CLAUDE=ACHILLE DEBUSSY
montre le plus génial : les réponses innocentes de l'enfant sont de nature à attiser le feu qui rongele . cœur de son père. Elles ne disent rien de précis, ne révèlent rien de positif dont on puisse faire un grief,
mais laissent tout supposer. Et l’auteur qui fait sou vent parler les grandes personnes comme des enfants,
trouve ici sans peine le langage qui convient à un enfant véritable. À la fin Golaud soulève son fils pour qu’il regarde par la fenêtre dans la chambre de Mélisande : Pelléas est là avec elle. Et l'enfant dit qu'ils . ne font rien. Golaud est mûr pour les choses irrépa-
rables. |
Un corridor dans le château : Pelléas se rend enfin. vaguement compte du danger et annonce à Mélisande qu'il va partir. Mais, avant, il veut voir une dernière fois son amie à la « fontaine des aveugles». Jolie scène épisodique entre le vieil Arkël et Mélisande. Golaud survient; il annonce le départ de son frère. On le sent exaspéré. Quand Mélisande sans penser à mal le touche, sa rage éclate, et il la brutalise sous les yeux de son grand-père en prononçant des paroles de fou, qui rappellent l’Ofhello de Shakespeare. Puis il se maîtrise soudain et son calme est plus effrayant que sa fureur. Arkël le croit ivre. Mélisande pleure. Et Arkël prononce : « Si j'étais Dieu, j'aurais pitié du cœur des hommes...» phrase qui pourrait bien être la moralité de tout l’ouvrage. |
Une terrasse dans la brume : scène très énigmatique où l’on voit le petit Yniold converser avec un berger dans un langage que n'aurait pas renié la Pythie de Delphes. Cette scène est du reste fréquemment coupée; elle ne dure qu’un instant.
Une fontaine dans le parc : le nœud du drame. Nous sommes de nouveau au bord de la « fontaine des aveugles », où Pelléas a voulu voir Mélisande une dernière fois avant de disparaître. Et l’aveu lui échappe enfin; et Mélisande avoue aussi; et leurs lèvres se joignent. Mais Golaud les a suivis. Ils ne peuvent plus rentrer au château, ils ont oublié letemps etles … portes se sont refermées, mais ils n’en ont cure. Sou-
ain du bruit. Mélisande entend, puis reconnaît Go- laud qui se cache. Il a son épée, Pelléas n’a pas la sienne. Ils savent que c’est la mort. [ls restent calmes etne se retournent pas. [ls mourront les lèvres jointes... A la vue du baiser, Golaud se précipite et frappe. Il tue son frère, il blesse sa femme, qui est sur le point d’être mère.
Un appartement dans le château : Mélisande va mourir. Non pas de sa blessure qui est légère ; non pas de la naissance prématurée de sa fille, qui est auprès d’elle. Elle meurt parce qu’elle n’a plus de raison de vivre. Golaud est dévoré de remords. Il a compris, il croit avoir compris que son frêre et Mélisande étaient innocents, mais il n’est pas sûr, il ne sait rien, il voudrait savoir. Il fait sortir tout le monde, questionne la mourante, la torture, tout en implorant son pardon. Elle avoue ingénument avoir aimé Pelléas, et demande où il est. Mais comment l’a-t-elle aimé? A-t-elle été coupable? Elle affirme que non, avec une simplicité entière. Mais il ne la croit pas. Elle va mourir et il ne sait pas, il ne saura jamais! C’est l’enfer qui commence.
Les servantes entrent sans avoir été appelées. Ou peut-être c’est l’ange de la mort qui les a appelées. Mélisande décline. Soudain les servantes tombent à genoux : l’ange de la mort a passé. Et Golaud s’effondre en sanglotant. Arkël conclut : « Ne restez pas ici, Golaud.… [1 lui faut le silence... C'était un petit être si tranquille, si timide et si silencieux... C'était un pauvre petit être mystérieux, comme tout le monde... »
Léo Delibes.
Né à Saint-Germain du Val (Sarthe) le 21 février 1836, mort à Paris le 16 janvier 1891. Un des plus brillants maitres du théâtre lyrique léger en France. Ses plus grands succès ont pourtant été remportés à l'Opéra dans le genre du ballet. Dans ce domaine spécial, Sylvia et Coppélia restent des chefs d’œuvre insurpassés.
Jean de Nivelles. 0
Opéra-comique en trois actes, paroles de Ed. Gondi et Ph. Gilles, musique de Léo Delibes. TR mes Représenté pour la première fois à Paris, sur le théât de l’Opéra-Comique, le 8 mars 1880. À
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Jean de Montmorency, dit Jean de Nivelle ; le comte de Charolais, fils du duc de Bourgo-. gne, Philippe le Bon; le sire de Malicorne, envoyé de Louis XI; le baron de Beautreillis, premier chambellan du duc de Bourgogne; Arlette, paysanne, nièce de la sorcière Simone; Diane de Beautreillis, fille du chambellan; Simone, sorcière. es
La scène se passe à Dijon et aux environs, dans les pre mières années du règne de Louis XI. FE Re.
L’argument de la pièce pourrait être : « L’on voit parfois des rois épouser des bergères. » Le Jean de Nivelle de MM. Gondinet et Gilles n’a rien de com-
é mun avec celui de la légende; on a donné cesurnom ue à un inconnu qui est venu exercer le métier de garne deur de moutons dans la contrée de l’Armançon, aux environs de Dijon, parce que cet inconnu est sauvage et recherche la solitude sans prêter la moindre attenton aux filles. Bref, il « s'enfuit quand on l’appelle». Il fait cependant une exception en faveur de la jeune “ paysanne Arlette, nièce de la méchante vieille Simone, + avec qui elle habite une cabane à la lisière de la forêt. in Simone fait commerce de secrets et de philtres; elle vend entre autres la mandragore qui fait aimer de l'objet de ses désirs celui ou celle qui la possède. En réalité, Jean de Nivelle n’est autre que Jean de | Montmorency, sujet de Louis XI, qui a encouru la <= disgrâce de son auguste maître en s’éclipsant le jour > même de ses noces avec Mile de Malicorne, une bos- Sue qu'on voulait lui imposer pour femme. :
Or M. de Malicorne, père de la dite bossue, a été chargé par Louis XI d’une mission auprès du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, ce qui fait qu’il se trouve au début de l’action à deux pas de celui qui devrait
; à cette heure être son gendre et qu’il recherche passionnément en tout lieu. pi
n’est point insensible à l'affection qu'elle chez Jean, dont elle ignore l'identité. Elle a ur lui un amour profond. Une autre femme a pour an un sentiment en apparence aussi vif, mais en réalité beaucoup plus superficiel. Celle-ci n’est autre que la noble Diane de Beautreillis, qu'on destine
pour femme à l'héritier du duché de Bourgogne, comte
de Charolais. : È Au début du premier acte, nous sommes au jour de la fête des vendanges, et les vendangeuses s'éver- tuent à appeler le beau berger Jean, qui disparaîtsans même tourner la tête. Parmi les femmes qui assistent à cette scène figurent Simone et sa nièce Arlette. Arrive Malicorne. Il a rendez-vous avec le baron de Beautreillis, avec qui il a des intelligences et qui figure sur une liste de seigneurs bourguignons que Louis XI l’a chargé de gagner à sa politique. Dans la conversation des deux hommes, le public apprend à peu près tout ce qui vient d’être exposé plus haut. Puis tous deux s’éloignent, tandis qu’approche Diane de Beautreillis. Celle-ci vient acheter à Simone une mandragore, tout en protestant qu'elle ne croit pas à l'efficacité du charme. Au fond elle désire se faire aimer du berger qu’on appelle Jean de Nivelle. Et, comme elle protège Arlette, elle laisse deviner à celle-ci l’état de ses sentiments. La pauvre Arlette a donc en = sa protectrice une rivale, et quelle rivale! Mais son amour est pur et désintéressé,; et du reste elle croit avoir lu dans les yeux de Jean : c’est elle, Arlette, qu’il aime. Elle ne veut donc pas se désespérer et c'est joyeuse que Simone la trouve lorsqu'elle rentre. Mal- heur! Simone lui révèle de noirs projets : elle désire lui faire épouser son fils Thibaut qu'Arlette a en hor- reur. Aussi la pauvrette a-t-elle un moment de révolte et Simone, dutrée, s'apprête à la frapper quand survient à propos Jean qui prend avec chaleur sa dé-
“tefise.
Mais Simone se vengera quand même. Elle a assez enténdu de la conversation de Malicorne et de Beau- treillis pour avoir été mise sur la trace de la vérité
Jean de Nivelle n’est autre que le Jean de Montmo-
de
OV ONDÉO OCTIEES Se
rency que l’on recherche. Il est donc en son pouvoir. Sa vengeance sera cependant retardée, car Arlette lui échappe. L’attitude ambiguë et gènée de Jean l’a alarmée. Elle ira donc à Dijon se mettre sous la protection de Diane. er L'acte s'achève décorativement sur la fête des vendanges, à laquelle assiste aussi le comte de Charolais, Ayant entendu parler de Jean de Nivelle, le comtese le fait amener de force. Jean fait la bête, mais tromper un aussi fin observateur que le comte n'est pas facile, et Charolais s’avise d’une épreuve : il fait ou trager Jean par son favori Saladin. Mouvement de révolte du jeune homme, qui, bien que rapidement réprimé, n’a échappé ni au comte, ni à son entou- AUe ®
Laissé libre cependant, Jean s'éloigne et regagne le couvert des bois. MC ENT
Le second acte se passe au château de Philippe le Bon, à Dijon. Arlette s’y est réfugiée auprès de Diane. Remarquée par le duc, elle a pris sur lui un grand ascendant et passe aux yeux de beaucoup de gens pour être sa favorite. Jean a été jeté en prison par ordre de Saladin, celui qui l’avait outragé et dont il. n’a pas digéré l’insulte. Au lever du rideau, la foule a envahi le palais, car le populaire a été gracieusement autorisé à contempler les préparatifs de la fête donnée en l’honneur de l’envoyé du roi de France. On assiste entre temps aux menues intrigues de Ma-. licorne, de Beautreillis et de Saladin, ce dernier s’employant de son mieux à rouler les deux premiers, ce qui fournit matière à incidents comiques.
Simone vient à la recherche d’Arlette. Mais pour la ravoir il faudrait qu’elle parvint à la ruiner dans l’esprit du duc. Pour cela, Saladin, qui s’offrirait volontiers la gentille paysanne, imagine, sous prétexte de servir Simone, de faire savoir à son maître qu’Arlette est amoureuse d’un paysan, et fait dire à celle-ci que Jean de Nivelle l’attend. Il ne doute pas qu’elle ne soit exacte au rendez-vous; mais c’est lui, Saladin, qu'elle y trouvera. |
Arrivent Arlette et la cour, et nous voyons com-
prêter l'oreille à ses propositions.
Un page apporte à Arlette un message mystérieux : un paysan de l’Armançon l'attend dans un lieu écarté. Elle ira, sans soupçonner aucune supercherie. Saladin se frotte les mains. Mais comme il s'apprête à la rejoindre, Jean en personne lui barre la route. Explication très vive entre les deux hommes qui sortent
. pour se battre ; Simone qui a entendu les suit.
Arlette revient désolée : au rendez-vous, personne!
Diane qui ne sait se servir de sa mandragore demande à la pauvre fille de l’aider à dire les mots qu’il faut, et Arlette fait répéter à sa noble amie la prière qui doit la faire aimer de celui qu’elle-même adore.
Jean s'approche. Chacune des deux personnes croit que c’est pour elle. Mais Saladin a seméle doute dans le cœur de Jean, et quand il aperçoit Arlette prête à sortir, il se persuade qu'on luia dit vrai : Arlette serait donc d'intelligence avec le favori! Aussi bat-il froid à celle qu'il aime; il va même jusqu’à l’outrager parses insinuations. Il l’accuse d’être là pour Saladin et lui jette à la face la vérité brutale : Saladin est mort, il Fatué!:
La nouvelle du meurtre s’est du reste rapidement répandue, on recherche le meurtrier. Simone désigne Jean comme le coupable. Celui-ci ne nie pas, mais déclare que la lutte a été égale et loyale. Charolais, dans une grande colère, veut envoyer Jean à la potence. Pour échapper au supplice infamant, celui-ci déclare alors être Jean de Montmorency. Cela change les affaires : Jean de Montmorency est en disgrâce à la cour de France; il est de bonne noblesse et, de la part d’un gentilhomme, son acte prend un autre aspect. Le comte de Charolais lui fait grâce. Et comme la mission de Malicorne a échoué et que la guerre
. vient d’être déclarée entre le roi de France et le duc
de Bourgogne, Jean prendra du service sous la ban-
nière du duc. Simone se voit une fois encore frustrée
de sa vengeance.
Au troisième acte, la guerre fait rage, mais elle est
indécise et chacun des adversaires ignores ilest va queur ou vaincu. Du reste cela risque de ne pas à conséquence, car le comte de Charolais va tou
l'heure discuter de la paix avec Louis XI en perso
au château voisin de Monthléry. Diane est enivré par l’odeur de la bataille ; elle voudrait connaître. sort de Jean et s'ouvre très gentiment de ses senti: ments à son amie Arlette, dont elle n’ignore plus
l’amour. Charolais survient et raconte que tout à
l’heure un chevalier mystérieux, à la visière baissée,
lui a sauvé la vie au péril de la sienne. Ce chevalier,
il va l’apprendre, était Jean de Montmorency, et de
son armure éventrée, il a laissé tomber des fleursque
le comte a ramassées.et dans lesquelles Arlette reconnaît celles qu’elle avait cueillies pour Jean de Nivelle. …
Eh bien, puisqu'il l’aime et qu’elle l’aime aussi, pour- 4 0 quoi ne seraient-ils pas heureux tous deux? Le service que Jean vient de rendre au fils du duc de Bourgogne ee mérite une récompense ; mais Arlette refuse; elle ne
peut se mettre au travers des desseins de Diane.
. Jean apparaît. Il a fidèlement combattu, mais la
vue de la bannière de France l’a bouleversé. Désor-
mais il ne tirera plus l’épée contre les fleurs de lys et
s’en remettra à la clémence de son maître Louis XI.
Malicorne l’y encourage; le misérable, pour venger l’affront fait à sa fille, ne songe à rien moins quà faire tomber Montmorency dans un guet-apens. Mais ee. Arlette a surpris son infâme secret et veille. . LE nr: - Le dénouement approche. Fortuitement Jean ap-
prend l’innocence d’Arlette. Il n’ira donc ni à lacour de Bourgogne, ni à la cour de France : il resteraavec son amie dans les bois de l’Armançon, où il a appris à être heureux, Jean de Nivelle comme devant. Malicorne en sera pour ses méchants projets et Simone . pour sa courte honte. Diane n’éprouve qu'un très léger RE désappointement de l'aventure, car, au fond, elle Fe n’aimait pas bien sérieusement. Elle épousera done le comte de Charolais, puisqu'on semble y tenir. \
PES Or PA dits ce 2 à. AS
)péra-comique en trois actes, paroles d’Edmond Gon-
et, musique de Léo Delibes. |
Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l’Opéra-Comique, le 21 mai 1873. | .
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Benoît, paysan amoureux de
Javotte ; Marquis de Moncontour ; Miton, professeur de danse
et de maintien; Baron de Merlussac, Gautru, prétendants à
[a main d’Agathe et de Philomèle; Marquis de Flarambel,
Marquis de la Bluette, amoureux d’Agathe et de Philomèle;
Marquise de Moncontour; Philomèle, Agathe, Chimène,
Angélique, les quatre filles du marquis et de la marquise
de Moncontour; Javotte, soubrette chez le marquis de
. Moncontour.
La scène se passe à Versailles, en 1688.
La donnée de cet ouvrage est plaisante et neuve. Le marquis de Moncontour, de très bonne et très vieille noblesse, touche enfin à la réalisation de son rêve le plus cher : il va être présenté au Grand Roi. Et, à l'ouverture du premier acte, nous le voyons, avec l’aide de la marquise et de ses quatre filles, en train de répéter sa révérence de cour, que l’'émotion
lu a fait oublier. A la fin de la scène on apporte la 2 : chaise, et le marquis y monte pour se rendre au 2 palais. | =
LA
Restée seule, la soubrette Javotte délivre Benoît, . Son amoureux, qui est enfermé dans une armoire. en. L'imprudent, pour revoir sa promise, a quitté le vil lage et s’est introduit chez le marquis par la fenêtre. __ Javotte n’a eu que le temps de le cacher avant l'entrée de la famille et elle se hâte maintenant de le faire sortir. Elle voudrait qu'il partit au plus vite, mais il a Son idée : entrer chez le marquis en qualité de suisse. __ Javotte lui fait observer que pour cela il lui manque les manières du:beau monde et elle lenvoie chez. : : Miton, le professeur de danse et de maintien. À peine est-il sorti que Miton entre. Il vient donner sa leçon ie aux jeunes marquises et, tout en les attendant, en donne une à Javotte. Quand surviennent ses quatre Lies = élèves, il se montre sous un jour inattendu et profite
10000 .* S ÉLÉO DELIBES de 0
de la leçon pour leur faire passer des billets doux dont on l’a chargé. Deux des correspondants dont il transporte les missives sont les jeunes marquis de Flarambel et de la Bluette, qu’on entend présentement sous la fenêtre et qui bientôt sont dans la chambre, venus par le balcon. Mais la leçon est interrompue par l’arrivée de la marquise. Pour cacher leurembarras, les jeunes filles chantent à tue-tête, sous la direction de Miton, tout en dissimulant de leur mieux les deux jeunes gens derrière elles. Mais la ruse est mince et les deux amoureux sont tôt découverts. Et. justement voici qu’approchent Merlussac et Gautru,
les deux épouseurs sérieux auxquels le marquis a promis Agathe et Philomèle. Heureusement que Mi-
ton parvient à dissimuler les jeunes marquis derrière
un paravent. Merlussac et Gautru partis, la marquise tance vertement les imprudents et annonce à ses filles qu'elle les renvoie au couvent. | | |
Restée seule avec Miton, elle est rejointe par le marquis qui défaille d'émotion. La présentation a eu lieu et le roi a été tout à fait affable. Mais le pauvre mar- -quis était si troublé, que lorsque Sa Majesté lui demanda : « Vous avez un fils? », il a répondu étourdiment : « Oui, sire! », à quoi le roi a répondu : « Je le savais! ». Bref, le marquis s’est engagé à présenter. au roi ce fils qu’il n’a pas! Comment sortir de ce mauvais pas? Le roi ne peut pas se tromper, il faut donc que le marquis trouve un fils et le présente à la cour. Où prendre ce fils qui lui tombe du ciel ? Ici, Miton vient à son aide : il trouvera. Et l’acte s'achève sur l’arrivée des courtisans venus féliciter le marquis de sa haute fortune, tandis que Javotte s’égaie de l'aventure.
Au second acte, Miton présente au marquis et à la marquise leur fils d'occasion. On a deviné que celui-ci n’est autre que Benoît. Ce dernier ne fait pas trop de façons pour accepter sa nouvelle situation, et, pas plutôt les fournisseurs du marquis l’ont-ils équipé en. gentilhomme, qu'il en prend avec une grande aisance les façons. [1 joue même le rôle si parfaitement au naturel que ses pseudo-parents trouvent qu’il va trop
2 PEO DÉLIMES 0. 107 TN Ant code | | ! Pendant qu'on l’équipe, surviennent Merlussac <t Gautru, qui ne se montrent guère enchantés de cet accroissement de famille, dont Ya dot des filles se ressentira sans doute. Pour les amadouer, le marquis fait des promesses ruineuses ; Benoît ignore encore qu'il a des sœurs et ce sont les marquis de Flarambel et de la Bluette qui le lui apprennent. Ces deux jeu- nes gens plaisent fort à Benoît, qui voit en eux des beaux-frères tout à fait à sa convenance.
__ La rencontre inévitable avec Javotte a lieu ensuite. Javotte est la moins satisfaite de cet avatar, car si Benoît lui agréait, le fils du marquis ne saurait être pour elle. Pourtant Benoît lui affirme qu'il l’aime toujours, mais Javotte est prudente et se méfie de la - tournure que prennent les choses. Datiee
Benoît se querelle avec ses nouveaux parents quand il apprend que ses sœurs ont été renvoyées au couvent et qu'on veut marier les deux aînées à Merlussac et à Gautru. Il annonce qu'il a pour Agathe et Philomèle d’autres projets. Décidément il va un peu loin! Et quand il part pour délivrer les recluses, le marquis et
la marquise ont une explication pénible.
Benoît n’est pas longtemps absent. Comme on refusait de lui rendre ses sœurs, il a mis le couvent à sac. Il est suivi de près par les quatre jeunes filles, qui sont ravies de ce frère qui leur tombe de la lune et
qu'elles accablent de caresses.
Merlussac, Gautru, Flarambel et la Bluette, survenant à propos pour le finale, Benoît met lecomble au scandale en accordant publiquement la main d’Agathe et de Philomèle aux deux derniers, sans se soucier des protestations indignées des deux autres |
Le troisième acte est, comme les précédents, très mouvementé. Il s’ouvre sur une fête masquée donnée
par le fils de M. le marquis à l'insu de son père.
L'’amphitryon n'arrive que sur le tard, car son père l’avait mis sous clé. Il s’est évadé cependant et est allé au jeu, où il s’est grisé et a énormément perdu, après quoi il s’est battu. Mais il a trouvé un moyen original de suppléer à son défaut de connaissances en escrime : à la première botte il tombe mort. Et comme
OPA D
que ses parents, les quatre ingénues reparaissent,
les édits sur le duel sont très sévères, c'est le queur qui se hâte de prendre le large, time ressusciter à loisir. + ve
Le marquis et la marquise, rentrant chez eux, sont outrés de voir leur maison envahie par une foule de masques douteux. Ils renvoient tout le monde et for à Benoît une violente scène. Le coupable va endosse
une tenue plus décente, et, après qu'il est sorti, ains
ainsi que Flarambel et la Bluette. Benoît, pas plutôt revenu, promet à ces derniers de les débarrasser de leurs encombrants rivaux et il les envoie au roi solliciter son agrément au mariage. Tandis qu'ils y vont, il provoque séparément en duel Merlussac et Gautru, et se fait tuer successivement deux fois. Comme il y … comptait, tous deux fuient en laissant un billet à l’adresse du marquis pour annoncer qu'ils renoncent à la main de ses filles. Mais le bruit s’est répanduque le fils de M. de Moncontour est mort et ce bruit parvient aux oreilles du roi. Aussi pendant que Benoît, bien vivant, est en train de présenter à ses parents Javotte comme la femme qu’il s’est choisie, arrivent Flarambel et la Bluette que le roi, apprenant la mort de l'héritier des Moncontour, a chargés de porter aux parents ses compliments de condoléance ! Un mot du
roi avait fait naître un fils aux Moncontour; un autre mot du roi le supprime : Benoît n’est plus que Benoît, le jeune marquis est mort, le roi l’a dit et le roi ne peut pas se tromper. Cette mort arrange tout : Klarambel et la Bluette épouseront celles qu'ils aiment, tous les ennuis du marquis, que le roi, par surcroît, vient de faire duc, cessent comme par enchantement et Benoît, redevenu simple manant, épouseraJavotte, restée simple villageoise. F
Lakmé. | Opéra en trois actes, paroles d’Edmond Gondinet et. À Ph. Gilles, musique de Léo Delibes. | Te Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de lOpéra-Comique, le 14 avril 1883. | rs
CIPAUX PERSONNAGES : Gérald, officier anglais de l’ardes Indes; Frédéric, son camarade; Nilakantha, brahle ; Hadji, serviteur de Nilakantha; Lakmé, fille de Niantha ; Mallika, suivante de Lakmé; Ellen, fiancée de
: >s deux jeunes filles.
glaise de l'Inde.
__ Livret hétéroclite : sur une touchante et même tra- gique histoire d'amour — l’amour impossible d’une fille de brahmine pour un officier anglais — sont plaquées des scènes comiques qui jurent et font tache. Malgré ces défauts, la pièce est une des mieux assises répertoire, grâce à la délicieuse musique de Dene hHbes.
Le premier acte se passe dans un paysage tropical, dans le jardin qui entoure la pagode où Nilakantha, adversaire farouche des Anglais, célèbre son culte en cachette et entretient au cœur des Hindous qui le vé- nèrent la haine de l’impie envahisseur. | Un chœur religieux des fidèles amène sur la porte de la pagode le vieux prêtre, puis Lakmé. Laissés seuls, le père et la fille se séparent : Nilakantha doit se rendre à la ville pour la fête qui se prépare. Il confie Lakmé à Hadji et à Mallika. Les deux jeunes filles célèbrent le calme et le repos de l’asile qu'elles habi- tent puis s’éloignent pour se rendre au bain. sn Pas plutôt sont-elles sorties que le jardin est envahi avec bris de cloture par une bande folle : Rose, Ellen, leur gouvernante, cèdent à la curiosité qui les pousse à visiter la demeure d’un brahmine et elles refusent de prêter l'oreille aux prudents avertissements de Frédéric. Gérald, fiancé d’Ellen, est uniquement préoccupé de la poésie du lieu. Pendant queles autres S’éloignent, il s’attarde à prendre copie d’un bijou que Lakmé a oublié là. Mais Lakmé revient, accom- pagnée de Mallika ; Gérald se cache pour mieux con- __ templer cette exquise apparition. Lakmé renvoie Mal-
lika; elle soupire : du vague lui monte au cœur, car
elle est à l’âge de l'amour. Soudain sa rêverie est
interrompue et elle étouffe un cri : elle a aperçu Gé-
ald ; Rose, amie d’Ellen ; Mistress Bentson, gouvernante
__ La scène se passe de nos jours, dans une possession an-.
PSN PR AT
rald. Ses serviteurs accourent; mais au lieu de req
rir leur aide, elle les tranquillise et les éloigne. Puis, quand elle est seule, elle se tourne courroucée vers le sacrilège qui n’a pas craint de pénétrer dans une enceinte sacrée, que souille sa seule présence. Est-ce .
bien cependant de la colère qu’elle éprouve ? Non,
elle a été frappée au cœur et quand Gérald, sous le
charme, lui dit des mots d'amour et brave la mort
pour le seul plaisir de la voir un instant, elle s'émeut:
la chose est si nouvelle pour elle! Mais l’entrevue
n’est pas de longue durée : Nilakantha revient et
Gérald, sur la prière de Lakmé, s'enfuit. Il reste cependant des traces de son passage, une clôture brisée. Nilakantha le voit aussitôt et jure la mort de l'étranger impur qui a pénétré chez lui. | Cet étranger, il faut le retrouver. Ce ne sera pas
chose facile. Cependant Nilakantha ne doute pasque,
si un étranger s’est exposé à un danger aussi terrible, il faut qu'il y ait été poussé par le désir de voir sa fille. Il compte donc sur elle pour lui faire reconnaitre le coupable. ;
C'est à cela que nous le retrouverons occupé au. deuxième acte, qui s’ouvre sur le tableau bruyant et
animé d’un jour de fête dans une ville de l'Inde. Quelques incidents comiques, auxquels prennent part Mistress Bentson et ses élèves, précèdent un ballet de bayadères. Après la danse, entrent Nilakantha et
Lakmé, déguisés en mendiants. Nous apprenons in- :
cidemment que Gérald, qui a rejoint le groupe des anglo-indiens, est très préoccupé depuis l'aventure de la pagode.
Nilakantha, resté seul avec sa fille au milieu d’une foule de curieux, demande à Lakmé de chanter. Pendant le chant, il scrute les physionomies des auditeurs, épiant un geste, un mot échappé par surprise au sa-
crilège, si par hasard il vient à passer. Lakmé, qui
s’est assurée de l’absence de Gérald, commence avec assurance la légende de la fille des parias. Mais, au milieu, elle aperçoit le jeune officier qui approche avec Frédéric. Il ne la voit pas encore. mais c’est elle qui se trouble. Quand enfin Gérald l’a reconnue, il
Se