I.'ECOLE DE MIOIEL-ANGE
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Andréa del Sarto a laissé un certain nondire de portraits qui, même à ctité des œuvres des portraitistes de profession, conservent la plus liaule ^aleur. La forte structure du dessin intérieur s'y devine sous un modelé adouci; la pliysionomie mdividuelle s'y inscrit avec tout son accent. On connaît à la Galerie nationale de Londres XHoinme au chaperon noir, à Milan et dans d'autres musées, le portrait de Lucrezia, car il aimait à la peindre et il a multiplié pai tout, même aux murailles des ég-lises, l'image adorée de l'infidèle.
Nous détachons des fi-esques de \' Aiiimnziata deux comj)ositions également celèbi'es. La plus importante, placée dans l'espèce iXalriaiii (|ui précède l'église, est la Aalivile (/e la l'ierge. A droite, sainte Anne est à demi couchée dans un grand lu à colonnes et à baldaquin; des servantes s'empressent autoiu- d'elle, et elle reçoit la visite de deux amies, figures d'une grâce merveilleuse et d'une adorable élégance. Celle qui regarde le spectateur est Lucrezia del Fede. Au pied du lit, dans une ondjre discrète, saint Joachim est assis. A gauche, devant le foyer oi'i flambe un leu clair, des femmes ont pris l'enfant [[ui vient de naître et lui donnent les premiers soins. Sur la cheminée sont deux figurines dont l'une lient l'écusson des Médicis : un peu au-dessous est la date — i5i4. La com|)Osition est à bi fois intime et pleine de grandeur, et rien n'égale le eliarmc mystérieux des têtes de femmes ([u'Andrea a introduites dans sa fresc(ue.
La seconde peinture que nous re]jroduisons est placée au-dessus de la porte dans le cloître de l'Annunziata : c'est la Madoima del sacco, la Vierge au sac. Ce groupe n'est autre chose quime Sainte Famille. Saint Joseph, assis et lisant, appuie sou bras droit sur un sac; de là le nom sous lequel cette fresque est restée celèbi-e : auprès de lui, la Vierge, également assise, tient siu- ses genoux l'Enfant Jésus, aussi beau, aussi magnifique de geste et de dessin (|ue s'il sortait du pinceau de Raphaèl. Dans un coin, la date iSaS. L'exécution de cette fresque est donc postérieure au voyage d'Andréa del Sarto à Paris.
Nous regrettons de ne pouvoir examiner à loisir ces peintures fameuses, oii les plus hautes qualités de l'art se mêlent à une profonde tendresse de cœur. Et comment d'ailleurs en faire sentir le charme souverain!' M. Crowe et Cavalcaselle l'ont dit très-justement : « Ce (pie Léonard de Vinci a obtenu dans la Jocoiide par l'emploi de la peinture à l'huile, Andréa del Sarto l'a réalisé dans la fresque. » Ses tons se fondent les uns dans les autres; l'ombre et la lumière alternent et se méleiU avec des débcatesses infinies. Mais c'est surtout le sentiment qui est admirable dans
les fresques de l'Annunziata , dans la Sainte Famille du Louvre, dans les divers tableaux du palais Pitti. Bien plus rpie Raphaël, Andréa vous touche au fond de l'âme. La vie eut pour lui de triste.s heures, il avait souffert : sa pensée est faite de mélancolie, et, dans un sourire, il laisse parlois deviner une larme.
Quelque chose de cette tendresse a passé, avec une grande force de dessin, dans l'œuvre de Beccafumi. Nous le connaissons mal en France; c'est à Sienne qu'il faut étudier ce maître exquis et robuste. Beccafumi n'est point son nom, mais celui de son protecteur qui , l'ayant renconiré dans la situation ht plus humilie, l'attacha à sa maison, et lui fit enseigner la peintiu'e. Né dans les environs de Sienne en 1484 , Domenico Mecharino vivait encore en i55i . A peine instruit des rudiments de son art, il était parti pour Rome oit il étudia les ()u\rages de Michel -Ange et sans doute aussi ceux de Raphaël. Revenu à Sienne, il trav ailla avec Sodoma : comme lui, il avait pris goût aux ornements empruntés à l'art antique, et, — on en trouvei'a une preuve à la fin de ce chapitre, — il a aimé les aral^esques de la renaissance. Décorateur, il fut appelé à Gènes, et il orna de ses peintures les nmraillcs du palais Doria. Mais l'œuvre capitale de Beccafumi est à la cathédrale de Sienne : c'est lui qui a donné le dessin et surveillé l'exécution du merveilleux pavimenlo ou du pavé f|ui raconte diverses scènes de f Ancien Testament, notamment l'histoire de Moïse. La rcclierche des Ijelles formes rattache à l'école de Michel-Ange l'auteur de ces grandes compositions. Quant aux tableaux de Beccafumi, ils sont rares. Le meilleur est à l'Académie. On y voit sainte Catherine de Sienne, avec saint Benoit et saint .léi'ôme : au-dessus de ce groupe apparaît la Vierge tenant l'Enfant Jésus. Ici, Beccafumi semble influencé par Sodoma; il a la nu"'me douceur d'exécution et tle sentiment; aussi tendre, il est peut-être plus ascétique. Domenico Beccafumi doit toutefois être classé parmi les adhérents de Michel-Auge. Le dessin du musée du Louvre, Y Homme nu couché li terre, est sous ce rapport d'une éloquence irrésistible. Ce Siennois est \a\ Florentin.
C'est avec justice rpie l'on rattache à la même école, et particulièrement à celle d'Andréa dcl Sarto, ,la(.-opo Carucci, qui, en raison du lieu de sa naissance, est appelé d'ordinaire Jacopo da Pontormo fi 494-1 556). Ils se ressemblent, en effet, pour l'exécution et pour le style. Pont(u'mo a fait d'excellents portraits : celui tpie |iossède le Louvre et tpii passe, sans aucun motif, il est vrai, pour représenter l'habile graveur en pierres fines Giovanni délie Corniole, est une œuvre à la fois virile et délicate. 11 y a dans ce portrait une chaleur de ton qui donne à penser que Pontormo