentilhomme picard, du Castel, et chargée de tiois entants, elle s adonna à ia littérature. Est-ce alors que, par reconnaissance pour les bienfaits du Roi, elle écrivit son livre des faits et bonnes mœurs du saige roi Charles V ?
Nul ne peut le dire. Son témoignage est donc, en tout état de cause, une preuve de visu de 1 œuvre matérielle du Roi, dont elle avait certainement eu l’occasion de jouir au temps des déplacements delà cour. Son laconisme peut même laisser croire que, peu familiarisée avec la langue française, elle évita toute explication un peu fouillée de ce quelle était à même de regarder. 11 ne faut donc pas lui demander une description du château que, seule d’ailleurs, elle aurait pu nous dohher en détail.
Cherchons des dates dans nos autres documents.
L Abbé Lebeuf cite hardiment celle du 25 mai 1363, pour le commencement des travaux de reconstruction. Quel document particulier a-t-il connu pour se croire autorisé à lixer cette date? On l’ignore.
En 1363, Charles était encore Dauphin et duc de Normandie. Le trésor était vide, et Jean II le Ron, prisonnier en Angleterre, croquait alors à belles dents les friandises que sa liste civile écornée lui permettait de goûter encore. Il fallait, d’autre part, songer à la rançon du prisonnier, bien vivant là-bas, tandis qu’en 1 lance on en était réduit a chercher les expédients les plus osés et les plus chanceux pour fournir au Dauphin, régent, les quelques milliers de livres quotidiens nécessaires à la marche cahin-caha du char de l’État.
Le Dauphin ne pouvait raisonnablement songer à creuser un trou plus profond dans le déficit, en entreprenant de son propre mouvement la restauration d’un château, dont, par ailleurs, il n’avait aucun besoin immédiat: on en conviendra aisément. Il en était tout différemment, une lois roi. L’avenir était à lui et par de sages mesures, prises dès le début du règne, il put envisager avec calme le renouveau des arts de la paix retrouvée.
(1) Le livre des failz et bonnes mœurs du saige roy Charles.
(2) Moult tist réédifier notablement le chastel de Saint-Germain, (Lebeuf, VII).
(oj L. I, cli. XVIII intitulé : « Cg dit comment le Roy Charles se contenat en ses chasleaulx et l'ordre de son chevauchier ». Cf. Michaud, Poujoulat, Mémoires pour servir à t’i/isl. de France, (T. I, p. 612, Pans, 1836). — La Chronica regum francorum dit également: « Hic autem Karolus rex Franciae, suo lempore, edificavil Monlem gaudii (la Montjoie) Sanctum Germanum in Laya ».
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
La date possible du début des travaux est donc postérieure à son avènement au trône, c’est-à-dire après 1364.
Ici interviennent les actes authentiques apportant les dates manquantes.
Le 9 novembre 1366 (1), mandement du Roi à Robert de Maule, receveur des aides, ordonnées être levées sur chaque feu à sept lieues près et environ la ville de Mantes pour le fort de cette ville, « qu'il (le Roi) a déchargé de cette imposition les « habitants de Saint-Gennain-en-Laye, M a i w/-( M a r e i l)-so u s-M a il Ig , Fourque (Fourqueux) « et Saint-Léger-en-Laye, lesquels avaient leur refuge au château de Saint-Germain-en-Laye » .
C’est assez dire qu’en 1366 le château avait déjà repris une certaine allure défensive.
L’année suivante, en 1367, un mandement enjoignait à Jean de Meudon « que les « fossés et contrevallations soient faits autour du château sur une largeur de cinquante « pieds (2) ». On n’ignore pas que l’aménagement des fossés est la dernière opération logique de l’achèvement d’une place forte. En 1367, le château était donc certainement terminé, tout à fait, et un autre document vient le certifier le 9 septembre 1367 : mandement (3) rattachant et transférant à la chapelle du château de Saint-Germain le service tenu jusque-là, par les religieux d’Hennemont (4), à Poissy dans la chapelle du château alors ruinée par la dernière invasion anglaise. La chapelle du château de Saint-Germain était dès lors elle-même remise en état de service.
Ces trois actes fixent irréfutablement au début du règne de Charles V, la reconstruction d’un édifice gravement endommagé, sinon la construction d’un immeuble entièrement nouveau ; hypothèse beaucoup plus probable comme on le verra ci-après.
Désormais, Charles V jouira en paix de sa nouvelle demeure. Le 12 mars 1369(5) il retiendra, à titre de capitaine et garde du château avec 6 hommes d’armes et 6 arbalétriers (6), Jean de Meudon, dont nous avons appris déjà le nom, par le mandement de 1367, concernant l’état des fossés de 50 pieds de large ; et, peu après il achetait en ville de Saint-Gennain, pour cinq cents écris d’or, à Nicolas Braque, son maître d’hôtel, une maison précédemment acquise par Bertliaut de Fromainville (7). Le village avait, de son côté, repris son essor.
Le silence se fait pour plusieurs années. Nous ne retrouvons notre château qu’en 1377 dans un mandement du 6 novembre (8), donné au cliastel du Bois de Yin-
(1) Léop. Delisle, Mandements de Charles V, n° 358.
(2) « Ut fossata et vallata lalitudine 50 pedum faceret fieri in ambilu castri noslri de Sanclo Germano in Laya. B. N. fonds Gaignères, 17048 ».
(3) L. Delisle, Mandement, n° 407.
(4) L’abbaye d’Hennemont avait beaucoup souffert elle-même de l'invasion anglaise de 1346, et en 1377, Charles Y accordait cent francs d'or pour les réparations. (Acte signé à Saint-Germain, le 20 août 1377. L. Delisle, Mandement , 1432, p. 728).
(5) L. Delisle, Idem , n° 658, p. 332.
(6) C’est une présomption que le château était peu de chose en réalité pour se contenter d une garde de 12 hommes !
(7) Cité par Stein, Inv. som. des Arch. de Saint-Germain, d’après Arci-i. Nat. J. 151 B n° 13.
(8) L. Delisle, Mandement, n° 1506, p. 757.
RÈGNE DE CHARLES V, LE SAGE
cennes, pour faire « bailler et délivrer par François Chanteprime à Guillaume de Maule, païeur des œuvres du chastel de Saint- Germain-en-Laye la somme de huit cens francs pour le présent mois de novembre pour tourner et convertir esdites œuvres et non ailleurs ».
Deux mois plus tard, le 25 janvier 1378 (1) (n. s.), Charles V reconnaissait avoir reçu à son tour de François Chanteprime « deux cens francs d’or, dont cent destinés « à Huguet de Guisan,son échanson, et cent payez à nostre ami paintre Jehan d’Or- « liens, pour certains ouvrages de painture qu’il a faiz pour nous en nostre chastel « de Saint-Germain-en-Laye ».
Le doute subsistera toujours quant au genre de travaux ainsi réglés dont aucune trace n’a subsisté, on le sait, puisque François Ier devait tout détruire de cet édifice, sauf les fondations.
§ Il
L’œuvre possible de Charles V à Saint-Germain.
La reconstruction du château, entre 1364 et 1367, étant un fait historique acquis, il convient de rechercher la nature du travail entrepris par le sage roi Charles. Or, il ne nous est rien parvenu de cette époque reculée; soit comme plan, coupe, élévation, vue générale; soi! comme document financier, comptes, mémoires, etc... Il nous faut tout faire sortir du néant.
Plan adopté. — Sur ce point, nous avons une apparence de certitude à proposer. C’est le texte même de Jacques Androuet du Cerceau, architecte (2) renommé du XVIe siècle, écrivant en 1576 pour la reine-mère Catherine de Médicis : or est-il advenu que le roi François 1er trouvant ce lieu plaisant (Saint-Germain) fit abattre le vieux bastiment (3) sans toucher néanmoins au fondement sur lequel il fit redresser
TOUT COMME ON LE VOIT AUJOURD’HUI, ET SANS RIEN CHANGER DUDIT FONDEMENT ainsi que l'on peut connaître par la cour d’une assez sauvage quadrature ».
Il y a deux choses à noter dans ce texte : 1° l’insistance de l’auteur à bien faire savoir, par deux fois, que François Ier n’a pas touché au « fondement » du château qu’il donnait ordre d’abattre; 2° que ces fondations « conservées » excusent François Ier, aux yeux de la postérité, d’avoir fait construire un château royal sur un plan aussi « sauvage ».
Et, implicitement, Du Cerceau nous laisse entendre que si François Ier, pour des raisons qui nous échappent, n’avait pas cru devoir conserver ce « fondement », un plan plus logique, plus régulier eut été adopté ici comme partout où le Roi dilettante eut l’occasion de faire élever une demeure princière : Eolembray, Villers-Cotterets, Challuau, La Muette, Madrid-Neuilly (4), etc... Mais, ne nous éloignons pas du sujet actuellement à élucider: l’œuvre de Charles Y.
(1) L. Delisle, Idem, n° 1617, signé à Paris.
(2) Né entre 1515-1530 et mort entre 1594 et 1610. Son témoignage est l'un des plus autorisés du temps.
(3) C’est-à-dire le vieux château de Charles V.
(4) On en donnera plus tard la série des plans de comparaison avec le plan de Saint-Germain (T. II).
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Il est donc certain que le plan du château de François Ier est celui-là même que Charles V avait adopté. La forme « sauvage » de ce plan appartient en propre à ce dernier.
Pour justifier, à son tour, Charles V du reproche mérité d’un goût singulier en apparence, il n’est besoin que de rappeler le plan du double château antérieur à son règne — le double château de saint Louis — et de relire ce que nous avons eu l’occasion d’écrire au sujet des orientations particulières de la chapelle et des autres corps de bâtiments (1).
Ap rès la ruine de cet ensemble de constructions, en 1846, et leur rafistolage subséquent, il est fort probable qu’un tel monument, déjà vieux de cent ans qui plus est, ne devait offrir au roi qu’une piètre demeure, et que le jeter bas s’imposait.
Charles V, en se pliant à cette nécessité, fut amené sans doute — par la direction des parties bonnes à conserver, telles que le donjon, la façade et la chapelle — à utiliser simplement l’aire complète occupée par l’ensemble des constructions ruinées et la forme bizarre, sauvage, s’explique d’elle-même (2). Le château n’apparaît plus alors que pour ce qu’il a toujours été, savoir: le produit obligé de superpositions successives expliquant elles-mêmes la surélévation progressive du terrain environnant et du château lui-même. Imaginer de profonds calculs d’orientation des façades, à l’actif d’un architecte inconnu résolvant le problème difficile de procurer du soleil à toute heure du jour et en toute saison, dans la cour de l’immeuble, c’est chercher trop loin en vérité. Le hasard seul a fait qu’il en fut ainsi.
Caractère architectural. — On ne sait rien du style de notre château réédifié par Charles V. La méthode inductive doit, encore ici, intervenir pour nous initier aux probabilités.
Fig. 66. — Château de Vincennes par J. Androuet du Cerceau (1576). Extrait de « les plus anciens baslimens de France. »
(1) V. pp. 54 à 59.
(2) V. fig. 39, p. 81, le plan déjà donné.
RÈGNE DE CHARLES V, LE SAGE
Charles V a fait achever, en partie, le donjon de Vincennes (1) commencé par Philippe VI de Valois. C’est un premier type architectural à noter (v. fig. 6(5).
D’autre part, Charles V a transformé certaines parties du vieux Louvre de Philippe-Auguste.
Ces deux constructions, Vincennes et le Louvre, étant caractéristiques de l’époque très étendue dont Charles V n’est qu’un moment historique, le rappel à nos yeux de ce que furent les deux monuments, peut, à certains égards, nous faire pressentir quelques traits distinctifs de ce que fut, en apparence, le vieux château de notre ville.
Fig. 67. — Le vieux Louvre et l’Abbaye de Saint-Germain-des-Pres, de Paris, en 1410. Gravure extraite de l'ouvrage de Dom Bouillart:
Histoire de l’Abbaye royale de Saint- Germain-des- Prés, in-f° Paris, 1724.
(1) On lira avec profit le dernier ouvrage paru sur cette demeure royale : Le Château historique de Vincennes, par M. le Commandant de Fossa, Paris, 1908, 2 vol. in-4°.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Ce rapprochement, en quelque sorte obligé, a été fait autrefois par l’érudit Sauvai. C’est un plaisir de citer son explication confirmative de la nôtre (1):
<( Par les restes du Palais du Louvre et de Vincennes, nous voyons qu’autrefois on « accompagnait ordinairement les Maisons royales dé tours hautes, grosses, rondes, carrées, « couvertes d’ardoises et couronnées de girouettes peintes des Armes de France; c’est des « tours qui environnaient l’hôtel des Tournelles que cette Maison royale porte son nom ».
P. 273 : « Au milieu de tant de tours qui environnaient les palais des Rois, d’ordinaire « il y en avait une bien plus grosse que les autres, qui s’appelait Donjon en français; en « latin Domnionus et Domicilium, à cause qu’elle servait de demeure et de domicile aux u Princes ». ... « De dire qu’il faut excepter de ce nombre le Donjon ou la grosse Tour du « Louvre, ou se trompe bien fort car je ferai voir ailleurs que nos Rois y ont logé; et même « il est constant que Charles V et quelques-uns de ses successeurs ont demeuré dans celui y de Vincennes; que ces chambres noires qui depuis un long temps servent de prison aux « Grands ont servi de demeure à nos Rois et a nos Reines, même les plus belles et les plus « délicates ».
Fig. G8. — Le château de Oeil en 1576 par J. Amlrouet du Cerceau (Ouv. cité).
Nous pouvons ajouter que certains détails d aménagement, ou de communication entre les pièces, font admettre que le Donjon du château de Saint-Germain contenait Yestude, ou cabinet, du roi Charles V, ainsi que sa chambre aux joyaux. Cette grosse tour carrée était d un emploi tout indique loisqu il îeconstiuisit le nouveau château qui porte son nom.
En un autre endroit (T. II, p. 11) Sauvai nous apporte un détail historique à mettre hautement en relief: « Tout ce que je sais de plus certain est que Chailes ^ Douce vaut ce palais (du Louvre) trop bas, le rehaussa en quelques endroits de cinq toises, en <c d’autres de six et le couronna de terrasses ». Ceci s’adressera aux érudits qui ont prétendu que François Ier en couronnant de terrasses son château Renaissance de Saint-Germain, emprunta cet appareil nouveau à l’Italie.
Sauvai continue : « ... Mais que François Ier, afin de le rendre plus logeable, le couviit « des mêmes combles que nous y voyons où furent pratiqués quantité d appaitements ».
(1) Ilist. et Ant. de la Ville de Paris, 3 vol. in-f». Cf. T. II, pp. 272 et suivantes.
RÈGNE DE CHARLES V, LE SAGE
Il ressort de cette exhumation d’un passé architectural fort ancien que François Ier fit à Saint-Germain peut-être le contraire de ce qu’avait fait Charles V, puisqu’au Louvre Charles V avait mis des terrasses que François Ier remplaça par des combles, tandis qu’à Saint-Germain on regarda comme une nouveauté les terrasses de François Ier, ce qui laisse supposer qu’il y avait été mis des combles par Charles V.
Mais le plus typique des châteaux de cette époque est, à coup sûr, celui de Creil (v. fig. 68) commencé par Charles V, et terminé par ses successeurs, dont le plan irrégulier n’est pas sans analogie avec celui de Saint-Germain, tant il est vrai que le terrain disponible fut souvent la seule raison explicative des plans bizarres de ces demeures.
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Iug. 69. — Elévation des façades Nord et Ouest du Vieux Château telles qu'elles furent construites
par François Ier, 1540-1547.
(Gravée par J. Androuet du Cerceau en 1576).
En confrontant les vues de ces trois châteaux: Vincennes, Le Louvre et Creil, avec celle de la demeure royale de Saint-Germain donnée par Du Cerceau (1576), on découvre dans les basses œuvres de cette dernière (v. fig. 69) un rappel évident du style de l’époque antérieure, c’est-à-dire de celle de Charles V, que François Ier semble avoir voulu respecter en reconstruisant son château hybride, entre 1540- 1547, comme on le verra plus tard. La différence la plus apparente entre le château de la Renaissance de François Ier et celui de Charles V réside dans la place du chemin de ronde couvert eu appentis, situé dans les liasses œuvres (à l’entresol vrai) du château de la Renaissance (fig. 69), tandis qu’à Creil (fig. 68) et à Vincennes (fig. 66), il forme le couronnement de l’édifice.
L’architecte Millet avait même retrouvé à Saint-Germain des traces certaines qu’antérieurement à François Ier, le chemin de ronde, ou galeries hautes, était bien situé à l’étage supérieur du château et non à l’entresol où nous le voyons figurer sur la gravure de Du Cerceau. Nous verrons (T. II) ce qu’il y a lieu de penser à ce sujet.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Ce détail a même permis audit architecte de reconstituer par à peu près le vieux donjon de Charles V (fig. 70) et nous avons à nous incliner devant sa haute compétence. Comparons maintenant les hautes tours carrées du château de Creil avec celle de Saint-Germain : la parenté est certaine. Tel était le château de Creil, tel dut être celui de Saint-Germain, détails mis à part.
L’Architecte du Chateau? Inconnu! — L’architecte « bien amé » de Charles V fut Raymond du Temple qu’il appelait son « bien amé sergent d’armes maçon ». Le Roi fut même le parrain du fils de ce Raymond, le petit Chariot du Temple, dont il payait de sa cassette, en 1375, l’éducation et l’instruction â « l’estude d'Orléans » (1 ).
En 1364, année de l’avènement de Charles, Raymond du Temple était chargé au Louvre (2) de reconstruire la grande vis extérieure, toute surchargée d’ornements et de statues, qui décorait la façade Sud de l’aile Nord du Palais (3).
En avril 1374, Raymond était retenu à Mantes, comme expert à propos des fortifications (4) de la ville.
S’il fut mandé ou envoyé â Mantes pour une expertise, il a bien pu recevoir une commission semblable pour aller à Saint-Germain, sans que les comptes aient conservé la trace de ce fait-divers.
En 1397, il était chargé de surveiller l’exécution du monument élevé à la mémoire de Du Guesclin (5) dont le marché avait été fait par lui pour 170 L. parisis (valant 212 L. 10 s. tournois) avec les entrepreneurs Thomas Privé et Robert Loysel « ymagiers et tumbiers, à Paris ». Il vivait encore en 1403 et était qualifié « maître des œuvres du Roi » (Charles VI).
En définitive, rien de certain sur son rôle admissible, mais non improbable, comme constructeur du château de Saint-Germain : œuvre anonyme.
L’Intérieur du Monument. — Nous avons cherché à reconstituer le château de Charles V en plan et élévation. Essaierons-nous maintenant de nous faire une idée
(1) Delisle, Mandement, 1294.
(2) On sait que de ce Louvre là il ne subsiste que le plan tracé en couleur sur le bitume et le pavé de la grande cour d'honneur du Louvre actuel des Médicis.
(3) V. Lance, Dict. des Architectes, I. 245.
(4) V. Delisle, Idem, nos 1 1 10 et 1119.
(5) Comptes de Jehan de Chaux, changeur du trésor, sous Charles VI. ( Arch . de l’Art français, lit, pp. 131-133).
Fig. 70. — Donjon de Charles V, reconstitué par l'eu A. Millet, architecte, (d'après un dessin original).
RÈGNE DE CHARLES V, LE SAGE
approximative de l’intérieur du même édifice? Nous n’avons pas plus de documents que pour nos précédentes recherches, il fanl le dire tout de suite, mais, de si nombreux exemples se rencontrent dans la vie de chaque monarque, que, partout où celui-ci allait, il retrouvait son chez soi, plus ou moins semblable à celui qu’il avait quitté la veille, on peut, sans crainte d’errer à l’aventure, en décrivant un des séjours d’un Roi, ne pas s’éloigner de la vraisemblance en imaginant, par analogie, le séjour royal de Saint-Germain-en-Laye sous le même Roi. C’est à la description de l’hôtel Saint-Pol, par Sauvai, que nous ferons nos emprunts.
L’inventaire qui fut dressé à Saint-Pol, l’année précédant la mort de Charles V, nous révèle une richesse d’ameublement dont une très minime réplique existait à Saint-Germain et uniquement dans deux ou trois pièces de l’appartement du Roi, car le reste du château paraît entièrement démeublé, suivant l’usage constant en l’absence de la cour.
En province, c’était le garde-meuble de Paris qui aménageait la résidence choisie pour un séjour passager, et l’on y transportait tout ce qui était nécessaire. C’est en nous appuyant sur ce fait prouvé que nous n’avons pas craint de transposer dans le château de Saint-Germain tous les usages de l’hôtel du Roi en déplacement officiel.
« Les appartements (de Charles V) à Saint-Pol, dit Sauvai (II, 273-274), étaient compote sés d’une ou de deux salles, d’une antichambre, garde-robe, chambre de parade (qu’on « appelle chambre à parer), d’une autre nommée la chambre où git le Roi, avec une des « nappes (lingerie). Outre cela d’une galerie ou de deux, d’une chapelle basse et d’une haute, « de deux cabinets, l’un grand et l’autre petit; celui-ci qu’on nommait tantôt la chambre du « petit retrait et l’estude; et l’autre la grande chambre de retrait ».
Oubliant pour un moment la date à laquelle cette description se rapporte, on croirait lire le détail d’une partie des appartements du roi François Ie1' au vieux château de Saint-Germain. Mais si l’on prend en mains l’inventaire même des pièces encore garnies de l’appartement de Charles V, an même château, on y lit que ce sont : 1° Vestude du Roy, contenant joyaux, objets d’art et livres (109 articles inventoriés, tous plus riches les uns que les autres) ; 2° la chappelle (haute) emprès l'eslude du Roi ((S articles); 3° la grande chappelle basse (celle de saint Louis) 10 articles; 4° deux pièces de garderobbe, lingerie: l’une « emprès la chambre painte à roses » l’autre « emprès la chambre painte à Lyons ».
La chambre de parade, l’antichambre et d’autres non dénommées â l’inventaire sont sans doute dégarnies suivant l’usage.
Ne nous attachons qu’à la nomenclature, et n’en cherchons pas la localisation dans le château inconnu de Charles Y, attendu que nous ignorerons toujours la disposition des pièces autour du donjon qui semble être le centre de l’appartement du Roi ; tandis que, sons François Ier, et même depuis François Ie1' jusqu’à Louis XIV inclusivement, l’appartement du Roi fut toujours à l’autre bout de la façade Nord dont le donjon formait le point d’attache à l’Ouest.
CHATEAUX HOYAUX