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CHAPITRE QUATRIÈME

François Ier

roi, le 1er Janvier 1515 — mort, le 31 Mars 1547

François Ier au Chateau de Famille (1515-1539)

Préliminaires. — L’histoire du château royal sous le règne de François Ier se divise en deux périodes inégales.

La première embrasse les années, de 1515 à 1539, pendant lesquelles le Roi habite simplement le vieux château de Charles V, sans entreprendre aucun changement radical de l’immeuble. S’il y eut des fêtes à Saint-Germain, entre 1515 et 1539, elles ont été données dans cette antique demeure. Ceci doit être, dès l’abord, bien fixé dans la mémoire de chacun.

La seconde période embrasse les années, de 1539 à 1547, pendant lesquelles le Roi, ayant fait jeter bas le vieux château en question, donne tous ses soins à la construction d’un nouvel édifice qui, dans l’histoire, porte le dénominatif architectural de : Château de la Renaissance (1).

François Ier, pendant ces vingt-quatre années de la première partie de sa vie de roi (1515-1539), a déployé une activité fébrile: rien ne lui échappait. Toujours par monts et par vaux, il voulait tout voir, tout connaître, tout juger par lui-même.

C’est ainsi que, pour mieux réussir, il a joué de tout ce qui était à sa portée, personnages, membres de sa famille, etc., comme s’il avait eu en mains un jeu de cartes vivantes. Cette conduite nous impose de faire défiler sous les yeux du lecteur les personnages en cause, afin qu’on les reconnaisse plus aisément dans l’avenir, puisque c’est â Saint-Germain même que François Ier, joueur infatigable, les a poussés tour à tour, et en tous sens, sur l’échiquier de sa politique.

(1) Ce sera le sujet du Livre IIIe commençant le Tome IIe de cet ouvrage.

LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS

En 1515, an 1er janvier, jour de la mort de Louis XII au palais des Tournelles, la famille royale groupée autour du nouveau roi François Ier, âgé de vingt et un ans, se compose essentiellement de :

Claude de France, la jeune reine âgée de seize ans, 111 1 e aînée de Louis XII et d’Anne de Bretagne (décédée à Blois le 9 janvier 1514). — Claude avait épousé François d’Angoulême, le 18 mai 1514, à Saint-Germain.

Louise de Savoie, mère du roi François, et son plus ferme soutien lorsque, au cours d’absences prolongées, son fils lui confiera la régence du royaume.

Marguerite de Valois, sœur du roi, devenue duchesse d’Alençon, par son mariage avec Charles, duc d’Alençon, en 1509. — On la retrouvera en 1527, veuve du duc d’Alençon, épousant en secondes noces, à Saint-Germain, Henri II d’Albret, roi de Navarre. De leur mariage naîtra à Saint-Germain, Jeanne d Albret, la future épouse d’Antoine de Bourbon et, par lui, mère de notre roi Henri IV.

Renée de France, sœur cadette de la reine Claude, belle-sœur du roi François, orpheline âgée de six ans.

A côté de ce groupe familial, on aperçoit quelques instants, au début du règne, Marie d’Angleterre, reine douairière de France, alors âgée de dix-sept ans, veuve de Louis XII, dont elle avait été deux mois et demi l’épouse en troisièmes noces (1). Elle disparaîtra de la cour en avril 1515 après une scène d’explications orageuses de la part du roi François, trop heureux de se débarrasser d’une belle-mère dont le mariage in extremis avec Louis XII ne le rassurait qu’à moitié sur le succès de ses droits personnels au trône. La jeune femme combla d’autant plus facilement les vœux du Roi, qu’elle avait, de longue date, témoigné d’une inclination assez marquée pour la personne de Charles Brandon, duc de Suffolk(2), son cavalier d’honneur lors de son mariage avec Louis XII.

Enfin, comme prolongement de la famille, on entrevoit dès le courant de l’année 1515, et pour l’année même, la naissance d’un enfant royal :

Louise, née à Amboise le 19 août 1515, sœur aînée de six autres enfants qui s’échelonneront assez régulièrement au cours des années suivantes.

Ce seront: Charlotte, née à Amboise le 25 (?) octobre 1516 ;

François (3), né à Amboise le 28 février 1518 ;

Henri, né le 31 mars 1519;

Madeleine, née le lü août 1520; Charles, né le 22 janvier 1522;

Marguerite, née le 5 juin 1523.

(1) Mariage célébré à Abbeville le 9 oclobre 1514. (V. Règne de Louis XII).

(2) Elle l’épousa secrètement le 15 mars 1515, dit Louise de Savoie. (V. son Journal). Elle ajoute que SulTolk était un « homme de basse condition ». Le nom de Marie revient de temps à autre dans les comptes du règne, à titre de pensionnaire du trésor royal.

(3) Premier dauphin, mort à Tournon le 10 août 1536, à 18 ans et cédant le titre de dauphin à son second frère Henri, qui sera notre Henri II, roi de 1547 à 1559. (V. Félibien, Hist. Abb. de Saint-Denis , p. 388).

RÈGNE DE FRANÇOIS Ier

Ces quatre derniers sont, à nos yeux, de vrais enfants du pays, car le roi et le berger sont égaux devant la Nature (1).

Tels sont les acteurs du drame politique, souvent tragi-comique — sauf poulies intéressés — qui occupera la scène de notre historique.

Actes Politiques du Règne

Première Période, 1515-1539. — Les préoccupations qui, dès son accession au trône assaillirent le jeune roi, éloignèrent, pour un temps, de son esprit le souvenir du château de Saint-Germain, où le 18 mai de l’année précédente s’étaient déroulées les fêtes de son mariage avec Claude de France.

Quatre années, deux mois et quinze jours exactement, du 1er janvier 1515 au 15 avril 1519, s’écouleront avant que François Ier revoie cette contrée qu’il avait appris à aimer comme nous l’aimons nous-même pour ses sites ravissants, sa forêt admirable, si paisible et si sûre (2), alors terrain de chasse merveilleusement giboyeux.

Certains historiens ont parlé d’un retour du Roi sur ses terres de Laye (3), dès l’année 1516, paraît-il! Cela est douteux, attendu que les séjours du règne sont établis jour par jour et le Roi n’a pas pu séjourner de ce côté avant l’année 1519.

Roi le 1er janvier, sacré à Reims le 25 du même mois, il revient vers la capitale en faisant le détour par Compiègne, où il s’arrête sept jours (1er au 7 février) et commence, là même, la série de ses étonnantes combinaisons. Il est clair qu’il vise en secret à devenir un jour le premier monarque de l’Occident et qu’il s’ingéniera à manœuvrer en conséquence. L’ennemi à redouter, ou l’ami à conquérir, peut se trouver indifféremment du côté de l’Angleterre ou du côté de l’Autriche. Il s’agit donc de neutraliser les mauvaises dispositions d’où qu’elles viennent, et, si possible, d’opposer les deux adversaires pour profiter de leur mésintelligence: la diplomatie du monde dit civilisé n’a jamais vécu que de ces mensonges.

Le moyen le plus à la portée du Roi de France est d’annihiler le mauvais vouloir de ses opposants en les liant par l’un de ces mariages dictés par l’intérêt des cours princières. François n’a, en 1515, qu’un seul membre de sa famille qui soit disponible: qu’à cela ne tienne! Ce parent n’est qu’une fillette de six ans, une orpheline dont il est le protecteur naturel, elle s’appelle Renée de France! Va pour Renée, en attendant un autre sujet disponible, et, le 5 février, le beau-frère de la fillette don-

(1) V. Eclaircissements IX et XI pour les détails biographiques sur chacun des membres de la famille royale de François Ier.

(2) De mémoire d’homme on n’a pas connaissance d’animaux dangereux, loups, vipères, etc., dans la forêt de Laye; celle de Fontainebleau a sur la nôtre cette malencontreuse supériorité.

(3) A Carrières-sous-Bois, dit-on. Rien ne nous l’a démontré. Le roi était à Paris du 4 au 21- 22 octobre 1516. Est-il venu en excursion d’un jour, à Saint-Germain?

LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS

nait, comme Roi de France, pleins pouvoirs de traiter en son nom de Roi, le mariage de l’enfant avec Charles, prince d’Espagne, archiduc d’Autriche (1).

François avait-il dès lors le secret dessein de lier les mains de son beau-frère en expectative pour le jour où, par la mort de Maximilien, souviiiait la succession au titre d’empereur? On peut le supposer. Cette affaire de mariage étant réglée, ou considérée comme telle, le Roi signait à Paris les pièces relatives à l’union projetée et se préparait à partir pour la fameuse campagne d Italie. Il y partait bientôt, en effet.

Pendant son absence, une fille, sa première née, Louise, avait vu le jour à Amboise, le 19 août. Cette naissance changeait-elle les projets du Roi de France ou ceux de l’archiduc Charles?

Ceux du roi, à coup sûr, puisque étant à Lyon, en juillet 1516, il y signait de nouvelles lettres, donnant pleins pouvoirs de traiter en son nom du mariage de sa fille Louise avec le même archiduc Charles, devenu Charles F', roi d Espagne. Des pourparlers, des engagements, traités, serments, etc., de 1 année précédente conceinant Renée de France, rien ne subsistait plus: Louise, quoique dans la première année de son âge, était substituée à Renée. Et l’on recommençait toute la série des actes nécessaires (2). La mort inopinée de l’enfant en 1518 mit a néant celte immorale combinaison (3) par laquelle François Ier avait sans doute pensé mieux dominer un gendre qu’un beau-frère.

Au moment où ces opérations se poursuivaient avec plus ou moins de sincérité de part et d’autre, en octobre 1516, une seconde (î lie, Charlotte, naissait a Amboise, le 23 (ou le 25) de ce mois. De cette enfant, ou sait tort peu de chose. Elle inouï ut (4) en 1524, à l’âge de huit ans.

Avec l’année 1517, l’arrière-pensée — pour nous, probable — de François Ier va se préciser mieux encore que par le passé. Ayant substitué sa ü lie Louise a sa bellesœur Renée comme fiancée de Charles d’Espagne, Renée se trouvait, de ce tait, disponible. François l’engagea alors à Joachim II, fils de l’électeur palatin, marquis de Brandebourg. Etait-ce une voix gagnée à son éventuelle candidature impérialiste? François Ie1' le croyait et y comptait. Ceci se passait à Abbeville le 26 juin 1517.

En 1518, le 28 février, naissait à Amboise un troisième enfant, le Dauphin désiré, François; on le baptisait le 25 août suivant (5). Le Roi toujoms piessé de se ménager des appuis entamait, par mandataire, dès le 31 juillet, des négociations poui

(1) C’est le futur Cliarles(-Quint), roi d'Espagne en 1516 et Empereur en 1519. Sous Louis XII ce mariage avait déjà été préparé: c’est l’excuse que l’on peut accorder au roi François Ie1. (V. traité des 1er décembre 1513 et 24 mars 1514. Bib. Nat., Mss. IV. 2749, fos 37 et 48).

(2) Le nouveau traité de mariage fut signé à Noyon le 13 août 1516, ratifié par François Ier à Amboise, le 29 septembre, et par Charles, à Bruxelles, le 29 octobre. ( Arcli . Nat., J. 62).

(3) Charles d’Espagne avait alors 15 ans. Il épousait en 1526 Isabelle, fille d’Emmanuel le Fortuné, roi de Portugal, née en 1503.

(4) Presque en même temps que sa mère, la reine Claude, morte à Blois le 26 juillet 1524. — Il fut question de marier Charlotte avec Jacques d’Ecosse : traité de mariage signé le 26 août 1517. (V. B. N. Coll. Dupuy, vol. 267, p. 273).

(5) Coût de la fête : 7.253 livres, 18 sols, 1 denier.

RÈGNE DE FRANÇOIS Ier

marier ce bébé avec la princesse Marie d’Angleterre, fille d’Henri VIII, née trois ans auparavant, en 1515 (1). Singulières fiançailles d’un poupon de cinq mois avec une gamine de trois ans, et plus singulières encore si l’on songe que, le 19 mai précédent, François 1er avait ratifié, à Amboise, un traité passé avec Frédéric, héritier du trône de Norwège, pour être pourvu de vaisseaux et de troupes, « en cas d’une guerre avec Y Angleterre ou toute autre nation ».

Comme l’exigeait le protocole, tous les actes concernant l’union projetée furent échangés l’année suivante. Le cours des choses devait suivre sa pente naturelle, glissante, surtout au début de l’année 1519 et les opérations du mariage anglais, non plus que celles du mariage espagnol, n’étaient d’aucun poids dans la balance des partis en présence.

Le 12 janvier 1519, en effet, Maximilien, empereur, mourait à Wels (Haute- Autriche), laissant la place vacante, objet d’envie pour trois, au moins, des rois les plus puissants de l’Europe: Charles Ier, roi d’Espagne et archiduc d’Autriche; François Ier, roi de France; et Henri VIII, roi d’Angleterre. C’est maintenant que l’on va juger de quel avantage étaient pour François les engagements pris précédemment: 1° envers Charles Ier, au sujet de Louise de France ; 2° envers Henri VIII, au sujet du dauphin François ; 3° envers l’électeur de Brandebourg, au sujet de Renée de France.

La mort de Maximilien obligeait les compétiteurs à mettre bas les masques. De plus en plus hanté par son désir immodéré d’être investi de la dignité impériale, François a recours aux grands moyens de persuasion. Le 29 janvier 1519, il donnait tous pouvoirs à ses plénipotentiaires : Jean d’Alhret, comte de Dreux et de Rethel, gouverneur de Champagne, seigneur d’Orval; Guillaume Goufïier, seigneur de Bonivet, amiral de France ; et Charles Gnillart, premier président au Parlement de Paris « pour traiter de l’élection en perspective, et promettre certaines sommes au nom du Roi (2) ». C’était moral sans doute, car tous les concurrents firent de même. Toutefois les clauses, non plus que les sommes promises n’étaient égales.

Henri VIII était bien éloigné là-bas dans son île. Charles Ier d’Espagne était bien jeune, mais la dispersion de ses possessions en Europe était son principal atout; il ne représentait pas encore un bloc redoutable: on pouvait l’émietter à volonté. Cette prétendue faiblesse fut sa force, car il tenait l’Europe par tous les côtés. Le royaume de France, au contraire, représentait ce bloc d’un seul tenant! En augmenterait-on encore la puissance par l’octroi du titre impérial au roi de France? Celui-ci n’était-il pas déjà trop enclin à faire tout plier sons sa volonté? Telle était la situation vraie.

Dès l’abord on se rend parfaitement compte de l’inégalité des chances, et François Ier la sent peut-être mieux que tout autre, et comprend la difficulté, mais sa caisse est vide; c’est un tonneau sans fond, une passoire percée de milliers de trous par où s’écoule en détail la grosse somme que l’on ne cesse de renouveler dans le récipient !

(1) Guillaume Gouf'lîer, sieur de Bonivet, amiral de France, fut ce mandataire. (V. Lettres d’Angers, le 31 juillet 1518). — Arch. Mal., J. 650 B, n° 29.

(2) Bib. Nat., Ms. fr. 5756, f° 43.

Arrivée de François Ier au château de Saint-Germain. — C’est dans cet état d esprit inquiet que notre François arrive à Saint-Germain, le 15 mars 1519, pour la première fois de son règne, après plus de quatre années d’un surmenage incessant. Il y séjournera jusqu’au 25 juillet, sauf une courte absence de quinze jours, du 22 juin au 8 juillet, à Melun, Fontainebleau et retour à Carrières, où il avait établi, peutêtre déjà, ses équipages de chasse.

On peut dire que, pendant ce premier séjour à Saint-Germain, l’élection a 1 Empire fut le cauchemar de son existence quotidienne.

Les actes qu’il a signés au château pendant ce court laps de temps témoignent d’une impatience fébrile. 11 n’est pas besoin de dramatiser les faits pour rendre cette conclusion évidente: les énoncer suffît; tous sont datés de Saint-Germain.

Dès le 26 mars, il reprend le projet du mariage de Renée de France avec Joachim II de Brandebourg, traité et ratification du traité sont signés le même jour.

Un incident au château le 31 mars : naissance d’un quatrième enfant, Henri, deuxième fils, notre futur Henri II (1). Dans quelques mois, François Ier se servira de sa très jeune personnalité pour son action diplomatique.

Le lendemain de ce jour, le 1er avril (2), le Roi renouvelait à ses trois plénipotentiaires ses instructions pour relancer les Electeurs allemands; dès lors, il n’avait plus qu’à attendre le résultat de ses avances, et le mois d’avril dut lui paraître singulièrement long. Les nouvelles qui lui parvinrent alors furent-elles mauvaises ou simplement peu encourageantes? Le 1er mai, il publiait quatre déclarations portant aliénation du domaine royal pour se procurer de l’argent: 268.000 L. au moins, et tout de suite; il cédait tout ce qu’on voulait des domaines de Normandie, Dauphiné et Picardie, aides, gabelles, impositions à affermer (3), à qui donnerait de l’argent, toujours de l’argent, mais le plus loi possible.

Le 12 mai, quatre autres lettres partent pour l’Allemagne: l’une (4) donnant aux Electeurs de Trêves et de Brandebourg les pouvoirs les plus étendus à l’effet de promettre, au nom du Roi de France, la reconnaissance des privilèges de 1 Empire; la seconde (5) à Richard, archevêque de Trêves, d’accepter au nom du Roi la dignité impériale au cas que les suffrages lui seraient favorables; la troisième (6) à Joachim de Brandebourg pour le décharger de donner son suffrage au Roi de France, si l’élection souffrait des difficultés insurmontables; enfin, la quatrième adressée à Albert (7), archevêque de Mayence, conçue dans le même esprit que celle adressée aux Electeurs de Trêves et de Brandebourg.

(1 François 1er iit don à Louis de Clèves des créations de « maîtres de chaque métier », à l’occasion de cette naissance (Saint-Germain, 8 avril 1519. — Arch. Nat., X*8, 8611, f° 290).

(2) Bibl. Nat., Ms. fr., 5756, f° 35).

(3) Arch. Nat., Xl« 864, f° 292.

(4) Idem., J. 952, n° 17.

(5) hlem-, J. 994a, n° 20.

(6) Idem., J. 995 a, nos 22, 23.

(7) Idem., id.

RÈGNE DE FRANÇOIS Ier

Trois jours plus tard, le 15 mai, nouvelle missive par laquelle François Ier s’engage envers Louis, comte palatin et duc de Bavière, à exécuter les promesses?? qui lui avaient été faites auparavant (1) en son nom.

Cette lettre s’était-elle croisée avec une autre venant du même Louis vers le Roi? François lui écrivait (2) de nouveau pour le décharger de sa promesse, et, vers le même moment, prenait vis-à-vis de Joachim 11 de Brandebourg (le fiancé de Renée de France) l’engagement de le nommer son lieutenant-général en Allemagne, s’il était élu (3). C’était aller un peu vite.

On peut juger, par ce résumé, de quelle fièvre souffrait François entre les murs du château, et loin des regards importuns. Involontairement l’apologue de la peau de l'ours revient à la mémoire, en lisant ces promesses inconsidérées.

Mais le Roi était trop puissamment subjugué par sa marotte, pour discerner clairement la situation.

Et la caisse royale était toujours aussi pauvre! Il importait peu à François, l’homme des grandes audaces; lui n’hésitait pas au même moment à ordonner « vu la pénurie du numéraire » que l’on fabriquera à Lyon et à Paris des « Ecus soleil et des gros testons d’un poids et d'un litre déterminés ».

C’était grave en l’espèce; on sait ce que cela signifiait: l’aliénation du domaine n’avait pas tenté d’assez nombreux acquéreurs et il fallait de l’argent à tout prix (4).

Gène doublement inopinée mais qui, si, en fait, elle privait François du nerf de la guerre, ne l’arrêtait nullement dans son geste généreux de prometteur, supérieur à toutes les objections que l’on pouvait lui faire.

François ne bronche jamais devant cette objection bourgeoise que la caisse étant vide, on n’y saurait rien trouver: il donne et promet de donner; la suite de l’affaire ne le regarde plus. C’est ainsi qu’il fait renouveler des promesses « sonnantes » aux Electeurs palatins le 28 mai (5), et qu’il gratifie Albert Pio, dit Carpy, d’une pension de 10.0U0 L. t. le 1er juin (6). Il fait mieux encore, le 8 juillet en enjoignant aux « grands Maîtres des Monnaies de quitter les mines de Chitry et autres du Nivernais de la quantité de 500 marcs d’argent que le Roy prenait pour livrer à ses orfèvres, à l'effet de fabriquer pour sa maison, celle de sa mère et celle du dauphin des objets et de la vaisselle d’argent? (7) » Voilà qui peint au naturel cet étonnant prodigue que ne cessa d’être François Ier.

Etait-ce pour se dédommager de la déconvenue qui l’avait atteint le 5 juillet, date fatidique s’il en fut pour le pauvre monarque évincé? Le 5 juillet, le vote des

(1) Arch. Nat., J. 952, nos 19 et 20.

(2) Idem. J. 952, n° 22. Lettre datée de Carrières.

(3) Idem. J. 952, n° 55.

(4) Idem. VA b 62, f° 174. — Le 21 juillet une seconde ordonnance de même nature était rendue, prouvant l’embarras croissant.

(5) Idem. J. 952, n° 21.

(6) Bib. Nat. Ms. fr., 20502, f° 119.

(7) Arch. Nat. '/A b, f° 174. — Elles existent, encore de nos jours, ces mines d’argent du Nivernais. Les Français sont peut-être nombreux à l’ignorer.

CHATEAUX HOYAUX

Electeurs avait été proclamé en faveur de Charles Ier d’Espagne, reconnu empereur à U unanimité .

L’archevêque de Mayence, — celui-là même auquel François Ier avait donné, le 12 mai précédent, des pouvoirs illimités, — n’avait-il pas osé opposer son veto à l’élection du Roy de France en disant « qu’en France il n’y avait plus personne qui ne tremblât au moindre signe du Roi ». Les Electeurs touchés de l’argument, et craignant pour leur indépendance, avaient préféré un chef nominal au bras moins long : Charles Ier devenait donc le sauveur inévitable de la situation.

François Ier en était pour ses frais, ses avances et ses intrigues: il apprit la nouvelle en voyage de retour vers Saint-Germain. Sa rancune, dont, il faut bien le dire, il fut la victime lamentable, ne devait pas tarder à amener les pires bouleversements en Europe.

Qu’adviendra-t-il des mariages amorcés ?

Aucun ne se fera, malgré les serments solennels échangés à Notre-Dame de Paris et notariés séance tenante. Par contre, les éléments d’une autre union auront été préparés à Saint-Germain même dans le courant du mois de mai écoulé, où François Ier avait accordé des Lettres de naturalité à Laurent II de Médicis et à sa fille Catherine (1).

Le Roi complétait ces lettres par une déclaration portant (2) qu’il avait toujours tenu Laurent et sa fille pour capables d’acquérir et de recueillir des successions dans le royaume et les exemptait du droit d’aubaine à l’occasion du mariage de Laurent II avec Madeleine de Boulogne (3).

En février, le Roi avait constitué deux cent mille écus de dot à Laurent de Médicis, ou 10.000 L. de rente à prendre sur le comté de Lavaur, qu’il lui cédait, érigé en duché pour la circonstance. On ne pouvait être plus généreux (4).

Laurent et Madeleine mouraient dans l’année même laissant une fille, Catherine, en qui on reconnaît la future épouse de notre roi Henri IL Les deux enfants étaient nés la même année, 1519; on les mariera en 1533, nonobstant les fiançailles imaginées en 1527-28 par François Ier, entre cet Henri et Marie d’Angleterre, fille de Henri VIII, à laquelle le même excellent père avait déjà engagé la main de son premier fils François en 1518; lequel, à son tour, avait été fiancé en 1525 à Marie, infante de Portugal, laissant ainsi Marie d’Angleterre libre d’engagement en 1527. Quel imbroglio (5)?

Bref, François Ier terminait son premier séjour à Saint-Germain le 25 avril 1519 par le baptême de son fils Henri, et les cartes n’étaient pas encore trop brouillées avec Henri VIII pour que ce monarque n’acceptât pas d’être parrain de l’enfant auquel il donna son prénom, Henri.

(1) De ce l'ait, Catherine de Médicis est un peu Saint-Germanoise.

(2) Baluze, Histoire généalogique de la Maison d’ Auvergne, II. 695.

(3) Madeleine, fille de Jean III de Boulogne, comte de Boulogne et Auvergne. Mariage consommé en 1518, précédemment à ces lettres complémentaires et régulatrices d'engagements verbaux.

(4) Arcli. Nat. J. 1126, nos 11, 11 bis et 12.

(5) V. Notes NI, le tableau résumant toutes ces fiançailles successives et intermittentes!

RÈGNE DE FRANÇOIS Ier

On ci pu jugci quelles pensées d ambition obsédèrent François Ier pendant ces quatre mois passés au château de famille et, chaque fois qu’il y revint par la suite, les souvenirs de cette première rentrée dans la demeure royale, témoin en 1514 des fêtes de son mariage, durent se représenter vivaces à son esprit. Ambitieux comme il 1 était, vendant la peau de 1 ours avant d avoir vu surgir la bête ; supportant malaisément la résistance à ses fantaisies, la désillusion produite par cet échec dut lui être cruelle.

Il quittait Saint-Germain le 25 juillet pour Paris, Vincennes, Corbeil, Rlois, Amboise et Chambord où, dans un calme relatif, il allait passer les mois de l’hiver 1519-1520. Il ne reviendra à Saint-Germain que le 4 juillet 1520, après les fêtes mémorables d’Ardres et de Boulogne, dont le Roi et la Reine d’Angleterre avaient été les héros acclamés (1).

Hélas! tout ce décor de façade manquait d étais solidement établis dans la coulisse. On sait que le Roi d Angleterre lut plutôt froissé du luxe écrasant étalé à cette occasion. Les années passées n’ont pas été clémentes pour François Ier; la décade qui va s ouvrii ne le sera pas davantage pour la France elle-même.

Le 10 août 1520 naissait au château vieux le cinquième enfant du Roi: c’était une tioisième fille, Madeleine; on la baptisa au château. Pour cette enfant, on ne parlera de son mariage que beaucoup plus tard, en 1536 (2), avec Jacques V, roi d’Ecosse (3), qu’elle épousera à Paris le 1er janvier 1537. Elle le laissait veuf quelques mois à peine après les fêtes données en son honneur.

Nous ne saurions entrer plus avant dans le développement des mille et un faits qui constituent l’histoire diplomatique du règne. Notre objectif dans les quelques pages qui précèdent était de mettre en lumière la façon dont François Ier comprenait son rôle de Roi et les actes qui en découlaient. Au surplus, la machine gouvernementale est aiguillée sur une voie sans issue désormais. Il faut quelle suive cette voie jusqu à la culbute finale, si le pilote ne reprend pas â temps son sang-froid.

Nous ne nous attacherons pas à ce spectacle. Sainl-Germain-en-Laye doit nous retenir â son rivage. François Ier ne fit au château, en 1521, que des séjours fort coui ts en janviei, février, mars, puis en septembre, octobre et novembre.

C’est le 22 janvier 1522 que naissait au château son troisième fils (6e enfant), Chai les. Aucun îole ne lui lut réservé dans 1 histoire. Mort à vingt-trois ans, à Foi estmontiei , le 9 septembre 1545, son existence est effacée autant que celle de son frère aîné, François, le premier dauphin, mort à Tournon en 1538.

Les x i si tes intermittentes du Roi au cours de I année 1523 ne paraissent avoir poui motif que le souci de la reine Claude qui devait mettre au monde son septième it deiniei enfant, Marguerite (4l 2 3 fille). Le baptême eut lieu le 21 du même mois: la

(1) Arc)i. Aat. K K 94, I" 127'°. Le coût des lûtes s éleva à 30.434 L. 10 s. 5 d. ordonnancés à Saint-Germain le 8 septembre 1520.

(2) Contrat de mariage signé le 20 novembre 1530. (Bib. Nat. Mss. fr., 2749, f° 100).

(3) Jacques V avait été fiancé déjà en 1517 avec Charlotte de France (V. p. 238, note 4), puis avait dû épouser en 1535 Marie de Bourbon, fille du duc Charles de Vendôme (ratification du traité de mariage par François Ie1', à Cremieu, le 29 mars 1535). — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 771, p 18

LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS

marraine était Marguerite, duchesse d Alençon, sœur du Roi. On voit que depuis 1519, Saint-Germain tenait une grande place dans la vie royale comme résidence favorite. Les chroniqueurs du temps sont, hélas, tellement sobres de détails, et l’intérêt topographique est à leurs yeux d’un intérêt tellement secondaire que c’est un miracle s’ils daignent localiser les faits divers dont ils émaillent leurs récits.

Force nous est d’être satisfaits de peu, sinon de moins encore.

L’année 1524 fut la première d’une série noire. La reine Claude mourait à Blois le 28 juillet. Sa tille Charlotte décédait presque au même moment.

En 1525, c’était le désastre [de Pavie; la captivité du Roi à Madrid suivait la défaite et les fils du Roi prenaient à Madrid, comme otages, la place de leur père, au mois de mars même. L’échange du père et des lils avait eu lieu à Bayonne le 18 mars 1526.

On sait que l’une des clauses du traité signé à Madrid, en juin 1525, concernait le mariage projeté entre le roi vaincu François h1 2 et Eléonoie, sceui de I i mpeieui vainqueur, Charles-Quint.

Eléonore était veuve depuis 1521 du roi de Portugal, Emmanuel. On y projetait également l’union de François, dauphin de France, avec Marie, infante de Portugal, belle-fille d’Eléonore.

Louise de Savoie, mère du Roi de France, et régente du royaume en l’absence de son lils, dirigeait de Lyon (1) ces diverses entreprises matrimoniales dont la première seule se lit quatre ans plus tard (1530).

François Ier libéré à Rayonne le 18 mars 1526 s’en revint, par le chemin des écoliers à son habitude, à Saint-Germain, où nous ne le retrouvons que le 10 novembre. Il avait séjourné à Bordeaux, Cognac, Angoulême, Chambord, Amboise, d’où il avait ordonné (2) le transfert des cendres de sa femme Claude, de Blois à Saint-Denis.

François demeura alors près de cinq mois d’hiver à Saint -Germain, du 10 novembre 1526 au 16 avril 1527, et où il a signé environ 460 actes pendant son séjour au château.

Le grand événement de cette saison châtelaine fut le mariage de Madame Marguerite, devenue veuve du duc d’Alençon, avec Henri II d’Albret, roi de Navarre.

Les fiançailles furent officielles le 26 décembre 1526 et le mercredi 30 janvier suivant (1527) l’union était scellée.

François Ier semble alors rentré dans son élément de brasseur d’affaires.

Dès le 3 mars, il signait des lettres de commission à des plénipotentiaires les plus haut placés, Antoine du Prat, Anne de Montmorency, fiançois de louinon, Jean Brinon et Florimond Robertet, pour traiter du mariage de sa dernière fille, Marguerite — née en 1523 — avec le prince Emmanuel-Philibert de Savoie. Chose

(1) C’est la régente qui, à Lyon, le 23 juillet 1525, avait signé la nomination de Perrot deRutthie comme garde de la place et capitaine du château de Saint-Germain. Bibl. Nat. Ms. tr., 5/59, P 128.

(2) 19 août 1526. Le transfert eut lieu le 7 novembre.

RÈGNE I)E FRANÇOIS Ier

remarquable, l’union se fit sans difficultés trente-deux ans pins tard, en 1559 (1). Le Roi n’avait guère besoin de tant se presser pour réaliser sur le papier un projet semblable. Rien d’autres motifs d’insomnie le poursuivaient nuit et jour sur le terrain de la politique européenne.

Les alliances manquées, la guerre endémique, une rançon de deux millions d’écus d’or à fournir, étaient de suffisants aiguillons pour le maintenir en haleine, mais il lui restait encore une jeune personne à caser, c’était sa belle-sœur Renée, l’orpheline d’autrefois, devenue une grande jeune fille de dix-huit ans. François Ier étant débiteur de certaines sommes d’argent envers le prince de Ferrare, imagine de lui céder une portion du domaine royal en Normandie en échange de sa dette, et comme le prince a un (ils, Hercule d’Este, un mariage est tout indiqué, Hercule épousera Renée. Ainsi pensé, ainsi fait; le contrat de mariage fut signé le 28 janvier 1528 (2) et Hercule d’Este arrivait au château le 10 mai. On sait qu’il trouva le lieu plaisant, et le 28 juin le mariage était célébré en grande pompe.

François, pour honorer sa belle-sœur, fit les choses royalement, en comblant de dons, de faveurs et de gracieusetés, les deux époux et le prince de Ferrare, père du marié. Lorsque, en septembre, le nouveau ménage dut quitter la France pour rejoindre le duché paternel, François lui témoigna de nouveau toute l’affection fraternelle dont il était capable, tant par ses dons que par le choix des personnes qui servirent d’escorte aux voyageurs à travers le royaume.

Deux mois plus tard, le 10 novembre 1528, à cinq heures du soir, naissait au château une petite fille, que l’on nomma Jeanne, en qui l’on reconnaît l’enfant d’Henri II d’Albret et de Marguerite de Valois, dont l’union avait été célébrée l’année précédente, au mois de janvier, dans la chapelle du château.

Au milieu de tous ces événements de famille, se succédant avec rapidité, on a perdu un peu de vue le futur mariage de François Ier avec Eléonore de Portugal. Il faut y revenir, puisque c’est l’année 1530 qui se présente â nous.

Cette union, projetée et conclue en 1525, se traita d’abord par procuration : François, vicomte de Turenne, représentant le Roi le 20 mars â la Torre de Langone; mais ce n’est que le 7 juillet qu’eut lieu la cérémonie officielle, le Roi présent â Saint-Laurent-de-Reyries (Landes).

La nouvelle Reine était partie de Madrid le 1er juillet accompagnée des fils de son futur époux, restés en otage, on le sait.

François Ier écrivait de Rordeaux aux Prévôt et Echevins de la ville de Paris, le 2 juillet, pour leur annoncer l’heureuse délivrance de ses enfants la veille à Madrid (3).

Martin du Rellay, à l’année 1530, écrit ce qui suit :

(1) On sait que ce mariage et celui d'Elisabeth, fille d’Henri II, avec Philippe II, roi d’Espagne, lurent l'occasion du tournoi, mortel pour Henri II, donné rue Saint-Antoine, fin juin 1559.

(2) Bib. Nat. Ms. fr., 2749, f° 84.

(3) Registres, bureau de la ville, II. 67.

LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS

{Eléonore, le connétable et les deux fils du Roi arrivent à Saint-Jean-de-Luz] et « ce faict, le seigneur de Montpezat fut despesché en poste pour en avertir le Roi qui estoit à Bordeaux; vous pouvez penser l’aise que reçeut le père de veoir ses enfants en liberté. Ces nouvelles entendues le Roy partit de Bordeaux pour aller au devant de la Royne Aléonor et de ses enfants; ainsi firent le semblable messieurs (les fils) et la Royne pour aller au devant du Roy et le vindrent rencontrer entre Rocquehort de Marçan et Captieux en une petite abbaye auquel lieu une heure devant le jour le Roy et la Royne furent espousez.

a Puis ayant ladicte Royne fait son entrée à Bordeaux prindrent le chemin par Cognac pour venir à Amboise et à Bloys puis à Sainct Germain en Laye auquel lieu firent séjour en attendant les préparatifs tant du couronnement de la Royne à Sainl Denys que de son entrée à Paris ».

L’itinéraire du retour est aisé à suivre par les datations des actes signés en cours de route et l’arrivée à Saint-Germain eut lieu le 26 décembre 1530.

L’entrée solennelle de la reine Eléonore à Paris eut lieu le 16 mars 1531, le lestin d’apparat le 19; mais dès le samedi 11 février, Eléonore était venue de Saint-Germain à Paris, où elle arriva vers quatre heures de l’après-midi, sans avoir prévenu personne; d’où grand émoi de la Municipalité (1) prise à l’improviste.

C’est là un des rares faits que nous ayons pu relever concernant la nouvelle Reine à Saint-Germain. Son rôle est très effacé. Elle vécut surtout à Blois et à fontainebleau et il ne paraît pas que la sympathie fut grande entre elle et son époux.

Les séjours de François Ier à Saint-Germain, à partir de l’année 1531 jusqu’en 1539, furent très peu importants: le Roi voyageait tout le temps dont il pouvait disposer (2). Qu’on ne nous parle donc pas de ces fêtes étourdissantes et sans trêve dont le château fut le théâtre.

A partir de l’année 1539, ils sont moins nombreux, et moins longs encore à cause de l’inliabitabilité du monument que l’on refaisait de neul en entier (3).

A ce propos nous devons ajouter quelques explications nécessaires pour détruire certaines idées fausses.

On a dit que Saint-Germain était l’un des séjours favoris du Roi, mais que le « chez soi » du Roi était à Fontainebleau. Les deux opinions se concilient grâce à la statistique aujourd’hui établie.

Tout séjour comporte (leux causes possibles, l 'obligation (ou le hasard) et le goût pour le lieu. Or, il peut se faire que le goût ne soit jamais entièrement satisfait. C est ce (fui s’est passé pour Fontainebleau, vrai home du Roi, palais enchanté, réunissant tout ce que le luxe supérieur de l’époque pouvait offrir a un souverain (in connaisseur.

Il se trouve, néanmoins, que sur 11778 jours de règne, Fontainebleau n abrita le Roi que 775 jours. Saint-Germain, séjour favori pour le plein air de la saison des

(1) Toutes pièces aux registres du bureau de la ville, II. 105-1 17.

(2) La liste des séjours à I'Eclaircissement XI.

(3) V. Tome II, L. III.

RÈGNE DE FRANÇOIS Ie‘

chasses, ne vit le Roi que 826 jours; Paris, séjour protocolaire et obligatoire, 1168 jours; Amboise, résidence de famille, 349 jours; Blois, autre résidence familiale, 250 jours. Enfin, pour les diverses autres maisons royales, nous trouvons: Compiègne, 151 jours; Villers-Cotterets, 70 jours; Chambord, 42 jours ; Follembray, 40 jours; Rambouillet, 34 jours ; Vincennes, 30 jours; Chantilly, 22 jours; Noyon, 18 jours; Anet, 17 jours ; Chenonceaux, 2 jours, etc., au total 426 jours, qui, joints aux 3370 des maisons principales, portent à 3796 jours les journées d’arrêt fixe du Roi contre 7982 jours de voyages incessants aux quatre coins du royaume et à l’étranger. Le Roi fit trois fois à cheval le tour de la France.

On peut se demander quelle mouche avait piqué notre monarque, follement épris de laire construire ou améliorer ces maisons royales où sa présence fut si rare. Cette manie est, il est vrai, de même sorte que celle du bibliophile désireux de posséder des exemplaires soignés d’une infinité de volumes qu’il n’aura jamais le temps de lire. Il les parcourt avec délices, François fit de même de ses châteaux. L’attrait du beau, du luxe était son seul guide en cette matière, comme l’attrait du rare et du fini tut son démon tentateur chaque fois qu’on lui offrait un objet d’art « finement élabouré ». L’impulsion que sa famille, héritière de ses goûts, a donné à toutes les branches du luxe, est une des plus belles pages de l’histoire de l’art, parce quelle ne s’appliqua pas à un objectif particulier.

Le grand malheur du règne de François Ier fut d’avoir été surchargé de guerres ruineuses. Néanmoins, la poussée artistique fut admirable. Qu’eut -ce été, si François, moins ambitieux de lauriers inaccessibles, se fut contenté de développer la France pacifique dans le sens, où suivant ses goûts, et malgré la destinée souvent contraire, elle n’a cessé de marcher à la tète de l’Europe civilisée? François Ier eut laissé loin derrière lui ses successeurs; Louis XIV, lui-même, dilettante un peu par orgueil, ne l’eut peut-être pas égalé.

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