‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 22 sur 90 · ARS · texte numérisé non relu

ARS

134 LÉO FALL en hommepoli, ilavait, avant l'heure du coucher, offert à la dame de partager son souper et avait fait avec “elle, en tout bien tout honneur, la conversation dans le compartiment réservé. Puis au moment de se retirer, il s'était aperçu que la serrure ne fonctionnait pas. Tous ses efforts et ceux du contrôleur pour ouvrir la porte avaient été vains, si bien qu'il dut faire tout le voyage en tête à tête avec Gonda. Mais il jure que ni l’un ni l’autre ne se déshabilla et qu'il ne se passa rien de coupable entre eux. C’est ce que sa femme se refuse obstinément à admettre. Les témoignages sont du reste en général défavorables au défendeur, bien que personne ne puisse alléguer quoi que ce soit de précis. Celui de Scrop, le contrôleur, est particulièrement dangereux. Les déclarations de Gonda des Glycines, par contre, concordent absolument avec celles de Karl.

Mais Gonda a fait sur le président, assez sur l’œil, une vive impression. Comme elle avait égaré sa citation, elle a, pour attester son identité, chanté un morceau de son répertoire devant la cour et van Plottledam est visiblement émoustillé. Aussi, jugeant par son propre état, il estime impossible que Karl soit demeuré insensible à: tant de charmes. Il prononce donc le divorce en faveur de Jana et condamne Gonda, pour complicité d’adultère, à une amende... que du reste il paye immédiatement de sa poche. Jana, qui a agi par dépit mais continue à aimer son mari, ne paraît qu'à demi contente de son succès. Karl est désespéré, mais pour se venger, il déclare à sa femme qu'il a menti et que Gonda est sa maïitresse. Gonda, amusée, n’y contredit pas et part au bras de Karl. Le président compte bien que cette union ne sera pas de longue durée et qu'il pourra prendré la suite.

Pour tout le monde, Gonda est la maîtresse de Karl, bien qu’il n’en soit rien. Jana vit seule, mais élle n’a pas osé encore donner connaissance de son divorce à son père, Vandenparaboum, le directeur des vagonslits, Entre temps, Scrop a eu des malheurs : il a vu Sa petite amie Adeline descendre dutrain en com-

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pagnie d’un vieux monsieur. Dans son trouble, il a

manqué son service et dépensé des fonds appartenant aux vagons-lits. Il est donc en grand danger d’être mis à pied. Quant au président, il fait à Gonda une cour assidue, mais jusqu'ici sans résultat.

Les choses en sont là lorsque s'ouvre le deuxième

acte. Karl, pour jeter de la poudre aux yeux et faire enrager son ex-femme, qu'il aime de plus en plus, donne un bal dans son appartement. Gonda, naturellement, est de la fête.

Scrop arrive pour prier Karl d’intercéder pour lui auprès de Vandenparaboum. Il est si abruti par les événements qu'il a oublié que Vandenparaboum n'est plus le beau-père de Karl. Ce dernier, à la demande de Gonda, tentera néanmoins une démarche.

Le président paraît et entame avec Gonda un flirt éperdu. Gonda est flattée d’un attachement aussi persévérant, mais elle se méfie d’un homme qui a une solide réputation de libertin. Elle aime la difficulté et elle le dit. Cet aveu ne tombe pas dans l'oreille d’un sourd : Ah! elle aime la difficulté, se dit van Plottledam ; on lui en donnera. Et il imagine d’exciter la jalousie de Gonda en faisant la cour à une autre femme. |

Justement voici qu'arrive une visite bien inattendue : ayant appris que son père vient de rentrer de voyage, et supposant avec assez de vraisemblance que sa première visite sera pour elle et pour son gendre — il ignore le divorce, qu’on s’en souvienne! — Jana vient demander à son mari de la laisser figurer à son bal, afin que Vandenparaboum n’apprenne pas trop brusquement la nouvelle. L’entrevue des ex-époux risque un instant de tourner au tendre, mais ils se reprennent à temps. Le président, en quête d’une rivale à donner à Gonda, tombe sur Jana et fixe immédiatement son choix sur elle. Au cours des travaux d'approche, il s'aperçoit qu’elle aime toujours son mari; ce n’est pas pour lui déplaire puisqu'il s’agit d’une feinte : elle pourra servir à deux fins et réconcilier les divorcés tout en lui livrant celle qu’il aime. Après avoir alarmé Jana en lui faisant croire que Karl

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UN NME CAS songe à épouser Gonda, il promet de lui ramener son mari, si elle veut bien se prêter à une petite supercherie et feindre une intrigue avec lui. Elle lui accorde … Carte blanche, en échange de quoi il s'engage à empêcher le mariage de Karl et de Gonda. Des, Arrive Vandenparaboum, et nous apprenons bientôt que le vieux monsieur qui protégeait Adeline, la petite amie de Scrop, n’est autre que le très austère et

très mur directeur des vagons-lits. On joue la comé-

die au beau père; mais Scrop, ivre comme un Polonais, gaffe, met les pieds dans le plat, puis s'effondre en apprenant que Vandenparaboum, son rival abhorré, n’est autre que son chef suprême. |

Continuant à jouer la comédie, van Plottledam annonce à Karl son prochain mariage avec Jana et lui demande de lui servir de témoin. La rage au cœur, Karl accepte. Le remède commence à opérer, et Gonda est décidément piquée. Quant à Jana, elle ignore encore l'usage que le président a fait de sa « carte blanche. » À

Le troisième acte nous transporte à la Kermesse de Makkoum, où il est de mode de se marier sur le coup de midi. Tableau de fête champêtre, avec jeux, buvette, etc. L'église au fond à droite. |

Vandenparaboum arrive avec Jana. Il s'étonne que sa fille ait choisi ce but de promenade, mais Jana agit sur l'invitation du président, son complice, qui lui a recommandé de se trouver à Makkoum sans faute à onze heures. ;

Comme elle a laissé son père un instant seul, arrive Scrop rayonnant. Adeline l’a complètement rassuré. Vandenparaboum est l’ami de... sa mère! Il est pour elle le plus tendre des pères. Aussi l’ingénu insiste-t-il désormais pour encourager l'intimité entre Vandenparaboum et Adeline. Il ne néglige pas du reste de retirer de la situation les avantages qu’elle comporte et de faire passer l’éponge sur ses manquements antérieurs ; il obtient même une augmentation ! |

Arrive le président, qui annonce à Vandenparaboum qu’il se propose d’épouser sa fille. Karl, qui est . venu en qualité de témoin, donne tous les signes

1e grande surexcitation. Il reproche à son ex-beaue d'accepter une pareille union, à quoi van Plottleam lui fait observer que la chose doit lui être indifférente, puisque lui-même épouse Gonda des Glycines. Les deux hommes se séparent très échauffés.

Voici qu’arrivent les couples désireux de suivre la tradition séculaire en se mariant à Makkoum sur le coup de midi. Après eux arrivent successivement le président, puis Gonda, et l’inévitable se produit : après une explication, les deux finissent par s’entendre le mieux du monde. ï | C'est maintenant au tour de Jana et de Karl ; la pauvre femme est müre, elle aussi, pour le dénouement attendu. L’explication a lieu, et quand elle s’achève, le chassé-croisé est terminé aussi : les deux ex-époux reconvoleront. Il n’y a plus de divorcée, la pièce n’a plus qu’à finir. |

Princesses Dollar.

Opérette en trois actes, paroles de A.-M. Willner et Fr. Grünbaum, adaptation française de Willy et Ralph, musique de Léo Fall.

Représentée pour la première fois en langue française sur le théâtre de l’Olympia-Casino, à Nice, le 11 mars 1911.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : John Couder, milliardaire américain ; sa fille Alice ; sa nièce Daisy; Fredy Wehrburg ; le baron Jean ; Olga, demi-mondaine parisienne. :

Les deux premiers actes se passent dans l’hôtel Couder, à New-York, le troisième devant le chalet de Fredy, en Californie. De nos jours. |

Trop longtemps, les dramaturges se sont évertués

à nous apitoyer sur le sort de héros pauvres mais sympathiques. MM. Willner et Grünbaum ont tenté d’éveiller notre pitié pour les demoiselles trop riches. Entreprise hasardeuse s’il en fût! Pour la justifier, il était nécessaire de philosopher un peu, et philosopher dans une opérette, quelle gageure ! Comme Wagner dans la Tétralogie, les librettistes de Prin-

. cesses Dollar n'ont cependant pas hésité à agiter les grands problèmes : l’antagonisme de l'Or et de

; : VAT l'Amour, ni plus, ni moins. Il est vrai que, sentant

la difficulté de la tâche, ils les ont agités tout douce- | ment, sans les remuer, pour ainsi dire. En somme,on va le voir, tout ceci n’est pas très sérieux, bien que se plaçant sous l’égide auguste de Shakespeare, dont la Mégère apprivoisée fournit à l'intrigue le plus clair de son armature.

John Couder est un milliardaire gobeur et vulgaire, type de parvenu ridicule. Il pousse la naïveté jusqu’à accepter comme une grande dame russe une cocote parisienne mal embouchée. Sa manie est d’humilier les gens nés, en s’entourant à prix d’or de jeunes : nobles décavés qu'il traite en simples domestiques. C’est ainsi qu'il a à son service, avec les fonctions d’écuyer, un certain baron Jean, lequel se venge de sa situation humiliante en ridiculisant de son mieux le patron. Le baron est, d’autre part, amoureux de la jeune nièce de Couder, Daisy, une petite personne qui brûle de se marier et est très éprise du baron, tout en s’illusionnant sur ses propres sentiments au point de les prendre pour de la simple amitié.

Alice, fille de Couder, est une femme d’une toute autre trempe. Froide, calculatrice, femme d’argent, elle est parvenue à se convaincre qu'il ne peut être question de l’épouser par amour, et que tout prétendant à sa main ne convoitera en réalité que sa fortune. Elle aussi se trompe sur sa véritable nature ; le besoin d’aimer n’est pas moins fort chez elle que chez sa cousine, mais elle s’efforce de lui imposer silence et professe hautement que le jour où il lui plaira, elle s’achètera le mari à sa convenance, lequel n'aura qu'à acquiescer et à se soumettre. |

Tom Couder et son fils Dick sont deux fantoches qui vivent aux crochets de leur riche parent. Ce dernier, n'ayant pas renoncé à l’amour en dépit de l’âge venu, a dépêché ces deux parasites en Europe, avec mission de lui ramener comme épouse une grande dame authentique. Au lieu de cela, ils ramènent Olga, une grue de la plus grande vulgarité, avec la complicité de laquelle ils comptent chambrer et rançonner. le milliardaire.

LÉO FALL 0: 139 La première scène entre Alice et son père n’a pour but que de nous faire connaître ces détails prélimi- naires et de nous donner un aperçu du caractère des personnages. La scène suivante , entre Couder et le

baron Jean, nous montre celui-ci s’évertuant à ensei-

ner à son employeur, de l'argot en guise de beau angage et des gestes ridicules en guise de belles manières. | |

Puis Daisy paraît, et d'emblée laisse transparaître le goût qu’elle ressent pour l’élégant et spirituel baron. Elle lui expose son petit plan : ayant renoncé à l'amour, qui n’est pas fait pour les milliardaires (c’est, on le voit, le thème de la pièce), elle voudrait trouver un «bon et sincère ami qui puisse vivre avecelle sans lui faire la cour». Et elle déclare à Jean que c’est à lui qu'elle a pensé. Son idée de derrière la tête, qu’elle ne dévoilera que plus tard, est d’épouser le baron en mariage blanc, de façon à pouvoir, pendant un an, courir le monde avec lui, puis de divorcer et de se quitter bons amis toujours.

Survient un nouveau personnage, Frédy Wehrburg, en qui Jean reconnaît un ancien ami, baron comme lui. Frédy ne veut pas être reconnu et réclame de Jean qu'il respecte son incognito. Il n’est nullement ruiné, mais tient à ce qu'on le croie sans le sou. Et il débarque chez Couder en dompteur, déterminé à mater Alice, à s’en faire aimer et à l’épouser. Il est ingénieur et s'y connaît en matière de mines comme pas un. Par son impertinence il en impose à Couder. et se fait engager comme secrétaire d'Alice. Et aussitôt nous assistons aux premières passes d'armes entre les adversaires. Alice se cabre en rencontrant une volonté qui la brave et un homme qui ne craint pas de lui montrer du mépris; et, sans s’en douter, elle se prend à aimer Frédy. Bientôt, la jalousie fera le reste.

Arrivent Tom, Dick et Olga. Présentation grotesque à Couder, qui donne dans tous les panneaux avec une inlassable complaisance et s’éprend instantanément de l’échappée des grands bars parisiens. Olga est une vieille connaissance de Frédy, et vient à

point pour permettre à ce dernier d’exciter la jalousie d'Alice. L’acte n’est pas terminé que déjà la demimondaine fait chez Couder la pluie et le beau temps. À l'acte suivant, Olga est dans tout l'éclat de sa puissance. Elle introduit dans la maison une sorte de garde du corps, formé de petites femmes — prétexte à ballet et à «girls» — commandée par un personnage équivoque, Meg, qui, pendant cet acte, sert à Olga d’espionne et jouera au troisième un rôle tout différent. Le succès d’Olga est trop complet au goût de Tom et de Dick, qui craignent de se voir évincer de la combinaison. Les deux compères chercheront désormais à faire rater le mariage Couder-Olga, et pour cela ils feront croire à Couder que sa future est une anarchiste déguisée qui a juré la perte de tous les milliardaires de New-York.

. Entre temps, Daisy dévoile à Jean le petit plan exposé plus haut et l’épouse clandestinement. Tous deux s’éclipseront pendant la fête des fiançailles de Couder, fixée au soir même, et s'embarqueront pour l’Europe. Ce

Les passes d’armes entre Fredy et Alice continuent. C’est Alice, cette fois, qui cherche à éveiller la jalousie de Fredy, mais celui-ci évente le piège. Tous deux s’entêtent à cacher leurs véritables sentiments et à ne pas vouloir faire le premier pas. L’acte se termine donc sur un esclandre. Pendant la fête des fiançailles et après que le plan Tom-Dick a échoué misérablement, laissant Olga plus que jamais maitresse de la situation, Alice déclare tout à coup qu’elle s'est choisi un époux, et désigne comme l’élu Frédy. Elle le fait de la façon la plus offensante, et lorsqu'il se cabre et refuse, elle insiste en surenchérissant sur la dot. Fredy a beau jeu et se retire sur un geste de désintéressement qu’Alice, il faut l’avouer, s’est évertuée à lui rendre facile.

Entre le deuxième et le troisième acte. un an s’est écoulé. Couder a épousé Olga, qui le gàve d'amour au point qu’il demande grâce et n’aspire plus qu'au divorce et au repos qui s’ensuivra. Daisy et Jean ont voyagé, et à les croire ils ont respecté le pacte conclu :

MODS GANNR AU Vars

chambres séparées, union platonique. En réalité, il n’en est rien : tous deux s’adorent et n’ont pas cessé e se le prouver tout au long du voyage, mais ils ont triché. Jean, simulant, pour exciter la jalousie de sa femme, un goût prononcé pour les femmes de cham- __ bre, Daisy a joué incognito, elle Le croit du moins, le rôle de soubrette dans tous les hôtels où ils ont passé. Mais Jean n'a jamais été dupe et c’est ainsi que tout s’arrangera le mieux du monde pour le couple au. dénouement. | ar Frédy, lui, a gagné beaucoup d’argent en exploitant, sous un faux nom, de vieilles mines abandonnées. Par des bilans maquillés, il répand néanmoins le bruit de sa faillite et offre de vendre à Couder, afin d'attirer celui-ci et sa fille dans sa résidence de Californie. C’est là qu’au lever du rideau nous voyons réunis Frédy, Jean, Daisy et Meg. Meg joue là un rôle indéfinissable. Elle semble n’avoir d’autre utilité que de débarrasser au dénouement Couder de l’encombrante Olga. | | :

Arrivent Couder, Alice et Olga. On se reconnait et le duel recommence. Mais les adversaires sont à bout de force. Après quelques feintes encore, ils jettent le masque d’un même geste et tombent aux bras l’un de l’autre. Olga divorcera et rentrera en Europe, dédommagée par une énorme pépite que Fredy vient d'extraire de sa mine. Jean et Daisy se sont réconciliés les premiers, et tout s'achève comme dans une opérette qui se respecte.

Louis Ganne.

Né à Bruxières-les-Mines (Allier) le 5 avril 1862.

M. L. Ganne est surtout célèbre dans le monde entier comme l’auteur de marches et danses célèbres (Marche lorraine, Bourrée d’ Auvergne, la Czarine, mazurka, etc.). Il fit ses débuts au théâtre avec un Rabelais qui n’eut que peu de succès. Il a pris depuis sa revanche avec Les Saltimbanques, une des opérettes les plus goûtées du réper-

toire contemporain. |

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