UMBERTO GIORDANO
sur l'héritage de Pélops. L'acte s'achève en apothéose et en actions de grâce. VERS |
Umberto Giordano.
Né à Naples le 27 août 1868. Un des compositeurs les plus estimés de l’Italie contemporaine. Un de ceux quiont eu l’honneur d’être traduits et représentés à l’étranger.
Sibérie.
‘: Drame en trois actes, poème italien de Louis Illica, adaptation française de Paul Milliet, musique de Umberto Giordano. :
Représenté pour la première fois à Milan en 1903 et en français à Paris, sur la scène de l’Académie nationale de musique, en Juin 1911. +
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Vassili, officier; Gleby; le prince Alexis; Walitzin; Stephana. ] |
La scène se passe au premier acte à St-Pétersbourg, au mois d’août ; au second acte, à la frontière de Sibérie; au
troisième, dans les mines du Transbaïkal. Epoque : première moitié du XIX”* siècle.
Drame émouvant, curieux mélange de Résurrection et de la Dame aux Camélias, le tout assaisonné à la sauce russe par un cuisinier italien. Dans Résurreclion, c'est un homme qui se dévoue pour une condamnée; dans Srbérie, une femme, une pécheresse repentante, se dévoue jusqu'à la mort pour u condamné.
Stephana estune femme entretenue qui mène grand train. Débauchée par un misérable nommé Gleby, elle a été lancée par lui dans la galanterie et est actuellement entretenue par le jeune prince Alexis. Beaucoup d’autres ne demanderaient qu’à prendre la suite. Mais cette femme vénale a réussi à garder son cœur et elle aime de toute son âme un jeune officier, Vassili, auprès de qui elle s’est fait passer pour une simple ouvrière. Lorsque se lève le rideau, il est fort avant
dans la nuit. Stephana est chez son ami et ses fidèles
domestiques l’attendent anxieusement, craignant que
le prince Alexis ne rentre avant elle et ne la trouve sortie. À la place du prince, c’est d’abord l’immonde
Gleby qui se présente : il vient proposer à Stephana
une lucrative affaire. Il est stupéfait de trouver sa chambre vide. Mais il est suivi de près par Alexis, accompagné de quelques amis, et, jouant son rôle d’entremetteur, 1l s'applique à sauver la situation. Il fait prendre patience aux nouveaux venus et les lance dans une partie de cartes.
- À peine sont-ils installés dans la pièce voisine, que Stephana rentre en costume d’ouvrière. Gleby lui arrache son secret, puis il la pousse dans sa chambre pour qu'elle change de costume et se prépare à recevoir les visiteurs. Parmi ceux-là, il en est un, Walitzin, qui aime à sa façon la jeune femme, et c’est là l'affaire que Gleby est chargé de négocier. ’ La réception a lieu, les amis du prince se retirent discrètement et Alexis, très amoureux, fait à Stéphana des déclarations ardentes.
La scène étant vide, on introduit un jeune officier qui vient voir sa marraine, la femme de chambre Nikona. C'est Vassili. Il ignore chez qui il se trouve. Mais Stephana entre inopinément. À la vue de son amant, elle se persuade qu’il sait tout, qu'il la fait épier et elle lui fait d’amers reproches. Mais elle s'aperçoit bientôt de son erreur, en lisant la stupéfaction sur les traits de Vassili. Explication pénible. Elle voudrait que Vassili s’en aïlle au plus vite. Mais lui l'aime toujours, malgré tout. Il l’embrasse juste au moment où rentre le prince Alexis. « Qui est cet homme? » demande le prince. « Mon amant!» répond Steéphana exaltée. Une altercation s’élève entre Alexis et Vassili, au cours de laquelle le second tire son épée et blesse le prince. Tout le monde est accouru au bruit, et Vassili est aussitôt arrêté. Pour lui, c’est la Sibérie ! Ainsi finit le premier acte.
. C’est au deuxième acte que la pièce commence à justifier son titre. La scène représente le poste frontière sur la route qui mène de Russie en Sibérie. On attend la chaîne des forçats. Tableau d’un réalisme impressionnant.
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La chaîne arrive. Vassili est là. Presque aussitôt après survient Stephana en troïka. Elle est venue pour suivre Son amant aux mines et, grâce à une permission dont elle s’est munie, elle est autorisée à accompagner Vassili. La réunion qui suit est émouvante. Le sacrifice de la pauvre fille achève de la réhabiliter aux yeux de son ami.
L'heure a passé, la chaîne se reforme et Vassili repart. Mais il n’est plus seul pour affronter l’enfer sibérien.
Troisième acte : le jour de Pâques aux mines. Tableaux impressionnants et pittoresques de la vie des condamnés. Arrive le nouveau gouverneur et nous reconnaissons en lui l’homme qui aima jadis Stephana : Walitzin. [Il conserve à la jeune femme un fond de réelle sympathie. Il est encore prêt à lui donner le luxe avec la liberté, si elle consent à être sienne, mais il respecte son héroïque dévouement et ne cherchera pas à lui faire violence. |
Comme c’est jour de grande fête, le gouverneur accorde un repos général. Mais le malheur est proche. Parmi un lot de nouveaux condamnés se trouve Gleby. Le misérable s'amuse à exciter la jalousie de Vassili en lui racontant les antécédents de Stephana, en se vantant d’avoir été son premier amant, en insinuant que Vassili fut un ami de cœur complaisant, peut-être même intéressé. Vassili, si on neleretenait, se jetterait sur l’infâme et l’étranglerait. Les traits empoisonnés de l’autre ont porté et il n’est pas éloigné de blasphémer l’admirable femme qui n’a pas hésité à partager son épouvantable vie. Ce n'est du reste qu'un égarement passager ; les pleurs de Stephana l'ont vite ramené à la raison. L’héroïne, avec la force que donne le désespoir, démasque le misérable Gleby, le cloue publiquement au pilori. Cette scène tragique est interrompue par la rentrée de Walitzin et par le. cérémonial de la Pâque russe.
Au début de l’acte, un vieil invalide avait fait à Stephana, pour elle et son ami, des propositions. d'évasion. À ce moment-là, elle n’y avait apporté . qu'une attention distraite. Maintenant, depuis qu'elle
® BENJAMIN GODARD
a vu Gleby, l’idée la ressaisit, impérieuse. Elle entraîne
Vassili. Mais ils ont été vus. On entend des coups
de feu et l’on ramène bientôt les fugitifs. Vassili est indemne; Stephana est mortellement blessée. Elle expire dans les bras de son amant, sous les yeux de Walitzin ému, après avoir baisé la terre de Sibérie où elle s’est rachetée : « Sibérie, terre sainte. de larmes... et d’amour!... »
Benjamin Godard.
Né à Paris le 18 août 1849, mort à Cannes le 10 janvier 1895. Un compositeur remarquablement doué et très fécond, dont le tort fut peut-être de trop écrire. Son œuvre de théâtre ne représente qu’une petite partie de son œuvre totale. |
Jocelyn.
Opéra en quatre actes, d’après le poème de Lamartine, livret de Armand Silvestre et Victor Capoul, musique de : Benjamin Godard.
Représenté pour la première fois à Bruxelles, sur le Théâtre royal de la Monnaie, le 28 février 1888. Première représentation à Paris sur le Théâtre Lyrique national, le 12 octobre 1888.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Jocelyn, jeune séminariste, plus tard prêtre ; l’évêque; Laurence; la mère de Jocelyn.
La scène se passe en Dauphiné, au temps de la Terreur.
Le livret de Jocelyn, malgré toute l’habileté des collaborateurs, a les défauts des pièces tirées de romans : on y voit une série de tableaux individuellement excellents, mais que séparent de trop larges hiatus. La vraie pièce se passe dans les entr’actes. La chose a moins d’inconvénients lorsqu'il s’agit de chefs-d’œuvre universellement connus, car le public comble alors aisément les lacunes par l'imagination et le souvenir. Tel est le cas de Jocelyn.
Le premier tableau est un simple épisode — le mariage de la sœur de Jocelyn — qui n’a d'autre butque de nous faire comprendre que si Jocelyn se voue à la prêtrise, ce n’est pas qu'il y soit poussé par une im-
périeuse vocation ainsi qu'il le proclame, mais quec’est de sa part un acte réfléchi et voulu de renoncement généreux. À la fin du tableau, il quitte la maison paternelle. i | | EEE . La pièce proprement dite commence avec le second acte. La Terreur pourchasse les prêtres et les suspects.
Dans un site sauvage des Alpes dauphinoises, à un tableau de paix agreste loin des bruits de la vallée, succède une scène de sang et de carnage. Jocelyn,
poursuivi, vient chercher asile chez les bergers. Peu
après arrivent Laurence, costumée en garçon, et son. vieux père, traqués comme des bêtes sauvages. Le père de Laurence est mortellement blessé. Avant de mourir, il confie l’enfant aux soins de Jocelyn.
Un autre tableau nous transporte dans la Grotte des Aigles, où Jocelyn a caché son nouvel ami. Les deux jeunes gens se témoignent une amitié puissante et trouble, qui s'explique lorsque, Laurence s'étant éva-
nouie, Jocelyn s'aperçoit que son ami est une femme.
Aussitôt l’amitié disparaît et fait place à un amour passionné auquel tous deux s abandonnent sans même essayer la résistance.
. De là nous sautons sans transition à la prison de Grenobie, où l’évêque attend l'heure de monter à l’échafaud. Nous devons admettre que l’évêque a voulu revoir Jocelyn, qui fut son éléve préféré, et recevoir de lui l’absolution avant le supplice. Pour cela
- il commencera par lui conférer la prêtrise. Pendant
que nous y sommes, admettons encore que le désir de l’évêque est parvenu jusqu’à la Grotte des Aigles, domicile de Jocelyn et de Laurence, et que Jocelyn est parti en promettant à son amie de revenir dès le lendemain. Toutes ces prémisses posées, nous serons prêts pour la.grande scène où Jocelyn, malgré sa résistance, malgré l’aveu de son amour et ses supplications désespérées, se voit imposer la prêtrise par le martyr dont il subit invinciblement l’ascendant.
Le tableau suivant, au pied de la guillotine, est supprimé à la représentation. Au surplus, il n’est pas indispensable à l’action. La suppression rend seulemént un peu plus obscur l’enchaînement avec ce qui
car c’est dans ce tableau que l’évêque confie aurence aux soins de la mère de Jocelyn et charge Ile-ci d'apprendre à la pauvre fille la fin de son êve de bonheur.
Dans la Grotte des Aigles, Laurence s'inquiète : Jocelyn tarde bien à revenir. Au lieu de l’ami attendu, c’est une femme âgée qui se présente. La mère de Jo- celyn apporte son triste message. Le désespoir de Laurence est sans bornes, et quand Jocelyn qui a suivi sa mère paraît enfin, la situation devient tout à fait pathétique. Jocelyn oublierait volontiers ses serments, cette prêtrise qui lui fut imposée par surprise, “ pour laquelle il n’est pas fait; mais c'est maintenant el Laurence qui s’écarte de lui : elle aime, mais elledoit fuir l’homme en qui elle reconnait désormais le ca- Pr ractère sacré des lévites du Seigneur. | 0
Et la vie continue. Laurence a pris le deuil. Elle : aime sans espoir, mais s'applique à tuer son cœur. Pour le monde, elle est une femme comme une autre, une sorte de veuve. Le quatrième acte nous la montre à Paris, un soir de fête mondaine.
Jocelyn, qui ne parvient pas à se résigner, s’est trouvé sous le balcon de celle qu’il aime. Mais elle ne le voit pas et s'éloigne, tandis qu’une cloche Île rappelle à sa mission et au devoir.
De là, nous passons sans transition à la mort de Laurence. Elle meurt de son amour inassouvi, mais elle meurt pure et victorieuse. C’est le jour de la Fête- Dieu. Devant la chambre où expire la pauvre femme, un reposoir a été dressé et la procession s’y arrête, conduite par un prêtre. Laurence demande qu’on appelle cet ecclésiastique dont elle veut recevoir l’absolution suprême. Il entre : c’est Jocelyn. se
Tout d’abord ils ne se reconnaissent pas. Mais Laurence se confesse et Jocelyn comprend. Il se fait reconnaître par la mourante. Il l’absout et elle meurt devant lui en exprimant l'espoir qu’ils seront au moins réunis dans la vie éternelle.
BENJAMIN GODARD
La Vivandière.
Opéra-comique en trois actes, paroles de Henri Cain, musique de Benjamin Godard. |
Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra-Comique, le 1 avril 1895.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Georges de Rieul, fils du marquis de Rieul; le marquis de Rieul; André, frère de Georges ; le Capitaine Bernard; le sergent La Balafre ; Marion, vivandière; Jeanne, la fiancée de Georges.
La scène se passe en 17094 aux environs de Nancy, puis en Vendée.
Pièce militaire et héroïque, qui pèche un peu par manque d'unité d'action. | |
Les troupes de la République rentrent victorieuses de Mayence. Elles arrivent vers-le soir près du chàteau du marquis de Rieul, un royaliste enragé, qui vit là avec ses deux fils Georges et André, ainsi qu'avec une sorte de fille adoptive ou de parente pauvre, Jeanne, bonne personne que tout le monde chérit dans le pays. Entre Georges et Jeanne existe un attachement profond, mais les jeunes gens ont peur du marquis. Georges est en outre en désaccord d'idées … avec son père. Il est patriote avant tout et n'a pas. d’attaches sérieuses avec l’ancien régime. Aussi quand la troupe arrive affamée, la reçoit-il fort bien en l’absence de son père et lui fait-il distribuer des vivres.
Marion, la vivandière, est adorée des soldats. Elle a fait toutes leurs campagnes, et tous se feraient volontiers tuer pour elle. Georges et Jeanne lui sont bien vite sympathiques. Elle décide Georges à s’enrôler, puis s'éloigne avec sa compagnie.
Georges resté seul est rejoint par Jeanne. Duo d'amour. Mais survient le marquis, courroucé de ce qu’on ait reçu des soldats républicains dans sa demeure. De l'explication entre le père et le fils résulte une rupture. Le marquis renie son fils et déclare qu'il sera désormais pour lui un étranger. Jeanne ayant essayé d’intervenirest rudement remise à sa place, puis renvoyée. La pauvre fille se désespère quand repasse
Marion comme une famille.