L’ONGUENT DES SORCIÈRES
La mandragore était employée dans les onguents dont les sorcières se frottaient pour aller au sabbat : « Les sorcières, dit un auteur du xvi e siècle, mé- « langent ensemble de la berle, de la mandragore, de « l’aconit, de la quintefeuille, du sang de chauve- « souris, de la morelle endormante et de l’huile. Elles « oignent avec cet onguent toutes les parties du corps, « les ayant auparavant frottées jusqu’à les faire rou- « gir. Ainsi pensent-elles être portées de nuict, à la « clarté de la lune, par l’air, aux banquets, aux mu- « sicques, aux dances et aux embrassements des plus ci beaux jeunes hommes qu’elles désirent ».
« Les sorciers, remarque à ce sujet l’abbé Pierquin, pour courir avec plus de vitesse et sans lassitude lorsqu’ils allaient au sabbat, se frottaient le corps avec une pommade composée de mandragore pulvérisée, de jus d’ache, de pavots, de panais sauvage et de quelques autres herbes semblables ; mais bien loin d'être enlevés par la cheminée et de courir en l’air sur un manche à balai, ils s’endormaient simplement, comme l’a remarqué le toxicologue Porta, luimême, sur une malheureuse vieille sorcière qui s’oignait ainsi tous les samedis et qu’il était impossible de réveiller avant vingt-quatre heures de sommeil.
EES CHEFS-d’cEUVRE DE i/oCCUI/ttSME 23
(( Les démonographes rapportent que les sorciers qui se frottaient les tempes et le cou arrivaient au sabbat bien avant ceux qui ne se graissaient que les jarrets... et cela se conçoit : lorsque l’onguent est appliqué aux jarrets, ses parties coulent longtemps dans le torrent circulatoire, avant d’aller impressionner l’organe idéogénique, quel qu’il soit ; mais quand la mixture est répandue aux tempes et au cou, ses parties s’insinuent dans les artères carotides et en un instant sont portées au cerveau. Elles déterminent alors un profond sommeil et ces songes brillants et lubriques qui charment les sorciers.
« Enfin l’onguent ou les onguents employés en sorcellerie peuvent être très nuisibles quand ils ne sont pas préparés secundum artem, surtout quand la jusquiame et la mandragore ne sont pas corrigées par d’autres principes : ils peuvent causer la paralysie ou la mort. On a vu des personnes qui sont restées toute leur vie hémiplégiques, et d’autres qui sont mortes spontanément, par l’effet de ces poisons, pour avoir eu la folle curiosité de se graisser, afin d’aller au sabbat.
L’abbé Pierquin.