‹ Les ChauffeursChapitre 3 sur 28 · LA CONFIDENCE · texte numérisé non relu

LA CONFIDENCE

La chambre à coucher du vieux Ladrange présentait le môme

E èle-mèle de meubles boiteux et sordides que la première-pièce.

e maître du logis installa Daniel dans un fauteuil luisaut de graisse, et s'asseyant à son tour, il reprit à voix basse : '

— Figure-toi, mon garçon, que cette stupide Pétronille §’est mis en tète d'avoir ma succession, et, *pour obtenir la paix, j'ai dû ne pas lui ôter toute espérance... Aussi le moindre mystère lui cause-t-il de l'ombrage. Mais on y regardera, comme tu penses, ù deux fois, avant de lui accorder autre chose qu'une petite pension alimentaire.

— Mon oncle, en pareille matière, vous avez seulement à consulter votre conscience... Mais permettez-moi de vous rappeler que je suis pressé...

— Don, bon, nous y voici... Tu vas voir que l’affaire en vaut la peine.

11 passa la main sur son front sillonné de rides, et parut se » recueillir :

— Il faut vraiment, mon garçon, reprit-il, que jo te porte une estime extraordinaire pour te révéler des choses de celte importance. Tu es si jeune que j'ai longtemps hésité à te dite mon secret ; mais je te crois prudent, désintéressé, bon patriote, et je veux me confier à toi... d’autant plus, s'il faut l'avouer, que je n’ai pas le choix des coididpnts.

Le vicillaid sourit malicieusement. Pendant ces préambules, Daniel bouillait d'impatience.

— Tu sais, continua Ladrange après une pause, ou peut-être* tune sais pas, que dans ma jeunesse j'ai fait qui lq les fredaines tout comme un autre. J'ai voulu rester garçon, mais ce n'était pas une raison pour vivre en austère anachorète, et, ma foi! ^ l'on s’est donné par-ci, par-là, un peu de boif'teinps. Ces fredaines, cependant, ne dépassèrent pas certaines bornes ; mon père, le premier bailli de notre nom, était très-sévère sur le chapitre des mœurs. J'avais aussi de grands ménagements à garder à cause de ton père, Daniel, et à cause de ma sœur, cette ci-devant marquise. D'autre part, j’ai toujours été économe, et je m'arrangeais pour que mes folies ne me coûtassent pas Licq cher. Ce qu'il faut surtout éviter, dans ce cas, c'est #

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la prodigalité, le scandale; souviens-toi de cela, mon garçon, toi qui es jeune, et tu te trouveras bien, dans l’âge mur, ü'a- Vbir suivi mes conseils.

Ce précepte fut donné d’un air grave, comme si Ladrange eût dèbiié l’axiôme de morale le moins conlestable. Daniel lit un imnereeptible mouvement. L’oncle poursuivit :

— D'après cela, mon garçon, tu ne seras pas étonné d’apprendre qu'un beau jour, il y a vingt-cinq ans environ de cela, je me trouvai tout à coup père d'un enfant sain et vigoureux qui ne demandait qu’à vivre. De la mère je ne dirai rien, sinon qu’elle n’était pas un prodige de beaulé, d'innocence et de vertu; aussi ne tenais-je guère plus à elle quelle ne tenait à moi. Elle me fit promettre que je prendrais soin de cet entant, puis elle me quitta: depuis ce temps, je n'ai pas eu de ses nouvelles et j’ignore ce qu elle est devenue.

« D'abord je voulus remplir l'engagement que j’avais contracté, et je mis le petit gars ennourrice chez de bons paysans aux environs du Mans. J'avais eu la précaution de ne pas traiter directement avec eux, et ils ne connaissaient pas le père de leur nourrisson. Tous les trois mois, je recevais, par l'intermédiaire d'un ancien domestique de la famille, des nouvelles de l’enfant, et par la même voie j'envoyais les termes de la modeste pension que je devais payer. Les choses allèrent ainsi pendant cinq ou six ans : j'avais recommandé que les fermiers élevassent mon fils comme s’il eût été le leur, et qu'ils l'habituassent aux travaux de la campagne. Le petit drôle, si j’en croyais les rapports qui m'arrivaient périodiquement, se pliait fort bien à cette existence ; il était fort, hardi, et promettait, dit-on, un bon travailleur.

Satisfait de ce résultat, je commençai, je l’avoue en rougissant, à m’occuper beaucoup moins du sort de cette pauvre créature; peu à peu je négligeai de répondre aux lettres que je recevais, je n’envoyai plus les quartiers échus de la pension ; bref, je finis par ne plus songer à cet enfant, et je rompis toute relation avec ceux qui prenaient soin de lui.

« Je devine ta pensée, Daniel ; tu es un philosophe et tu as trop adopté les idées nouvelles pour voir une grande différence, au point de vue du sentiment paternel, entre les enfants légitimes et ceux qui ne le sont pas : tu blâmes sans doute énergiquement ma conduite. Mais que veux-tu ? j’avais alors des idées bien différentes; peut-être aussi trouvais-je un peu lourde l'obligation que j’avais imprudemment acceptée. Je me mis donc à oublier si complètement celte faute de jeunesse, que pendant de longues années elle ne se présenta pas à ma mémoire.

« Depuis quelque temps «seulement, depuis que Je vis dans h soliiude d* celle vieille maison , depuis surtout que la révolution a l'ait place nette des anciens préjugés de naissancS, le souvenir de cet enfant abandonné m'est revenu. J'ai eu honte de ma conduite passée, j'ai éprouvé des remords. Plus je réfléchis à la condition actuelle de mon lits, plus je me reproche amèrement mes torts : et le désir de les réparer a pris dans mon cerveau l'importance d une idée lixe. Enfin, que te dirai-je, Daniel ? j'ai l'intention de rechercher ce malheureux enfant pour lui assurer ma fortune et mon nom. »

Cette fois, Daniel ne put réprimer un mouvement de chaleureuse approbation.

— Bien, bien, mon oncle! s'écria-t-il; ces sentiments vous honorent.,. La réparation est peut-être tardive, mais elle est juste. Si mon concours vous était nécessaire, disposez de moi; aucune démarche ne me coûterait pour vous aider à réaliser vos projets.

Les peJits yeux de Ladrange brillèrent de plaisir.

— J'avais raison de compter sur toi, reprit-il avec cordialité; tu m’offres précisément ce que j'allais te demander. Du reste , Daniel , sache-le bien , tu ne perdras |>as trop si nous parvenons à retrouver mon fils. Je t'ai assuré, par mon testament, un legs suffisant, et comme tu es modeste dans tes goûts, comme tu ne peux manquer de parvenir par tes talents à un poste élevé...

— De grâce, mon oncle, ne parlons pas de moi; tout ce que vous aurez fait sera juste et bien. Dites-moi plutôt par quel moyen nous pouvons espérer de retrouver la trace de votre fils. Vous avez hâte, sans doute, de le retirer de la position obscure et misérable où l’a placé votre abandon ?

— Oui, oui, j'ai hâte, car il ne s’agit pas seulement de ses intérêts, il s’agit aussi des miens. Tu m’as appris tout à l'heure, Daniel, que j'avais été plusieurs fois dénoncé comme aristocrate, et que je devais à ta seule vigilance de n’avoir pas été arrêté, malgré mon certificat de civisme. Je n'ai donc pas de temps à perdre si je veux me mettre au-dessus de toute suspicion. Comme je te l'ai dit, l'enfant en question a été placé chez de pauvres paysans, et, depuis l'âge de six ans, il n'a rien reçu de moi. NouSapouvons supposer que, forcé de travailler pour gagner sa vie, il sera devenu un robuste laboureur, fort peu lettré, mais franc et serviable, tout au plus un honnête ouvrier. Eli bien ! quand on saura que ce paysan, cet ouvrier, est le fils d'un homme prétendu riche, bien posé dans le monde, et que cet homme, au lieu de rougir de lui, veut lui assurer son nom et sa fortune, ne crois-tu pas que cette nouvelle produira une im-

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iression Irès-favorable pour moi dans les assemblées populaies du canton? N aurai-je pas trouve un excellent moyen de Umocrutiser notre famille, qui, malgré mes efforts et les iens, Daniel, passe toujours pour être un peu aristocrate? olin ne. serai-je pas alors aux yeux de tous un bon citoyen, n ami de l'humanité, un vertueux philosophe, qu’aucun sôupon ne saurait plus atteindre ?

Ces calculs de l'égoïsme refroidirent beaucoup l'admiration e Daniel. Le jeune fonctionnaire n’était pas indiffèrent à la onsidération qui s’attachait à son nom de famille, et il voyait vee une peine secrète toute tentative pour la diminuer. Cejienant il répondit avec calme:

— Vos prévisions peuvent être sages, mon oncle; etuneacon de ce mérite devra vous faire grand honneur en effet aurés des honnêtes gens. Mais qui vous empêche de commencer és à présent d’actives démarches?

— Elles sont commencées depuis longtemps déjà, mon garon, et malheureusement elles n’ont pas eu de résultats favo» thles. La ferme où mon fils a été nourri, aux environs do (ans. lut incendiée il y a quinze ou seize ans, et, à la sutte de -t évènement, les fermiers quittèrent le pays pour aller s'éta- !ir à Fromeuceau, en Anjou. J'ai demandé des renseignements

Fromenceau; mais il n'existe plus dans ce village qu’une ersonno du nom de ces gens, et c'est une vieille femme idiote ynt on ne saurait tirer rien de précis. Ces temps de troubles ;sont pas propices à de semblables investigations. H serait îcessaire d aller en Anjou, et l'on hérite à quitter sa ihaison, t risque de mauvaises aventures. D'ailleurs, pour réussir ins une pareille besogne, il faudrait être plus jeune, plus acque je ne suis.

— Je vous comprends, mon oncle. Ce sera donc moi qui me largerai de ees recherches. J'écrirai, en ma qualité d’ofticier ; police judiciaire, aux maires des diverses communes où tre tils a pu résider pendant son enfance. Si les réponses ne nt pas satisfaisantes, je me rendrai dans les ci-devant proticos du Maine et de l’Anjou, et je ne négligerai rien pour aliser voire espoir. Maintenant donc, je vous prie de me mmuniquer tous les documents que vous avez, afin que je isse remplir ma mission.

Le vieujc Ladrange ouvrit un secrétaire vermoulu, mais sole encore; il en tira des papiers jaunes et poudreux, parmi >quels ii prit un chiffon chargé d'une grosse écriture.

— Voilà la chose, dit-il en posant sur son nez des lunettes corne. La mère de l'enfant se nommait Catherine Gauthier, ulurière à Chartres. Couturière ! lu vois que sa profession

n’etait pas très-relevée; mais je voudrais qu’elle fût plus humble encore, cela ne produirait qu'un meilleur effet dans le public. L’enfant fut baptisé à l'église de Saint-Pierre à Chartres, le 12 mai 1768, sous le nom de Jean-François Gauthier, et confié aux soins de Gaspard Langevin et de sa femme Joséphine Langevin, cultivateurs au village de Lagravière. Ces gens quittèrent Lagravière, vers 1778, nour aller s’établir à Fromenceau, département de Maine-et-Lcire, cil, comme je le disais, il n’y a plus aujourd'hui de leur nom et de leur famille qu’une vieille femme infirme et tombée en enfance. Mais j’apprécie mal ton zèle et ton intelligence, ou ces renseignements seront très-suffisants pour te mettre sur la voie des découvertes.

— > Je l’espère, mon onde. Donuez-moi donc ce papier et fiezvous 4 moi.

— Prends-le : j’en ai un double, et d’ailleurs ma mémoire est encore excellente. N’est-ce pas, Daniel, poursuivit Ladrange tout joyeux, en se frottant les mains, que ma conduite causera une admiration générale? On ne s'avisera plus de me traiter d'aristocrate, je pense.

— Je voudrais, mon oncle, que vous eussiez été déterminèpar d’autres considérations à cet acte de justice, reprit Daniel en soupirant; mais il n’importe! je tiendrai ma parole. Permeltez-moi seulement de vous adresser encore une question et une prière.

— Parle, mon garçon, je t’écoute.

— Il est des sujets fort délicats à traiter, reprit le jeune homme avec embarras, et croyez bien que sans une absolue nécessité... Mon oncle, avez-vous songé, en assurant tous vos biens à ce lils encore inconnu, que vos bienfaits pourraient aussi être très-nécessaires à d’autres personnes de votre famille?

Ladrange grimaça un sourire.

— Je t’ai dit déjà qu'en ce qui te concernait...

— A Dieu ne plaise que j'aie la bassesse de solliciter pour mon compte! Je veux parler de personnes qui vous touchent de plus près encore que moi, de madame de Mèréville, votre sœur, et de sa fille. Depuis la mort du ci-devant marquis, leurs propriétés ont été saisies, mises sous séquestre : si la vente en était ordonnée, vos plus proches parentes se trouveraient réduites à la misère. Je vous conjure donc de faire une petite part dans votre fortune, que je sais considérable... ,

— Ce n'est pas vrai, je suis pauvre, s'écria Ladrange avec chaleur, ou du moins je n'ai qu’une modeste aisance... Mais, morbleu! on se dispute déjà ma succession comme si je devais mourir demain ! J'ai pourtant bon /ne d, bon œil, et mes hèri-

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ers quels qu’ils soient, pourraient l’attendre longtemps. Qu’y lirait-il de surprenant, par exemple, si ces mijaurées de la irny; partaient avant moi ? Leur position n’est déjà pas des teilleures, et si l’on s’avisait de les dénoncer... Tiens, Daniel, it-il d'un ton différent, je ne me ferai pas plus méchant que 2 ne suis, et je t'avouerai que j’ai songé dans mon testament ces très-hautes et trcs-puissantcs dames; mais avant d’en ,ire plus long, je veux à mon tour t'adresser une question i laquelle je te prie de répondre avec sincérité... Voyons, a main snr la conscience, n'y aurait-il pas eu quelque chose :oinnic une amourette entre toi et Maria, ci-devant de Mérô- :jlle?

Daniel baissa les yeux.

— Parle franchement : serait-il possible que tu aimasses celte petite et que tu fusses aimé d'elle?

— Mon oncle, balbutia le jeune fonctionnaire, je n’oserais . affirmer que notre affection mutuelle depuis notre enfance...

— Put être autre chose que l’affection ordinaire entre cousins et cousines, n'est-ce pas? Cela s'est vu pourtant. Allons! ne crains riens. Souviens-toi que j'ai été jeune aussi.

— En vérité, mon oncle, vous m’en demandez plus que je n’en sais moi-même. Maria est entièrement soumise aux volontés de sa mère, et madame de Mèréviile me témoigne tant de mépris, tant de haine...

— Que lu n’as plus aucun espoir de rester en bons termes avec la mère et avec la fille?... C'est à merveille, mon enfant.

Puisqu'il en est ainsi, tu connaîtras mes plus secrets desseins.

J’avais craint que ton intimité avec cette fillette ne fîit devenue une véritable passion; encore une fois, cela s'est vu; mais puisque je me suis trompé, écoule-moi bien :

Tu penses sans doute comme moi, mon cher Daniel, que le régne de la noblesse est fini; ce serait folie de croire que les litres et les distinctions d'autrefois reparaîtront jamais ; je cherche donc, ainsi que je te le disais tout ù l’heure, les moyens de démocratiser notre famille, et j’y parviendrai peut-être tout en me montrant bon parent pour ces femmes orgueilleuses. Dans le testament que j'ai dressé en forme authentique, j’ai assuré un legs considérable à ma nièce Maria, ci-devant de Mèréviile, à la condition quelle donnerait sa main à mon fils Jean-François Gauthier. Si Gautier ne se trouvait pas, s'il était marié, ou enfin s'il refusait d'épouser ma nièce.

Maria pourrait être mise immédiatement en possession de ce legs; mais si mon fils étant prêt à la prendre pour femme, elle s’y relusait au contraire, elle n’aurait plus rien à prétendre dans r ma succession. Tu comprends les motifs de ces diverses ciau-

ses ? Si cette jeune fille consentait ù épouser mon fils, c’est qu elle ne partagerait pas de ridicules préjugés de naissance, et alors elle serait digne d'avoir part à mes bienfaits; dans le cas contraire, je ne voudrais pas qu elle pût retirer quoi que ce fût d’un bon patriote tel que moi.

Daniel restait interdit; une pâleur subite s’était répandue sur son visage.-

— Mon oncle, dit -il enfin d’une voix altérée, je vous ai mal compris, sans doute. Comment avez -vous pu concevoir la pensée de cette monsirueuse alliance ? Imposer une pareille obligation à une jeune fille délicate, bien élevée, habituée à l’élégance et à la richesse, l’obliger à épouser un campagnard aux mœurs grossières, ne serait-ce pas peut-être faire le malheur de l’un et de l’autre? D’ailleurs, que savez-vous si ce fils, cet enfant perdu, ne sera pas devenu quelque chose de pis qu’un honnête » ouvrier ou qu’un simple paysan? Livré à lui-mèine, sans instruction, sans protecteur, n'aurait-il pu s’écarter du droit chemin? Je vous afflige, mon oncle, et je vous supplie de me pardonner; mais n'est-il pas juste de mettre sous vos yeux toutes les éventualités? Oh! je vous en prie, renoncez à un plan qui peut avoir les conséquences les plus funestes; cette combinaison serait certainement une source intarissable de chagrins pour les personnes dont vous voulez assurer la prospérité.

Le vieillard le regarda fixement.

— Tu m'as trompé, Daniel, dit-il avec colère; tu aimes ta cousine.

— Ne vous inquiétez pas de moi, mon oncle ; voyez plutôt si je n'aurais pas deviné juste.

— Je ne dis pas lecontraire, il se pourrait, en effet... Mais, encore une fois, Daniel, tu aimes ta cousine, j'en suis sûr.

— Eh bien! oui, mon oncle, répliqua le jeune homme en baissant la tête et en fondant en larmes; je voudrais vainement me le dissimuler. Quand vous avez exprimé le vœu que Maria épousât votre fils, j'ai senti dans mon cœur comme un déchirement ! Je l'aime malgré les obstacles qui nous séparent, malgré l’aversion que j'inspire à sa mère, et que Maria partagera peut-être tôt ou tard... Oui, je l'aime, et je mourrais de douleur si je la voyais jamais appartenir à un autre.

Ladrange éprouva un vif désappointement, et regretta sans doute d'être allé si loin dans ses confidences.

— Diable! reprit-il , j'avais cru, quand tu m’affirmais quH ne te restait plus aucun espoir... Mais, allons! mon enfant, console-loi, tout peut aisément se réparer. Puisque cet arrangement te cause laut de peine, j eu trouverai un autre qui sera

teaacoup plus à tou avantage; car, aussi bien, je te dois une écompense pour les services que lu m'is rendus, pour ceux lue tu vas me rendre encore... Je déchirerai ce testament qui e déplaît, et j'arrangerai les choses à la satisfaclion. Va! va! u seras content, je te le promets. Mais, de ion côté, t’engagesu à ne rien négliger pour m'aider à retrouver mon fils?

— En pouvez-vous douter, mon oncle ? Lorsque même vous .onserveriez celte clause qui me désole , je ne reculerais pas levant l'accomplissement d'un devoir sacré.

— A merveille, mon garçon. Je vais donc songer à poser les jases d'un autre testament; quant à l'ancien, il sera jeté tu feu.

— Eh bien! mon oncle si telle est votre résolution, pourpioi tarder à l’exécuter? J'éprouverai des angoisses mortelles ant que je saurai que ces funestes dispositions existent dans acte de votre volonté suprême. Sans doute ce testament est à avec vos papiers; ne pourriez-vous le déchirer à 1 instant nême, en ma présence? Ce serait pour moi une immense cOiljolalion, et je vous en serais reconnaissant toutejna vie.

— Peste! comme vous y allez, mon cher, dit le* vieillard avec ligreur ; nous avons du temps devant nous, je pense! Ne di- ’ait-on pas que je dois mourirdemain ? Selon toute apparence,

;e testament np sera pas ouvert avant quelques années d'ici, et / e pourrai le récrire à mon aise. D'ailleurs, il faut que je conjnlte maitre Laforèt, mon nolaire, qui a un double de cette Jièce... Allons, Daniel, poursuivit-il d'un ton plus doux, aie patience et fie-toi à moi; tout ira bien.

— Il suffit , mon onde ; pardonnez-moi si j'ai trop insisté peut-être sur ce sujet pénible... Il est tard, continua Daniel en se levant, et je veux arriver de bonne heure à la ville... Je vais lonc partir, et je compte, m'occuper dès demain de la mission Je confiance dont vous m’avez chargé; mais en retour, mon oncle, ne ferez-vous rien pour nos pauvres parentes?

— Ne me parleplus d’elles, Daniel, interrompit Ladrange d'un Ion péremptoire; je ne veux pas risquer ma tête pour ces mau- Jites aristocrates, je te le répète. Arrange-toi comme tu voudras avec elles, mais je ne me compromettrai pas davantage.

Et qu'on ne m'échaude pas la bile , ou , morbleu ! je douuerai l’ordre à Bernard de les renvoyer, et elles deviendront ce qu elles pourront.

Ils rentrèrent dans la pièce voisine , et la porte en s’ouvrant brusquement, laissa voir Pétronille qui avait tout à fait la mine de les avoir épiés à travers la serrure ; mais ni l'un ni l autre ne parut s’en inquiéter. Ils gagnèrent la cour tout eu causant, taudis que la mégère murmurait à l'écart:

— Ah ! le traître! le menteur! il a fait son teslament pour les autres, malgré scs promesses... Mais il me le paiera, le vieil avare! il me le paiera avant qu'il soit longtemps, quand je devrais le dénoncer moi-même comme aristocrate !

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