SEBASTIANO DEL PIOMBO
LA V I SITATIO N
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L'ÉCOr.E D[î MICHEL-ANGE. 217
flemamlii cette pointure à Sebastiauo, en même temps qu'il demandait la Transfiguration à Rapliaël ; les deux chefs-d'œuvre devaient décorer la cathédrale de Narbonne. Aclievés en iSig, ils furent exposés ensemble à la curiosité publique. Les sympathies se partagèrent, ce (|ni prouve que les contemporains ne jugent pas toujours sûrement. A aucim point de vue, la Résurrection de Lazare ne peut être mise en parallèle avec la Transfiguration. L'œuvre de Sebastiauo, si vantée jadis et à tant d'égards si remarquable, est solennelle, grande, mais froide. La ftiute n'en est point à Michel-Ange qui parait s'être borné à donner le dessin d'une figure, celle de Lazare. Thomas Lawrence possédait le crotpiis de Michel -Ange, et M. Charles Blanc l'a fait graver dans Y Histoire des peintres. Ce dessin est superbe et terrible. Sebastiauo l'a singulièrement refroidi, et il l'a entouré de figures de son invention auxquelles il a prêté des gestes forcés et presque académiques. L'œuvre est d'ailleurs intéressante au point de \ ue du coloris; on y retrouve un élève de Giorgione, mais exagéré. Le ton (|ui, chez Barbai'cUi , fusionne en un si doux mélange les bruns et les roux, l'or et la pourpre, s'exalte chez Sebastiano et fait prédominer les rouges-brique. L'artiste, ici, a vraiment dépassé la mesure. Cette coloration arbitraire eidève beaucoup de son effet à ce précieux tableau.
L'intervention de Michel-Ange se lit aussi dans la J'isitation de la Jlerge, qui est au Louvre, et que Sebastiano peignit à Rome en iSai. La Vierge, accompagnée de deux femmes, est reçue par sainte Elisabeth; au fond on aperçoit Zaehariequi, entouré de ses serviteurs, descend les degrés d'un péristyle. Le P. Dan croit savoir que « le visage de Nostre-Dame a esté fait par Michel-Ange » . S'il entend parler de la peinture, il se méprend; et s'il veut parler du dessin, l'auteur des Merveilles de Fontainebleau ne dit pas tout ce qu'il faudrait dire. A notre sens, Michel-Ange a du donner le ei'oquis du groupe entier, y compris les deux femmes qui suivent la Vierge. De là, une beauté suprême, ime grandeur d'attitudes, une force d'expression que Sebastiano, réduit à ses propres forces, eût été impuissant à trouver. Ce tableau, dont la coloration est d'ailleurs robuste el nourrie, est une des richesses du Louvre. Les draperies sont du plus noble style, les têtes ont un caractère sévère et grandiose; les deux mains de la Vierge, celle surtout qu'elle avance vers sainte EHsabelh, sont dignes de la statuaire antique.
Ce sont là, certes, de hantes ipialités; on les retrouve, à des degrés différents, dans le Martj re de sainte Agathe, du |)alais Pitti, et dans (pielques autres tableaux. Sebastiano a fait aussi d'admiraliles portraits. Et cependant ce n'est pas un artiste
de grand vol; il eut d'insurmontables paresses, il inventait peu. Combien on doit lui préférer les maîtres qui tirèrent tout de leur imagination et de leur cœur !
Andréa del Sarto est un de ceux-là. U fait penser à Michel-Ange, il lajipplle Léonard de Vinci, et il est dune originalité à la lois très-tendre et très-virile. Andréa — rju'un monogramme mal interprété a fait à tort baptiser Vaiuiucclii — est né à Florence en 1488. Son père Aguolo était tailleur, sarlo; de là le siu'nom que le grand artisie a immortalisé. Après avoir travaillé chez uu orfèvre et chez le peintre Giovauui Bai-ile, il entra cliez Piero di Cosimo. Le maître était bon; mais l'élève rêvait un art plus large et demandait des exemples meilleurs : il les trouva dans les deux cartons de la Guerre de Pise et de la Ikitaille d Anghiari . Andréa s'est formé jjar l'étude de ces chefs-d'œuvre; à ce point de vue, il se rattache à l'école de Michel- Ange, comme à celle de Léonard. Peut-être se montra-t-il également attentif à la manière adoucie dont Fra Bartolommeo mélangeait les couleurs. Apte à tout comprendre, il eut bientôt appris la morbidesse du pinceau, la grâce des tètes souriantes ou pensives, l'ampleur des attitudes héroïques : il ne tlut qu'à son génie et aux sévères enseignements de la vie cette llanune intérieure, ce pur sentiment (|ui ont fait de lui un des maîtres les plus touchants de l'école italienne.
D'immenses travaux l'illustrèrent à Florence : les lrest[ues du cloître de l'Anluuiziata, celles de la confrérie del Scalzo, de superbes tableaux pour les églises de la ville l'avaient rendu cher à ses coutemporains, lors([ue François f l'appela à sa cour. Andréa del Sarto arriva à Paris en i5i8, et c'est eu France qu'il peignit son tableau de la Charité', qu'on admire au Louvre, et (|ui, malgré les mutilations qu'il a subies, reste encore uue des plus belles pages de l'école toscane.
Ou sait comment le drame vint se mêler à la vie d'Andréa. 11 avait laissé à Florence sa femme Lucrezia del Fede, qu'il aimait chèrement, et qui, s'il eu fallait croire ce quou raconte on ce cju'on suppose, n'était pas tout à fait digue de sa tendresse. Il voulut la revoir; il demanda à François 1" la permission d'aller passer quelque tenqis en Italie, et, ayant obtenu l'agrément du roi, il emporta, p<jiir lui complaire, une assez forte somme qu'il devait employer à racc[uisition d'œuvrcs d'art (iSig). On prétend qu'il dépensa follement l'argent du trésor royal et qu'il n'osa revenir à Paris. Un peu honteux de l'aventure, et la paix de son ménage étant d'ailleurs fort troublée, il chercha des consolations dans le travail. Il proliuisit de nouveaux chefs-d'œuvre, et son talent prenait tous les jours plus de liberté et de grandeur, lorst[u'il mourut à Florence le 23 janvier i 53i .
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