‹ Les chefs-d'œuvre de la peinture italienneChapitre 12 sur 34 · LA VIERGE ET LES SIX SAINTS · texte numérisé non relu

LA VIERGE ET LES SIX SAINTS

A droite dr. ia Vicroe K.mi! l-ia:U"i5 njinl, Jean Bapli.ste et Job

A gauclie Saint Antoine de F'.iiiode , yaiiit Sebastien et saint Ay,-^iistm

'Académie tie Venise]

LES PEINTRES DE VENISE ET DE PADOUE

froideur. Sfjuarcioiie , (|ii'oii représente volontiers comme un sectateur de l'art païen, s'effraya de cette tendance, et, au rapport de Vasari, il fit durement la critique des peintures de Mantegna; mais celui-ci se corrigea médiocrement, et il garda pom- l'art antique, modernisé d'ailleurs par le sentiment du quinzième siècle, un culte f[ui ne devait pas se démentir.

Les voyages de Mantegna complétèrent, soiis ce rapport, son instruction d'artiste, et ils eurent cet autre avantage de le mettre en relation avec des maîtres dont il avait entendu parler, et dont il ignorait les œuvres. Un court séjour à Vérone conqite peu dans sa vie; mais comment croire que sa visite à Florence n'ait pas été un fait important aussi bien pour lui-même que pour les peintres ((ui purent alors le connaître? On l'y rencontre en i/jGG, au moment glorieux oii brillaient les Verrocchio, les PoUaiolo, oii débutait Bolticellî. Si court qu'ait été son passage dans la ville des Médicis, Mantegna eut le temps d'apprendre et denseigner. Mais, peu après, sa vie se fixa. Appelé >à Mantoue en 1468, il fut attaché au service du marquis Louis de Gonzague, et il resta fidèle à ses successeurs. Il occupait alors dans l'art contenqiorain une situation enviée; le pape Innocent V^^ le fit venir à Rome en 1488, et Mantegna peignit pour lui, dans la petite chapelle du Belvédère, des fresques qui de|)uis lors ont disparu. Le vaillant artiste revint ensuite à Mantoue, et il y mourut au mois de septembre 1 5o6.

Nous possédons au Louvre une des œuvres les plus caractéristiques de Mantegna. Ce n'est qu'une l'ragile feuille de vélin sur laquelle sa main savante a dessiné à la plume et au bistre, avec quelques rehauts de coideur verdâtre, l'admirable Judith, que nous reproduisons. Ce sujet avait beaucoup préoccupé Mantegna. En 1488, il peignit une Judith, aujourd'hui au musée de Berlin; trois ans après, il traita le même sujet dans une aquarelle relevée de touches blanches , qui a fait partie de la collection de Vasari, et dont la galerie des Offices a hérité. Notre dessin, — car voir, c'est posséder, — a été donné au Louvre par M. Gatteaux. Il ne porte point de date, mais on peut dire qu'il est du meilleur temps de Mantegna. Debout, et la main droite armée d'un glaive, Judith met de l'autre main la tête d'Holopherne dans le sac qu'entrouvre sa suivante. Elle s'est parée pour le meurtre. Sa chevelure bouclée est retenue par un voile dont les longs plis retombent derrière elle. Le type, visiblement emprunté à l'antique, est fier et superbe; l'esclave qui, souriante, se penche vers Judith, est une Africaine dont le visage nubien semble choisi pour faire valoir l'auguste beauté de sa maîtresse. Tout est

admirable dans ce groupe, les tètes, les attitudes, le sentiment; mais il faut signaler le grand style de la draperie qui enveloppe le corps de Judith de ses plis savamment rhythmés. Ici, l'étoffe épouse la forme, elle l'habille sans la cacher, elle en accuse même les splendidcs élégances. Une sorte de grâce austère, un accent d'autant plus tragique cju'il est tempéré par le charme, les mâles fiertés de l'antique adoucies par les tendresses modernes, voilà ce qui fait de la Judith de Mantegna un chef-d'œuvre immortel.

A côté de ce dessin, il faut, pour montrer combien furent diverses les aptitudes du maître, placer une superbe peinture, également empruntée au musée du Louvre. La Fierge de la Victoire, dit Vasari, est un tableau « f[ui a plu ou qui plaît à tous ceux cpii le voient » . Cette madone est ainsi désignée parce qu'elle provient de la jietite église de Santa-Maria délia Vittoria, que le marquis François de Gonzague avait fait construire; mais Vasari a une étrange manière d'écrire l'histoire, et son italianisme l'égaré un peu lorsqu'il nous parle de la victoire glorieuse remportée par le marquis, près des bords du Taro, sur les troupes de Charles VIII. Ce combat, c'est la bataille de Foruoue (6 juillet i495), et les bons auteurs tiennent pour certain que la joinnée fut rude aux Vénitiens et aux Mantouans que commandait Gonzague. Ceci, du reste, importe peu. Vainqueur ou vaincu, le marquis a fait peindre un tableau par Mantegna, et ce tableau est admirable. C'est même le résidtat le plus clair de la bataille de Fornoue.

Assise sur un trône décoré de marbres de diverses couleurs et de bas-reliefs dorés, la Madonna délia Vittoria tient l'Enfant .Tésus debout sur ses genoux. Saint Michel et saint Georges, revêtus tous deux, d'aruiurcs éclatantes, soutiennent les plis de son manteau. Les deux saints c|u'on aperçoit derrière eux sont vraisemldablement les protecteurs de Mantoue, saint Longin et saint André. Près de la Vierge est le jeune saint Jean, et, plus bas, sainte Elisabeth, agenouillée, ira chapelet à la main. Au premier plan, le marquis François de Gonzague, armé de pied en cap, remercie la Vierge. Cette figure, dit Vasari, a été peinte d'après nature et semble vivante.

Telle est la disposition générale du taljleau; la chromolithographie que nous publions permettra au lecteur de compléter cette description imparfaite; car Mantegna ne s'est pas borné à grouper des personnages, d'ailleurs tous pleins de caractère et de ferveur; il s'est montré également attentif à multiplier, ci choisir les accessoires. Le trône de la Vierge est placé dans une sorte de niche ajourée, laite

1431 MANTEGNA i5«.i

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