LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE
indice d'une situation nouvelle , dont les résultats ultérieurs restent encore voilés aux prévisions de la critique. Ce l'ait, c'est le mélange de plus en plus accentué des diverses écoles de l'Europe. Pour l'Espagne, l'assimilation est manifeste. A.u moment oii Luca Giordano quitte Madrid, en 1702, on ne sait plus s'il est Italien ou Espagnol, et lui-même semble prendre peu de souci de sa nationalité hésitante. Le chevalier Corrado, — celui dont Cochin nous a dit les fadeurs rosées, et dont Ferdinand VI avait fait son pintor de camara, — appartient à la fois aux deux écoles. Quel est le caractère de Baycu de Subias? Et, vers la fin du siècle, n'y a-t-il pas, dans l'étrange Goya, beaucoup de la fantaisie deTiepolo?
11 serait curieux de tenter le même rapprochement entre les Italiens et les Français. Nos directeurs de l'académie de Rome, les .I.-F. de Troy et les Natoire, ont sur l'idéal des théories qui ressemblent fort à celles de Piazzetta et de Pom]ieo Battoni. Au palais royal de Turin, dans le galant petit cabinet dont Carie "Vanloo a peint les boiseries, on voit les deux influences se confondre harmonieusement. Pour le libre maniement du pinceau, Lemoine et Boucher doivent quelque chose aux virtuoses de l'Italie; les décorateurs vénitiens ont séduit Fragonard, et, dans ses paysages enrichis de monuments pittoresques, Huljert Robert donne la main à Panini.
L'union devint plus intime, la fusion des écoles se fit plus complète, lorsque les ruines d'Herculanum retrouvées provoquèrent une nouvelle renaissance de l'art antique, ou du moins \m vague retour vers des formes plus austères et plus pures. Raphaël Mengs et son collaborateur Winckelmann furent les promoteurs de cette évolution f(ue nos grands-pères ont vu commencer et qui semble se prolonger encore. Une sorte d'archaïsme adouci et mitigé succéda aux amusantes extravagances de Tiepolo et de l^iazzetta. Mais Raphaël Mengs pousse la sagesse jusqu'à la froideur. Quand il peint des portraits, la nature le soutient; une sorte de naïveté allemande persiste dans ses types; son modelé a de la douceur et de la morbidesse. Lorsqu'il invente, comme dans son grand plafond de la villa Albani, Jpollon et les Muses, il est correct, élégant et sans flamme. Sa renommée, si éclatante il y a cent ans, a singulièrement pâli, car c'est, à tout jîrendre, une triste aventure que de partir de l'idéal antique pour arriver à l'ennui.
Mengs l'ut surtout un théoricien : ses doctrines sont de beaucoup supérieures à ses peintures. Son rôle parait avoir été de mettre à la raison les derniers enfants perdus de la fantaisie. Il prépara l'avènement de l'école de David, dont l'influence
s'étendit sur toute l'Italie. Vicenzio Camuccini (1773-1844) et le chevalier Pietro Benvenuti, si fameux l'un et l'autre vers i8io, sont des maîtres glacés. Comme les élèves de David, en France, ils ont jirovocjué contre leurs méthodes luie révolte salutaire : les récentes expositions universelles nous ont permis d'en constater les progrès. Quelle est la situation actuelle de l'école? Si nous le savions, nous ne voudrions peut-être pas le dire. Cette histoire doit se clore au moment précis où s'achève le passé, où commence le présent. Quels lendemains sont promis à la peinture italienne.' Nous l'ignorons, car tout peut se raconter, excepté l'avenir. Mais, ([uoique bien timides encore, les dernières tentatives des maîtres de Florence, de Naples et de Milan laissent une place à l'espérance. Elle ne saurait rester longtemps inféconde, la ter-re généreuse oii mûrirent jadis tant de moissons doj-ées.
Vue de Venise, par Caualetti. (Musée du Louvre.)
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