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Le murmure de leur conversation qui se mêlait autictac de la pendule et au pétillement du feu dans le foyer, n'empècha pas d'entendre un faible cri d'épouvante qui partit tout à coup à côté d'eux. Les causeurs se retournèrent. Le vieux notaire s’était levé brusquement, et, les bras tendus, il regardai]!, d'up air égaré, une des fenêtres du salon, situé, comme nous savons, au rez-de-chaussée.
— Eli bien ! qu'est-ce donc, mon cher Laforèt ? demanda ladrange.
— Là.., là... derrière celte fenêtre !... dit le notaire sans bouger et en désignant de la main l’objet de son effroi, ne voyez-vous pas un homme, le Iront collé contre la vitre...
Daniel courut à la fenêtre et souleva rapidement le léger rideau blanc qui la cachait en parlie.
— Mais il n'y a personne, dit-il ; voyez vous-même.
Les deux dames lirent un mouvement de terreur; Ladrange les rassura d'un signe.
• — Je ne dis pas maintenant, balbutia Laforèt, mais tout à l'heure je suis sùr d’avoir aperçu...
Daniel ouvrit les deux battants delà fenêtre; aussitôt le vent s’engouffra dans la pièce et menaça d'éteindre les bougies. Néan* moins, la lumière provenant du salon éclaira largement une espèce de petit parterre sur lequel donnait la fenêtre, et il fut facile de reconnaître qu’il était désert. Pour plus de sûreté, Daniel, se penchant au dehors, demeura un moment alltuif ; il ne vit rien, n'entendit rien.
— Allons, mon cher Laforèt, reprit-il en refermant la croisée, vous vous êtes trompé. Personne ne serait assez indiscret pour venir nous épier; et quand même quelque désœuvré du village aurait profilé d’une des brèches de la muraille pour pénétrer dans le jardin et jeter ici un regard curieux, ce ne serait pas une raison pour prendre l’alarme, au risque de la taire partager à ces dames.
Le vieux Laforèt s’élait rsssis tout confus.
Je vous demande pardon, monsieur Ladrange, reprit-il, je demande pardon à madame la marquise ; je croyais pourtant avoir vu distinctement une figure sinistre qui me regardait avec des yeux étincelants. Mais, comme vous dites, je me serai trompé. Mon imagination est frappée des derniers évènements, et je crois toujours entendre ce scélérat qui me menaçait d'une prochaine visite...
— Oui, oui, c’est cela, mon bon Laforèt, dit Daniel en adressant aux dames un sourire significatif;- votre esprit est encore troublé, et votre imagination vous induit en erreur... Mais voici Comtois qui vient ei lin m»bs annoncer le souper ; un
verre de bon vin vous remetlra complètement; en vous levant de table, CCS fâcheuses visions seront dissipées, je le gage.
— Avec votre permission, monsieur Ladrange, je n'en ferai pas l’expérience, et je préfère me retirer dans la chambre qui m'est destinée. Je ne saurais ni manger ni boire. Je ne me sens pas bien ; le repos me guérira sans doute. Je prie donc humblement ces dames de m’excuser... Demainvous me donnerez quittance des sommes que je viens de vous solder, et en même temps je vous apprendrai sur une personne de votre famille des choses qui méritent toute votre attention.
{ — Sur ma famille ? s'écria Daniel avec étonnement : com-
ment se peut-il...
> Mais voyant que le pauvre vieux notaire avait à peine la forev. de se tenir debout, il reprit:
— Allons ! allons ! vous me conterez eelademain quand vous - rrez reposé... En attendanl Comtois va vous conduire à votre •..liambre, et vous fournira touteequi vous sera nécessaire.
Laforèl salua les a-sistants, qui lui exprimèrent poliment l’espoir que son indisposition n’aurait pas de suites, et il aïlait se retirer appuyé sur le bras du domestique; cependant, au moment de sortir, il dit encore à Daniel :
— Je vais vous paraître bien pusillanime, monsieur Ladrange ; mais... la chambre oü l'on me conduit est-elle solidement close?
— Ceci est de l'enfantillage, mon bon Laforêt; cependant, rassurez-vous. Votre chambre est au premier étage; les fenêtres en sont garnies d'épais volets ; la porte résiderait à une machine.de guerre; le tout forme une véritable forteresse. Que pourriez-vous donc craindre ici de ces malfaiteurs?
— Rien sans doute, monsieur Ladrange, et cependant... Tenez, toute réflexion faite, gardez encore ce portefeuille qui contient des actes d'un grand intérêt pour vous. Demain, si je suis bien, je vous le redemanderai ; jusque-là je souhaite qu'il demeure entre vos mains.
Daniel prit le portefeuille avec cette condescendance qu'on a {tour les faiblesses d’un «deillnrd, et Laforêt se retira.
Bientôt on passa dans la salle à manger, et l'on se mil à table. Grâce à la gaîté du fournisseur, le sourire finit par reparaître sur les lèvres des convives. T5ur la fin du repas, les fâcheuses préoccupations de la soirée étaient si bien dissipées que l'on alla jusqu'à railler la frayeur ridicule du bonhomme Laforêt ; puis on n'en parla plus.' Quand on fut rentré au sa-' ion, Daniel dit au fournisseur d'un ton amical:
— Voyons, mon cher Leroux, les mystères entre nous sont désormais inutiles; ne pourriez-vous, par hasard, damier quelques renseignements sur une certaine parure en rubis qui a été
envoyée à mademoiselle de Mérèville par une personne inconnue?
— Moi ? dit Leroux avec surprise.
— Vous-même... Allons, n’essayez pas de nier. Le cadeau est magnifique, et c'est sa richesse même qui vous a trahi.
— Mais je vous assure...
— Monsieur Leroux, dit Maria, vous avez donc bien peur de recevoir mes remercîmenls?
— Sur mon honneur! j'ignore ce que vous voulez dire, répliqua le fournisseur ; je n'ai jamais songé à vous offrir de parure en rubis.
Et voyant qu’un sourire d’incrédulité accueillait son affirmation:
— Les rubis ne conviennent qu’aux brunes, reprit-il ; des diamants seuls peuvent aller à la blancheur et aux cheveux blonds de mademoiselle de Mérèville ; et la preuve, poursuivitil en tirant de ses vastes poches un ècrin de velours, la voici... j’aurais voulu offrir mon présent de noces dans un moment plus opportun, mais puisqu'on m'accuse, il faut bien que je me défende. Mademoiselle, veuillez accepter ce souvenir de mon profond respect et de mon affection toute paternelle.
Il ouvrit l'écrin et montra une parure complète en brillants de la plus belle eau.
Les dames et Daniel poussèrent des cris d'admiration.
— Mais alors, demanda Maria, qui donc a pu m’envoyer les rubis?
— Belle demande ! répliqua la marquise : peut-il maintenant te rester un dou'e, ma chère enfant ? L’auteur de ce cadeau est certainement ce jeune homme si modeste, si désintéressé...
En ce moment Comtois entra dans la salle et vint dire quelques mots bas à la marquise qui tressaillit, i — Lui! lui à Méréville! reprit-elle avec un accent de surprise et de joie; il ne pouvait arriver plus à propos... Qu'il entre bien vite
Aussitôt le domestique introduisit le Beau-François.