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LA MANDRAGORE

La racine de mandragore pilée avec de l’huile rosat et du vin guérit les fluxions et les maux d’yeux. Quant au suc, on l’incorpore à maintes compositions ophtalmiques. La mandragore est encore appelée circæum. Il y en a deux espèces. (Atropa mandragora vernalis et Atropa mandragora automnalis, mandragore de printemps et mandragore d’automne). La mandragore mâle, qui est blanche ; la mandragore femelle qui est noire, à feuille plus étroite que la laitue, à tige velue, à racine double ou triple, roussâtre, blanche intérieurement, charnue et molle, longue de près d’une coudée. Les deux portent un fruit de la grosseur d’une aveline, renfermant une graine semblable aux pépins de la poire. On donne à la blanche les noms d’arsen, de morion, d’ippophlomos ; les feuilles en sont blanches, plus larges que celles de l’autre et semblables à celles du lapathum cultivé (patience). Ceux qui la cueillent se gardent d’avoir le vent en face et, préliminairement, ils décrivent autour de la plante, avec une épée, trois cercles ; puis ils l’arrachent en se tournant vers le couchant.

« On tire le suc, et du fruit et de la tige, après

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l’avoir étètée, et de la racine qu’on pique et qu’on fait bouillir. La racine s’emploie même en brin ; d’autres fois, on la coupe en rondelles et on la conserve dans du vin. La mandragore ne donne pas partout du suc, et là où elle en donne, c’est vers l’époque de la vendange qu’il faut la cueillir. Il a une odeur forte, mais celle de la racine et du fruit l’est encore davantage. Les fruits de la mandragore blanche étant mûrs se sèchent à lombre. On fait épaissir au soleil le suc qu’on en tire ; de même pour celui de la racine ; on la pile ou bien on la fait bouillir dans du vin noir jusqu’à réduction au tiers. Les feuilles valent mieux, conservées dans la saumure. Le suc quelles rendent fraîches est un véritable poison ; et encore la saumure n’en ôte pas complètement les propriétés malfaisantes. L’odeur seule en porte à la tête. En quelques contrées, on en mange les fruits, cependant la violence de cette odeur étourdit ceux qui n’y sont pas habitués, et une dose trop forte du suc donne la mort.

« A une dose variable suivant les forces du sujet, il est soporifique; la dose moyenne est d’une cyathe (0 lit. 045). On l’administre, et contre la morsure des serpents et, avant les incisions et les ponctions, pour engourdir la sensibilité. Il suffît pour cet effet à quelques personnes de s’être procuré le sommeil par l’odeur qu’il exhale. On boit encore de ce suc en place d’ellébore, à la dose de deux oboles, dans du vin miellé, mais l’ellébore est plus efficace pour faire vomir et pour évacuer la bile noire (1)...

Pline le Naturaliste.

(1) Traduction Nisard.

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