II
Les beaux-arts à Saint-Germain sous François Ier. — Au premier rang des beauxarts cultivés sous le règne de celui qui créa Fontainebleau et ses splendeurs, se placent les arts plastiques. Nous avions longtemps conservé l’espoir de découvrir des documents intéressants sur celte branche de culture à Saint-Germain même. Nous devons avouer notre insuccès et notre déception.
Bien que le château de la Renaissance n’ait été commencé qu’en 1539-1540, il ne nous semblait pas que François Ier utilisant â Fontainebleau le talent d’artistes incomparables en tout genre de travaux d’art, put n’avoir pas fait appel à quelquesuns d’entre eux pour embellir le séjour du vieux château des Valois qu’il habita entre 1519 et 1539. Or, en fait de comptes officiels, l’on ne connaît que ceux de la période 1528 à 1570; encore n’est-ce que par un extrait, heureusement collationné par une main intéressée (1).
(1) Félibien des Avaux. Publication intégrale par de Laborde: Comptes des bâtiments du Roi.
LE CHATEAU DES PREMIERS VALOIS
Ce rédacteur nous ayant conservé une infinité de détails et de noms d artistes « ayant besongné » à Fontainebleau, et rien absolument qu’une sèche nomenclature des travaux de second ordre entrepris à Saint-Germain. Il est à présumer que rien d’artistique ne fut tenté en ce dernier séjour royal (L). L’omission serait impardonnable si elle pouvait être admissible, alors que l’auteur cherchait surtout le détail
d’art.
Comment donc parler des beaux-arts à Saint-Germain, en 1 absence de tout document? L’étude d’un tel sujet sort donc de notre plan, puisqu elle auiait poui objectif ce qui fut fait partout, excepté au château des Valois. Ce ne sont que des incidences qui se présentent à notre portée, et, qui plus est, nous ne les trouvons qu’à l’extrême fin du règne. Voici toutefois une pièce intéressante. Le 8 lévrier 1546, François Ie1' écrivait de Saint-Germain, à Michel-Ange la lettre suivante :
Signor Michel Angelo,
Pour ce que j’ay grant désir d’avoir quelques besongnes de votre ouvraige, j'ai donné charge à l’abbé de Saint Martin de Troyes (2) présent porteur que j’envoye par delà d’en recouvrer, vous priant, si vous avez quelques choses excellentes faictes à son arrivée les luy vouloir bailler en vous les bien payant, ainsi que je luy ay donné charge, et d’avancer ge von Hoir estre contant pour l’amour de moy qu’il moulle le Christ de la Minerve et la Nostre
Dame de la Febvre afin que j’en puisse orner l’une de nies chapelles comme de chose que l’on m’a asseuré estre des plus exquises et excellentes en vostre art. Priant Dieu, Seigneur
Michel Ange qu’il vous ayt en sa garde.
Escript à Saint-Germain-en-Laye le VIII" jour de février MVCXLV (1546 n. s.).
François (3).
L’année suivante, le 17 février 1547 (n. s.), François Ier étant à la Muette en la forêt de Laye, qu’il allait quitter pour n’y plus revenir (4) donnait des « Letties « d’affranchissement de toutes tailles, aides et impositions au même titre que les « officiers du Roi à Jérôme délia Robbia, maître maçon du château de Boulogne « (Madrid) et à Luc délia Robbia, son frère, maistre émailleur et sculpteur du
« Roi (5) ».
Ces deux documents sont les seuls, ayant trait à notre recherche, que nous ayions pu réunir au milieu des milliers de pièces signées par le Roi à Saint-Gei main.
Elles témoignent, d’un côté, l’amour des belles œuvres, de l’autre, la reconnaissance pour les services rendus; deux sentiments dignes de respect en toute occurence.
(1 Lorsque nous parlerons de la reconstruction du château vieux par François Ier, nous reviendrons sur ce sujet.
(2) Francesco Primaticcio, Francisque de Primadicys (cis), le Primatice choisi plus tard pai François II, en 1559, comme intendant des bâtiments en remplacement de Philibert de Forme, nommé antérieurement, à cette charge, par Henri II en 1548, après la mort de François F'.
(3) Extrait de Borluer et Charton, Hist. de France , 11, 136.
(4) Il mourait cinq semaines plus tard, le 31 mars, à Rambouillet.
(5) Bibl. Nat. Ms. fr. 5127, f° 25.
RÈGNE DE FRANÇOIS Ier
La demande adressée à Michel-Ange fut-elle accueillie? et l’œuvre convoitée pour « aorner une des chapelles » du Roi vint-elle prendre place dans celle du château de Saint-Germain? On voit bien dans le relevé-inventaire des objets d’art ornant la chapelle du château sous Louis XIII: un Christ attribué à Michel-Ange, mais quel lien peut exister entre ce Christ, inconnu aujourd’hui, et le moulage du Christ de la Minerve?
D’un autre côté, nous ne trouvons rien sur le rôle du Primatice à Saint-Germain avant le règne de François II, et son intervention parait plus administrative qu’artistique: celle de directeur des bâtiments civils; tandis qu’à Fontainebleau ce fut tout différent: il y travaillait comme ouvrier à 25 L. par mois — gratifications exceptionnelles mises à part — dans l’équipe de Barthélémy de Myniato (1) comprenant environ sept ouvriers.
C’est dans les ouvrages de stuc que Primadicis excellait, et à Saint-Germain l’occasion d’employer son talent ne se présenta pas.
Au demeurant, jusqu’en 1539, François Ier ne lit rien faire au château de Saint- Germain à l’exception de la fontaine-acqueduc (2) destinée à amener au château les eaux potables qui avaient toujours fait défaut. Petite cause, grands effets : c’est cette pénurie de liquide nécessaire à la vie d'une cour, nombreuse qui nous paraît être la raison vraie, bien que cachée, du rang très secondaire occupé par le château de Saint-Germain au milieu des autres maisons royales, plus favorisées. Si la forêt de Laye, giboyeuse à cette époque, n’avait pas été à une portée de trait de l'habitation, jamais le château n’aurait été relevé de son état misérable par François Ier. Le Roi en fit un jour une belle maison largement aérée, rien de plus. Les belles pièces artistiques avaient leur place naturelle à Fontainebleau, comme elles l’eurent à Versailles sous Louis XIV.
Tenter de prouver le contraire serait écrire contre la vérité, contre les apparences même. La disposition architecturale intérieure de celte demeure si différente des autres, se refuse presque à recevoir une décoration de style. Avec quelques grands panneaux de tapisseries accrochés aux murs, les pièces étaient habitables et complètes pour l’œil. Quelque ameublement ici et là, et le château était prêt à recevoir les hôtes passagers ; témoin cet autre mandement, anodin si l’on veut, mais révélateur de bien des à-côtés de la vie courante de la maison du Roi (3). Il s’agit d’une modeste somme de 30 écus payée à Guillain-Moynnier, tapissier, pour louage de tapisseries qui ont servi pendant trois mois au logis du cardinal de Lorraine et à Saint- Germain-en-Lage.
Est-ce donc qu’en fait de tapisseries (4) on en manquait dans le garde-meuble ? Il est possible, mais on verra plus tard que les murs du château de Saint-Germain
(1) Ce nom est écrit de plusieurs manières: de Minyato, Dimyniato, Daminyato.
(2) V. ci-après, § III, p. 258.
(3) Passé au compte des menus plaisirs : Arch. Nat., J. 960, n° 45.
(4) Dans Y Inventaire du mobilier sous Louis XIV on trouve la mention d’une tapisserie dite de la reine Claude. (V. Guiffrey, hiv. II, 210 et 414).