‹ Les Chefs-d'œuvre lyriques de Alfred de MussetChapitre 5 sur 11 · NOTICE X · texte numérisé non relu

NOTICE X

Et le lutteur n'a mis dans l'herbe qu'un genou 11 se dresse, il respire, il est fort d'espérance. Et tu n'es qu'un malade ou je ne suis qu'un fou.

D'Arvède Barine dans son livre Alfred de Musset (\^o6)\ " Sa renommée atteignit son zénith sous le second Empire. Elle fut alors éblouissante. Il n'était plus question d'hésiter à le mettre à côté de Lamartine et de Victor Hugo ; ses fidèles le plaçaient même un peu en avant, en tête des trois. Tandis que le courant réaliste emportait une partie des esprits vers Balzac, dont le grand succès date de la même époque, les autres, les rêveurs et les délicats, s'arrêtaient à l'entrée de la route, auprès du poète qui ' n'avait jamais menti,' s'il se gardait de tout dire. Baudelaire leur faisait honte de s'attarder à de la poésie ' d'échelle de soie,' mais il perdait sa peine...

*' Les mêmes causes qui l'avaient fait monter si haut dans la faveur des foules détournent maintenant de lui la nouvelle école, celle qui grandit sur les ruines du naturalisme. Nos jeunes gens n'aiment plus le naturel, ni dans la langue, ni dans la pensée, ni dans les sentiments, ni même dans les choses. Le goût du singulier les a ressaisis, et celui des déformations de la réalité... Quel intérêt pouvait offrir le poète du ' Souvenir,' avec les chagrins si simples, à la portée de tous, et son français classique, à nos curieux de sensations rares, aux inventeurs de l'écriture décadente ? Aussi l'ont-il dédaigné.

" La violence de ses sentiments lui a aussi beaucoup nui auprès des nouvelles générations. Celles-ci contemplent avec étonnement les emportements de passion et les déploiements de sensibilité des gens de 1830. Elles sont trop pratiques ou trop intellectuelles pour se dévoref le cœur ; les maux que Musset a tour à tour maudits et bénits avec une égale véhémence ne leur inspirent que la pitié ironique qu'on accorde aux malheurs ridicules. Quel attrait peut avoir une poésie toute de sentiment et de passion, aux yeux d'une jeunesse pour qui le sentiment est une faiblesse, l'amour une infirmité? Aucun assurément. Et elle a délaissé Musset qu'elle trouvait aussi démodé par le fond que par la forme. Il attendra... Encore quelques années, et les générations qui lui ont

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été asservies auront achevé de disparaître. Alors, pour lui, ce ne sera pas l'heure de l'oubli ; ce sera l'heure de la justice sereine... La postérité fera le tri de son œuvre, et lorsqu'elle tiendra à la main la poignée de feuillets où l'âme de toute une époque frémit et pleure avec Musset, elle dira, comprenant .-ïon empire et reprenant le mot de Taine :

' C'était plus qu'un poète, c'était un homme.' "

Un jugement encore, celui-ci d'hier, qui achèvera en quelque sorte, de tracer la courbe parcourue par la gloire d'Alfred de Musset. C'est une page écrite par M. Henri Roujon au lendemain de l'inauguration de la statue du poète sur la place du Théâtre-Français (Février 1906).

<'' Il est de mode aujourd'hui d'exhalter son théâtre au dépens de ses vers. Pour un peu, il ne survivrait plus que comme prosateur. N'abusons-nous pas cette fois du droit que nous avons, en tant que postérité, de modifier les gloires, au gré de notre caprice souverain 1 Que Mardoche et Namouna soient devenus insupportables et proprement illisibles, qu'il y ait trop souvent chez Musset de la rimaillerie d'album et de la faconde d'amateur, le lyrique de Lucie et de Souvenir demeure grand par dessus les plus grands. On l'admirait trop, on l'admirait mal au début du second empire, alors que Hugo était bafoué dans les collèges, et que Lamartine oublié peinait pour vivre sur les Entretiens littéraires. Les champions de la littérature facile, à force de vanter Musset pour son sans gêne et de lui faire une grâce de ses pires faiblesses, exaspérèrent nos amis les Parnassiens. Leconte de Lisle, qui excellait à donner de la vérité à l'injustice, se plaisait à l'appeler ' ce garçon.' Par réaction inévitable, peut-être légitime, on bafoua chez Lemerre le poète des Nuits. Nous pouvons en appeler de ce verdict à ceux qui le rendirent naguère dans la belle sottise de leurs vingt ans.

*' Demandez aux survivants du Parnasse où ils en sont de leurs sévérités d'hier. On nous a servi, depuis dix ans, sous prétexte d'évolution, tant de rythmes boiteux, tant d'hiatus, tant d'alexandrins sans césure, tant de proses rimées plus ou moins, tant de poésie sans poétique,

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