‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 29 sur 90 · DATES · texte numérisé non relu

DATES

BENJAMIN GODARD

. Marion, qui comprend vite et la recueille dans sa voi-

ture. :

Au second acte, la troupe dont nous avons fait

connaissance guerroie en Vendée. Il y a là toutes

nos vieilles connaissance : le capitaine Bernard, le sergent La Balafre, Marion ; mais ily a en plus le ser-

gent Georges, connu sous son seul prénom. Il y a

aussi Jeanne, son amie. Et tous deux forment avec

Le pays est à peu près pacifié. Seul un village tient encore, mais demain il sera réduit à son tour. Celui qui le défend est un forcené, le ci-devant marquis de Rieul. Par bonheur, Georges, qui ne fait que d’arriver, ignore ce détail. Mais Marion l’a appris et elle veut à tout prix empêcher que le père et le fils se trouvent face à face. Cependant c’est à Georges que doit incomber la tâche de conduire l’attaque ; mais Marion aborde le capitaine Bernard. Elle ne lui dit pas tout

de suite la vraie raison de sa requête, mais voyant

qu'elle n'obtient rien sous de faux semblants, elle révèle au capitaine l’horrible vérité. Celui-ci comprend maintenant et il cède. [l charge Georges d’une mission à Fougères, où il s’agit d'aller chercher des renforts. Georges renonce avec peine à monter à l’assaut, mais il est soldat avant tout et obéit sans murmurer.

Cet acte plaît surtout par une foule de détails pittoresques étrangers à l’action et que nous avons passés sous silence pour ne pas allonger inutilement.

Au troisième acte, en l’absence de Georges, le village a été enlevé et le marquis de Rieul a été fait prisonnier. Il va passer en jugement, simple formalité précédant le peloton d'exécution. En attendant le conseil de guerre, on l’a enfermé dans la maison où loge Marion. | Georges revient de Fougères avec les renforts. Il apprend que son père est pris et va tomber sous les Pullés républicaines. Pour délivrer le malheureux, il ferait une folie et se perdrait avec lui. Marion ne permettra pas cela ; s’il faut une victime, que ce soit plutôt elle, et que ses enfants d’adoption, Georges et Jeanne, puissent vivre heureux ensemble.

dE

s’avance et se dénonce. Elle n’a pas agi par coup de.

; Le 7 1S

FARLES-FRANÇOIS GOUNOD

Elle fait donc évader le marquis. Quel est le traître ? Le capitaine Bernard le saura bien vite: Marion

tête : l'instinct maternel s’est éveillé en elle et elle affrontera de son plein gré le piquet d'exécution pour : que Jeanne soit heureuse. De.

Mais nous sommes à l’Opéra-Comique et chacun sent bien que Marion ne sera pas passée par les armes. Au moment suprême arrive un décret de la Convention qui déclare la guerre terminée et accorde l’amnistie aux vaincus. Tout finira donc bien. HS

Charles-François Gounod. |

Né à Paris le 17 juin 1818, mort dans la même ville le 17 octobre 1893. Compositeur très fécond, tant au théâtre que dans d’autres domaines, entre autres la musique religieuse. Le Faust de Gounod est encore aujourd’hui un des plus fermes piliers du répertoire.

Faust.

Opéra en cinq actes, d’après Gœthe, paroles de Michel Carré et Jules Barbier, musique de Gounod.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre Lyrique, sous forme d’opéra-comique avec parlé, le 19 mars. 1850 ; repris sous forme de grand opéra à l’Académie impérialé de musique, le 3 mars 1860.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le docteur Faust; Méphistophélès ; Valentin, frère de Marguerite ; Siébel, amoureux de Marguerite; Marguerite. out La scène se passe en Allemagne, dans un lointain moyen- . âge, époque indéterminée.

Pour apprécier le livret de MM. Carré et Barbier, il n’y faut pas rechercher la fidélité à la pensée de. Gœthe. Dans le Faust de ce dernier, les librettistes n’ont pris que l'épisode de Marguerite et l’ont accommodé à l'esthétique de l’opéra. Ils n’ont puéviterune fin obscure et forcément incompréhensible pour qui ne connaît pas le drame original. La musique a fait passer par dessus ces déficits. La fantasmagorie à

peine ébauchée de la nuit de Valpurgis serait grotesque, si elle n’était heureusement sauvée par un très beau ballet. Quant à la scène finale, elle a l’air d’ap- partenir à une autre pièce, tant il y a de choses sup- primées entre elle et ce qui précède. Mais, prise à part, elle est fort belle.

Le premier acte nous montre le docteur Faust, vieux et usé, sur le point de s’empoisonner après avoir éprouvé le vide et le néant de tout. Mais il a invoqué le démon et celui-ci paraît sous les traits de Méphistophélès. En échange du pacte qui lui livre l’âme du docteur, Méphisto accorde à celui-ci la jeunesse et s’engage à le servir fidèlement ici-bas, quitte pour Faust à le servir dans l'au-delà. Pour décider Faust au pacte fatal, le démon a fait paraître à ses yeux éblouis la vision de Marguerite.

Le second acte combine plusieurs scènes du Faust de Gæthe, entre autres la scène fameuse de la cave d’Auerbach. Les librettistes l’ont située en plein air, aux portes de la ville. Valentin et les soldats vont partir pour la guerre. Le frère de Marguerite confie celle-ci à la garde du fidèle Siébel. Méphisto, qui a voulu montrer tout d’abord à son élève l’orgie, le met maintenant sur le chemin de Marguerite, alors que la jeune fille se rend à l’église. L'acte, qui avait commencé au milieu des refrains bachiques et des chansons, s'achève aux sons d’une valse entraînante.

Le troisième acte se passe dans le jardin de Marguerite. L’amoureux Siébel apporte à son amie des fleurs. Après lui viennent Faust et Méphisto. Ce dernier dépose auprès des fleurs de Siébel un coffret garni de superbes bijoux. Faust est impressionné par l'atmosphère de pureté qui règne en cet asile. Il

s'éloignerait, n’était Méphisto qui le pousse à voir la fin de l'aventure.

Marguerite rentre. Faust et Méphisto se cachent. La jeune fille voit les bijoux qui ont vite fait de détourner son attention des fleurs. Le mal entre en elle par la porte de la coquetterie. Une vieille voisine qui survient, dame Marthe, s’extasie sur la richesse de

cette parure et déclare qu’à son avis ce doit étreledon . de quelque seigneur amoureux. |

Faust et Méphisto sortent de leur cachette et, tan-

dis que Méphisto se charge de la vieille, Faust a le loisir

de parler à Marguerite. La nuit tombant, la jeune

fille, quoique vivement émue, prie Faust de se retirer.

Il s’attarde, désormais seul, car Méphisto a jugé le

moment venu de s'éloigner. La jeune fille consulte

la marguerite : « Il m'aime, il ne m'aime pas... » La fleur répond : « [1 m'aime! »

Mais la nuit est tout à fait tombée. Marguerite effrayée regagne sa demeure en disant à Faust : «A demain ! » |

Faust, ému, veut partir. Méphisto revenu le décide à rester. Bientôt Marguerite paraît à sa fenêtre. Dans l’exaltation de son cœur, elle parle à la nuit, elle appelle de ses vœux le bien-aimé. Soudain celui-ci est dans ses bras, et Méphisto s'éloigne en éclatant de rire.

Le premier tableau de l'acte suivant est fréquemment supprimé en province. Il représente la chambre de Marguerite. La pauvre fille est désespérée : le bienaimé ne revient pas! En vain Siébel s’évertue à la consoler. Elle espère encore trouver le repos auprès de Dieu et sort pour se rendre à l’église.

Au tableau suivant, elle entre au saint lieu. Mais à tous ses efforts pour prier, des voix hostiles s'opposent. Méphisto lui apparaît et la torture de remords. Le chant des fidèles contribue encore à l’accabler. A bout de force. elle tombe évanouie sur les dalles de l’église. |

Le tableau suivant représente la rue devant la maison de Marguerite. Valentin revient de la guerre; il ignore tout et se réjouit de voir sa sœur. Il est vrai que s’il ne sait rien, nous n'en savons guère davantage. Tout ce que la pièce nous a appris, c’est que Marguerite a eu un amant, et que depuis quelque temps cet amant la délaisse.

Siébel s'efforce d'empêcher Valentin de rentrer chez lui. Il ne réussit qu'à l’alarmer et à le faire rentrer plus vite. Ici se place l’arrivée des soldats, musique

en tête, intermède qui produit toujours grand effet.

Faust, cependant, a voulu revenir chez Marguerite.

Nous ignorons pourquoi il avait cessé de la voir; on

ne nous dit pas davantage pourquoi il se ravise aujourd’hui. Méphisto annonce leur présence à tous deux par une sérénade qui fait paraître non Marguerite, mais Valentin. Celui-ci, désespéré, provoque

- Faust et se bat avec lui. Le duel est inégal, car Mé-

phisto est derrière Faust. Le pauvre Valentin se bat donc contre deux, et l’un des deux n’est autre que le Diable! Aussi le soldat tombe-t-il bientôt mortelle-

ment blessé. Faust et Méphisto détalent.

Au bruit de la lutte la foule est accourue. Avec la

foule, est venue aussi Marguerite qui implore le par-

don de son frère. Mais celui-ci est impitoyable et meurt en la maudissant. | | . Ici l’action, si l’on peut encore parler d’action, devient de plus en plus inintelligible. Nous sommes sensés suivre Faust et Méphisto au sabbat. Pourquoi ? Mystère ! Fa

Méphisto offre à Faust le spectacle d’un grand ballet, auquel prennent part les reines et les grances courtisanes de l’antiquité. L'ombre de Marguerite fait évanouir cette vision.

Un court tableau doit nous faire comprendre que

Faust, instruit de la fin imminente de Marguerite,

désire la revoir et si possible la sauver. Jusqu'ici rien ne nous a permis de deviner le sort de Marguerite. Un mot en passant au dernier acte nous apprend qu’elle a eu un enfant et qu’elle l’a tué dans un accès de démence. C’est pour ce crime qu'elle est emprisonnée et va subir la peine capitale. | Nous voici au dernier tableau. Marguerite, folle. dort dans sa prison. Arrivent Faust et Méphisto. En se hâtant, Faust peut faire sortir la malheureuse et l'emmener. Des chevaux attendent à la porte.

Marguerite s’éveille. Elle reconnaît Faust, qui la presse de fuir. Mais elle s’attarde à ses souvenirs. Toute l’aventure d'amour repasse devant ses yeux : elle s’abandonne au bien-aimé retrouvé.

Soudain Méphisto, qui montait la garde au dehors,

Lu

paraît et insiste pour le départ immédiat. A sa vue, la pauvre folle frissonne. Elle a reconnu l’homme fatal, l'esprit pernicieux qui consomma sa ruine. Désormais rien ne pourra la décider à partir. F5 4 F0 « Maudite ! » triomphe Méphisto. al, Fi « Sauvée! » répondent des voix d’en-haut. On entend un chant de Pâques — on remarquerala curieuse transposition de ce chant imaginée par les librettistes. Le fond de la prison disparaît et l’âme de Marguerite s'élève au ciel sur des nuées, en une apothéose.

Mireille.

Opéra en cinq actes, tiré du poème provençal de Frédéric Mistral par Michel Carré, musique de Gounod. Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre- Lyrique le 19 mars 1864 ; repris à l’Opéra-Comique en octobre 1874.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Maître Ramon, riche métayer de Provence; Ambroise, vannier de Valabrègue; Vincent,

fils d’Ambroise ; Ourrias, bouvier de la Camargue; Mireille,

fille de maître Ramon ; Vincenette, sœur de Vincent; Taven, la sorcière du Val d’Enfer.

La scène se passe de nos jours, en Provence.

Cette œuvre pleine de poésie et toute colorée du soleil de Provence est une des plus populaires de Gounod. En passant du livre à la scène, le poème de Mistral n’a pas trop souffert. Les tableaux du Val d’Enfer et du Rhône, celui des Saintes Maries sont à la vérité d’une réalisation scénique un peu difficile et sur les théâtres de province rendent rarement ce qu'on serait en droit d’en attendre. L’habitude prise de. façon assez générale de supprimer le tableau du Rhône doit être vivement regrettée : ce tableau est très utile à l’action et musicalement il est un des plus réussis. |

Mais passons à notre récit. Le rideau se lève sur la cueillette des feuilles de mürier pour les vers à soie. Taven, la sorcière du Val d’Enfer, traverse cette scène, mais uniquement, semble-t-il, pour faciliter

l'exposition. Et voici ce que nous apprenons : Mireille,

la fille du riche propriétaire Ramon, aime Vincent,

. Le fils du pauvre vannier Ambroise et en est aimée.

Ce choix de son cœur sera difficilement ratifié par Ramon, qui a pour sa fille de plus hautes ambitions.

Tout le drame est là-dedans. Ce premier acte contient

un ravissant duo de Mireille et de Vincent. Les deux amoureux se jurent fidélité éternelle et, en cas de malheur, se donnent rendez-vous au pèlerinage révéré des Saintes Maries de Carmargue. |

Le second acte est un tableau de fête devant les arènes d'Arles. Mireille et Vincent sont là, avec beaucoup d’autres et chantent la page la plus célèbre de la partition, le duo de Magali.

Taven traverse de nouveau l’action, porteuse cette fois de fâcheuse nouvelle. Elle apprend à Mireille que trois prétendants à sa main ont décidé de s’en rapporter au choix de Ramon. Celui que le père agréera fera sa demande à la fille ; les autres lui cèderont la place. Mireille affecte d’en rire, bien qu'elle. soit inquiète au fond. Elle cherche dans son amour pour Vincent des motifs de se rassurer.

Et justement s'approche Ourrias, le bouvier de

Camargue. C’est lui qui a été agréé par Ramon et il

vient demander à Mireille sa main. Refusé, il éprouve un vif dépit et communique le résultat de l’entrevue à Ramon survenu sur ces entrefaites.

Nous assistons ensuite à une démarche désespérée d’'Ambroise le vannier en faveur de son fils Vincent. Le pauvre Ambroise doit se retirer avec pertes. Mais Ramon doit encore soutenir le choc de sa propre fille, qui lui déclare qu’elle épousera Vincent ou nersonne. La scène est violente entre la fille calme mais résolue et le père emporté et brutal. Ourrias, qui a assisté à l'entretien, ressent toutes les affres de la jalousie et

regarde Vincent avec des yeux de meurtrier. Cepen-

dant Ramon demeure inflexible et l’acte s'achève sur un ensemble pathétique d’un bel effet dramatique. Le troisième acte passe sans transition du réalisme au fantastique. Le premier tableau représente le Val d’'Enfer, où habite la sorcière Taven. Là, Ourrias ren-

contre Vincent. Altercation entre les deux hommes, courte lutte, et Vincent tombe frappé au front d’une large blessure. Ourrias esteffrayé de ce qu'ila faitetfuit.

Taven, attirée par le bruit, trouve Vincent étendu inanimé. Elle le soignera et le guérira.

Le tableau suivant est fréquemment supprimé à. cause des difficultés de mise en scène qu'il présente. Le théâtre doit figurer le Rhône sous la lune, avec une berge bordée d’ajoncs. C’est là qu’Ourrias, poursuivi par le remords, arrivè dans sa fuite. Il appelle le passeur qui ne répond pas. Des brumes s'élèvent du fleuve et le malheureux est l’objet d’une hallucination. Des fantômes semblent sortir des profondeurs de l’eau ; des voix se font entendre. Ce sont les « trèves », les âmes des morts qui se promènent à minuit; ce sont les filles mortes d'amour. Ourrias est de plus en plus aftolé. Il appelle de nouveau le passeur et cette fois celui-ci se présente avec son bateau. Mais à peine Ourrias y est-il monté que les flots s'ouvrent et l’engloutissent, lui, le passeur et la barque. +

Le quatrième acte nous ramène dans le monde réel. Nous assistons au repas des moissonneurs à la ferme de Ramon. Mireille est toujours triste et silencieuse. Comme elle est restée seule, Vincenette se présente, la sœur de Vincent. Elle apprend à Mireille à la fois la tentative de meurtre dont Vincent a été victime et l’heureuse issue de l'aventure. Vincent est hors de danger. Mireille, exaltée, décide d’aller aux Saintes Maries prier pour son fiancé. |

Le décor change et représente le désert de la Crau, sous un soleil ardent. Mireille traverse la scène, tête nue, en courant et échange quelques mots avec un berger. Celui-ci la met en garde contre les dangers du soleil à cette heure, sur ce pierrier torride. Et bientôt nous avons la preuve que l'avertissement était raisonnable : Mireille est frappée d’un coup de soleil. En: chancelant elle s'éloigne, soutenue par la volonté désespérée d’atteindre le but de son pèlerinage.

Le cinquième acte est court. Il se passe tout entier devant le porche de l’église des Saintes Maries. Les pèlerins défilent processionnellement.

Vincent arrive haletant, cherchant Mireille dont il a appris la dangereuse équipée. Et voici qu’elle paraît, plus morte que vive. Elle se croit sauvée : n'est-elle

pas dans les bras de l’ami? Pourtant soudain elle

s’affaisse. Au cri poussé par elle accourent les pèlerins, auxquels se sont joints Ramon, Ambroise, Vincenette, Taven. Ramon, comprenant le mal qu’il a causé, accorde son consentement au mariage; mais il est trop tard. Et voici que les Saintes elles-mêmes apparaissent sur une barque, ainsi que les décrit la légende. Mireille les voit ; elles l’appellent, et se dégageant des bras de Vincent, elle expire les bras tendus vers la céleste vision.

Ceci est la version primitive et celle qui est actuellement presque universellement adoptée. Mais il y en a une autre. Pour plaire à Carvalho, directeur du Théâtre Lyrique, Gounod avait consenti à écrire une variante de ce dénouement, variante heureuse et plus « opéra-comique ». Selon cette version, les Saintes opéraient un miracle et rendaient Mireille à son fiancé. Tout finissait le plus joyeusement du monde. Cette conclusion avait toutefois Île grave défaut d’être en complet désaccord avec celle du poème, aussi n’est-elle que rarement adoptée à l’heure qu'il est.

. SRPOTR Roméo et Juliette.

Opéra en 5 actes, d’après Shakespeare, paroles de Jules Barbier et Michel Carré, musique de Gounod.

Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre Lyrique, le 27 avril 1867, repris au Théâtre national de l’Opéra-Comique le 20 janvier 1873 et au Théâtre national de l'Opéra, le 28 novembre 1888.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Roméo Montaigu; Capulet ; Tybalt, neveu de Capulet; Mercutio et Benvolio, amis de Roméo; Gregorio, valet de Capulet; Stefano, page de Roméo; frère Laurent ; Juliette Capulet ; Gertrude, nour- rice de Juliette.

La scène se passe à Vérone, sous la Renaissance. En passant de Shakespeare à Gounod, nous ne pré-

tendons pas que l’histoire des immortels amants ait

gagné, mais c’est déjà beaucoup qu'elle n’ait pas trop perdu, et il faut reconnaître que MM. Carré et Barbier ont habilement découpé leur livret. La pièce qu’ils ont conçue est animée et vivante; tous les moments essentiels du drame original y ont trouvé place. | |

Par une innovation sur la valeur de laquelle nous ne nous prononcerons pas, le premier acte est précédé d’un prologue chanté par un chœur invisible, pendant l’ouverture. Ce prologue a pour but de nous faire savoir que Vérone est divisée et ensanglantée par les luttes continuelles de deux grandes familles, les Montaigu et les Capulet. Précaution utile puisque : le drame se propose de nous montrer l’amour plus puissant que les plus implacables haines.

Le premier acte se passe à la grande fête masquée donnée chez Capulet. Juliette est la reine de la fête et nous apprenons que son père la destine comme épouse au seigneur Pâris.

A la faveur du masque, quelques jeunes gens de la: maison des Montaigu se sont introduits à la fête. Parmi eux, Roméo et ses amis Mercutio et Benvolio. C’est Mercutio qui chante le délicieux couplet de la reine Mab. | |

Rencontre de Roméo et de Juliette. [ls ne se sont : encore jamais vus et ignorent qui ils sont, mais ils s'aiment dès l’échange du premier coup d'œil. ee

Mais Tybalt a eu vent de la présence des Mon-

taigu et en ressent une vive colère. Il rencontre

Roméo en présence de Juliette et c’est par lui que les amoureux apprennent à se connaître. Une rixe est sur le point d’éclater quand Capulet intervient et l’apaise. Mais ce n’est que partie remise et les adversaires se promettent de se retrouver.

Second acte : le balcon. de Juliette. Roméo pénètre dans le jardin, au moyen d’une échelle. Il épie sur les rideaux l’ombre de Juliette. Bientôt celle-ci paraît sur le balcon. Duo d’amour dans la nuit, interrompu un instant par Gregorio et la nourrice. Puis le duo reprend et s'achève. Rendez-vous est pris par les

fe = 5 Dir je

nts dans la cellule du frère Laurent, qui recevra leurs serments et les unira pour la vie.

Le troisième acte débute dans la cellule de frère Laurent, où nous assistons à la cérémonie nuptiale. Puis la scène change à vue et nous sommes trans- portés devant la maison de Capulet. Ce tableau débute par une passe d’armes entre le page Stefano et

le valet Gregorio, interrompue par l’arrivée de Mercutio et de Benvolio, qui prennent la défense de Ste- de fano, puis de Tybalt, qui provoque Mercutio. Roméo {ae UNS survient à son tour et veut arrêter le combat, mais sv

quand Tybalt le provoque, il refuse de se battre pour ie ne pas tirer le fer contre le cousin de sa femme. La mêlée risque de devenir générale, puis un duel a lieu entre Mercutio et Tybalt. Mercutio tombe mortellement frappé. À cette vue, Roméo n'est plus maître de Le lui-même et se jette sur Tybalt, qu'il tue au bout de 1

quelques passes rapides et furieuses.

__ À ce moment survient le duc de Vérone, qui exile à Roméo, admoneste vertement les combattants et leur Fa ordonne de cesser ces luttes fratricides. Mais quand “ le rideau tombe, les adversaires, s’ils se tiennent momentanément Cois, n'en jurent pas moins tout bas vengeance chacun de son côté. ane

Au quatrième acte, nous sommes dans la chambre | a de Juliette. Avant de partir pour l'exil, Roméo a (is

voulu revoir sa femme adorée. Celle-ci ne lui tient ü

pas rigueur de la mort de son cousin. Le jour com- r mence à poindre, les amants éternels ne peuvent se résoudre à s’arracher aux bras l’un de l’autre: « Non, ce nest pas le jour, ce n'est pas l’alouette! c’est le doux rossignol, confident de l’amour. » :

Roméo part cependant ; à peine a-t-il disparu que : de Capulet vient intimer à sa fille l’ordre d’épouser, le . jour même, le mari qu’il lui a choisi, le seigneur Pâris. Il est accompagné de frère Laurent, qui reste ensuite seul avec la jeune femme désespérée.

Mais tout n’est pas perdu. Frère Laurent fait boire à Juliette un philtre qui la plongera dans un som-

meil ayant toutes les apparènces de la mort. Entre temps il préviendra Roméo, qui viendra secrètement

% A he LE ONE ORNE A EUR)

170 JACQUES-FROMENTAL-ELIE HALÉVY au tombeau, où on l'aura déposée, à temps pour assister au réveil et pour fuir avec elle. FT ES

Le tableau suivant est rempli pour une bonne part par un grand ballet, à l’occasion du mariage de Juliette et de Pâris. Comme les époux montent à l’autel le philtre produit son effet et Juliette tombe inanimée dans les bras de son père.

Cinquième acte : le tombeau de Juliette. La jeune femme est étendue sur sa couche funèbre. Frère Laurent veille auprès d’elle. Le moment du réveil approche, mais Roméo n'arrive pas : le messager qui lui a été envoyé a été blessé et n’a pu s'acquitter de son message. Frère Laurent sort en hâte pour dépêcher un second messager.

Mais qu'est ceci Roméo entre, hagard. Il a eu vent de la mort de Juliette et il est revenu pour mourir auprès d'elle. Il vide un flacon de poison. A peine Pacte fatal est-il accompli que, à prodige ! il voit sa femme ouvrir les yeux et se lever. Il oublie que la. mort le guette et ne songe plus qu'à la fuite avec celle qu’il aime. Mais bientôt il sent la vie lui échapper et revient à la réalité. Il révéle à Juliette son acte de désespoir puis tombe mourant à ses pieds.

Quand elle comprend, Juliette refuse de survivre à son époux. Saisissant un poignard elle se frappe et tombe à son tour. Tous deux expirent dans un dernier baiser.

Jacques-Fromental-Elie Halévy.

Né à Paris le 27 mai 1709, mort à Nice le 17 mars 1862. Un des plus grands maîtres de l’Opéra, l’égal de Meyerbeer. La Juive maintient sa haute situation au répertoire du Grand Opéra. Les autres œuvres de Halévy ont vu décroître leur vogue et tombent de plus en plus dans loubli. :

La fille de Halévy épousa Georges Bizet, un des plus brillants élèves de-son père au Conservatoire de Paris.

La Juive.

Opéra en cinq actes, paroles d’Eugène Scribe, musique . de Halévy.

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