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L'ÉCOLE DE MICHEL-ANGE

ic.hkl-Ange avait parlé de façon à ("tre ccout('. A Piome comme à FloreiK-e, il s'était acquis une autorité sans égale, et, m;"'me au moment où les mélancolies de la vieillesse paraissaient devoir le condamner au repos, il restait un ^uge, un conseil, un exemple. Beaucouj) le connurent directement et enrent l'iKunieur de travailler sur ses dessins; d'autres n'entrevirent que de très-l(jin le maître sublime, ruais ils ne furent pas moins éblouis et cbarmés. Le prestige de Michel-Ange dura plus d'un siècle : il s'étendit bien au-delà des limites de l'Italie, et il est remarquable que, même en France, les peintres et les sculpteurs dégénérés qui travaillèrent pour Henri W et pour Louis XIII enfant, avaient presque tous demandé le mot d'ordre, sinon à Michel-Ange, du moins à son œuvre.

Sebastiano Luciani, qu'on appelle Sebastiano del Piombo, figure le premier sur la liste des adhérents du glorieux maître f i485-i547). C'était un Vénitien, et vraiment rien n'est mieux fait pour dérouter les faiseurs de classifications étroites que l'apparition de cet excellent peintre (pii mêle Florence à Venise, et qui, en mettant en couleurs des crayons de Michel- Ange, persiste à se souvenir de Giorgione. Il appartieul ainsi à deux écoles. Médiocrement inventeur, mais prompt à. tout comprendre, il avait fait ce rêve, parfaitement légitime, d'ajouter au splendide dessin des Toscans la richesse étoffée et chaude des colorations vénitiennes.

Giovanni Bellini fut le premier maître de Sebastiano : c'est dans son atelier qu'il connut Giorgione, et ils avaient toutes sortes de raisons pour se lier ensemble.

car ils étaient l'un et l'autre très- habiles musiciens. Devenu peintre, Seliastiano garda longtemps, sur sa palette, les tons que sou maître lui ait appris à aimer : à l'origine , ses tableaux sont absolument giorgionesques .

Vers 1 5 1 2 , Sebastiano fut appelé à Rome par Agoslino Cliigi, le riclie banquier siennois, qui venait de faii-e construire la Farnésine. Là, l'artiste vénitien connut Rapliaël, et là aussi il se lia avec Michel-Ange. Les amateiu's romains voyaient alors leurs préférences hésiter entre les deux maîtres; des camps ojiposés s'étaient formés, et il semlilait de bon goût de prendre parti pour l'une ou pour l'autre cause. Appelé à choisir, nous serions peut-être entré dans les deux ateliers à la fois : Sebastiano ne resta pas longtemps indécis : il opta fièrement pour Michel- Ange, tpii fut enchanté de voir ^ enir à lui un artiste de ce pays oii I on savait peindre, mais où l'on ne savait pas dessiner. Sebastiano fut d'ailleurs très-bien accueilli [)ar la cour romaine : comme il était un peu paresseux, on s'airangea poui' lui faiie une vie douce : à la mort de Fra Mariauo Fetti (i53i), on lui donna l'ofllce dcl piomho, ou du plomb, c'est-à-dire (pi'il eut mission de sceller du sceau pontifical les pièces émanées de la chancellerie. « Je suis frère du plomb, é<-rivait-il le 4 décembre à son ami l'Aiétin. Vive le pape Clément ! »

Sebastiano del Piondjo ne quitta plus Rome. Il y peignit, dans luie manière sévère jioiu' le dessin, chaude et doiée pour la couleiu', d'admirables portraits ([ui ont (piehpiefois été attribués à Giorgione : il travailla à la Farnésine, à San-Pietro in Montorio, à Santa-Maria del Popolo; enfin il fut à diverses reprises le collaborateur, on dirait volontiers le traducteur de Michel-Ange.

Le vieux Buonarotti, si grand dans la fresque, faisait profession de dédaigner la peinture à Fhuile; le cadre borné du taldeau convenait peu à l'infini de sa pensée; mais, en ses heures de rêverie, après avoir tout le join- loiiillé le marbre d'une main fiévreuse, après avoir ciselé les rimes d'un sonnet à Vittoria Colonna, il aimait à prendre un crayon et à chercher, en linéaments confus et sidjlimes, une attitude inédite, un geste héroïque ou douloureux. Il aimait aussi ipi'un pinceau savant s'emparât de ce dessin, et, le transportant sur la toile ou sur le panneau, le revi'^tit des séductions de la couleur. Parmi les jeunes gens qui l'entoiu-aieut, phisieurs s'essayèrent sous ses yeux à ces traductions, à ces achèvements de son rêve. Sebastiano del Piombo y réussit mieux que pas lui.

La Résurrection de Lazare, de la galerie nationale de Londres, est le plus célèbre de tous les tableaux dus à cette collaboration glorieuse. Jules de Médicis

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