L'ÉCOLE DE MICHEL-ANGE
s'est laissé influencer, dans une certaine mesure, par Sebastiano del Piombo. Ils devaient d'ailleurs se rencontrer chez Micliel-Ange, et il n'est pas indifférent de rappeler ici que le gloi icux maitre a quelquefois confié à Jacopo Carucci la mission de transformer ses croquis en taldeaux. Les touristes qui ont visité le palais de Hampton Court n'ont pas oublié le tableau si grandiose et si austère où l'on voit Fpiius caressée par l'ylmour : la peinture esl de Pontormo; mais le dessin est de Michel-Ange.
Pontormo était, en outi-e, un fresquiste fort goûté à Florence. Il ne consacra pas moins de onze ans à l'exécution des grandes fresques qui décoraient San Lorenzo et qui représentaient le Déluge et le Jugemenl dernier. Elles n'ont pas été conservées, et les textes contemporains donnent à supposer qu'elles ne sont pas essentiellement regrettables. Pontormo a de l'ampleur; sou faire est fondu et atténué comme cekii d'un artiste qui avait étudié à la fois Andréa del Sarto et Sebastiano; mais il est visible qu'il commence à tourmenter la forme, à exagérer les attitudes, à abuser des courbes. Ce n'est pas encore du maniérisme; on sent pourtant que, jetée sur cette pente, l'école pourra aboutir à la manière. « Ma science, disait Michel-Ange, ne fera que des ignorants. » Songeait-il à Jacopo da Pontormo lorsqu'il faisait ces sinistres jjrédictions ?
Il est certain que Michel-Ange vécut assez longtemp.s pour voir ses disciples ou ceux du moins qui se réclamaient de son patronage commencer à s'égarer dans f exagération. Il a as.sisté aux débuts menaçants de Rosso, d'Angiolo Bronzino, de Daniel de Volterre, de Salviati. Rosso, c'est le « maitre Roux » des anciens textes français. Né à Florence en i4g6, il se forma en étudiant le fameux carton de Michel- Ange. Sa vie fut d'abord erraute et difficile. Après avoir travaillé à Rome, à Arezzo, à Venise, d lut appelé eu France vers i53o. Devenu jicintre ordinah'e du roi^ et habile dans l'art décoratif, il exécuta à Fontainebleau des travaux immenses. Il mourut à Paris en i54i . R.OSSO a joué un rôle capital dans l'histoire de l'école française. Il a eu sa part dans la décadence de la peinture. Et cependant il ne faudrait pas le considérer comme un pur maniériste. Non, Piosso avail l'âme florentine, il croyait à toutes les grandes choses que Michel-Ange avait aimées. Il est violent, mais expressif, hc Christ au tombeau, qu'il peignit pour le château d'Ecouen, et qui est aujourd'hui au Louvre, n'est-il jioint une œuvre émouvante? N'y a-t-il pas, dans cette peinture sauvage, un profond sentiment tragique?
Il faut glisser sur Angiolo Bronzino f 1 5o2?-i 572). Élevé de Ralaellino del Garbo
et de Pontormo, il devint un excellent portraitiste. Le musée des Offices et le palais Pitti conservent de sa main une série de portraits des membres de la l'amillc des Médicis : l'exécution en est délicate et sûre; le caractère individuel est nettement accusé. Bronzino a une sorte d'élégauce aristocrati(|uc, il donne à ses personnages une prestance fière, et il modèle les visages avec une science consommée, jouant liljrement avec les tons clairs, et obtenant le relief sans avoir besoin de recourir à l'ombre. Mais combien il est maniéré dans ses compositions religieuses, combien il tourmente les attitudes dans ses allégories! Voyez, aux Offices, la Descente du Christ aux limbes; à la Galerie nationale de Londres, Fenus, l'Amour, la Folie et le Temps. Est-ce la peine de savoir dessiner si bien, de connaître si profondément le jeu des muscles, pour rester si froid, pour exprimer si peu?
Daniel de Volterre (Daniele Ricciarelli) était un peu plus jeune (jue tous les maîtres que nous venons de citer; mais il connut étroitement Michel- Ange et il s'elforça de l'imiter connue scidpteur et comme peintre. Né à Voiterra en iSoy, il mourut à Rome en i566. Sodonia étant venu travailler dans sa ville natale, Daniel reçut de lui quelques leçons : il alla ensuite se fixer à Rome , oii il devint le collaborateur de Perino dcl 'Vaga. Mais son véritable maître fut Michel-Ange, et l'on a cru reconnaître l'inspiration du vieux poète dans la grande peinture qui a illustré Daniel de Volterre, la Descente de croix, de l'église de la Trinité du Mont.
Cette Descente de croix avait été peinte à fresque, et ce n'est qu'en i8i i qu'elle a été transportée sur toile. Elle est dans un assez triste état, et d'un ton sourd et voilé qui, tout d'aijoi'd, déconcerte le visiteur. Ce qu'il y faut étudier, c'est la science du dessin. Les disciples détachent de la croix le cadavre de Jésus; au pi emier plan, la Vierge est tombée évanouie, et les saintes femmes l'assistent dans sa douleur sans remède. Ce groupe est beau; les attitudes ont de la grandeur, les trois figures dé.solées expriment bien l'immensité d'un deuil éternel. Si Michel- Ange, — nous n'avons ici aucune certitude, — a donné (pielqnes conseils à Ricciarelh, c'est pour cette partie de la composition. Mais le grand maître n'a pu inspirer le groupe qui occupe le haut du talileau : les lignes en sont fort mal combinées : tous ces bras tendus font le plus mauvais effet du inonde. Aussi n'est-ce point là ce qu'il faut louer dans la peinture de la T'rinitc du Mont; c'est uniquement le groupe formé de la Vierge évanouie et des femmes qui viennent à son aide : il y a là vraiment l'accent tragique et la notion persistante du grand art.