‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 10 sur 90 · RAY · texte numérisé non relu

RAY

ombres des preux de la Table ronde venus

Chercher le cadavre d’Artur. Il va pour les suivre, nais son père l’Archange l’arrête de la pointe de son

pée flamboyante. Ce dernier coup l’achève: repoussé

par le ciel, il retournera à l'enfer, vers Viviane, qui

À Ÿ attend. ÿ

A l'acte suivant, la féerie reprend. Myrdhin et

Viviane vivent au sein de la volupté, sous les om-

__ brages de l’immense forêt. La raison l’a abandonné ;

il est sans force et sans résistance, hébété, subissant

comme un enfant la puissance de l’enchanteresse.

Pourtant, il se souvient parfois et le remords l’étreint.

__ Pour effacer l’image horrible, il se plonge alors plus

profondément dans l'ivresse amoureuse.

Mais sa mère ne l’a pas abandonné. Le crucifix à la main, elle vient pour l’arracher au maléfice. Devant l’image du crucifié, Viviane tremble et recule. Carmélis est victorieuse, mais de quelle victoire! Le fils qu’elle a reconquis est privé de sa raison. Il ne la reconnaît même pas. Des soldats saxons qui survien-

nent raillent la pauvre femme et emmènent comme bouffon, pour être à tous un objet de risée, celui qui,

jadis, les faisait trembler au seul son de sa voix.

La scène change et transporte le spectateur en

pleine orgie saxonne. Les chefs sont ivres et conti-

__ nuent à boire. Des prisonniers bretons enchaînés assistent à ce triomphe. Myrdhin, complètement hébété, joue comme un enfant sur le devant de la scène. En vain, Carmélis essaie de le rappeler à la raison. Il répète avec un sourire stupide les chants des vainqueurs. Ceux-ci, excités par Mordred, devenu leur grand chef, célèbrent la prochaine soumission

de la Gaule.

| L'heure serait propice pourtant pour un retour de fortune. Un à un les Saxons succombent, en proie à

la lourde ivresse. I] suffirait que, pour un instant,

__ Myrdhin retrouve son inspiration de jadis, qu'il

tranche les liens des captifs, et les Saxons seraient à __ leur merci. Carmélis lance alors au ciel une ardente

prière. Et Dieu l’exauce : le regard de Myrdhin

s’éclaire peu à peu ; l'inspiration s'empare dé lui, il

se dresse et lance le chant libérateur. La langue

épaisse, plongés dans les vapeurs du vin, les Saxons

n'y prennent garde et se contentent d’en rire. Mais Myrdhin a délivré les prisonniers. Ceux-ci, enflammés par ses ardentes paroles, reprennent courage et … tandis qu'ils s'apprêtent à fondre sur leurs vainqueurs, dans une vision Artur paraît sur son cheval de bataille pour les conduire une fois encore à la victoire. Carnage: Mordred est égorgé, Gwennivar tombe mortellement frappée. Mais Myrdhin ne survivra pas à son triomphe: Artur l'appelle et il tombe inanimé, les veux fixés sur l'apparition. | |

Et tandis que Carmélis se précipite sur le corps de son fils en criant: :

« Myrdhin ! mon fils est mort!» des voix célestes lui répondent : «Myrdhin est immortel!» |

Alfred Bruneau.

Né le 3 mars 1857, à Paris. Lié d’amitié avec Emile Zola, Alfred Bruneau a créé une formule réaliste nouvelle, pour laquelle il a emprunté certains procédés à Wagner, mais en les transposant sur le plan français et en leur imprimant son cachet personnel. Presque tous ses ouvrages scéniques ont pour livrets des sujets pris dans l’œuvre de Zola. Deux d’entre eux se sont seuls imposés jusqu'ici: Le Réve et L’Attague du Moulin. Mais, bien que depuis quelques années il garde le silence, Bruneau n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Le Rêve.

Drame lyrique en quatre actes et huit tableaux, d’après le roman d'Emile Zola, poème de Louis Gallet, musique de A. Bruneau.

Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre national de l’Opéra-Comique, le 18 juin r891.

PERSONNAGES : L’évêque Jean d’Hautecœur, père de Félicien ; Félicien, amoureux d’Angélique ; Hubert, brodeur, père adoptif d’Angélique; Angélique, brodeuse, enfant trouvée ; Hubertine, femme d’Hubert, mère adoptive d’Angélique |

L’actfon se passe de nos jours, à Beaumont-l’Eglise.

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