CHAPITRE TROISIÈME
Règnes de Charles VII a Louis XII — 21 Octobre 1422 au 1er Janvier 1515
Charles VII
roi, le 21 Octobre 1422 — mort, le 22 Juillet 1461
A la mort de Charles VI, l’Angleterre entre ipso /ado en possession du royaume de France.
Charles VII ne succède que nominalement à son père comme roi de France : roi d’un royaume aux mains d’un possesseur étranger maître légitime du pays, suivant la teneur du traité de Troyes.
Roi de France par droit d’héritage, mais simple roi de Ronrges, disait-on alors.
Situation hien étrange que Jeanne d’Arc tira au clair en sacrifiant sa vie : holocauste admirable de la part d’un être faible, ayant foi en les destinées supérieures du royaume, et, par ses exemples, ayant rendu au peuple de France la même foi ardente dans les siennes.
L’Angleterre, toutefois, ne tenait réellement qu’une partie du pays, et Saint-Germain était dans la zone occupée par l’usurpatrice.
Parler du « château de Saint-Germain sous Charles VII », c’est employer un euphémisme pour sauver la face et sauvegarder les droits du roi sur le domaine.
Le château est occupé par la garnison anglaise, médiocre, et le pays ruiné. Nous essaierons de délimiter la portée de deux documents dont on a fait état pour inciter à penser que les Anglais avaient entrepris une réfection du château pendant leurs années d’occupation (1).
Fig. 74. — Charles VI
(1 Sauvai, est trop affirmatif sur ce sujet, et il ne donne aucune preuve de son dire.
CHATEAUX 1I0YAUX
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Le premier de ces documents est un acte rédigé en français — alors que la plupart l’étaient en latin — daté du 24 mai 1428 (1), dans lequel il est énoncé que les religieux et moines de Saint-Germain-en-Laye se plaignent d’avoir, du fait de la conquête, perdu plusieurs sommes qu’ils avaient l’habitude de toucher sur la recelte de Paris, dont l’une de « Vil livres (parisis) en recompensation de certains héritages (portions de maisons), pieça (autrefois) démoli* pour la fondacion de nostre chastel et basse court dudit Saint-Germain , et dont il leur est dii d'arréraiges quatre ans... que les gens de nos comptes différent de leur payer parce qu’il dit (ils disent) que ledit Saint-Germain est de la conqueste fête par nostre très cher et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, de Bedford, etc... ».
On voit par le style de ce document que les Anglais se croient bien en possession du royaume, mais deux points sont particulièrement à retenir :
1° Les religieux demandent la continuation des VII livres de rente non payées depuis quatre ans et représentant une indemnité pour héritages cédés [autrefois] au Roi de France.
Il doit être simplement question de l’indemnité de VII livres dues au prieuré comme rente annuelle depuis la création de la chapelle du château et sa desserte par un chapelain royal, à l’exclusion des moines du prieuré. On a parlé de cette affaire autrefois.
2° La phrase ambiguë « héritaiges pieça démoli z pour la fondacion de nostre chastel » est interprétée par certains en ce sens que les Anglais auraient démoli un ancien château (celui de Charles) et posé les fondations d’un nouvel édilice. Il n’y a rien de tel au fond de cette phrase. Henri VI parle de son château et de la fondation dudit, sans spécifier autre chose : il ne s’en dit pas le nouveau constructeur.
Est-ce de cette phrase mal comprise que l’érudit Sauvai (2) a tiré ce renseignement erroné : Les Anglais firent rebâtir ce château du temps qu'ils étaient en France... ?
Cela nous paraît tort probable, car nous ne connaissons aucun autre document qui puisse lui en avoir fourni la matière.
Par contre, une seconde pièce citée comme portant la date de l’année 1439, alors qu’elle porte celle du 12 juin 1429 (3), à Poissy, signée : de par le Roy , Monseigneur le Régent : N. — nous fait connaître que certains travaux d’entretien ont été commandés à Louis Despois, capitaine garde du château : pour ce qui! est expédient et nécessaire de pourvoir à la sûreté de nostre chastel de Saint-Germain-en-Laye .. .
On pourrait invoquer cet ordre de mise en état de défense du château comme une présomption en faveur de la légitimité d’un doute à élever contre la reconstruction antérieure du château par les Anglais ; mais rien ne prouve jamais qu’un château récemment terminé n’ait pas à supporter quelques changements mieux conçus, et la raison n’est pas valable en principe. On peut donc s’en tenir à la première
( 1) V. P. J. à la date.
(2) Hist. dudioc. de Paris , T. Il, p. 303 et suiv.
(3) V. P. J., à la date.
RÈGNE DE CHARLES VII
conclusion concernant les moines du prieuré dont l’indemnité ne visait qu’une rente constituée bien antérieurement.
C’est là tout ce que l’on sait de l’édifice pendant l’occupation anglaise.
Parlons maintenant de leur séjour dans la place.
Leur présence n’est signalée que militairement par des monstres (montres, revues).
A tout le moins, les documents qui les rapportent n’ont d’autre intérêt que de fixer des dates et des noms : à ce titre, ils ont leur valeur. A la suite des noms des chefs on trouve la mention du nombre d’hommes passés en revue, et le détail par armes. C’est une autre valeur documentaire ; et, malgré soi on ne peut réprimer un mouvement d’étonnement à la découverte du peu d’importance de ces garnisons minuscules assurant aux Anglais la presque paisible possession des bourgs occupés au nom du « Roi dit de France (1) ».
Le 22 février 1422, monstre par Robert Harling, chevalier, et Robert Holine (Howling), écuyer, pour la garnison de Saint-Germain composée de 7 hommes d’armes et 16 archers à cheval.
Le 20 mars 1423, ordre est donné à Jean Midelstrette, capitaine de la Bastille, à Paris, de passer en revue les hommes de la garnison de Saint-Germain commandée par Jean Hanfort (2).
Partout il en était ainsi: à Meulan et Poissy, c’était Robert Harling (3); à Mantes, Mac William.
Bientôt des transfuges, sinon des traîtres, devaient se mettre au service des Anglais: à Mantes, précisément, en 1427 et 1428, ce sera Thomas Giffart (4).
A Saint-Germain même, ce sera Louis Despois (5), dont le nom a déjà passé sous nos yeux à propos d’une commission à lui donnée par le Régent, duc de Bedlord, pour des travaux à faire exécuter au château, dont il fut capitaine à partir de
En 1429, une monstre avait été passée à Saint-Germain, par Thomas West, des hommes de Hanfort, déjà cité (5 lances à cheval, 2 lances à pied, 14 archers à cheval et 10 à pied).
(1) La mention de quelques-unes de ces monstres est empruntée à un érudit connu, M. Piton; d'autres, et les détails complémentaires, proviennent de nos recherches personnelles.
(2) V. aux P. J., à la date. — On connaît pour cette année, 1423, deux actes bons à signaler : le premier concerne le mariage de Jean, duc de Bedford, régent de France, avec Anne de Bourgogne, tille de Jean sans Peur ( Bibl . Nat. une. /. fr. 4628, fos 513, 529, 533, 545, 552), et, 2° le mariage d’Arthur de Bretagne avec Marguerite de Bourgogne, duchesse de Guyenne [Bibl. Nat., idem, f0" 558, 562, 621, 623, 641). — C’est à tort que l’on fait remonter à cette année 1423 (Rolot et de Sivry, Précis hisl. de Saint-Germain, 1848, p. 134) l’établissement de la Croix Pucelle dans la forêt de Laye. La date gravée indique clairement le millésime de 1456.
(3) Arcli. Nat., K. 62 et 72.
(4) Idem , K. 62.
(5) M. Stein a signalé Arcli. Nat. Q1 1466, n° 28), une vente par Pierre Despois, le 22 avril 1408, à Olivier Donjon, de plusieurs biens à Saint-Germain. Louis Despois, peut-être fils de ce Pierre liespois, était donc de Saint-Germain.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
C’est le 3 février 1430 que Louis Despois, chevalier, capitaine de Saint-Germain, présente à Jean de Hanford et Guillaume de Haimond, ses hommes répartis en: 3 lances à cheval, 3 à pied, 9 archers anglais et 9 gascons. Une deuxième monstre, en présence de Jean Ripplay, lieutenant de Pontoise, dénombrait 4 hommes d’armes à cheval et 3 à pied, 3 lances à cheval et 2 à pied, 19 archers.
Une troisième accusait en 1431, 18 hommes de trait, 2 hommes d’armes à cheval et 2 à pied (1).
Fig. 75. — Le Connétable de Richemont.
(1) LaMontjoie reprise par les Français en août 1429, retombait en 1430 aux mains des Anglais < 1 1 1 i la détruisirent en 1431, en l’abandonnant.
RÈGNE DE CHARLES VII
On retrouve ce Louis Despois, capitaine de Carentan (1), en 1438 ; les Anglais avaient été obligés de se replier peu à peu sur la Normandie et Despois les avait fidèlement suivis.
En 1434-35, le capitaine de Saint-Germain était le fameux sire Jean Talbot (2), et sa garde au château était composée de 20 lances, 60 archers à cheval et 60 à pied.
On avait donc renforcé la garnison à mesure que le vent de révolte contre l’occupation avait souillé parmi le peuple. Charles Vil avait d’ailleurs gagné du terrain de son coté, et bientôt le connétable de Richemont allait opérer directement dans la banlieue avant de tenter un dernier effort sur Paris.
Aussitôt, en effet, que le connétable prit en mains la direction des opérations contre les Anglais, la face des choses changea du tout au tout. Ne leur laissant pas de répit, le connétable, dès le début de l’année 1436, avait reconquis des points importants autour de la capitale et Saint-Germain était du nombre (3) avec Pontoise, Senlis, Lagny, Vincennes, Corbeil, Chantilly, le pont de Meulan, etc...; le connétable mit des garnisons dans toutes ces places, bien que les hommes dont il disposait ne lui inspirassent qu’une confiance très mitigée.
C’est sans doute à cet état d’esprit inquiétant que répondit l’ordonnance du 1er octobre de la même année 1436 (4), rendue « contre les gens de guerre » mis en garnisons dans les places reprises aux Anglais, et dont le nombre était jugé excessif et dangereux pour la contrée où ils avaient été cantonnés. Charles VII, dans cette ordonnance, met les points sur les i dans un tableau peu flatteur des mœurs pillardes de ces singuliers défenseurs du trône de France.
L’expérience, en ce qui concerne Saint-Germain, démontra deux ans plus tard quel fond on pouvait faire sur des individus indisciplinés, mal ou même pas payés et vivant sur l’habitant.
C’était vers la fin de l’année 1438, le château était gardé, disons plutôt habité par « dix ou douze méchants bretons ». Un traître nouveau, du nom de Carbonnet, prieur de Nanterre, ayant libre accès au château, tenté par 300 saints d’or (5) que l’Anglais lui offrait, n’hésita pas à l’introduire dans le château mal surveillé par nos bretons. Lhie dizaine d’Anglais n’avait eu que la peine de tourner dans la serrure de la porte d’entrée la clef que le triste sire Carbonnet leur avait livrée contre espèces sonnantes (6). Il est donc hors de toute réalité de présenter ce fait divers comme une reprise du château par les Anglais ; le mot « réoccupation » est largement suffisant.
(1) Département de la Manche.
(2) Cal. Arch. Joursanvaull. T. I, p. 236, n° 1280.
(3) Cosneau, Arthur de Richemont, p. 241 et 261; de Beaucoukt, Charles VII , T. II, p. 7. — D’un extrait de comptes de 1436-1438, il appert que l’on avait remis 387 L. à Monseigneur le connétable pour l’employer en l’achat et paiement de la recouvrance de notre château ? V. P. J.
(41 Cf. Cosneau, ouv. cité , p. 286.
(5) V. texte in extenso dans Cosneau, Arlh. de Richemont, p. 560-562.
(6) V. P. J., à la date du 18 décembre 1438.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Deux ans plus tard (1), le 19 novembre 1440, le connétable reprenait définitivement le malheureux château, dont on peut se figurer l’état après une période de guerres continuelles. Mais Henri VI, cantonné à Rouen, n’en avait pas moins, dès le 9 mars 1439, donné des lettres de nomination de la charge de capitaine-garde du château à François de Surienne (2), dit l’Aragonnais. Celui-ci, toutefois, ne put conserver le château à son maître plus d’un an et demi et le défendre contre le connétable.
Désormais la guerre à outrance contre un ennemi n’en pouvant plus (l’Angleterre) va se poursuivre avec une ténacité que rien ne modérera : il fallait en finir de l’odieuse usurpation, œuvre delà criminelle Isabeau de Bavière; et, en 1449, Henri VI était réellement à bout de forces, d’armes, d’hommes et d’argent, à ce point qu’en mandatant les appointements de Jean Talbot, comte de Shrewsbury, il signifiait une retenue de 1 mon pur quartier, vu le mauvais état des finances (3).
Le 18 novembre 1449, Charles VII était enfin maître de Rouen d’où il signait des lettres rétablissant l’abbé de Saint-Denis dans ses possessions dont la domination anglaise l’avait privé depuis vingt ans (4).
Si Saint-Denis avait été dépouillé, â plus forte raison de modestes maisons comme le prieuré de Saint-Germain le furent-elles à leur tour, et l’on connaît en effet une lettre justificative de la désolation du prieuré de notre ville, lettre datée de Rome, 21 avril 1445 (5).
On accepte comme vrai que Charles VII aurait, vers ce temps, nommé capitaine du château de Saint-Germain un anglais nommé Richard de Merbury, capitaine de Gisors, lequel aurait livré cette dernière place au roi de France. Le choix était singulier et contrebalançait l’acte de Despois, français serviteur des Anglais.
L’occupation anglaise avait cessé le 19 novembre 1440, à Saint-Germain. L’ennemi, refoulé de ville en ville, ne devait abandonner définitivement le sol de la Normandie qu’en 1450, après la prise de Cherbourg, le 12 août, mais le fameux sire Talbot, comte de Shrewsbury, ancien capitaine-gouverneur du château de Saint- Germain ne devait pas quitter, lui, le sol de la France qu’il avait contribué à conquérir: il était tué â la bataille de Castillon, en Guyenne, le 17 juillet 1453, prélude de la fin de la domination anglaise de ce côté.
Il avait donc fallu treize années de luttes titanesques pour purger le sol national de cette engeance étrangère.
D’apparition de Charles VII â Saint-Germain pendant ces treize années: néant.
(1) Cf. Cosnkau, ouv. cité, p. 312 et de Beaucouht, T. 111, p. 22.
(2) V. aux P. .1. — On retrouve en 1442. un rôle de la montre de 00 lances et 00 archers de la garnison de Saint-Germain-en-Laye passée par F. de Surienne, mais ce n’était pas à Saint-Germain qu'elle fut passée. Il ne peut être question ici que de la désignation officielle de cette garnison et de son chef. Cat. Arch. Joursanvaull , I, 236, n° 1280. — V. également Coll, üupuy, Bibl. Nat., T. 774, f° 15, note sur Surienne, et de Beaucouht, ouv. cité, V. 425.
(3) Arch. Nat., K. 68, n° 29, original.
(4) Idem, K. 01, n° 37.
(5) V. P. J ., à la date.
RÈGNE DE CHARLES VII
L’abandon du château et son manque d’entretien durent contribuer grandement à le rendre minable, et, néanmoins, c’est cet immeuble que depuis Charles V jusqu’au début du règne de François Ier, nos rois sont peut-être venus habiter en s’en contentant tel qu’il était.
Nous disons « peut-être » car pour cette période, de Charles VII à François Ier, on manque absolument des éléments indispensables a une appréciation motivée. Le délabrement du château doit être la cause initiale du silence presque absolu fait sur les séjours des rois entre 1440 et 1514, l’année du mariage de Claude de France, fille de Louis XII, avec François d’Angoulême (François Ier, roi le 1er janvier 1515).
Il est donc parfaitement inutile de rechercher quelle pût être la vie châtelaine en cette résidence sous Charles VII : le hasard seul fera mettre la main sur le document révélateur, s’il en existe encore dans nos Archives.
Mais si le roi ne vint pas au château, il peut être intéressant de savoir quelque chose de son train de maison autre part, puisque aussi bien il l’aurait mené tel à Saint-Germain, s il y était venu. De la sorte, et de règne en règne, nous suivrons la marche ascendante des dépenses royales.
De I analyse des comptes de 1 hôtel de Charles VII, il ressort qu’aucun changement dans les usages comptables n était survenu depuis Charles V. Autre chose est l’état du trésor.
Sous Chai les VI et Isabeau de Raviere, ce tut un pillage éhonté pour satisfaire aux goûts de parvenue de la princesse bavaroise. Charles VII, encore dauphin, en 1421 et 1422, avait à ce titre un hôtel personnel doté d’un budget très important, et le jeune homme dépensait royalement.
En 1421 : budget inscrit, 161.947 L.; dépense, 217.971 L. = déficit, 56.024 L.
En 1422: budget inscrit, 245.821 L.; dépense, 335.723 L. = déficit, 89.902 L.
Une lois roi, le jeune Charles VII eut à compter avec les ressources nationales et non plus avec une dotation dont l’origine lui importait peu : ce fut la période des vaches maigres après celle des vaches grasses.
Laissons de côté les vingt-huit premières années du règne occupées par la guerre contre l’usurpation anglaise, et prenons seulement depuis l’année 1450. Les comptes sont d’une éloquence merveilleuse pour nous renseigner sur la misère générale.
Ainsi, du 1 octobie 1450 au 31 mars 1451, le budget de l’hôtel du Roi comprenait une maigre recette de 17.200 L. t. ! Il fallait parer à tout le service de la maison avec ces quelques milliers de livres. En 1422-25, le chiffre oscillait encore entre 20 et 25.000 L. et les comptes de l’hôtel de Marie d’Anjou, femme de Charles VII, reproduisent à peu de chose près le train de maison d’Isabeau.
Les 17.200 L. dont il s’agit étaient difficilement ramassées par miettes, et dépensées de même. Aucune recette en nature ne figure dans les mêmes comptes. Le libellé des articles est rédigé comme par le passé, mais l’émargement porte ce simple mot : néant.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Tout était dévasté, et, sans exagération, on se demande comment les deniers urgents pouvaient encore rentrer dans la caisse royale après les millions sortis du bas de laine du peuple et des bourgeois.
Aussi la dépense mensuelle se ressent-elle de cette gêne générale. Ce ne sont plus les 7.000 L. en moyenne que dépensaient les rois précédents; la maison du roi Charles VII est réduite à la portion congrue :
En octobre 1450 . 2.506 L. 13 s. 3 d.
En novembre 1450 . 2.413 1 3
En décembre 1450 . 2.554 16 1
En janvier 1451 . 2.513 4 6
En février 1451 . 2.204 7 1
En mars 1451 . 2.495 14 1
Les considérants énoncés par le trésorier de ces comptes de 1450 sont d’une clarté touchante :
« Recepte pour vins de garnisons (vins des domaines royaux envoyés pour le service « de l’hostel du roi), dépensés oudit hostel. Néant par le temps de ce compte pour ce que « durant icellui il n’y a eu aucun maistre de garnison (1); pourquoy on a convenu acliepter « de plusieurs personnes, vins dont les pris ont esté paiez par le maistre (de la chambre « aux deniers?) ».
« Autre recepte pour connilz (2) de garenne le Roy nostre Sire. Néant pom ce que « aucuns n’en ont esté aportez ou despensés oudit hostel durant le temps de ce compte, ne « aussi de tout le temps pendant que ledit maistre Guillaume du Bec a esté maistre de la « chambre aux deniers ». Cet article surprendra peu. Il s agit des lapins des gaiennes royales, envoyés régulièrement à l’hôtel du Roi. Depuis longtemps ces garennes avaient été dévastées par les Anglais, sinon par le peuple de France vivant anarchiquement.
cc Autre recepte pour dons et presans faiz au Roy nostre Sire durant le temps de ce c( présent compte en allant par ses villes et pais. Néant-ci , pour ce que aucuns dons ou pré- « sens n’ont esté faiz audit seigneur durant ledit temps ».
Et la réplique «Néant» revient comme un glas funèbre à la plupart des énoncés de sources de revenus alors taries. Et cela durait depuis le début du lègue de Charles VIL
Pour le personnel haut et bas, même recul, pire encore, puisque la plupart des titulaires ont été congédiés ou privés d’émoluments :
Gages des chevaliers bannerets : Néant.
Gages des notaires : Néant.
Clercs des requêtes : 150 L. t. par an.
Pour tous autres : Néant.
(1) Lisez : pas de régisseurs de ces domaines vignobles.
(2) Connilz, connins , lapins de garenne.
RÈGNE DE CHARLES VII
Dix ans plus tard, la situation était plus favorable : la recette montait à 27.830,9,1. Mais les incertitudes du passé avaient donné une leçon trop sérieuse aux prodigues d’antan, pour que le chiffre de 17.505 L. 18 s. 10 s. ne nous surprenne pas du côté de la dépense.
Dans ces comptes, il n’y a pas une mention de séjour à Saint-Germain. Les archives n’ont pas dit leur dernier mot, ne concluons pas.
Par le peu que nous avons pu produire touchant ce règne de Charles VII, si long cependant, on peut juger du véritable jour sous lequel le roi considérait son château de Saint-Germain : place de refuge, place avancée, jalon géographique d’un domaine contesté qu’il fallut reprendre pied à pied. De château de plaisance, maison de repos ! il ne fallait pas songer à aucun moment du règne.
Charles VII mourait le 22 juillet 1461, à Mehun-sur-Yèvre. Il se laissa, dit-on, mourir de faim par désespoir de la conduite du dauphin Louis, son fils, l’odieux Louis XI, dont les actes politiques étaient dirigés contre lui.
Dunois prit soin de la pompe funèbre et des derniers honneurs rendus au roi défunt et le compte des obsèques fut tenu par Tanneguy du Chatel, vicomte de Bellière, neveu du grand Tanneguy du Chatel, dont le nom est associé au souvenir du meurtre de Jean sans Peur, à Montereau.
Les détails de ce compte sont souvent bien curieux, on dirait humoristiques s’il ne s’agissait d’une chose aussi grave : 14.036 L. 16 s. 9 d. furent prévus pour les frais de ces funérailles.
Ce furent Jehan Rousteau, barbier du roi, aidé de Guillaume Herbède et de Jehan Moreau, barbier de Bourges, qui embaumèrent le corps, et Guillaume le Bourgne, apothicaire, fournit les «poudres, espices, etc., nécessaires à l’opération».
On employa 240 livres de cire pour les cierges des messes dites. 24 hanouars, porteurs de sel, reçurent à Saint-Denis le corps du roi, apporté de Mehun-sur-Yèvre à Notre-Dame-des-Champs, à Paris, par 40 serviteurs.
On babilla le corps d’une « chemise de taffetas » (de soie) de Florence changeons, à 2 escus l’aune, et d’un habit royal composé de « robbe et manteau de veloux bleu tiers poil » (16 aunes à 4 escus 1/2), « habit doublé de taffetas vermeil de Florence. Un béguin de toile de soie ».
L’habit était brodé de fleurs de lys en lil d’or de Florence, et frangé d’or.
Selon l’usage, on fit la statue du roi, pour le cortège officiel : par statue, il faut entendre le mannequin représentant, en effigie, le défunt, dont le visage fut moulé par « Jacob de Lictemont, paintre ».
Au total ou dépensait 18.295 L. 6 s. 10 d. (1).
Ce village de Mehun-sur-Yèvre avait vu le roi signer en décembre 1429 les lettres d’annoblissement octroyées à Jeanne d’Arc, à Jean d’Arc, son père; Isabelle, sa mère; Jacquemin, Jean et Pierre, ses frères ; et leur postérité (2).
(1) Cf. Le b er, XIX, 236.
(2) Arch. nat . , K 63, n° 9.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
§ Il
Louis XI
roi, le 18 Juillet 1461 — mort, le 30 Août 1483
Le nouveau règne ignore Saint-Germain comme séjour, même passager et l’on doit s’en réjouir à pins d’un titre.
Il ne paraît nulle part que Louis XI se soit inquiété de la demeure royale avant l’année 1472 (au mois d’août).
Le château était alors inhabité et la seigneurie de Saint-Germain aux mains du vidame d’Amiens, Jehan d’Ailly, chevalier seigneur de Piqueny, de Rayneval et de la Rroye. Ce seigneur ayant retenu « certaines grosses sommes de deniers » dûs an roi, celui-ci envoya à Saint-Germain ses commissaires examinateurs de la chambre des comptes accompagnés de deux capitaines des archers et des arbalétriers de la Ville de Paris, pour faire rentrer chacun dans le devoir. Cela fut exécuté du 8 au 20 août 1472, et nous savons par les comptes de l’ordinaire de la prévôté de Paris le coût de l’opération : 52 L. 13 s. 4 d. p., et même les noms Fig. 76. — Louis XL des capitaines : Jehan de Chartres,
pour les arbalétriers ; et Pierre Rraque, pour les archers (1). Puis, le château fut rendu au vidame d’Amiens. Voilà l’explication toute naturelle de la non apparition de Louis XI dans notre ville.
Combien de temps cet état dura-t-il? Nous ne le savons pas; toujours est-il qu’au mois de septembre 1482, à l’extrême fin du règne, le roi signait au château de Plessis-lès-Tours une donation de la seigneurie de Saint-Germain, Poissy, Triel et dépendances, au profit de son célèbre médecin Jacques Coictier, et en novembre suivant une autre donation, au même personnage, de la Conciergerie du Palais, à Paris, avec toutes les prérogatives et privilèges exorbitants y attachés (2).
Philippe de Commynes qui fut le confident et le bras droit du roi ne dit rien explicitement de ces dons, mais il les laisse deviner implicitement :
(1) V. aux P. J. à l’année 1472.
(2) V. aux P. .1. les pièces en question.
RÈGNE DE LOUIS XI
a Maistre Jacques [Coictier] touchait « chascun moys diz mil escus » et le roi le comblait ainsi: « espérant qu’il lui alungeast la vie (1), et aultres offices et terres pour luy et ses « amis ». Ces derniers mots contiennent sans doute une allusion au domaine de Saint-Germain-en-Laye.
Louis XI faisait plus que craindre son médicin: Commynes écrit que ce maître Jacques « espouventait le roi » par ces mots: « Je scay bien que ung malin vous m’en « envoyrez comme vous f aides d’autres; mais par la... {ung grant serment qu'il juroit ) vous « ne vivres point huyt jours après ».
Très malin le sieur Coictier : sans prolonger d’une seconde la vie du Roi, il garantissait la sienne et dut s’estimer bien heureux que son seigneur et maître ne l’envoyât pas à la potence au moment où il se sentit mourir, pour justifier au moins en partie la prophétie du bonhomme de la Faculté.
J. Coictier s’il n’eut pas à compter avec la main vengeresse du Roi, eut du moins à le faire avec celle plus rancunière de ses anciens collègues de la chambre des comptes qui ne lui pardonnèrent pas sa scandaleuse réussite auprès du monarque terrorisé parla peur de la mort.
On voit en effet qu’en 1484, Pierre Quatre-Livres — un singulier nom — procureur du roi au Châtelet fut chargé de poursuivre (2) l’annulation de toutes les donations laites par le leu roi. Le procureur réussit à amener Coictier à une transaction concernant l’office de la Conciergerie du Palais. Coictier n’ayant jamais rien touché des revenus de cette charge consentit à transiger pour« cent francs parisis » l’abandon de ses privilèges. Quant à la seigneurie de Saint-Germain, il paraîtrait que le malin docteur sut détourner l’orage en avançant au nouveau roi, Charles VIII, la somme de cinquante mille écus dont le Trésor avait un fort grand besoin.
Le domaine de Saint-Germain n’intéressa pas autrement le roi Louis XL
A notre château de clair soleil, Louis XI préférait sa maison inaccessible aux bruits du dehors: Le Plessis-du-Parc-lès-Tours répondait mieux aux vues et aux goûts sournois du triste sire. Saint-Germain, tout féodal qu’il fût resté, même après sa reconstruction par Charles V, entre 1364 et 1368, tout délabré qu’il dût être après vingt ans d’occupation étrangère et de manque d’entretien, se trouvait placé trop près de la rue d’où le peuple peut en quelque sorte surveiller son roi. Ce séjour saint-gei manois était d un accès trop lacile pour cet oiseau de nuit et de proie qui ne se plaisait qu avec des êtres faibles, surtout des obligés, et mieux encore avec ses chiens qu il logeait dans sa propre chambre. Cette cohabitation animale avait d’ailleurs un autre but: celui déposséder à toute heure une garde fidèle et féroce! Sait-on jamais ce qui peut arriver? Avec ces lévriers qu’il soignait lui-même, Louis XI pouvait compter sur un attachement aveugle.
« Pour tous plaisirs — écrit Philippe de Commynes (3) — il aymoit la chasse et les oyseaulx en leurs saisons, mais il n’y prenoit point tant de plaisir comme aux chiens ».
(1) Commynes, Mémoires , L. VI, ch. XI. Ed. Mandrot, II, 73.
(2) V. Ord. de la prévôté de Paris, 1484, dans Sauvai., III, 449.
(3) Mémoires, L. VI, ch. XII. Ed. Mandrot, II, 83.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Et, en effet, son « plaisir » n’était-il pas de suivre des galeries du château de Plessis-lès-Tours, témoin de ses frayeurs, une chasse improvisée dans le parc même du château, où cent chiens à moitié sauvages harcelaient et déchiraient vivant un sanglier (1). Pourtant il fut grand chasseur et fort entendu en ce sport, au dire des contemporains.
Un fond de barbarie subsistait donc en cet homme qui avait peur de son ombre, et ne se serait pas mis en route sans avoir « offert à sa dévocion » un cierge de cent et quelques livres à « Madame Marie », ou « un chien de cire de XII livres » à « Monsieur Saint Martin (2) ».
Bassesse et cruauté doublées d’une forte dose de superstition, née de la peur de l’inconnu, sont des signes caractéristiques de cette époque, au moins autant que de la mentalité du monarque.
Mauvais fils, mauvais époux, mauvais père, le Louis XI premier artisan de l’unité nationale peut captiver l’historien de sa politique, mais nous n’avons pas à le connaître sous ce jour: c’est l’autocrate que nous cherchons à pénétrer dans sa vie privée.
Un homme, roi ou manant, ne saurait se refaire. Partout donc où le roi aurait habité, — comme partout où, de fait, il a résidé, — au Plessis-lès-Tours comme à Saint-Germain, il aurait été le même homme. A Saint-Germain il aurait traîné après soi le cortège inséparable des instincts cruels et de la duplicité perfidement mise en œuvre que sa nature distillait goutte â goutte.
S’il avait jeté son dévolu sur Saint-Germain au lieu de le porter sur le Plessislès-Tours, les sous-sols de notre château (3) seraient aujourd’hui un but de promenade à la recherche des coins obscurs où Louis XI serait venu repaître ses yeux des supplices atroces qu’il infligeait à ses ennemis supposés ou réels.
En lisant certains historiographes, on serait tenté de croire que leur imagination a grossi le bilan criminel du roi. Malheureusement, il n’en est rien.
Nous possédons des fragments de comptes qui corroborent pleinement ce que Philippe de Commynes, homme froid et véridique, ne craint pas de révéler des actes monstrueux de son maître. Une preuve de la véracité de Commynes se tire d’une phrase de son récit ; il s’agit de lui-même et sa bonhomie n’en est pas altérée :
« Plusieurs, depuys, l’ont maudit (le roy) et moy aussi qui en ay tasté soulz le roy « de présent, iiuyt moys! »
Et de quoi s’agit-il? Oh! de bien peu de chose en vérité, comme répond le chien du fabuliste â propos de la trace du collier, signe de son esclavage. Lisez :
(1) V. Compte 4e de Pierre Symart, 1478-1479 : « à Jehan le Houx pour deux sangliers vifs pour chasser à ses chiens et lévriers dedans le Plessis du Parc », transcrit par Douet d’Arcq. Comptes de l’hostel, p. 357.
(2) Idem, p. 353.
(3) Sous François Ier, le sous-sol du donjon était appelé « la prison », mais nous n’avons trouvé trace que d’un seul cas d'emprisonnement en ce lieu.
RÈGNE DE LOUIS XI
« Il est vray qu’il (le roi) avoit la ict de rigoureuses prisons comme caiges de fer et « d’autres de boys couvertes de platz (I) de fer par le dehors et par Je dedans, avecques « terribles serrures, de quelques huyt piedz de large et de la haulteur d’ung homme et pied
« plus (6 pieds). Le premier qui les devisa (imagina) fut Lévesque de Verdun qui en la pre-
« mière qui fut faicle fut mys incontinent et y a couché quatorze ans (2). Plusieurs « depuys, etc... ». Voilà ce dont « avait tasté huyt mois » le brave Commynes !
Les fers décrits par le même annaliste se retrouvent dans les « comptes » avec
une description semblable : Commynes n’exagérait donc pas en détaillant (3) :
« Fers, faits par des alamans, très pesans et très horribles pour mettre aux piedz; et « estoit ung anneau pour mettre ung pied seul, mal aisé à ouvrir, comme ung carcan, la « cheyne grosse et pesante et une grosse hou Ile de fer au bout, beaucoup plus pesante qu’il « n’estoit de raison ne qui n’appartenoit, et les appelle l’on les fillettes du Roy ».
Rien ne manque à l’énoncé, pas même l’ironie cruelle du surnom donné à l’engin (4).
Ouvrons maintenant le compte 4e de Pierre Symart, notaire et secrétaire du roy nostre Sire, du 1er août 1478 au 30 septembre 1479 :
« Baillié, à maistre Laurens Volvic, canonier dudit seigneur, pour ungs grans fers « trampez à double fereure, et une grant chesne à sonnecte au bout qu’il a faiz et livrez ou « mois de mai (1478) pour enferrer Messire Lancelot de Berne = 31 L. t. — Pour deux fers « à grans chesnes et boulles pour enferrer deux prisonniers d’Arras que gardoit Henry de la « Chambre = 0 L. t. — Pour ungs fers riuez à cliascun une chesne et une boude pour
« deux francs archiers — 6 L. t .
« — Pour ungs fers rons à crampes à chesne longue et une sonnete au bout et un brasselet
« à bouter deux hommes ensemble pour garder de nuit — 13 L. t .
« — Pour ungs fers à bouter les deux bras, les jambes, et à bouter au col et parmy le corps
« pour ung prisonnier = 25 L. t .
« — Etc., etc..., le tout montant à 269 L. 12 s. 6 d., payé le 15 avril 1479 ».
Et plus loin :
« A maistre Laurent Volvic... pour avoir fait faire au Plessis du Parc trois forges à faire « une caige de fer (pie ledit seigneur (roi) y avait ordonné faire faire, ci 15 L. 3 sols .
Dans le compte sixième du même trésorier, on retrouve l’inévitable Laurent Volvic livrant cette fois au maistre d'hostel de la reine des instruments de même sorte: chesnes, boules, sonnettes, etc... La reine était à ce moment (1481) Charlotte de Savoie.
(1) Plaques, bandes de fer plat.
(2) V. dans Sauval, III, 428, le détail de la cage faite à la Bastille pour ledit évêque, Guillaume de Itaraucourt. — V. Idem , p. 432, le détail des réparations faites aux instruments de supplice des Halles.
(3) L. VI, ch. XI. Ed. cit., p. 78. T. II.
(4) Cf. Arch. hist. arlist. et liltér. par Charavay, I, p. 303, sur le même sujet.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Rapprochons ces gentillesses royales de ce bon mouvement révélé par l’article suivant :
c( A Jean du Reffon maistre d’hostel dudit seigneur pour avoir fait mener en une lic- « tière et par eaue depuis les Forges jusques à Tours, ung chien courant qui estoit malade : « cy 54 sols 4 deniers tournois ».
Comment douter de la bonté d’un tel monarque.
Louis XI avait donc le cœur sensible, puisqu’il avait un tel amour d’« ung chien courant malade » au point de le faire transporter en litière et par eau, pour lui éviter les cabots d’une route rabotteuse. Pour les gens, il les aimait tellement aussi, qu’il les voulait tout près de lui et les mettait en cages de fer pour les empêcher de céder à la tentation de le fuir: tendresse à la Néron. J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer.
Il lui appartenait bien en vérité de faire fabriquer par « J. Blot menuysier demeu- « rant à Tours un tabernacle de boys ouvré pour mecttre en icelny ung yrnage de Nostre « Dame en la chappel le de Plessis du Parc, cy 24 L. 1 s. 3 d. » et de faire peindre ce tabernacle « de feu or et azur, par Jean Bordichon painctr'e (1), cy 20 L. 17 s. 1 d. » et d’acheter « à Jehan Galant, 0 douzaines d’anelelz de léton dorez de fin or pour mestre ès
« loges de ses oyseanlx, cy 60 sols tournois » .
et encore, d’acheter à « Estienne Veau, demeurant à Tours ung cierge de 152 livres de cire « pour offrir et présenter à sa dévocion devant Notre Dame de Pitié à Tours, cy 38 L., etc... ».
La pitié eut dû germer plutôt dans sa conscience accommodante, à la vue des tortures physiques et morales qu’il infligeait à ses prisonniers. Mais non, tel un chat mordillant à petits coups de dent sa victime et savourant ses spasmes ultimes, tel le sinistre individu savourait ses odieuses vengeances en allant visiter de temps à autre les malheureux encagés mourant à petites doses. Chez Louis XI ce plaisir se doublait d’une douce quiétude, car il savait n’avoir rien à redouter dans l’avenir de la part de ces infortunés.
Une telle bassesse s’accompagne généralement d’une lâcheté innée. Chez le roi, c’était l’idée insupportable de la mort qui le suivait partout comme un spectre invisible dont il sentait la main crispée sur tout son être.
Commynes, en son style si imagé, a peint cet état d’âme de Louis XI : et comme « avant mourir il (le roi) se trouva en semblables et plus grandes, et en aussi grans paours « (peurs) et plus grandes que ceulx qu’il y (en prison) avait tenu/. ». Mais en bon courtisan, le même biographe ajoute qu’il espère bien que cet état de remords a été compté au roi « pour partie de son purgatoire! » Nous sommes moins généreux que Commynes. Nous le serions autant que lui si le Roi avait eu le remords de ses crimes, et c’est précisément ce dont il ne se soucia jamais.
Nous avons tenu à citer les sources des on-dit sur la réputation déplorable acquise par Louis XI aux yeux de la postérité; nous n’insisterons pas davantage sur sa psychologie.
(1) Un des pins célèbres peintres du XVe siècle.
RÈGNE DE CHARLES VIII
Dans les mêmes comptes, nous relèverons cette mention très intéressante: « Payé à Loys Boutart, paslier (fabricant de pelles) : Deux grans paelles d’airain et deux moïennes, à faire chauffer les baings dudit seigneur (le roi) = 9 L. 11 s. 8 d. t. » — On sait que les baignoires étaient en lames de bois cerclées comme des cuves ordinaires, mais de forme allongée; Isabeau, on l’a vu, fit transporter ses baignoires de Vincennes à Saint-Germain. Ce que l’on ignorait, c’était de savoir comment l’eau chaude était mise dans ces cuves. On voit ici que Louis XI employait le procédé des sauvages de tous les pays, lesquels font bouillir l’eau en y jetant des pierres chauffées; Louis XI se servait de pelles d’airain préalablement chauffées, que l’on plongeait dans 1 eau. On se souvient que Charles V avait une « pomme d'argent à chauffer mains
en nyver ». àaint-liermain n eut pas le doi était une maison de plaisance, et non
Fig. 77. — Charles VIII.
d exciter la curiosité du roi. Notre château une succursale du palais d’injustice que Louis XI n’eut pas manqué d’y inaugurer.
Aucun acte connu de ce roi n’a été signé à Saint-Germain; par contre, trois pièces concernant le prieuré sont mentionnées aux dates respectives des 15 mars 1465, 30 mars et 5 août 1473.
Louis XI avait épousé à Tours, le 25 juin 1436, Marguerite d’Ecosse, qui mourut le 16 août 1445. En 1446, Louis encore dauphin, se retira en Dauphiné et, en 1448, il engageait les pourparlers de son second mariage projeté avec Charlotte de Savoie, malgré l’opposition de Charles VII, son père. Cette deuxième union fut consommée le 9 mars 1451 à Chambéry (1). Le roi mourait le 30 août 1483, à 8 heures du soir, au château de Plessis-lès-Tours, son repaire de prédilection.
§ III
Charles VIII
roi, le 30 Août 1483 — mort, le 7 Avril 1498.
Charles VIII roi, c’est Anne de Beaujeu, sa sœur, reine effective pour les huit premières années de son règne.
(1) V. Mémoires de Philippe de Commynes , Ed. Mandrot (Picard, 1903).
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Charles VIII n’est venu que rarement séjourner à Saint-Germain et l’on ne voit pas qu’il y ait rien entrepris. Sa première apparition au château est actuellement fixée au 22 décembre 1487. Mais on sait qu’il fut à Poissy en 1485, 1487, 1488, 1489, 1492, 1493.
Une lettre, datée de Laval, 20 octobre 1487, et dans laquelle il dit que Saint- Germain est une place belle el bien aérée, s’explique par le lait même que, étant a Poissy, en 1485, il n’a pas manqué de venir au moins en promenade ou en partie
de chasse de notre côté dans la forêt de Laye.
Les autres séjours au château se placent aux dates suivantes :
7 mars, 8, 9, 15, 16, 17 mai 1493; 13-14 janvier 1493 (1).
Le grand acte de la régente, sa sœur, fut le mariage du jeune Charles avec Anne de Bretagne. Digne fille de Louis XI par le sens politique, mais sans cette inclination perverse à faire souffrir son entourage pour mieux le dominer, Anne de Beaujeu eut la main heureuse dans la solution des difficultés de la politique nationale. Charles VIII paya d’ailleurs de sa personne en maintes circonstances et les événements l’ont, éloigné de Saint-Germain plus souvent qu’il n’eut voulu peut-être.
Il mourait le 7 avril 1498 sans postérité, et laissait le trône à son cousin, Louis d’Orléans (Louis XII).
§ IV
Louis XII
roi, le 7 Avril 1498 — mort, le 1er Janvier 1515.
Le règne de Louis XII ne fait que prolonger celui des deux derniers rois. On sent que dans la famille on ne devait guère parler du séjour de Saint-Germain. Peut-être l’état de l'immeuble était-il peu engageant; mais, d autre part, on sait que Louis XII fut en déplacements fréquents hors de notre région. Y vint-il après son sacre en 1498, comme on le dit?
(1) D'après Petit, Séjour des rois dans Bull. Inst, et philo!., Leroux, éditeur.
RÈGNE DE LOUIS XII
II était au château en 1514, de mai à juillet environ, puisque nous connaissons des lettres de ce moment, des traces de paiement pour travaux locatifs, et que, au surplus, il y mariait le 18 mai sa fille Claude avec François d'Angoulême qui, sept mois plus tard, le 1er janvier 1515, lui succédait comme roi de France sous le nom de François Ier. L’opération n’avait pas été aisée à mener à terme, et comme c’est un souvenir local intéressant, nous sommes tenu par cet intérêt même à en dire les particularités sans hésiter à remonter un peu loin dans le passé.
Louis XII avait épousé en 1476 Jeanne la Boiteuse, fille de Louis XI et sœur de Charles VIII. Il l’avait répudiée (1) en 1498 pour épouser en secondes noces Anne de Bretagne (2), devenue veuve du même Charles VIII, c’est-à-dire sa belle-sœur. Anne de Bretagne changeait donc de mari sans quitter le trône. Louis XII était adroit en cette circonstance, mais il paya cette finesse diplomatique d’une servitude morale qu’Anne de Bretagne, beaucoup plus line et autoritaire, lui imposa. Ils eurent une fille, Claude, en 1499, et aussitôt les projets de mariage de germer. L’enfant était encore au berceau qu’on imaginait de la fiancer à l’infant don Carlos (plus tard Charles Quint). Louis XII en signant bientôt les lettres d’engagement en ce sens, rédigeait en même temps, à l’insu d’Anne de Bretagne, d’autres lettres constatant que les premières n’étaient pas librement consenties et que sa volonté était de n’avoir pour gendre, un jour, d’autre prince que François d’Angoulême (3). Anne de Bretagne, on le sait, redoutait les « bêtises de ce gros garçon ». Il n’importe.
Louis XII était d’accord avec les États réunis à Tours, en mai 1506, avec les hauts personnages de la Municipalité de Paris (v. Registres du Bureau de la ville, année 1506), avec Louise de Savoie, mère du gros garçon (4), et les deux jeunes gens, en prenant de l’âge, se convinrent: il n’y avait plus qu’à attendre le moment favorable. Anne de Bretagne mourait à temps (5), et tandis que Louis XII, libéré de sa tutrice tu partibus, jetait son dévolu sur Marie d’Angleterre, de 32 ans plus jeune que lui, l’union projetée entre François et Claude recevait sa consécration officielle le 10 mai 1514, au château d’Amboise, où François résidait avec sa mère.
Du château d’Amboise, François partit « incontinent... bien accompagné , dit Fleuranges (6), et vint à Saint-Germain gui est un fort beau château à cinq lieues de Paris, beau
(1) V. Bib. nat. Ms. f. fr., 4757, f° 68, la sentence du pape Alexandre VI portant dissolution du mariage.
(2) Contrat de mariage du 7 janvier 1498 à Nantes. Bibl. nat. Ms. f. fr., 3907, f° 169 et 173.
(3) V. Fleuranges, ch. XV. Les pièces officielles de cette affaire sont aux Arch. Nat., carton J. 951.
(4) Fleuranges nous a conservé le détail des jeux de François Ier, enfant, élevé à Amboise: Escaigne, jeu de ballon à main qui se jouait avec une sorte de massue en bois recouverte de plomb; tir à lare; tir avec la serpentine avec flèches sur une cible fixée sur une porte; grosse boule, du volume d’un tonneau, on la poussait avec une poignée d’étain et l’avant-bras garni d’un bracelet d’étain retenu par des courroies bardées de fer; assaut d'une forteresse défendue à coups d’épée; joutes et tournois à selles désanglées; chasse aux cerfs et aux bêtes sauvages.
(5) Le 19 janvier 1514, à Blois. Fleuranges dit à ce sujetqu’elle mourut à Blois, de la pierre, et que « ce feust une grande perle à plusieurs. Et qui en feust bien aise, ce feust Monsieur d’Angoulême pour ce qu’elle lui estoit bien contraire en ses affaires ». Chap. 41.
(6) Mémoires , ch. 42, dans Michaud, Poujoulat, T. V., p. 43.
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parc et belle chasse . Et luy arrivé au bout de quatre jours après f eurent laictes les nopces les plus belles que vis jamais ; car il y avait dix mille hommes habillés aussi richement que le roi ou que Monsieur d’Angoulesme qui estait le marié; et pour l'amour de la /eue royne, tout le monde estoit en deuil, et ne feust pas changé d’homme ni de femme pour ledicl mariage (1) ».
Ne nous montrons pas exigeants plus qu’il ne convient, et contentons-nous de cette courte notice: Fleuranges n’est pas narrateur. Du marié lui-même, cet annaliste nous dira que c’était un gros prince pouvant faire beaucoup de bien à ses serviteurs, et que le Roi lui baillia auparavant le duché de Valois et le duché de Bretagne, mais ce ne fut pas sans se faire tirer l’oreille. François Ier, en somme, assurait définitivement l’union de la Bretagne à la couronne pendant qu’il en était temps, car tout était à craindre du troisième mariage projeté alors entre son beau-père et la jeune Marie d’Angleterre, sœur d’Henri VIII, roi d’Angleterre (2). François Ier ne voyait pas d’un très bon œil cette folie quasi-sénile de Louis XII qui pouvait lui coûter le trône de France, tout simplement, si un fils était né, quelques mois plus tard, de cette sotte union.
On vit bien dès après la mort de Louis XII, à quel degré François redoutait l’ évènement en question, dans les scènes qu’il fit à Marie, sa belle-mère, de deux ans plus jeune que lui, pour l’obliger à convoler en justes noces avec le duc de Suffolk, qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer, quoique épouse du roi de France. François Ier se débarrassa d’elle aussitôt qu’il le put, en feignant une colère un peu surfaite au sujet de cette passion fort excusable en principe.
(1) On trouve dans les comptes de l’ordinaire de la Ville de Paris deux mentions de travaux payés pour aménager le château, l'une en vue de la réception de François 1er, l’autre à propos du mariage subséquent de Louis Xll avec Marie d’Angleterre. (V. Salival, III, p. 592).
(2) V. Fleuranges, ch. 41. Le mariage eut lieu à Abbeville, en octobre 1514 et deux mois et demi plus tard, le roi, déjà condamné par ses médecins, mourait à Paris, au château des Tournelles, le 1er janvier 1515, laissant le trône à son gendre, faute d’héritier direct apte à lui succéder. Mais ce n’est pas comme gendre que François recueillait la succession royale, c'est comme cousin issu de germain, à défaut d’autre parent plus proche: