‹ Les chefs-d'œuvre de la peinture italienneChapitre 15 sur 34 · L'ART DANS L'OMBRIE ET A HOLOGNE · texte numérisé non relu

L'ART DANS L'OMBRIE ET A HOLOGNE

pas un sentiment très-fin lie l'expression et de lidée morale. Aussi a-t-il été un excellent, uu admirable portraitiste. La figure de son protecteiu' Sigismoud Malatesta, qu'il a peinte dans une des chapelles de San-Francesco à Rimini, est pleine de tourinire et de cachet : le rude soldat est agenouillé, en comjiagnie de deux lévriers, ses compagnons de chasse, devant l'image de son patron saint Slgismond de Boiu'gogne. C'est une effigie féodale et sévère. Phis rcniaripiahles encore sont les deux |)ortraits réunis de Federigo de Monteléltro, duc dUi'bin, et de sa femme Battista Sforza. Cette œuvre, infiniment jirécieuse, est au musée des Offices. Les deux personnages sont vus de profil , et, quoique l'exécution soit sobre et lisse, ces têtes austères ont autant de relief que des médailles. Le panneau étant peint des deux cotés, on voit au revers le Triomphe du duc d'Urbin. Assis sur un char antique, Federigo est trauié par des chevaux aux(piels Piero délia Francesca s'est efforcé de donner le phis de slyle possible. Il y est médiocrement parvenu. Mais, quant aux portraits du duc et de sa fénune, ils sont atlmirables dans leur sincérité lumineuse, dans leur modelé atténué, oii le pinceau dissimide son travail et parvient cependant à tout <lire. De pareilles effigies font songer d'avance aux merveilles ipie nous réserve Léonard de Vinci.

Dans ses tableaux religieux, comme le Baplihne de Jésus, de la Galerie nationale de Londres, et le Saint Jérôme , de l'Académie de Venise, Piero délia Francesca montre un peu trop de dédain pour la pureté des formes. La natiu'e lui suffît; il ne choisit pas, il n'ennoblit pas les types f|u il a sons les yeux. Mais gardons-nous toute- Ibis d'être plus sévère pour lui que nous ne l'avons été pour Verrocchio. Très-fbi't dans le portrait, l'artiste reste un peu au-dessous de sa tâche lorsqu'il lui faut représenter les grandes scènes évangéliques, les sujets (|ui exigeraient un style élevé et pur. Mais Piero délia Francesca ne pouvait savoir et comprendre encore tout ce que devina sou jouissant élève Luca Siguorelli.

Un détail important à noter, c'est que le maiti-e de Boigo San-Sepokro s'occupa avec un zèle extrême de tons les procédés rpii étaient alors à l'étude et qui avaient pour but d'améliorer les conditions matérielles de 1 art du peintre. Dans ses relations avec Domenico Veneziano, il avait entendu parler des mixtures nouvelles que les Flamands venaient de mettre à la mode et tpii rendaient plus facile et plus sur le maniement de la peinture à l'huile. 11 l'ejiqiloya plusieurs fois. On a retrouvé le texte d'un contrat qu'il passa en 1466 avec les membres de la confrérie de I Annnnziata d'Arezzo, et dans lequel il s'engage à peindre 11 olio une bannière procès-

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sionnelle qui devait représenter \ Annonciation. Mais ce n'est pas dans le soin que Piero a mis à s'emparer des conquêtes récentes qu'il faut chercher sa -s raie gloire : elle est pour nous dans son talent de portraitiste, dans cette manière, lumineuse et pure, de lairc rayonner un visage et d'y laisser Lransparaitre une (une.

Piero délia Francesca, habile à exprimer la personnalité humaine, contribua beaucoup, nous le croyons, à développer à la cour des ducs d'Urbin et dans la Romagne le goiit du portrait. Bien ipic Mclozzo da Forli n'ait élé ni son élève ni son imitateur, il eut sa valeur comme portraitiste. Les deux maîtres n'étaient ni du même pays ni du même âge; mais ils ont eu un ami commini, Giovanni Santi, le père de Raphaël. Plus heureux que pour Piero délia Francesca, nous possédons, en ce ([iii concerne Melozzo, des dates exactes. Né à Forli en il\i9<, il est mort en i494- H eut pour protecteur Girolamo Riario, seigneur de sa ville natale. Envoyé à Rome en 1472, il peignit la tribune de l'égiise des Saints-Apôtres; mais il ne reste plus aucune trace de ses fresques, f église ayant été démolie et reconstruite au dix-huitième siècle. On croit toutefois que la figiu-e du Sauveur, conservée au palais Quirinal, provient de la composition de Melozzo.

Le peintre de Forli travailla beaucoup à Rome , particulièrement pour le cardinal Riario. Il reste, dans la galerie du Vatican, une fresf[ue, aujourd'hui transportée sur toile, qui représente l'installation solennelle de Bartolouniieo Sacchi (Platina) dans les fonctions de préfet de la bibliothèque de Sixte IV. Melozzo n'a pas manqué d'y introduire les principaux personnages de la cour romaine. On y reconnaît, entre autres, le portrait de Giuliano délia Rovere, ([ui de\ait être le pape Jules IL L'exécution en est simple et fortement caractérisée.

On ignore à quelle époque Melozzo da Forli travailla pour Frédéric de Montefeltro. La Galerie nationale de Londres s'est récemment enrichie de deux figures qui paraissent représenter l'une la Musique, l'autre la Rhétorique : elles prov iennent du palais du duc d'Urbin, et fliisaieiit partie d'une série de peintures dont les fragments se retrouvent chez la reine d'Angleterre et au musée de Berlin. — Giovanni Santi a célébré son ami Melozzo, et il le loue surtout d'avoir étudié la perspective. C'est une ressemblance de plus avec Piero délia Francesca.

Melozzo a formé un élève cpii lui fit quelque honneur, Marco Pahnezzauo. Né à Forli en 1456, il vivait encore en iSSy. Les diflcrentes façons dont il a signé ses tableaux ont un instant dérouté les critiques : tantôt, ajoutant à son prénom le nom de son maître, il signe DIarchus de Melotius ou de Melotiis, taiit(')t il prend le

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nom de Palmizaiius , ou même àe Pannazanus , doit Vasari, trop aisément trompé, a fait Parmigiano. Cest un artiste inégal, ordinairement en retard sur le mouvement contemporain , mais quelquefois plein de sentiment. Nous avouons attacher un certain intérêt à son tableau du Louvre, le Christ mort soutenu par deux anges. Palmexzano était un maître austère et leligieux : en l'eprésentaiit le coips du Christ, décoloré par la mort, il a voulu éveiller chez le spectateur une impression douloureuse, et il y est parvenu. C'était dvi reste un infatigable travailleur, et son oeuvre, jadis dédaigné, curieusement étudié aujourd'hui, est considérable. Sans parler de ce qui reste de lui à Forli, nous avons des Palmczzano à Londres, à Berlin, et même à Bordeaux et à Grenoble.

De Forli à Bologne, il n'y a qu'un pas. Kous sommes toujours dans la Romagnc, et cependant nous allons rencontrer des artistes un peu différents de Melozzo et de Palmezzano. Le premier Bolonais que nous devions signaler est Marco Zoppo. Bien que ses compatriotes en aient toujours lait grand cas, ils n'ont pu trouver encore les dates de sa naissance et de sa mort. Le comte Malvasia parait s'être mépris loi'squ'il lui donne |)Our maitrc Lippo Dalmasio, qui, vers i4io, avait cessé de vivre. Zoppo est un artiste plus moderne, et nous savons, en effet, qu'il passa sa jeunesse à Padoue dans l'atelier de Squarcione. Il travailla d'abord à Venise : c'est lui-m(''me ([ui a pris soin de nous l'ajiprcndre au bas d'une IMadone, qui est au nuisée de Berlin, et qui porte, avec le nom du peintre et la date 1471 j h's mots in l^enexia. Une fresque, conservée à Bologne au palais Colonna, serait datée de 1498. C'est à ces renseignements incomplets que se borue la biographie de Marco Zoppo.

Indépendamment du tableau de Berlin, l'œuvre de Zoppo est surtout à Bologne. Au Musée, on lui attribue un retable représentant la Vierge entre saint Jean-Baptisle et saint Augustin j ii l'église Saint-Joseph, une Sainte A pollonie, peinte a tempera; enfui, au CoUegio di S|iagna, un devant d'autel divisé en vingt et un compartiments, selon la disposition familière aux Vivarini. Zoppo est un de ces Squitrcionescld dont M. Selvatico nous a dit quelques mots. Sa manière est rude et sèche. On s'étonne qu'un aussi dur praticien ait pu devenir le maître de Francia.

Le nom que nous venons d'écrire est celui du plus grand peintre de Bologne. 11 remplit de sa gloire les dernièies années du quinzième siècle. Rapliaèl considérait Fiancia comme un modèle et le li'aitait avec les respects que doit piolcsser un jeune artiste pour un maître consommé. Si l'histoire peut avoir mi regret, c'est que ses leçons, un instant comprises par quelques-uns, aient été si vite oubliées. Un seul

élève fit honneur au m.iîti-e, l'admirable graveur Marc-Antoine Raimondi; mais Marc-Antoine est moins le disciple de Francia que celui de Raphaël, et même d'Albert Durer.

Franccsco Raibolini, ne à Bologne vers i45o, consacra la première partie de sa vie à l'étude et à la pratique de l'orfèvrerie. En 1482 , il se fit inscrire sur le registre de la corporation. Le nom qu'il a rendn illustre tst celui du maître chez lef|ucl il travailla d'abofd, Francia. Comme nous l'avons déjà vu à Florence, le métier d'orf'évie cmbi'assail alfirs pres(pie tous les arts du métal; Raibolini apprit à laire des médailles, il grava les coins de la monnaie de Rologne; les érudits se sont même demandé s'il n'est jias |ioiu' beaucoup dans l'invention des caractères typograpliicpies (pli imitaient l'écriture cursivc et qui lureul employés par Aide Maniice. Les travaiix de Francia comme orlèvre et comme londeur mériteraient une étude spéciale : elle est eu deliors de notre cadre, et nous la négligeons à regret.

L'artiste était dans toute la force de l'à£;e, lors(|u'il fit œuvre de peintre. Il travailla d'abord pour les Rentivoglio , ])articulièrement pom- Jean, celui qui fut chassé de Bologne par Jules H. 11 i'ut aussi employé par les Felicini. Un des plus beaux tableaux de Francia, à la pinacothèque de Bologne, porte l'inscription suivante : opvs FRANcia; avkifigis mcccci-xxxx. Il représente la Vierge assise siu- lui ti-ône avec l'Enfant Jésus : devant elle se groupent sainte Monique, saint Augustin, saint François, saint Jean-Baptiste, saint Procule, saint Sébastien, et uu donateur agenouillé, Bartolommco Felicini. On remarquera le titre aiirifix , que l'artiste ajoute à son nom. Ce tableau est-il le ]iremier qui ait été [)eint par Francia.? on le dit; mais nous avons peine à le croire, car il s'y montre déjà avec toutes les certitudes, toute la science, d'ailleurs un peu froide, qu'il lui fut donné d'atteindre. Fiancesco Raibolini ne de^ait pas aller au delà.

Le tableau que nous reproduisons, et qui fait également jjartie du musée de Bologne, ne caractérise pas moins bien la manière du maitre. Francia, il laut le dire, a très-peu varié la nature et la disposition de ses sujets. Ici encore, il a assis sur un trône élevé la Vierge tenant l'Enfant Jésus, et il a placé autour d'elle, dini C(kc saint Jean-Bajitiste et saint Etienne, portant siu' un livre les pierres dont il fut lapidé, de l'autre, saint Augustin et saint Georges, celui-ci armé et cuirassé comme un preux des grandes guerres. Lin ange, d'une expression douce et cliarmante, est assis au pied du trône et joint les mains dans l'attitude de l'adoration.

Francia a traité plusieurs fois ce sujet, et, à le voir se répéter ainsi, on peut

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