‹ Les Chefs-d'œuvre lyriques de Alfred de MussetChapitre 10 sur 11 · VI II · texte numérisé non relu

VI II

Or, la beauté, c'est tout. Platon l'a dit lui-même : La beauté, sur la terre, est la chose suprême. C'est pour nous la montrer qu'est faite la clarté. Rien n'est beau que le vrai, dit un vers respecté ; Et moi, je lui réponds, sans crainte d'un blasphème: Rien n'est vrai que le beau, rien n'est vrai sans beauté.

POÉSIES NOUVELLES

Quand le soleil entra dans sa route infinie, A son premier regard, de ce monde imparfait Sortit le peu de bien que le ciel avait fait ; De la beauté l'amour, de l'amour l'harmonie ; Dans ce rayon divin s'élança le génie ; Voilà pourquoi je dis que Margot s'y connaît.

Et j'en dirais bien plus si je me laissais faire.

Ma poétique, un jour, si je puis la donner.

Sera bien autrement savante et salutaire.

C'est trop peu que d'aimer, c'est trop peu que de plaire :

Le jour où l'Hélicon m'entendra sermonner.

Mon premier point sera qu'il faut déraisonner.

Celui qui ne sait pas, quand la brise étouffée Soupire au fond des bois son tendre et long chagrin. Sortir seul au hasard, chantant quelque refrain, Plus fou qu'Ophélia de romarin coiffée.

Plus étourdi qu'un page amoureux d'une fée, Sur son chapeau cassé jouant du tambourin ;

Celui qui ne voit pas, dans l'aurore empourprée. Flotter, les bras ouverts, une ombre idolâtrée ; Celui qui ne sent pas, quand tout est endormi, Quelque chose qui l'aime errer autour de lui ; Celui qui n'entend pas une voix éplorée Murmurer dans la source et l'appeler ami ;

Celui qui n'a pas l'âme à tout jamais aimante,

Eui n'a pas pour tout bien, pour unique bonheur, e venir lentement poser son front rêveur

Sur un front jeune et frais, à la tresse odorante,

Et de sentir ainsi d'une tête charmante

La vie et la beauté descendre dans son cœur ;

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